AUGUSTE
Paraphrase de Sénèque, De otio sapieniis, passim.
Auguste, après avoir soumis ses concitoyens et détruit ^es rivaux, régit pendant quarante ans le plus grand
1. « Major pars mortalium de iiaturaî malignilale conquerilur (|iio(l in exiguum aevi gignimur...
wn exiguum lemporis habemus.
sed multutn perdimus. Satis loiiKa vita est. si lola bcnc collo-
caretur.... Prœcipilat quisque vitam suam, et futuri desiderio laborat prcesenlium tœdio. » Se- >"EC., de Brer. vit., cap. i et vu.
« Nos affections s'emportent au delà de nous... nous no sommes
empire qui ait existé : mais tout cet immense pouvoir i'empéchait-il de frapper les murs de sa tête et de remplir son vaste palais de ses cris, en redemandant à Varus ses légions exterminées? Quand il aurait vaincu tous ses ennemis, de quoi lui auraient servi ses vains triomphes, tandis que les peines de toute espèce naissaient sans cesse autour de lui, tandis que ses plus ctiers amis attentaient à sa vie, et qu'il était réduit à pleurer la honte ou la mort de tous ses proches? L'infortuné voulut gouverner le monde, et ne sut pas gouverner sa maison ! Qu'arriva-t-il de cette négligence? Il vit périr à la fleur de ïàge son neveu, son fils adoptif, son gendre; son petit-fils fut réduit à manger la bourre de son lit pour prolonger de quelques heures sa misérable vie; sa fille et sa petite-fille, après l'avoir couvert de leur infamie, moururent l'une de misère et de faim dans une île déserte, l'autre en prison par la main d'un archer. Lui-même enfin, dernier reste de sa malheureuse famille, fut réduit par sa propre femme à ne laisser après lui qu'un monstre pour lui succéder. Tel fut le sort de ce maître du monde, tant célébré pour sa gloire et pour son bonheur. Croirai-je qu'un seul de ceux qui les admirent les voulût acquérir au même prix? {Emile, IV.)