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LOTI LACHE DES OISEAUX CHANTEURS DANS LE BOIS DE .FATAOUA

On n'entend aucun chant, d'oiseaux dans les bois tahitiens : les oreilles des Maoris ignorent cette musique naïve qui, dans d'autres climats, remplit les hois de gaieté et de vie.

Un jour, Loti, accompagné de la petite princesse Pomaré et de troisautres personnes, se rendit dans le bois de Fataoua, et là, sous l'ombre épaisse, dans les lianes et les grandes lougèrcs, il lâcha toute une bande d'oiseaux chanteurs.

... Le jour fixé par la petite princesse pour lâcher dans la campagne les oiseaux chanteurs était arrivé.

Nous étions cinq personnes qui devions procéder à cette importante opération, et, une voiture partie de chez la reine nous ayant déposés à l'entrée dos sentiers de Fataoua, nous nous enfonçâmes soiia bois.

La petite Pomaré, qu'on nous avait confiée, marchait tout doucement entre Rarahu et moi qui, tous deux, lui donnions la main; deux suivantes venaient par derrière, portant sur un bâton la cage et ses précieux habitants.

Ce fut dans un recoiti délicieux du bois de Fataoua, loin de toute habitation humaine, que l'enfant désira s'arrêter.

C'était le soir; le soleil déjà très bas ne pénétrait plus guère sous l'épais couvert de la forêt; audessus de toute cette végétation, il y avait encore les grands mornes qui jetaient sur nous leurs ombres. Une lumière bleuâtre, qui descendait d'en haut comme dans les caves, tombait à terre sur un tapis de fougères fines et exquises; sous les grands arbres s'étalaient des citronniers tout blancs de fleurs. On entendait de loin dans l'air humide le bruit de la grande cascade; — autrement, c'était toujours ce silence des bois de la grande Polynésie,

— sombre pays enchanté, auquel il semble qu'il manque la vie.

La petite-fille de Pomaré, grave et sérieuse, ouvrit elle-même la porte aux oiseaux, et puis nous nous retirâmes tous deux pour ne point troubler ce départ.

Mais les petites bêtes avaient l'air peu disposées à prendre la volée. Celle qui la première passa la tête à la porte, — une grosse linotte sans queue, — parut examiner attentivement les lieux, —et puis elle rentra, eiïrayée de ce silence et de cet air solennel,

— pour dire aux autres sans doute : a Vous vous trouverez mal dans ce pays; le Créateur n'y avait

point mis d'oiseaux; ces ombrages ne sont pas faits pour nous ».

II fallut les prendre tous à la main pour les décider à sortir, et quand toute la bande fut dehors, sautillant de branche en branche d'un air inquiet, — nous retournâmes sur nos pas.

II faisait déjà presque nuit. Nous les entendîmes derrière nous jusqu'au moment où nous fûmes hors des grands bois...,

(Le Mariage de Loti.)

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