Baer, p. 60. Je ne sais si ces mots sont une sorte de
La marche commença, éclairée par un détachement de cavalerie qui devait reconnaître les rues que le cortège allait traverser. A chaque instant des ordonnances passaient et repassaient au galop avec le rapport que tout était tranquille. A l'avantgarde marchaient les hussards polonais armés de pied en cap, sur vingt de front, la lance sur la cuisse, précédés de leurs trompettes et de leurs timhalles. Venaient ensuite dans le même ordre les soldats étrangers, les Cosaques et les strelitz. Démétrius, affectant de s'entourer de ses sujets russes, paraissait monté sur un cheval magnifique, au milieu d'une foule de boyards vêtus de leurs habits de gala. Toutes les cloches étaient en branle, et les rues remplies d'une foule compacte; les toits même étaient couverts de spectateurs qui faisaient retentir l'air de joyeuses acclamations. Partout sur le passage du tsar la foule se prosternait, en s'écriant dans le langage poétique familier au peuple russe : « Vive a notre père! Que le Seigneur te couvre de son ombre « dans le chemin de la vie! — Qu'il te donne tou- (( jours la même miséricorde qui déjà t'a sauvé des (c méchants! — Nous étions dans les ténèbres, voilà (( notre rouge soleil qui reparaît! » — ce Levez-vous, (( mes enfants, disait Démétrius, et priez Dieu pour a moi K » Arrivé sur la grande place devant le Kremlin, Bogdan Bielski, à qui sa qualité d'exilé
salutation pieuse, ou bien si Démétrius faisait ainsi allusion au cri de guerre des Allemands : HilfGottl
1. Petreïus, p. 315 et suiv. Le même mot russe : krasnoe (solntse), signifie rouge et beau. C'est une de ces métaphores originales si fréquentes dans une langue qui n'a pas encore été travaillée par les pédants.
SOUS le règne précédent donnait une sorte de prééminence parmi les boyards, ôtant son bonnet, rendit grâces à Dieu pour la conservation miraculeuse du tsar, et adjura le peuple de lui être fidèle; puis tirant de son sein une image de saint Nicolas, il la baisa comme pour sanctifier son serment et s'écria d'une voix forte : « Peuples! honorez et défendez votre seigneur ! » La foule répondit tout d'une voix : « Dieu soit en aide au seigneur tsar et confonde tous ses ennemis ^ » En ce moment un tourbillon de vent soulevant des flots de poussière obscurcit la place et déroba le tsar et son cortège à la multitude aveuglée. Les Moscovites superstitieux s'effrayèrent du présage. « Malheur! » s'écrièrent quelques voix^; mais le tourbillon passa et le sinistre augure fut aussitôt oublié. Tous les cœurs se livraient à l'espérance. Démétrius était jeune, bon cavalier; il avait cet air affable et hardi qui plaît toujours à la multitude; chacun avait cherché et cru voir sur son visage les signes connus qui attestaient son origine. (( C'est notre vrai tsar, disait-on, la race de Rurik ne périra point. »
A la porte de la cathédrale, le clergé en habits de fête s'avança portant les saintes images. Démétrius mit aussitôt pied à terre et les baisa avec dévotion; maais en ce moment, soit par ignorance des usages russes, soit par une malice militaire, les trompettes des Polonais sonnèrent une fanfare qui couvrit les chants de l'Église ^ Outre le scandale choquant pour