‹ Pages choisies [Texto impreso]Chapitre 40 sur 49 · LA CRÉATION DE LA FORME · texte numérisé non relu

LA CRÉATION DE LA FORME

lutte, restent ensuite dans votre imagination et dans vos nerfs les vestiges du feu qui a passé. Vous laissez sur les pages noircies quelque chose de vos entrailles et de votre vie. Que vaut, à côté de cela, la spontanéité facile à contenter de celui qui n'oppose au flot de la phrase incolore et inexpressive aucune, résistance personnelle, aucune hautaine opiniâtreté à la révolte du mot qui se refuse à livrer son âme et sa couleur?... Car il ne faut pas confondre le combat du style avec la froide patience du rhéteur, qui ajuste péniblement, dans la mosaïque de sa correction convenue, des mots que n'a point embués le souffle tiède de l’âme. Ce serait comparer une partie d’échecs à un combat où le sang coule et où l’on se dispute un empire. Celui du style est une épopée qui a pour champ d’action notre nature intime, les plus secrètes profondeurs de notre être. Les poèmes de la guerre ne nous parlent point d’énergie plus superbe, ni de carnages plus cruels, ni, dans la victoire, de plus hautes et de plus divines effusions... Oh ! Iliade formidable et belle, Iliade du cœur des artistes, dont les combats ignorés mettent au monde la joie, l’enthousiasme, et la lumière, comme font l’héroïsme et le sang des véritables épopées ! Une fois il a fallu que tu fusses écrite, afin que, narrée par un de ceux qui te portèrent en euxmêmes, fût conservé en toi le témoignage de quelques-unes des plus pathétiques émotions humaines. Et ton Homère aurait pu être Gustave Flaubert.

CEUX QUI SE TAISENT

Une des plus profondes impressions de respect que j’aie éprouvées dans le monde, est celle que me produit certaine famille d’esprits — assurément très rares et, plus encore que rares, difficiles à reconnaître si l’on n’a point pénétré leur intimité la plus exquise — certaine famille d’esprits qui unissent au sentiment infaillible, parfait, aristocratique de la beauté dans les choses de l’art, l’absolu désintéressement avec lequel ils professent, en secret, son culte, exempts de toute stimulation de la renommée, de tout but de critique ou de production, de toute convoitise simoniaque de vanité. Us comprennent l’œuvre de beauté dans ses plus délicates nuances, avec cette plénitude d’intelligence et de sympathie qui est une seconde création ; ils sont le lecteur ou le spectateur idéal auquel l’artiste a songé ; ils donnent leur âme tout entière dans le sacrifice religieux de l’émotion artistique, dans cette immolation absolue de la personnalité d’où, s’élance le vol du mysticisme de l’art. Ils gardent en soi l’écho éternel par quoi se prolongent les accents vrais, originaux, du poète, que le vulgaire ne perçoit qu’embrouillés et mutilés, et les très clairs reflets qui reproduisent, avec la matinale fraîcheur de l’inspiration créatrice, l’image du tableau ou de la 'statue. Us sont la compensation de la vulgarité triomphante et bruyante, de la basse exhibition, de l’abominable snobisme. Us sauvent, dans le port abrité et calme de leur

CEUX QUI SE TAISENT

mémoire pieuse, les noms et les œuvres que l’injustice ou l’indolence d’une époque ont condamnées à l’oubli commun. Le mensonge frappé en fausse monnaie de renom et de gloire n’a point de cours pour eux. Leurs dédains secrets et animés d’une sereine et terrible certitude font supporter à ceux qui triomphent ^n offensant la beauté, le goût, les nobles élévations un enfer dont ils ne parviennent pas à se racheter. Ils se taisent... Et ils promènent par le monde un air indifférent, parfois vulgaire. Et comme dans la chapelle d’un culte caché et défendu, ils enferment dans le plus profond d’eux-mêmes le tabernacle de cet amour idéal, embelli d’un .mystère semblable à la pudeur d’une fiancée.

