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ENVOI

humbles suscités par les heures héroïques que nous vivons. Mais aux amis éloignés nous préférons offrir ses plus touchantes visions de guerre, ses plus nobles accents lyriques.

De tous côtés, paraît-il, on demande des livres de France; en voici un, en voici deux, en voici trois; en voici d'autres encore si les lecteurs les désirent.

Que nos Alliés, nos amis, cherchent dans ces pages ce que nous y avons puisé nous-mêmes, qu'ils y trouvent surtout la curiosité et l'amour des choses de la vraie France.

Marguerite-Fernand BALDENSPERGER.

Lors â!un voyage aux Etats-Unis, V auteur de cette notice a été 'prié, à t^^ois reprises, de parler de Maurice Barrés à des groupes d'A lliance française ou d'Universités. C était au cours de V hiver 19i3-19i4y alors que seule une minorité clairvoyante apercevait, dans un monde éperdu de développement économique, de réforme sociale, de pacifisme et de bien-être, les signes menaçants d'une lutte formidable.

Entretenir des auditoires américains, même sympathiques, d'une personnalité et d'une œuvre aussi éloignées de l'entrain, de l'optimisme naturel, de la forte simplicité qui prévalent là-bas, quel paradoxe ! J'ai senti pourtant s'éveiller de vivantes affinités entre mon sujet et mes divers publics.

While on a journey in the United States, the author was requested again and again to lecture on Maurice Barrés betbre the audiences of the Alliance Française and at the universities. This was in the winter of 1913-14, while the world was still absorbed in économie developments, social reforms, pacifism and prosperity, and at a time when very few people perceived the symploms of the présent struggle.

At first sight it seemed a hard thing to arouse interest in American audiences for a personality and a life work so removed from American optimism and active singlemindedness as Maurice Barrés and his books appeared to be. And y et I felt that there were living affînities between my subject and my varions publics.

A Boston, en pleine « Nouvelle Angleterre » inquiète de se voir débordée par une Amérique à laquelle elle ne réussirait plus à imprimer sa marque^ la défense d'une personnalité contre V envahissement des « autres » offrait de piquants problèmes . On put s^intéresser à Ann Arbor^ sur les confins de V Amérique germanisée du « Middle West », aux résistances opposées chaque jour, par les Bastions de TEst, à la vague incessante et trouble de V Allemagne prolifiqtte. A Berkeley enfin, près de San Francisco, dans cette Californie effervescente, qui se sent si jeune et croit rC avoir point de passé. Vidée même d'v/ne tradition, qui supporte d'une tige séculaire la sensibilité de chacun de nous, parut éclairer d!une lumière soudaine bien des inquiétudes et des doutes actuels.

Entre Maurice Barrés et des lecteurs d'outre-

Naturally enough, at Boston, where tbe New Englanders are conscious of being overrun by an America upon which they hâve been unable to set Iheir own stamp, — Barrés' obstînate defence of national ideals against foreign inroads ofifered points of interest. Again, at Ann Arbour, where the incessant flood of prolific Germany beats against the outposts of the earlier Americanism, much as the same flood beats against the old civilization of Lorraine, of which Barres is the champion, — at Ann Arbour some curiosity was aroused. And flnally at Berkeley, near San Francisco, in that effervescent California, which feels so young and thinks it has no past of ist own, the conceptions of Barrés, who represents an endeavour to préserve ail that is vénérable and beautifui in a complex past, were welcome and threw light on many questions which disquiet even new countries.

It now seems to me that the war itself créâtes new bonds

PRÉFACE - il

Mer, la guerre ne crée-t-elle pas^ en ce moment, de nouvelles consonances? Et par l'ampleur de cette lutte y à laquelle les neutres ne sauraient échapper et qui rend aux frontières, de par le monde, une rigueur et un sens auxquels on ne croyait plus, cet auteur « nationaliste » n^ est-il pas en voie de se créer un public déplus en plus étendu?

De tous les écrivains français de grand style, Maurice Barrés est sans doute, par sa collaboration presque journalière à TEcho de Paris, le plus efficacement engagé dans le détail quotidien de la guerre. Les œuvres d' assistance auxquelles il préside , depuis le début de la lutte complètent sans la remplir son activité d'animateur, de héraut d'armes et de sonneur de ralliement : ce grand artiste est vraiment devenu — selon un jeu de mots qui voulait être du

between the spirit of Barrés and his readers in those new realms beyond the sea. It may be that Barrés the Nationaltst is about to find an ever wider public through the very amplitude of this war, which the neutrals cannot escape from, and which gives back to the word « frontiers », ail over the world, its half-forgotten signification.

