‹ Pages intimesChapitre 12 sur 49 · NAÏVETÉ · texte numérisé non relu

NAÏVETÉ

Oh! ne fais pas de moi la vieille délaissée Qu'on oublie au milieu des jeunes entretiens ! Oh! partageons toujours, dans la même pensée, Toi, mes pauvres secrets, mon fils, et moi les tiens! » Moi, j'étais jeune alors, ignorant et candide, Et je lui dis : « Peux-tu douter ainsi de. moi ? N'es-tu pas à jamais mon bon ange et mon guide? Qui donc pourra venir que j'aime plus que toi ? Est-il plus doux regards que je doive connaître? Un souris sur le tien pourra-t-il l'emporter? Comment un autre amour dans mon cœur peut-il naître ? Je n'y sens qu'une place, et tu dois y rester! Non, je ne comprends pas tes paroles amères, Et d'autres que souvent tu murmures tout bas. Mère, se pourrait-il que j'eusse un jour deux mères ? »

Pensive, elle sourit, et ne répondit pas.

Nous étions deux dans ce logis, Depuis le jour où nous montâmes, Graves, émus, les yeux rougis, Élevant vers Dieu nos deux âmes!

Mous sommes deux pour en sortir!

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Gi DÉMÉNAGEMENT.

L'aveu nous coûte, sans mentir !

Nous sommes deux, pas davantage.

Il nous plaisait, le cher abri, Paré pour un long tête-à-tête, Où l'avenir nous a souri, Où deux ans l'amour nous fit fête !

Tranquilles nous avons goûté, Sous le toit qu'elle sanctifie,.

La tendre et pure intimité Qui par le temps se fortifie.

Et cependant nous vous quittons Chambrettes du premier ménage!

Cœurs ingrats! et nous emportons Tout ce passé dans le bagage!

Bientôt l'oubli, dans son lointain, Effacera, comme un vain songe, L'asile où pour nous le destin A noué ce fil qui s'allonge.

Bientôt de ce foyer discret D'autres vont profaner le charme.

Et nous partons! et nul regret N'attendrit nos regards sans larme !

C'est qu'au logis décoloré Il a manqué le bien suprême

C'est que l'enfant n'a pas pleuré, C'est qu'il manque un chant au poème!

0 la plus étrange des lois!

Est-on seul, à deux l'on veut être; Est-on deux, l'on veut être trois :

L'amour est né, l'enfant veut naître!

Adieu, petit coin bien-aimé, Où fut le lit, où fut la table ; Où maint flambeau s'est consumé Dans mainte veille interminable!

Adieu, petit foyer sans bruit, Bosquet muet et sans ramage,

Grenier sans blé, jardin sans fruit, Printemps sans fleur et sans feuillage !

Adieu! le ciel qui nous bénit Peut-être sourit à l'échange, Cage qui n'as pas eu de nid, Vigne qui n'as pas fait vendange !

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