Tu doutes qu’il existe de telles âmes?... Je suis arrivé à en connaître quelques-unes, après avoir pénétré l’opaque apparence qui les voilait pour moi. Et depuis que je les ai découvertes, leur présence me domine et me subjugue avec le sentiment d’une supériorité que je ne retrouve, aussi impérieuse et de race aussi haute, ni chez l’artiste créateur que j’admire le plus, ni chez les maîtres dont la science m’inspire le plus de respect. Car ces âmes de silence céleste sont les seules qui m’ont donné l’intuition complète de tout ce qu’il y a de vulgaire et de mesquin dans cette dispute pour la notoriété, dans ce sensualisme de l’admiration et de l’applaudissement, alliage grossier que nous mêlons, nous autres acteurs de la comédie 'littéraire, à l’or idéal de l’amour du Beau. Elles seules savent t’aimer, Beauté, comme, ô déesse, tu le mérites. C’est dans la société de ces âmes que s’emparera de moi je ne sais quelle noble honte d’être un auteur, un écrivain de métier. Et quand je retourne à cette besogne, ce sont elles qui composent le public, inconnu et inconnaissable, qui m’exalte le plus, et qui me torture le plus. Je m’en remets à ce public, avec un austère et mélancolique espoir, comme quelqu’un qui s’en rapporte à la justice d’une postérité qu’il ne doit point voir, lorsque je crois

LE PENSEUR ET L’ESTHÉTICIEN

qu’une parole de moi n’a pas été comprise dans sa vigueur ou sa beauté, lorsqu’une créature de mon imagination n’a pas trouvé le sein amant qui la recueille. Et je pense à lui, plein d’inquiétude intérieure — ■ comme tourmenté de l’impossible désir d’apprendre la vérité des lèvres d’un dieu de marbre — lorsque applaudissements et louanges veulent me persua-S? der que quelque chose de bien ou de beau a jailli de mon âme.

Ah ! combien en passe-t-il, parfois tout près de toi, de ces moines de la beauté, pleins de renoncement ! et tu ne les reconnais point et peut-être les dédaignes-tu ! Peut-être est-ce l’un d’eux, ce spectateur, vague et incolore, qui au théâtre occupe un fauteuil non loin du tien, et applaudit en même temps que les autres, et approuve avec des banalités les commentaires du voisin, et disparaît, en s’effaçant, dans la foule de la sortie Peut-être un autre se cache-t-il sous le masque de ce monsieur qui, ayant tout l’air d’un commis-voyageur, lit, à la place en face de la tienne dans le train, un livre qui peut être aussi bien le guide de Bædeker qu’un poème de Wilde ou un roman de d’Annunzio. Peut-être en découvriras-tu encore un dans cet autre personnage que le jugement populaire prend — ironie cruelle ! — pour un poète raté et plein des hautaines railleries de l’impuissance ; parce qu’il ne sait pas que le renoncement prématuré de cet homme fut un acte de religion spontané et très élevé et que, dans sa répugnance à parler d’art avec ceux qui furent ses émules et ses amis, il n’y a que la délicatesse d’une sensibilité qui a changé de forme et la conscience d’une solitude d’étranger... Sous l’un et l’autre déguisement, ils passent dans leur silence irrévocable. Et ce silence n’est ni de l’humilité ni de l’orgueil. Il n’est que la possession parfaite d’un bien qui porte en soi-même son but et sa récompense et qui par là même est contenu dans sa propre étendue, sans aspirer à sortir de soi avec impétuosité et ostentation : comme le vin

CEUX QUI SE TAISENT

qui, une fois parvenu à maturité, oublie le trouble et le bouillonnement de sa fermentation, ou comme le resplendissement de la nuit sereine qui, dans l’extase delà douce gloire de ses flambeaux, ne la divulgue ni par les cris de l'éclair ni par la musique du soleil.

RODO.

L’ORATEUR ET LE JOURNALISTE

LE CENTENAIRE DU CHILI

Discours prononcé, au nom de l'Uruguay, dans la session SOLENNELLE CÉLÉBRÉE PAR LE CONGRÈS CHILIEN, PEN- DANT LES FÊTES DU CENTENAIRE, LE 17 SEPTEMBRE IQIO.

fl

Messieurs,

La solennité de cette occasion, la dignité de cette tribune, la qualité de cet auditoire font que je n’ai jamais déploré, comme en cet instant, qu’au lieu de cette habitude de fixer ma pensée dans les signes froids et inanimés de la forme écrite, je n’aie la vocation ni la faculté de l'exprimer sous cette autre forme qui, chaude et sonore, jaillit des lèvres, comme une émanation directe de l’esprit et, conduite par les ondes de l’air, parvient jusqu’au plus intime des cœurs, pour les unir dans un accord parfait de sympathie.

