LA MORT
Mourir? 0 chair vivante, est-ce un si rude effort Ou'il faille, pour calmer ta révolte dernière, Avec le bruit payé d'une vaine prière, Comme on berce un enfant, te dorloter ta mort?
Mourir ?0 cœur vivant, il le [ilail donc bien fort, L'étroit et dur cachot qui te sert de tanière, Que tu ne trouves pas en toi la force altière D'affronter celle nuit d'où nul appel ne sort ?
Quoi que ce soit : enfer peuplé de cris sauvages, Anéantissement éternel, ou voyages A travers l'infini du monde sidéral,
Tu ne trouveras pas, pauvre chair harassée, Ni toi, cœur lamentable, un plus terrible mal, Plus lancinant et plus cuisant que la Pensée.
MORTUJE.
Je n'ai gardé de toi, ma Mère, douce morte, — Oh ! si douce ! — qu'un vieux portrait où Ton te voit Accoudée, appuyant ta tempe sur ton doigt, Comme pour comprimer une peine trop forte.
Quand tu songeais ainsi, Mère, je n'étais pas, Tu n'avais pas tiré mon être de ton être... Réponds ! devinais-tu qu'un fils devait te naître Que tu devais laisser orphelin ici-bas ?
Voyais-tu mon destin d'avance, et mon angoisse. Et ce cœur, né du tien, que tout maltraite et froisse, Etcette hérédité de tes plus noirs ennuis ?
Réponds ! figure aimée et si vite ravie
Qui, de tes sombres yeux, pareils aux miens, me suis :
Avais-tu déjà peur de me donner la vie ?