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On sent trop que Rousseau se peint sous ces traits

BELLES-LETTRES, MCSIQUE. 127

donne souvent une grande colère, et qu'en îirritant à dessein un méchant adroit ne pût parvenir à le faire passer pour un méchant lui-même : mais il n'en est pas moins vrai que tous les moyens ne sont pas bons à produire ces el'fets, et qu'ils doivent être assortis à son caractère pour le mettre en jeu, sans quoi, c'est substituer un autre homme au misanthrope, et nous le peindre avec des traits qui ne sont pas les siens.

Voilà donc de quel côté le misanthrope doit porter ses défauts: et voilà aussi de quoi Molière fait un usage admirable dans toutes les scènes d'Alceste avec son ami. où les froides maximes et les railleries de celui-ci, démontant l'autre à chaque instant, lui font dire mille impertinences si bien placées*; mais ce caractère âpre et dur, qui lui donne tant de fiel et d'aigreur dans l'occasion, l'éloigné en même temps de tout chagrin puéril qui n'a nul fondement raisonnable, et de tout intérêt personnel trop vif, dont il ne doit nullement être susceptible. Qu'il s'emporte sur tous les désordres dont il n'est que le témoin, ce sont toujours de nouveaux traits au tableau ; mais qu'il soit froid sur celui qui s'adresse directement à lui : car, ayant déclaré la guerre aux méchants, il s'attend bien qu'ils la lui feront à leur tour. S'il n'avait pas prévu le mal que lui fera sa franchise, elle serait une étourderie et non pas une vertu. Qu'une femme fausse le trahisse, que d'indignes amis le déshonorent, que de faibles amis l'abandonnent, il doit le souffrir sans en murmurer : il connaît les hommes.

Si ces distinctions sont justes. Molière a mal saisi le misanthrope. Pense-t-on que ce soit par erreur"? >son, sans doute. Mais voilà par où le désir de faire rire aux dépens du personnage l'a forcé de le dégrader contre la vérité du caractère-.

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