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LE SOLDAT ET LE MAROUAND

(^goïsme — paix et mort. J'ai trouvé, en résumé, que toutes les grandes nations ont a[)pris leur vérité de parole et leur force de pensée dans la puerre ; qu'elles furent nourries dans la guerre (*t ruinées parla paix; enseignées par la guerre et trompées par la paix ; « entraînées » par la guerre et trahies par la paix — en un mot qu'elles sont nées dans la guerre et qu'elles ont expiré dans la paix.

Rappelez-vous que le jeu de la guerre est le seul dans lequel toutes les facultés personnelles de la créature humaine sont mises en lumière par la manière dont elle se sert de ses armes; d'abord la grande justification de ce jeu, c'est que, lorsqu'il est bien joué, il détermine quel homme est le meilleur^ lequel a été élevé avec ^es sentiments les plus hauts, lequel a le plus d'abnégation, le moins de crainte, les nerfs les plus solides, l'œil et la main les plus justes- Vous ne pouvez jauger ces qualités à fond que s'il y a une claire possibilité que la lutte puisse finir par la mort...

(La Cow^onne d'Olivier sauvage.)

Philosophiquement, on ne comprend guère, à première vue, pourquoi un homme paisible et raisonnable, dont le métier est de vendre et d'acheter, jouirait de moins de considération qu'un homme belliqueux et souvent peu raisonnable, dont le métier est de tuer. Néanmoins, le consentement universel de l'humanité a toujours, en dépit des philosophes, donné la préférence au soldat...

Et c'est juste.

Car le métier du soldat est exactement et essentiellement non de tuer, mais de se faire tuer. Et le monde l'honore pour cela. Le métier du spadassin est de tuer. Le monde n'a jamais honoré les spadassins. La raison qui fait qu'il honore le soldat est que celui-ci tient sa vie au service de l'État. Tandis que le marchand, lui, est toujours présumé agir égoïstement. Sans doute, son travail peut être nécessaire à la communauté, mais on sait très bien que son intention n'est pas d'être utile à la communauté, mais à lui-même. En sorte que, parmi les cinq professions intellectuelles les tlus nécessaires à la vie de la nation, il exerce

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