Among ail the master writers of France, Maurice Barrés bas laid his hand most powerfuUy upon the daily détails of the war. The work on commissions which he bas doue since its outbreak is the complément to his work as.an animator, as a herald who calls to arms. This great artist bas actually become — as was truly said of him, though said in jestthe littérateur, if not the libérateur of his native soil.

persiflage et se trouve une vérité — « le littérateur du territoire » .

Tout le préparait à ce rôle : son ongine vosgiemie, qui Va fait naître en Vun des points les plus sensibles de la lutte séculaire entre V Allemagne et la France; la courbe même de son œuvre antérieure évoquait depuis longtemps des épisodes du conflit qui — même en temps de paix — met aux prises dans les Marches de l'Est deux civilisations; sa ferveur d'héritier de Paul Déroulède, le fondateur de la Ligue des Patriotes, V apôtre claironnant , quarante années durant, de la lutte contre la nouvelle Germanie; et même des aspects plus subtils de la sensibilité barrésienne, sa puissance d^ émotion devant la mx)rt et la souffrance physique, une sorte d'acre volupté des ruines qui l'apparente à GJiateaubriand, ne laissent pas d'accorder tout son talent d'écrivain à V unisson

l des douleurs nationales, vaillamment supportées,

. intensément ressenties.

Ail things assigned him to this rôle : first, his birth in the Vosges, one of the provinces most troubled by Ihe agelong conflict between Germany and France; next, his very changes of attitude in his earlier works were indicative of the antagonism which even in times of peace makes two civilizations clash on our eastern border; again, his zeal as successor to Paul Déroulède, the founder of the League of Patriots and the apostle who for forty years sounded the battlenote against the new Germany; lastly, the subtle sensibility of Barrés' own nature, his keen susceptibility to scènes of death and suffering, his gloomy fondness for ruins which makes him akin to Chateaubriand — ail thèse things fitted him to be Ihe writer of national calamities, intensely felt and bravely endured.

Maurice Barrés est né en d862, à Charmes, 'petite ville vosgienne où s'était fixé son grand-père , ancien soldat originaire d^ Auvergne qui avait fait les guerres du premier Empire. Ses années d^ enfance se passèrent à quelques lieues de la frontière imposée à la France par le traité de Francfort. Dans la Lorraine française, après ce traité, comment n^ eussent-elles pas été de tous les jours et de totis les instants, l'angoisse patriotique et la piété pour les morts? Pour une sensibilité enfantine, ombrageuse et enfiévrée^ la destinée même de la Lorraine, éternettement balancée entre la France et la Germanie et incapable de se créer entre ces deux voisines la destinée historique indépendante à laquelle cette belle province avait droit, pouvait sembler refléter le douloureux problème du « moi », toujours menacé par les « barbares », maintenant à grand peine un équilibre précaire entre sa loi intérieure propre et les exigences du monde extérieur.

A ce problème fondamental de tout individualisme

Maurice Barrés was born in 1862, ai Charmes, a little town in the Vosges, where his grandfather had settled. This grandfather was an old soldier of Auvergne, who had followed the campaigns of the First Empire. Maurice's early years were spent some miles from the frontier imposed by the Treaty of Frankfort upon France. In French Lorraine the people lived in constant anguish over the fate of their country and the death of their sons. The destiny of Lorraine — eternally balanced as the land was between France and Germany, forbidden, to develop any independent historié existence, cheated of its fate, shorn of its birthright — may hâve suggested to the feverish sensibility of the child Barrés theproblemof the self, which for ever struggles to maintain

se rapportenty à vrai dire^ les premiers livres de Barrés. Ses études à Nancy, ses débuts dans le monde littéraire parisien, en développant chez ce jeune orgueilleux un sentiment croissant de sa valeur, lui imposaient aussi le goût de cacher d'abord sa pensée sous vm voile d'ironie et de subtile malice. La « culture du moi » prétendit mettre en forme, à la manière des livres de direction spirituelle, tous les principes de la gymnastique intérieure la plus raffinée. Un art merveilleusement fertile en ressources expressives permettait de fixer les moindres tressauts de la vie intérieure. Benjamin Constant, Sainte-Beuve, Gœthe patronnaient de loin ce souple intellectualisme. Ernest Renan, le Renan de la fin, le souriant vieillard qui instituait des doubles à toutes les certitudes, apparaissait comine le parrain plus vivant d^ un jeu séduisant et pervers. Et des voyages

an equilibrium between its own interior laws of feeling and the exigencies of the external world.

