‹ Pages choisies [Texto impreso]Chapitre 11 sur 49 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

PRÉFACE

était au fond un grand enfant sage qui avait horreur des titres et des honneurs .

Ce grand enfant sage qui n aimait pas beaucoup rire avait cependant une âme pure comme ses idées et parfois des gestes tout à fait ingénus. On raconte que souvent , avant de se mettre à rédiger ses articles dans le cabinet directorial du journal montevidéen dont il fut deux ans le rédacteur en chef , ils’ amusait à placer en face de son siège un caïman disséqué et dans la bouche duquel il mettait une cigarette. Plus d'une fois , il lui arriva , après des moments de méditation et d'absence , de rire silencieusement , en se trouvant, tout à coup, face à face avec l'animal qu'il avait lui-même placé dans une attitude si baroque.

En général, quoique simple et très serviable , il n' aimait pas la familiarité et n’avait pas toujours l'air d’écouter votre conversation. Mais quand il y entrait, il se donnait tout entier, et, de même que dans certains entrefilets insérés dans des journaux de combat, il y montrait une veine humoristique remarquable qui prouvait une fois de plus la flexibilité de son vaste esprit.

Les intellectuels de l’ Amérique latine, dont l’unité continentale ne fut conçue avant Rodô que par le grand Bolivar, comprirent, de bonne heure , les profitables leçons de fauteur d'Ariel et de Motivos de Proteo. La partie la moins originale de ceux-ci, pleine d’ anecdotes, de portraits historiques, et de maximes morales, servira toujours d' enseignement à ceux qui n'ont pas beaucoup lu, tandis que certaines paraboles qui renferment, dans des phrases captivantes, des vérités universelles, feront toujours la joie de ceux qui aiment les choses belles et profondes.

^ XVII RODO. — b

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