LA LIBERTE
tl en est de la liberté comme de ces aliments solides et succulents, ou de ces vins généreux, propres à noui rir et fortifier les tempéraments robustes qui en ont riiabitude, mais qui accablent, ruinent et enivrent les faibles et délicats qui n'y sont point faits. Les peuples une fois accoutumés à des maîtres ne sont plus en étal de s'en passer. S'ils tentent de secouer le joug, ils s'éloignent d'autant plus de la liberté, que, prenani pour elle une licence effrénée qui lui est opposée, leurs révolutions les livrent presque toujours à des séduc teurs qui ne font qu'aggraver leurs chaînes. Le peuple romain lui-même, ce modèle de tous les peuples libres ne fut point en état de se gouverner en sortant d( l'oppression des Tarquins. Avili par l'esclavage ei les travaux ignominieux qu'ils lui avaient imposés, ce n'était d'abord qu'une stupide populace qu'il fallul ménager et gouverner avec la plus grande sagesse afin que, s'accoutumant peu à peu à respirer l'air salu taire de la liberté, ces âmes énervées, ou plutôt abru ties sous la tyrannie, acquissent par degré cette sévé^ rite de mœurs et cette fierté de courage qui en firent enfin le plus respectable de tous les peuples. {Discours sur l'Inégalité.)