Je devrais être ici la voix d’un peuple. Je devrais être capable de la verser dans ma parole et de l’y contenir pour vous transmettre toute l’intensité de l’émotion avec laquelle mon peuple participe aux enthousiasmes de ce centenaire : pour ce que ce centenaire a d’Américain et pour ce qu'il a de Chilien.

Pour ce qu’il y a d’Américain : permejtez-moi d’accorder à ce caractère la prééminence sur l'autre. Plus haut que le centenaire du Chili, que celui de l'Argentine, que celui du Mexique, je considère, je ressens le centenaire de l’Amérique espagnole.

L’ORATEUR ET LE JOURNALISTE

Dans l’esprit et dans la vérité de l’histoire, il n’y a qu’un seul centenaire hispano-américain, parce que dans l’esprit et dans la vérité de l’histoire, il n’y a qu’une seule révolution hispanoaméricaine. Et l’unité de cette révolution consiste, non seulement dans l’harmonie des événements et des hommes qui concoururent à la réaliser et à la propager à travers l’étendue d’un monde, mais, principalement, en ceci : que le destin historique de cette révolution ne fut point d’enfanter un ensemble inorganique de nations, qui pussent rester séparées par d’étroites conceptions de la nationalité et de la patrie, mais de montrer à la face du monde une éternelle harmonie de peuples liés par la communauté de l’origine, de la tradition, de la langue, des mœurs, des institutions, par le voisinage géographiqüe et par tôut ce qui peut servir à établir l’unité d’une conscience collective.

Ils sont donc en Amérique, comme les jours du grand centenaire que, unique et multiple, il faut prolonger de plus de deux décades, en évoquant, d’heure en heure, chez chaque peuple américain, les souvenirs de l’indépendance et désorganisation : ce genre de souvenirs qui restent pour toujours comme les plus hauts et les plus sabrés dans l’histoire des nations.

On dirait qu’une' assemblée imposante nous regarde, attentive, ressuscitant du passé : l’assemblée des générations qui créèrent, pour l’avenir éternel, l’Amérique libre. Et en pareille occasion, les générations actuelles peuvent affirmer, devant ce passé héroïque qui revit, deux choses qui les satisfassent et les réconfortent.

En témoignage de la première il y a l’universalité et la solennité des adhésions internationales que provoque le centenaire américain : aujourd’hui au Chili, hier en Argentine; et cette affirmation consiste à dire que cette Amérique espagnole, si discutée, si niée, si calomniée par l’ignorance et l’orgueil étrangers et même par le scepticisme de ses propres enfants, com-

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mence à exister pour la conscience universelle, commence à attirer l’attention et l’intérêt du monde : non encore par l’éclat et la spontanéité de sa culture, ni par le poids de son influence politique dans la société des nations, mais certes déjà par les possibilités et les réalisations de sa richesse, par l’énergie et la vigueur de son développement matériel, ce qui ne constitue pas, bien entendu, un terme définitif de civilisation mais est bien, quand même, le solide ciment et comme la racine rude et robuste, dans la formation des peuples qui doivent un jour devenir grands par l’esprit.

Longtemps après notre émancipation' le monde nous ignorait ou, nous connaissant mal et dédaignant de nous connaître mieux, doutait de nous. Peut-être, parfois, affligés de l’apparente stérilité de tant de pénibles efforts et de sacrifices obscurs, doutions-nous de nous-mêmes, et ce doute cruel n’a point épargné, dans le Gethsemani de Santa-Maria l’âme déchirée du Libérateur. Eh bien ! nous avons apaisé le doute. Aujourd’hui notre espoir en l’avenir immédiat est ferme et fier, et la foi du monde commence à le récompenser et à le confirmer. Nous étions, jusqu’à hier, pas beaucoup plus qu’une expression géographique, nous commençons à être une force. Nous étions une promesse téméraire, nous commençons à être une réalité.

