‹ Pages d'art chrétien (volume 4)Chapitre 10 sur 17 · X. — Lamothe · texte numérisé non relu

X. — Lamothe

Louis Lamothe n'a pas étéélèved'Ingres, mais de Flandrin, qu'il aida dans tous ses travaux. Venu à Paris en 1839, cinq ans après la fermeture de l'atelier d'Ingres, il suivit les leçons d'Hippolyte après avoir suivi celles d'Auguste Flandrin à Lyon;

mais, à partir de 1841, date du retour d'Ingres, il vécut, comme tous les anciens élèves, sous l'influence du grand professeur, bien que celui-ci refusât alors de rouvrir son atelier.

Louis Lamothe est surtout l'auteur des deux peintures décoratives qui ornent la chapelle de Saint-François Xavier, dans l'ancienne église des Jésuites, rue de Sèvres, à Paris : saint François Xavier prenant congé de saint Ignace avant son départ pour les Indes, saint François Xavier mourant. La seconde de ces peintures rebute dès l'abord par sa nudité qui pourtant dit éloquemment l'abandon du grand missionnaire sous un pauvre abri de nattes en terre lointaine. Le fond adopté, fond ocre rayé d'or, que remplissent seulement deux anges, contribue pour une grande part à cette impression de vide. Mais la première est un tableau d'histoire de bonne qualité et de belle allure. Les pourpoints noirs des gentilshommes et les soutanes noires des Pères forment une base sévère qui contraste avec la coloration du haut, un pan de ciel bleu coupé par le vert d'un arbre et l'architecture blanche et rouge d'une maison.

Depuis le départ des religieux chassés, ces décorations sont difficilement visibles, et des barrières de planches séparent les chapelles de la nef centrale transformée en atelier par le peintre en bâtiment qui l'a louée.

A leur défaut, on peut voir dans le transept de Sainte-Clotilde le beau retable de l'autel de Sainte-Valérie , martyre (fig. 29).

Divisé en deux par la statue de la Sainte, ce panneau de bois figure d'un côté le baptême de sainte Valérie par saint Martial de Limoges, de l'autre son martyre, ou plus exactement, la Sainte revenant, sa tête entre les mains, vers l'évêque saint Martial. Il est daté de i865.

Précieusement peint et finement dessiné, ce retable, à lui seul, traité décorativement, permet de juger, et très favora-

LES ELEVES D INGRES

blement, le peintre lyonnais. L'école allemande, où ces sortes de compositions abondent, n'a jamais rien fait qui le vaille.

J'arrête ici cette liste de notices. Les élèves d'Ingres n'y sont pas tous, et il en est d'autres : Sturler, Pichon, Romain Cazes, Papety, Edouard Bertin, Desgoffes, Bézard, etc., auxquels on a joint parfois, inexactement, Benouville, Cornu et Chenavard ; mais il nous faut borner à ceux-là qui pratiquèrent la grande décoration d'église et qui écrivirent quelque page valable.

Pichon a peint le chœur de l'église des Jésuitesà Paris et la chapelle Saint-Charles Borromée à Saint-Sulpice. Cazes a décoré le chœur de Saint-François Xavier et celui de Notre-Dame de Bordeaux. Bézard a peint les douze piliers de Saint-Louis d'Antin, la chapelle Saint-Louis de Gonzague à Saint-Eustache et la chapelle Saint-Joseph à Sainte-Clotilde. Desgoffes a aidé Ingres dans ses décorations du château de Dampierre, et Benouville a collaboré avec Amaury Duval à l'église de Saint-Germain-en-Laye. Sébastien Cornu (qui a travaillé un moment avec Ingres, ainsi que Chenavard, d'où ce titre d'élève) a décoré la chapelle de la bienheureuse Marie de l'Incarnation à Saint-Merry, la chapelle Saint- Séverin à Saint-Séverin, et le transept de Saint- Germain des Prés. Quant au michelangelesque Chenavard, dont le cerveau philosophique bouillonnait de projets grandioses, il entreprit la décoration du Panthéon, que lui avait confié le gouvernement provisoire de 1848 et que lui enleva le décret de i85i rendant le Panthéon au culte. De son effort gigantesque il reste

cinquante-quatre maquettes en grisaille conservées au musée de Lyon. Une simple mention suffit pour tout cela.

Equipe intermédiaire et préparatoire, les élèves d'Ingres, chargés de décorer la plupart des églises de Paris, auront eu le mérite de formuler les premiers les exigences de la peinture monumentale. Avec des talents divers, ils ont ouvert la voie où s'engagèrent plus tard de mieux doués qu'eux, et ils ont à leur tour formé des élèves.

Brémond a été le maître d'Albert Bêsnard, le décorateur de l'École de pharmacie, du Petit Palais des Champs-Elysées et de la chapelle de l'hôpital Cazin à Berck- Plage. Janmot a dirigé les débuts de Paul Borel, à qui les églises de Bossan doivent leurs décorations, et que Huysmans, dans sa Cathédrale, déclarait le plus grand peintre religieux de son temps. Lamothe a formé dans son atelier un disciple illustre, Degas, personnalité marquante de la génération qui finit. Et nous verrons plus loin quel lien, la princesse Cantacuzène, unit Puvis de Chavannes à l'atelier de Chassériau.

N'est-ce pas déjà significatif que, Puvis mort, trois de nos maîtres actuels (Borel vient à peine de disparaître) se rattachent encore par l'intermédiaire de ses élèves à Ingres dont ils ont conservé le culte?

Sauf deux d'entre eux, Mottez et Brémond, les élèves d'Ingres dont il vient d'être question ne s'imposent pas à l'admiration du critique, mais leur rôle historique vaut d'être noté. Premiers dépositaires d'unedoctrine àlaquelle on revient de plus en plus après les écarts du naturalisme et de l'impressionnisme, ils valent au moins à ce titre.

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