The fîrst books of Barrés were, in fact, deyoted to this, the fandamenial problem of ail individualisai. His studies at Nancy and his first ventures in the literary world of Paris begat in this young protagonist a growing sensé of his own value and confirmed his taste for veiling his meaning under fine irony and sly subtleties. In his cultivation of self he undertook to formulate, after the manner of the manuals of spiritual dévotion, certain principles of a « gymnastique intérieure ». His art was extremely resourceful in finding expressive images which enabled him to define the most délicate shades of mental expérience. Benjamin Constant, Sainte-Beuve and Gœthe were the geniuses who presided over his délicate intellectualism. Ernest Renan — the later Renan, the smiling sage who found counterparts to ail our

vers les pays et les sites les mieux propre^ à éveiller de vifs états d'âme, Venise, V Espagne de Séville ou de VEscurial, complétaient les découvertes que prescrivait une telle « psychothérapie ». Mêm^e les débuts de Barrés dans la vie politique, son entrée dans le houlangisme et ses campagnes électorales, laissaient la balance indécise entre la recherche éperdue, chez ce précoce ennuyé de fière mine, de nouveaiùx états d'âm£, et le désir passionné dam^ender en France le régime parlementaire pour retrouver les sources jaillissantes du vrai sentiment national.

Au bout de cette « recherche du moi », Barrés en quête dun fond plus solide où fixer sa mobilité, s'arrêta à un principe qui n'est pas tout à fait la a tradition » ni tout à fait le « peuple » ou la « nation » ou V « hérédité »^ mais qui tient de tout cela

certitudes — seems to hâve been the more immédiate progenitor of this perverse, seductive passion for analysis. Many joumeys to those countries and to those ancient sites which most appeal to men of sentiment — to Venice, to Seville, to the Escurial — completed his emotional éducation. Barrés' entry into poli tics, created a rivalry between his desperate search for new sensations and his passionate désire to discover in an improved parliamentary government the well-springs of a sound national sentiment.

In the final outcome, his « search for the self » led Barrés to the discovery of a principle which was neither altogether « tradition », nor altogether « the people » nor « the nation » nor « heredity » ; but which contained a little of ail thèse

ensemble, et qui forma désormais comme la basse continxie sur laquelle se détacheront les nuances de ses émotions. Et qui exigerait, d'un artiste délicat, une doctrine rigoureuse de sociologie ou de politique? C^est dans ses contradictions mêmes que réside une partie de son charme...

Il faut lire, dans les Déracinés, les pages oit, Taine, remplaçant désormais Renan parmi les chefs intellectuels de Barrés, ou du personnage qui parle en son nom, explique à celui-ci la loi de soumission et de persistance que révèle un bel arbre — un simple platane de V Esplanade des Invalides. Sa forme lui est donnée, une fois pour toutes, et il lui suffit de la remplir, pour avoir du même coup épuisé toutes ses possibilités et utilisé toutes ses énergies. Il est « enraciné », et fait affluer à toutes ses feuilles les sèves qu'il sait puiser dans un terroir propice. Ainsiy selon Barrés, un ensemble de conditions se crée, à

things and which thenceforth became the basis or substratum in his mind to which the varions shades of meaning in his thought are ail fundamentally related. One cannot, of course, insist that so refîned an artist shall foUow a rigorous System of sociology or of political science. A great part of Barrés' charm is due to his very contradictions.

One should read the pages of his « Déracinés ». In this book Taine replaces Renan as the chief of Barrés' gods and explains to Barrés the law of submission and persistence which a fine tree reveals — a simple plane-tree on the Esplanade of the Invalides. Its type is fixed : to this fact are due both its perfections and its limitations. It is rooted and sends to ail its leaves the sap which it draws from the propitious earth. In like manner, reasons Barrés, a habitat is made for each one of us by the centuries, and this ren-

travers les siècles j pour chacun de nous y qui rend dangereuse et souvent fatale notre transplantation dans un nouveau milieu, que ce soit le dépaysement par les idées ou le déracinement matériel. Thèse singulièrement étroite s'il fallait la prendre dans sa rigueur^ mais qui proteste à juste titre contre les dissonances et les désaccords provoqués par Vémiettentent et V eoopatriation commodes des temps mo- I demes^ et surtout contre V attrait si souvent corrosif \des très grandes villes.

Du même coup Barrés déterminait son programme de Lorrain à V égard de la France. La Lorraine^ longtemps disputée, conquise par la France aux XVir et XVÎir siècles, est devenue Vune des provinces les plus virilement, les plus activement patriotes : chez elle, plus que dans telle autre partie du pays, la qualité française était maintenue par un effort constant contre Véta^nel empiétement germanique; les meilleurs aspects de la civilisation fran-

ders any transplantation dangerous, — whether through a material uprooting or through our expatriation from our native ideals. The thoujght, taken slriclly, is a narrow one, but it expresses welL enough the damages and the dissonances which resuit from the fréquent transplantations of contemporary life and above ail from the corrosive fascination of great cities.

