PLAN PAR TERRE DE LA CHAPELLE DE NICOLAS V
de sentiment et d'une fermeté d'exécution que l'artiste n'a jamais dépassées. Il s'y affirme dans le plein épanouissement de son talent. C'est, avec les Prophètes d'Orviéto, son oeuvre la plus parfaite, quelque chose comme son testament artistique, et certaines de Ces fresques supportent la comparaison avec celles des plus grands maîtres, files permettent de porter sur Fra Angelico un jugement définitif et de dire ce qu'il eût été à une époque
plus savante. D'après elles aussi, il est
possible de deviner ce qu'aurait pu être
la Renaissance si, au lieu de dévier entre les mains de techniciens orgueilleux de leur savoir, elle avait eu des interprètes épris du même idéal.
La chapelle de Nicolas V est une pièce rectangulaire, voûtée, éclairée d'un côté par un vitrail et d'environ sept mètres sur cinq.
il s'agissait de décorer les trois parois, dont rien ne vient interrompre la surface, si ce n'est la ported'entréeetunefenestrelle grillée, qui donnent, la première sur la chambre de Jules II, la seconde sur la salle dei chiaroscuri.
Le parti pris adopté par Fra Angelico est le suivant : deux bandes superposées, dont Tune, celle d'en haut, contient six épisodes de la vie de saint Etienne, et l'autre, celled'en bas, reproduit six scènes de la vie de saint Laurent; aux quatre coins de la salle, des pilastres qui rétablissent le carré en rendant les parois égales, et là, abrités sous des baldaquins gothiques, les huit Docteurs de l'Église, saint Léon et saint Grégoire, saint Am broise et saint Augustin, saint Chrysos-
tome et saint Athanase, saint Thomas et saint Bonaventure; à la voûte, dans un ciel bleu d'outremer parsemé d'étoiles d'or, les quatre évangélistes, saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean; enfin une décoration ornementale à l'aspect de tenture formant un soubassement dans lequel s'ouvrent la porte et la fenêtre.
L'ingénieuse disposition des deux rangées parallèles consacrées à raconter la vie des deux diacres martyrs de la primitive Eglise unissait dans une glorification commune les deux saints dont on se plaisait à joindre les noms depuis qu'un même tombeau avait reçu leurs reliques dans la basilique de Saint-Laurent hors les murs; l'encadrement des angles donnait au Pape lettré la plus magnifique compagnie que pût rêver un humaniste comme lui aussi pieux que savant; et l'arrangement du plafond disait, sous la forme de ses historiens, le miracle divin pour l'affirmation duquel les deux martyrs étaient morts, dont l'explication avait