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La RépubliQxœ, liv. I

MORALE ET RELIGION- ôVJ

si Socrate, avor tout son cspi'it. fut autre chose qu'un sophiste. Il inventa, dit-on. hi morale ; d'autres avant lui l'avaient mise en pratique : il ne lit que dire ce qu'ils avaient fait, il ne fit que mettre en le«:ons leurs exenq)les. .Vristide avait été juste avant que wSocrate eût dit ce que c'était que justice; Léonidas était mort pour. Gon pays avant que Socrate eût fait un devoir d'aimer la patrie ; Sparte était sobre avant que Socrate eût loué la sobriété; avant qu'il eût défini la vertu, la Grèce abondait en hommes vertueux. Mais où Jésus avait-il pris chez les siens cette morale élevée et pure dont lui seul a donné les leçons et l'exemple'? Du sein du plus furieux fanatisme la plus haute sagesse se fit entendre; et la simplicité des plus héroïques vertus honora le plus vil des peuples. La mort de Socrate, })hilosophant tranquillement avec ses amis, est la plus douce qu'on puisse désirer; celle de Jésus expirant dans les tourments, injurié, raillé, maudit de tout un peuple, est la plus horrible qu'on puisse craindre. Socrate prenant la coupe empoisonnée bénit celui qui la lui présente et qui pleure; Jésus, au milieu d'un supplice affreux, prie pour ses bourreaux acharnés. Oui, si la vie et la mort de Socrate sont d'un sage, la vie et la mort de Jésus sont d'un Dieu. Dirons-nous que l'histoire de l'Évangile est inventée à plaisir? Mon ami, ce n'est pas ainsi qu'on invente; et les faits de Socrate. dont personne ne doute, sont moins attestés que ceux de Jésus-Christ. Au fond c'est reculer la difficulté sans la détruire; il serait plus inconcevable que plusieurs hommes d'accord eussent fabriqué ce livre, qu'il ne l'est qu'un seul en ait fourni le sujet. Jamais les auteurs juifs n'eussent trouvé ni ce ton ni cette morale; et l'Évangile a des caractères de vérité si grands, si frappants, si parfaitement inimitables, que l'inventeur en serait plus étonnant que le héros. {Emile, IV Profession de foi du Vicaire savoyard.)

1. Voyez, dans ]e Discours sur la montagne, le parallèle qu'il fait lui-même de la morale de

Moïse à la sienne. OlaUh., cap.v, vers. 21. etc.) — (Note de Jean- Jacques Rousseau).

NOTICE

Dans un ouvrage destiné à d'aussi jeunes lecteurs, nous dirons peu de chose des idées politiques de Rousseau. Elles sont trop contestables, et cela par deux raisons : c'est que les unes appartiennent à une politique de sentiment et les autres à une politique de raison pure. La sentimentalité est lécueil des premières, et la chimère celui des secondes. Il fallait pourtant faire entrevoir cette face du talent de Rousseau. On l'a essayé, grâce à quelques pages où Tauteur, s'inspirant ou croyant s'inspirer de cette antiquité qu'il mit si fort et parfois si maladroitement à la mode, trace des vertus républicaines un tableau qu'il ne sera jamais dangereux de considérer. Il est certain que Rousseau est plein d'aspirations généreuses : s'en inspirer à bon escient est un beau service à lui rendre et à nous rendre à tous. Il est certain aussi qu'il connut, le premier, le pouvoir qu'ont certains mots sur la masse des hommes, et que d'autres ont abusé de ce pouvoir en son nom. Voyons clairement les choses, ne soyons pas dupes des mots, et la chose publique en ira mieux.

Rousseau fut enfin un polémiste redoutable. Le métier d'ami était avec lui déjà difficile : celui d'ennemi était désastreux. Dialecticien passionné, attaquant avec toutes ses armes le cœur et la raison à la fois, adroit sans le paraître et véhément jusque dans le sarcasme, il froissait, meurtrissait, brisait l'adversaire. Dans sa

riposte à l'archevêque de Paris, c'est lui qui semble fulminer, c'est Christophe de Beaumont qu'on croit voir demander grâce. Nous devions les principales parties de cette pliilippique à nos lecteurs, persuadé que nous ne saurions mieux finu\ C'est, en effet, la Proviyiciale de Rousseau, c'est celle du xviii^ siècle, et des fragments que nous citons on pourrait presque faire l'éloge que Voltaire adressait aux Petites lettres :« Toutes les sortes d'éloquence y sont renfermées ».

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