Barrés drew his prdgram for Lorraine by the light of the same analogy. The long-disputed land of Lorraine, which was conquered by France in theseventeenth and eighteenth centuries, has becorae one of the most virile and most pa- Iriotic provinces of France. Hère more than eisewhere on French territory the spirit of France was kept alive by a constant struggle against Germanie encroachment. The best

MAURICE BABRÊf!, 2

çaise : le tact^ la générosité , la modération des pro-pos et des ambitions, l'aménité entre les personnes et la faculté de pouvoir communiquer vraiment (( d^homme à homme », étaient acceptés et gardés, non comme une chose qui va de soi, mms comme un patrimoine précieux et toujours menacé; et V Alsace toute voisine sait bénéficier, elle aussi, de toutes les richesses dont la France a pu lui faire comprendre la beauté pendant des siècles de f?anche et libre union,

La religion catholique^ telle que souhaitent la conserver les majorités essentielles de ces pays, est un des soutiens de cette civilisation si humaine, si modératrice^ si bien accordée avec l'aspect physique et le visage de ces terres mollement ondulées, coupées de régions de bois ou d^ étang s qui restent aisément accessibles à l'effort de Vhabitant, dominées par des sanctuaires plus mystérieux et chargés de poésie^ Sainte-Odile, Sion-Vaudémont, où s'accumulent le lyrisme et la légende de contrées entières.

French traditions — tact, generosity, tolérance, the social amenities and the habit of free speech between man and man — were received and preserved not as matters of course but as precious inheritances which were always in danger. And Alsace also has known how to profit by propinquity in the riches whose value had been shown to her during the centuries of free and willing union when she was part of France.

The catholic religion, as it is professed in thèse coun tries, is one of the mainstays of their civilization, — a civïlization so humane, so tolérant, so well-agreeing with the face and aspect of nature in those gently-roUing lands, where the fores ts and lakes lie close underthe hand of man. The hills

Dès lors^ Au service de TAUemagne, Colette Baudoche, la Colline inspirée reprennent divers aspects de Vétemel problème. La Grande pitié des Églises de France défend les humbles monuments dCune foi qui ne devrait pas cesser de coopérer avec les forces de civilisation. Des livres de polémiqua protestent contre les déformations qv£ la politique apporte aux réelles volontés nationales. Et sur ces sujets^ dont une sèche sociologie ferait aisément une matière à statistique, se joue une merveilleuse fécondité de ressources, multipliant les trouvailles d^eœpression, les saisissantes variations de ton. Les échappées éloquentes à côté des raccourcis iro- I niques : livres difficiles à classer dans un genre \ déterminé, dont le roman, la confession, la chro- ; nique ou le poèms en prose ne définiraient pas tout

are crowned with mysterious sanctuaries full of accumula ted poetry. In Sainte-Odile, in Sion-Vaudémont, survive the lyric feelîng and the legends of whole provinces.

Accordingly Barrés, in his books, Au Service de l'Ailemagney Colette Baudoche^ la Colline inspirée^ takes up différent aspects of the everlasting question. La Grande Pitié des Églises de France champions the humble monuments of afaith which should not cease to co-operate with the forces of civilization.

His polemical books protest against those misrepresentations which politics throw upon the deeper instincts of the nation. Thèse subjects, which in the hands of a dry sociologist would easily turn into statistical matter, are treated by Barrés with marvellous facility and resource, with a wealth of happy expressions and dramatic changes of mood; with Qashes of éloquence filanked by laconic irony. His books, are hard to classify whether as romances, confessions, chronicles or poems in prose ; yet thèse nondescripts

le contenu et qui mettent leur auteur au 'premier rang des 'prosateurs français.

C'est tout cela qui préparait Barrés à tenir la place que Von sait dans le journalisme de la Guerre.

Écrit en juin J 9 J ô,

Fernand BALDENSPERGER, professeur à la Sorbonne, mobilisé depuis le 2 août 1914 aux armées de VEst.

hâve placed their aulhor in ihe first rank of Ihe '^^TÎters of French prose.

Ail thèse things takea together hâve prepared Barrés to fîll the place which he does in the journalism of ihe war.

Wrilten in June 1915,

by Fernand BALDENSFERGER, professer of the Sorbonne, mobilized since the 2d of August 1914 aux armées de l'Est.

MALRICK BAItltKS VICRS uso.

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