LES PLAISIRS ^ ^ DE LA VUE
Quelle différence y a-t-il entre les jouissances très nobles et très hautes de la vue, rénîolion et le sentiment de vie supérieure et le ' plus-étre ' qui nous saisit devant une belle chose de nature ou d*art et let jouissances des autres sens qu'on a coutume de considérer comme des jouissances grossières et toutes matérielles ? Est-ce là un préjugé ou y a-t-il, entre les unes et les autres, une vraie différence fondamentale, dont la raison se puisse rendre compte et qui permette d'affirmer qu'en effet, il y a une hiérarchie dans les sens et dans les impressions et les joies des sens ? Ruskin étudie, ici, cette question et la résout.
'infériorité foncière des plaisirs des sens autres que Touïe ou la vue, c'est que l'excès en est évidemment un mal contraire à la raison. En effet, les prolonger, c'est les détruire. Ils ne peuvent coexister longtemps de suite avec les jouissances les meilleures et les véritables perfections de la nature humaine. Et cette incapacité de durer nous amène à une seconde cause d'infériorité, qui est celle-ci: les plaisirs du goût et du toucher ou toute autre jouissance sensuelle nous sont départis comme des serviteurs de notre vie et comme
des instruments de sa préservation. Us nous inclinent à rechercher les choses nécessaires à notre existence et, par conséquent, dès que ces choses sont trouvées, dès que la fonction est remplie, ces plaisirs doivent cesser, et, si on les prolonge, ce ne peut être qu'artificiellement et sous une haute pénalité. Au contraire, les plaisirs de la vue et de l'ouïe nous sont donnés comme des présents. Ils ne répondent à aucune des nécessités de la simple existence. La distinction de tout ce qui nous est utile ou nuisible pourrait être faite et est souvent faite par l'œil sans qu'il reçoive le plus léger plaisir YÏsuel. Nous aurions pu apprendre à distinguer les fruits et la graine des fleurs sans éprouver aucun plaisir supérieur à l'aspect de ces dernières. L'oreille aurait pu être dressée à discerner les sons qui communiquent les idées ou à reconnaître les signes du danger que nous fait courir un élément de la nature sans percevoir soit les mélodies de la voix, soit la majesté du tonnerre.
Et comme ces plaisirs n'ont pas de fonctions à remplir, il n'est pas de limites à leur durée^ dans l'accomplissement de leur fin, car ils sont leur propre but à eux-mêmes et ainsi peuvent être perpétuels chez chacun de