La façon dont ce premier siècle finit nous permet d’énoncer l’autre encourageante affirmation. Et c’est que les peuples hispano-américains se mettent à avoir claire et ferme conscience de l’unité de leurs destinées, de l’inébranlable solidarité qui prend racine dans le fond de leur passé et s’étend à l’infini de leur avenir. Auguste Comte exprimait la foi profonde en la future conscience de la solidarité humaine, lorsqu’il disait que l’humanité, comme être collectif, n’existe pas encore, mais existera quelque jour. Disons, nous, que l’Amérique, la nôtre, celle de notre race, commence à être — en tant que personne collective

L'ORATEUR ET LE JOURNALISTE

— consciente de son identité. Congrès qui se réunissent, voies ferrées qui se tendent de nation à nation, litiges internationaux qui se résolvent, liens intellectuels qui se resserrent, tout concourt à cette manifestation d'une pleine conscience américaine.

J’ai toujours cru que dans notre Amérique il n’était pas possible de parler de beaucoup de patries, mais d’une patrie grande et unique; j’ai toujours cru que, si elle est haute, cette idée de la patrie, expression de tout ce qu’il y a de plus profond dans la sensibilité de l’homme : amour de la terre, poésie du souvenir, extase de la gloire, espoir de l’immortalité ; en Amérique, plus que nulle part ailleurs, on peut, sans dénaturer cette idée, la magnifier, l’étendre, la purifier de ce qu'elle a d’étroit et de négatif, l’exalter par la vertu même de ce qu’elle enferme d’affirmatif et de fécond : on peut élever au-dessus de la patrie nationale la patrie américaine et hâter la venue du jour où les enfants d’aujourd’hui, les hommes de demain, interrogés sur le nom de leur patrie ne répondront point en nommant le Brésil, ou le Chili, ou le Mexique, mais répondront en nommant l’ Amérique.

Toute politique internationale américaine, qui ne s’orientera pas dans le sens de cet avenir et ne s'adaptera point à la préparation de cette harmonie, sera une politique vaine et erronée.

Je renouvelle ici ce que j’ai dit dans une occasion récente. Lorsque l'Amérique naquit à la vie de l'histoire, ce qui apparaissait à la face du monde n’était pas qu’une nouvelle entité géographique: Nous devons penser que s’élevèrent avec elle un nouvel esprit, un nouvel idéal : l'esprit, l’idéal de l’avenir. L’Europe civilisatrice, qui nous a enseigné, qui nous a nourris de ses idées de liberté et de justice, fruits de son expérience et de son génie, a le droit d’espérer que, soulagés de la charge accablante de la tradition, nous fassions quelque chose de plus

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que les réciter : elle a le droit d’espérer que nous les incarnions dans la réalité ou, pour le moins, que nous essayons energiquement de les réaliser. Si cette originalité ne trouvait point de place dans notre civilisation, si nous n’avions rien à ajouter, dans l’ordre réel de la vie, à ce que l’on imite, à ce qui est acquis, que signifierait, en définitive, la révolution de 1810, sinon une convulsion superficielle, indigne de telles glorifications ? Que serait-ce, sinon continuer à être des colonies par l’esprit, après avoir cessé de l’être dans la réalité politique ?

Ceux qui considèrent comme un miracle irréalisable que les peuples se conduisent un jour entre eux selon d’autres règles que celles de la tradition internationale fondée sur la ruse et la force et que ce soit en Amérique qu’on obtienne ce résultat, oublient qi^’il y a un miracle plus grand, vivant et tangible, dans le fait de ce centenaire. S’il y a un peu plus d’un siècle, c’està-dire si, ayant l’émancipation nord-américaine et la Révolution française, on avait assuré que la démocratie et la république, comme formes permanentes d’organisation sociale et politique, non seulement se réaliseraient dans des nations puissantes et grandes, mais qu’elles s’étendraient sur tout un continent, et que ce prodige surgirait de l’obscurité des colonies européennes, alors noyées dans le rêve endormi de la première enfance, l’affirmation aurait paru au plus grand nombre un risible paradoxe. Eh bien ! quand la puissance des idées et l’énergie des races jeunes et fortes ont eu la vertu de transfigurer des colonies obscures en nations maîtresses d’elles-mêmes et d’instaurer, de l’un à l’autre bout du continent, les formes avancées d’organisation et de gouvernement qui, il y a un peu plus d’un siècle, paraissaient au sens commun des hommes de vaines utopies, pourquoi douter que cette même puissance des idées et cette même énergie de races jeunes et fortes parviennent en Amérique à réaliser, dans la vie internationale, ce que les sceptiques

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d’aujourd’hui tiennent pour des rêves et des chimères en opposition avec les lois fatales de l'histoire : c’est-à-dire une magnification de l’idée de la patrie, un avenir de paix et d’amour entre les peuples, une harmonie internationale fondée sur l’accord des intérêts de tous par le respect lo}^al des droits de chacun ?

