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LE COIN DES NAUFRAGES DE PORS-EVEN

Oh! combien de marins, combien de capitaines, Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines, Dans ce morne horizon se sont évanouis! Combien ont disparu, dure et triste fortune! Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune, Dans l'aveugle Océan à jamais enfouis!...

(V. Hugo, les Rayons et les Ombres.)

Le père de Gaud avait eu jadis des intérêts communs avec celui d'Yann et lui redevait une centaine de francs pour la vente d'une barque qui venait de se faire à la part. Sa fille lui demanda d'aller porter elle-même cet argent chez les Gaos. Elle avait une curiosité anxieuse de cette famille d'Yann, où elle entrerait peut-être un jour, de cette maison, de ce village. En outre, elle s'arrêta pour prier devant le

tombeau vide des pêcheurs islandais — le cœur plein de larmes, troublée par de sinistres pressentiments.

... Elle arriva à une chapelle qu'on apercevait sur une hauteur. C'était une chapelle toute grise, très petite et très vieille; au milieu de l'aridité d'alentour, un bouquet d'arbres, gris aussi et déjà sans feuilles, lui faisait des cheveux, des cheveux jetés tous du même côté, comme par une main qu'on y aurait passée.

Et cette main était celle aussi qui fait sombrer les barques des pécheurs, main éternelle des vents d'ouest qui couche, dans le sens des lames et de la houle, les branches tordues des rivages. Ils avaient poussé de travers et échevelés, les vieux arbres, courbant le dos sous l'eiïort séculaire de cette main-là.

Gaud se trouvait presque au bout de sa course, puisque c'était la chapelle de Pors-Even; alors elle s'y arrêta pour gagner encore du temps.

Un petit mur croulant dessinait autour un enclos enfermant des croix. Et tout était de la même couleur, la chapelle, les arbres et les tombes; le lieu tout entier semblait uniformément hâlé, rongé par le vent de mer ; un même lichen grisâtre, avec ses taches d'un jaune pâle de soufre, couvrait les pierres, les branches noueuses, et les saints en granit qui se tenaient dans les niches du mur.

Sur une de ces croix de bois, un nom était inscrit en grosses lettres : Gaos. — Gaos, Joël, quatrevingts ans.

Ah! oui, le grand-père; elle savait cela. La mer n'en avait pas voulu, de ce vieux marin. Du reste,

plusieurs des parents de Yann devaient dormir dans cet enclos, c'était naturel, et elle aurait dû s'y attendre; pourtant ce nom-là sur cette tombe lui faisait une impression pénible.

Afin de perdre un moment de plus, elle entra dire une prière sous ce porche antique, tout petit, usé, badigeonné de chaux blanche. Mais là elle s'arrêta, avec un plus fort serrement de cœur.

Gaosf encore ce nom, gravé sur une des plaques funéraires comme on en met pour garder le souvenir de ceux qui meurent au large.

Elle se mit à lire cette inscription :

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