‹ Pages d'histoire de la révolution de février, 1848Chapitre 1 sur 68 · AD BUREAU DU NOUVEAU MONDE · texte numérisé non relu

AD BUREAU DU NOUVEAU MONDE

102, lOK RICBELIEV

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Le 7 mars 1849 , au moment où la Cour de Bourges s'assemblait, je publiai un livre qui opposait à d'impudentes calomnies des faits irrécusables et aux violences de la haine en délire les droits de la justice.

Ce livre, je l'intitulai Appel aux lionnêles gens , parce que j'y dénonçais, plus encore que le parti de Terreur, la faction du mal. Oui, les malhonnêtes gens, c'étaient bien là mes adversaires !

Depuis, la Cour de Bourges a jugé, la France a voté.

Or, que dans les accusés de Bourges la Haute Cour ait vu seulement des profanateurs du sanctuaire des lois , les héros de Paris agité, qui donc l'oserait prétendre? I^e crime jugé à Bourges porte un nom, aujourd'hui bien connu: il s'appelle le Socialisme.

Mais les élections du 15 mai ont assez prouvé que le Socialisme était Iç fait dominant du xix* siècle ; qu'en quel>

ques mois , malgré les efforts prodigieux tentés pour le décrier, malgré la coalition de tous les partis ligués pour l'anéantir, il avait conquis le tiers de la France; que sa puissance était invincible, sa légitimité certaine, son avènement inévitable.

Ainsi, le jugement rendu par une poignée d'hommes siégeant comme juges se trouve avoir été cassé par douze millions d'hommes intervenant comme souverains.

A l'histoire de faire le reste.

C'est pourquoi, appelé par la bienveillance du public à donner une troisième édition de mon livre, j'ai cru devoir supprimer dans le titre ce qui indiquait un ouvrage de circonstance, après avoir considérablement développé, dans le texte , ce qui se rapportait à un ouvrage historique.

Sur tous les faits que j'avance, je défie hardiment la contradiction. Car, je me suis étudié à ne rien affirmer sans preuve , et j'ai poussé le scrupule jusqu'à taire ce que j'avais été seul à voir !

Quant à l'emploi du pronom personnel, je prie les lecteurs de me le pardonner. J'ai à fournir mon témoignage sur des événements auxquels j'ai été activement et intimement mêlé ; j'ai à repousser loin de moi des attaques iniques : comment me s^rait-il possible de ne point parler de moi? Pascal a dit avec beaucoup de raison sans

vu doute que le moi était haïssable. Mais les choses pourraientelles être connues s il était interdit aux hommes de léguer à rhistoire leurs souvenirs? L'histoire se fait avec des Mémoires. Or , ce sont de simples Mémoires que je publie ici. J'offre ma part de matériaux à qui , plus tard, construira l'édifice. Yoilàtout.

Tracer un tableau complet de la Révolution de février, je l'aurais pu; mais j'ai pensé que, pour être vus sous leur jour véritable, ces événements fameux voulaient être contemplés de plus haut et de plus loin. Bientôt, tout le dit, la poussière soulevée autour de certains noms et de certains actes tombera d'elle-même ; les passions qui hurlent aujourd'hui se tairont d'épuisement; la direction générale des idées sera changée ; il fera grand jour ! Attendons encore, attendons. U faut que, dans la lutte dernière qui s'annonce, la vérité ait pour elle l'avantage de l'heure et du terrain; il faut que ses ennemis en soient réduits à avoir, pendant ce combat décisif, le souffle de l'aquilon au visage et le soleil dans les yeux.

Aussi bien, le livre qu'on va lire suffit à préparer les jugements à venir. Quand on connaîtra le secret de ces journées du 17 mars et du 16 avril, si importantes l'une et l'autre et si diversement célèbres; quand j'aurai montré la contre-révolution accroupie àl'Hôtel-de-Ville et s' enveloppant dans le drapeau tricolore, l'espionnage organisé

Vllt

par le gouYernement contre lui-mâme, les sources de Télection empoisonnées, tant d^impures manœuvres, tant de trahisons inouïes, les destins delà République égarés dans

des alliances sans pudeui"» , on saura su): qui doit re-

tomlifer la responsabilité des malheurs de la ^âtde, et «ette responsabilité sera terrible.

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