Voilà ce que me suggère de plus intense le centenaire américain. Mais il y a dans les souvenirs que vous glorifiez, à côté du caractère continental, le caractère national, à côté de ce qui est la gloire de l’Amérique, ce qui est la gloire du Chili ; et si la première chose m’a donné l'occasion d’affirmer l’unité hispanoaméricaine, la communauté de nos traditions et de nos destinées, cette autre chose m'impose l’agréable obligation de dire du labeur national de votre peuple ce qui, sans manquer à la justice, ne pourrait être passé sous silence dans une occasion comme celle-ci.

Vous célébrez votre -centenaire avec quelque chose de plus que l’orgueil des souvenirs héroïques dont procède votre état de nation : vous le célébrez avec l’orgueil d’avoir réalisé, par le travail persévérant et efficace, les promesses et les espérances de votre glorieuse généalogie de héros.

Aspirer à la liberté est un instinct humain. Avoir l’énergie suffisante pour la conquérir est beau et grand, sans doute, mais c’est encore une énergie de l’instinct. Posséder le caractère nécessaire pour la conserver, l’enraciner, la justifier comme un bien mérité, et la faire noble et féconde, voilà ce qui est difficile et vraiment supérieur. Il y a la volonté héroïque, la volonté qui gagne les batailles, et c’est l’apanage de tout peuple digne de ce nom, et tous les peuples de notre race l’ont comme le vôtre. Mais il y a un autre genre de volonté, disciplinée, mesurée, patiente, il y a un genre de volonté qui est comme la main ferme et sûre de la raison : la volonté qui construit, qui organise, qui éduque, qui sème, qui légifère, qui gouverne. C’est le genre de volonté avec lequel s’édifient les nations et c est le

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genre de volonté en quoi nous vous saluons surtout comme des maîtres.

Grâce à lui, vous^êtes arrivés à établir, avant les autres peuples hispano-américains, une nation et’ ordre, un organisme de nation. Longtemps, en Amérique, au milieu des troubles de notre dur apprentissage de la liberté, quand la sévérité des jugements étrangers ou l’inquiétude de notre propre conscience nous inclinait au découragement au sujet des résultats de nos efforts et de la maturité de nos destins, l'exemple qui, le premier, nous venait à l’esprit pour affirmer l’aptitude de notre race à la vie des institutions régulières, était l'exemple du Chili.

Aucune meilleure occasion que celle-ci pour rappeler cet exemple et vous en remercier. Votre histoire est une grande leçon d’énergie et de travail. Votre développement national ressemble à l'ascension graduelle et harmonieuse d’une ample courbe architecturale, il a la calme assurance d’une marche de travailleurs dans le repos solennel du soir. On dirait que vous avez su apporter aux traits de votre physionomie morale ce même caractère d’austère et mâle grandeur que le voyageur sent s’imposer à son esprit, dans la contemplation de l'aspect et de la structure de votre sol : durement enchâssé entre la majesté de la montagne et la majesté de la mer, marqué par une expression de l’énergie plutôt que par une expression de l’abondance, du plaisir ou de la grâce.

Messieurs,

Interprétant le sentiment de mon peuple, avant de descendre de cette tribune, je vous laisse ici les vœux que je forme pour que l’étoile du Chili se lève dans des cieux chaque fois plus sereins, pour que sa splendeur illumine des gloires chaque fois plus pures, des lois toujours plus sages, des moissons sans cesse plus abondantes, des générations chaque fois plus fortes, plus libres et plus heureuses, et pour que l'étoile du Chili, accordant

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sa lumière avec, celle de tout le reste de la constellation hispano-américaine dans une éternelle harmonie établie sur l’amour et la justice, elles maintiennent, ces étoiles* entre elles toutes, pour l’humanité des temps futurs, un ordre meilleur, plus beau, plus grand que ceux que le monde a vus se former et se dissoudre dans le déroulement des siècles !

LIBÉRALISME ET JACOBINISME

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