CONSEILS AUX JEUNES FILLES
Ruskin ayant fondé une ligue appelée " Guilde de Saint-George ", pour grouper les adhérentt à set doctrines, reçut, un jour, une lettre collective d'un groupe de petites filles, signée d'initiales, qui lui demandaient ce qu'il fallait faire pour avoir les statuts de celte Société et en observer les loi». Ruskin n'envoya point les statuts, mais aux jeunes filles et aux enfants qui déclaraient ainsi vouloir elfe SCS disciples, il écrivit la lettre suivante :
Mes chères enfants,
SI vous pouvez vous les payer, achetez des robes faites par une bonne faiseuse avec la précision et la perfection les plus absolues possible, mais que cette bonne faiseuse soit une personne pauvre et non une personne riche vivant dans une belle maison à Londres. « Il n'y a pas de bonnes couturières à la campagne », dites-vous. Non, mais il y en aura bientôt, si vous obéissez aux ordres de saint George, qui vous défend très rigoureusement, en vérité, d'acheter vos robes à
Londres
Employez une partie de chaque journée à
un sérieux travail d'aiguille, en faisant des vêtements aussi jolis que vous pourrez pour les pauvres qui n'ont ni assez de temps ni assez de goût pour se les faire bien.
Vous devez leur montrer, par votre propre mise, comment on s'habille d'une façon convenable, et d'une grâce modeste, et les aider à choisir ce qui sera le plus joli et le mieux séant pour leur condition. S'ils voient que vous n'essayez jamais de vous habiller d'une manière supérieure à votre rang, ils ne seront pas tentés de s'habiller au-dessus du leur.
Ne recherchez jamais les divertissements, mais soyez toujours prêtes à être diverties. La plus petite chose contient en elle de quoi jouir^ le moindre mot a de l'esprit lorsque vos mains sont occupées et que votre cœur est libre. Mais si vous faites de l'amusement le but de votre vie, le jour viendra oii toutes les contorsions d'une pantomime de Noël ne parviendront pas à vous procurer un rire honnête
Ce que vos parents veulent absolument vous faire porter comme beaux vêtements, portezle — et portez-le fièrement et gentiment pour l'amour d'eux, mais, autant qu'il est %n vous,
OONSEirS AUX JEUNES FILLES 241
veillez à travailler clia(|ue jour a vôlir quelque ôlre plus pauvre que vous. Et si vous ne pouvez le vôtir, au moins rendez-vous utiles avecvos mains. Vous pourrez faire vous-mêmes votre lit, — laver votre vaisselle, — nettoyer les objets dont vous vous servez, — si vous ne pouvez faire autre chose.
Et ne vous chagrinez ni ne vous tourmentez à cause des questions de religion et encore moins ne tourmentez les autres. Ne portez pas de croix blanches, ni de vêtements noirs, ni de guimpes. Personne n'a le droit de se promener en un uniforme agressivement céleste, — comme si c'était davantage son affaire ou son privilège que ce l'est de n'importe qui, d'être le serviteur de Dieu (1) !
Venez en aide à vos compagnes, mais ne leur parlez pas religion et seryez les gauvres, mais de grâce, petits singes, ne leur faites pas de sermons 1 Ils sont probablement, sans s'en douter, cinquante fois meilleurs chrétiens que vous, et, s'il faut que quelqu'un prêche, — laissez-le faire I Faites-vous d'eux des amis lorsqu'ils sont bien, comme vous vous en faites
(l) Ruskin vise ici, certains costumes bizarres de sectes, ligues ou " armées " pieuses anglaises et non la robe monastique qu'on ne voit guère en Angleterre.
des gens riches qui sont bien. Partagez leurs sentiments, travaillez avec eux, et au bout de tout cela, si vous n'êtes pas sûres qu'on a des deux côtés du plaisir à se voir, retirez-vous de leur chemin. — Pour ce qui est de la charité matérielle, laissez-la faire aux gens plus vieux et plus sages et contentez- vous, comme les jeunes Athéniennes dans la procession de leur déesse tutélaire, de l'honneur de porter les corbeilles...
(Lettre aux jeunes filles.)