NOTICE
Ce qui se passait en 1830. — EN POLITIQUE. 16 mai, dissolution de la Chambre des députés; 25 maï, départ de la flotte de Toulon pour Alger ; juillet, publication des Ordonnances ; 26 juillet, début de l’insurrection à Paris; 29 juillet, établissement d’un gouvernement pro-
* wisotre; 2 août, abdication de Charles X ; 6-7 août, Louis-Philippe,
roi des Français; 15 décembre, procès des ministres de Charles X.
EN LITTÉRATURE. 25 février, première représentation d’Hernani; Lamartine, qui est reçu à l’Académie française, le 1° avril, publie, le 15 juin, les Harmonies poétiques et religieuses; Musset fait paraître les Contes d’Espagne et d’Italie; Auguste Barbier publie, dans la Revue de Paris, les Iambes.
DANS LES SCIENCES ET LES ARTS. Le premier chemin de fer pour voyageurs circule entre Liverpool et Manchester (15 septembre).
- Au Salon de 1830, le sculpteur Foyatier expose son Spartacus, et
le peintre P. Delaroche, les Enfants d’Édouard. Corot peint la
ge Cathédrale de Chartres, et Delacroix la Barricade.
doctrine et par son œuvre poétique, Théophile Gautier est le trait d’union entre la grande poésie romantique et le Parnasse.
Il commence par arborer un romantisme flamboyant. Il a narré lui-même la première d’Hernani en des pages célèbres. Si les Poésies, parues dans les jours de la révolution de Juillet, ne furent
Les premières œuvres de Th. Gautier. — Par son âge, par J
guère remarquées, son poème AJbertus ou l’ Ame et le Péché, légende
théologique (1832), à la fois démoniaque et naïf, suscite l’enthousiasme des Jeune-France, et bientôt après, la préface de Mademoiselle de Maupin (1835) fait scandale. Il y bouscule les bourgeois,
philistins et épiciers, il affirme que l’art ne connaît pas la morale
et peut traiter des pires déviations et il démontre l’immoralité de
Ja grande littérature française. Contre les romantiques ses aînés,
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Lamartine, Vigny, Hugo, George Sand, sans les nommer, il s’en prend aux effusions sentimentales, à la poésie philosophique et
sociale; il raille l’idée de progrès, et du même coup les Mages : « Mon Dieu! que c’est une sotte chose que cette prétendue perfecti- . bilité du genre humain dont on nous rebat les oreilles! » Il provoque, …
il bouffonne, et il affirme : « Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir. » Tout ce qui est utile est laid : la beauté vaut par elle-même, et c’est la seule chose qui vaille. Et par « beauté » ilentend celle des contours et la perfection des lignes, la forma des anciens. Ce n’est pas en vain non plus que Sainte-Beuve vient de ressusciter la Pléiade (Tableau de. la poésie française et du théâtre français au XVIe siècle (1827-1828).
C’est aussi le temps où Gautier forme un nouveau cénacle, impasse du Doyenné; on s’y livre à des excentricités, on boit dans un crâne, et Gautier, truculent, porte burnous noir à glands de soie
et chevelure en crinière. La Comédie de la Mort (1838) unit le
macabre le plus sombre à la truculence romantique.
Le voyage d’Espagne, 1840, met en mouvement chez Gautier
toutes les forces visuelles et plastiques qui se cherchaient encore. España (1845) est une œuvre importante; dans son ensemble, ce sont des transpositions d’art, où monuments et tableaux des grands peintres deviennent poésie : c’est un musée de copies, et de temps à autre, le frisson de la mort parcourt la chair du poète. La Beauté et la Mort. Théophile Gautier peut écrire Emaux et Camées.
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