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On donnait souvent à César le nom de Fils de Vénus

tante, Marius le plébéien à deux noms^ Quelquefois, lorsque dans la curie il prenait la parole, les vieux sénateurs tremblaient, croyant revoir G. Gracchus. L'instant d'après le tribun fougueux avait disparu, il ne restait plus qu'un élégant débauché, ce II me rassure, disait Gicéron, quand je le vois se gratter la tête du bout de l'ongle. S'il voulait bouleverser la république, il serait moins inquiet de sa coiffure -. »

César se connaissait-il lui-même? Avait-il déjà conçu quelque grand dessein? Geux-là pouvaient répondre qui l'avaient vu pleurer devant la statue d'Alexandre, ou qui l'avaient entendu répéter ce vers d'Euripide :

S'il faut briser les lois, que ce soit pour l'empire.

Ge prodige effrayant de vigilance, d'audace, d'activité, conçut dès l'enfance le projet de devenir le premier citoyen de Rome, c'est-à-dire le maître du monde, et ce but, il l'eut sans cesse devant les yeux et ne s'en écarta pas un moment. A dix-sept ans, en face de Sylla tout couvert du sang des proscrits, il comprit que la force véritable était dans le parti populaire , et seul debout sur les ruines de sa maison, il osa se poser comme l'héritier de Marius et tenir tête à l'impitoyable dictateur. Quelques années plus tard, n'ayant encore exercé aucune

1. N'avoir que deux noms était la preuve d'une basse origine; il fallait au moins en avoir trois.

2. César fut chauve de bonne heure et cherchait à dissimuler ce défaut.

ÉTUDES SUR l'histoire ANCIENNE. 233

charge publique, il parvenait à séduire Pompée, à le soustraire à l'influence du sénat, à lui faire adopter les mesures qui rendaient au parti démocratique ses armes les plus dangereuses. Ses vices mêmes avaient un but politique; ses biens dissipés dans des profusions calculées lui avaient valu de nom breux amis; ses dettes attachaient à sa fortune tous les riches de Rome. A peine entré dans le sénat, non comme un candidat timide, mais comme un ennemi audacieux qui s'ouvre une brèche, il voyait s'aplanir devant lui la carrière des honneurs. Adoré du peuple, confident de Pompée ou plutôt son mauvais génie, placé par sa naissance et par son habileté reconnue à la tête d'une faction nombreuse et puissante, que pouvait-il attendre d'une alliance avec ' des hommes tels que Catilina et ses complices? Assurément César voulait abattre le pouvoir du sénat, mais il sentait fort bien que le temps n'était pas encore venu pour lui de recueillir son héritage. Aucune action de sa vie n'indique l'impatience, et tout prouve quïl savait ménager une proie qui ne pouvait lui échapper, et qu'il n'aurait consenti à partager avec personne.

Une autre considération achève de rendre tout à fait invraisemblable cette union supposée entre César et Crassus. Leurs relations étaient loin d'être alors ce qu'elles devinrent dans la suite. Sortis de camps ennemis, professant des opinions politiques opposées, ils n'avaient de commun que leur haine contre le gouvernement du sénat. En admettant même que Crassus eût pu accepter la dictature offerte par les conjurés, il n'eût pas apparemment

choisi pour Maître de la cavalerie, c'est-à-dire son lieutenant, l'homme qu'il regardait comme la créature de Pompée, ou plutôt comme l'agent principal de ses intrigues à Rome. Enfin, César et Crassus convoitaient alors l'un et l'autre l'administration de l'Egypte, et cette riche proie aurait suffi pour diviser deux hommes également avides et ambitieux.

Il est possible, au reste, que les conjurés, pour recruter plus facilement des complices, se soient vantés de l'adhésion qu'ils auraient obtenue de personnages qui représentaient deux factions puissantes. Parmi les affiliés subalternes, plusieurs croyaient peut-être à la réalité d'une alliance entre Catilina, Crassus et César, et même quelques-uns des chefs se flattaient vraisemblablement qu'un premier succès lèverait tous leurs scrupules et les rallierait décidément à leur cause.

Le caractère et les habitudes des principaux conjurés rendaient le secret difficile; aussi, soit par les indiscrétions, soit par les révélations de quelquesuns d'entre eux, le gouvernement fut averti, et les consuls se tinrent sur leurs gardes.

Conjuration de Catilina. (Études sur l'Histoire romaine.)

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