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AU SOUVENIR

Des sons mal assurés que j'allais accordant, Secondas un penchant que la raison réprime! Heureux, tu m'enseignais à marier la rime, A compter sur mes doigts l'honnête alexandrin, A disposer déjà la strophe ou le quatrain, A trouver, comme toi, que le vers, pour qui l'ose» Dit mieux les mouvements de rame que la prose, Et, d'un trait plus aigu pénétrant dans le cœur, Y laisse un souvenir marqué de sa vigueur. Peut-être que sans toi, rude et mal exercée, Mon oreille de sons n'eût pas été bercée; Peut-être que sans toi je n'aurais jamais su D'un vers industrieux tramer l'humble tissu. Et j'assemblais des mots, et, trop docile élève, Ma pensée, à ces jeux, s'habituait au rêve, Et j'aimais le silence, et fuyais tous les bruits. Comme une jeune greffe a quelques maigres fruits. Je produisais, enfant terrible de la Muse,

DE JULES LOVY.

De ces vers maladroits dont un père s'amuse, Qu'à peine en rougissant on relit d'un coup d'œil, Et qu'à la flamme un jour condamne notre orgueil !

Tu soutenais l'effort de ma voix incertaine En m'expliquant tes dieux, Horace et la Fontaine ; Et quinze ans, pour nous seuls, poètes fraternels, Nous chantâmes ensemble aux banquets paternels, O naïves chansons, mortes sitôt que nées!

Tu n'es plus, vieil ami de mes jeunes années,

Mais, plus jeune que moi, plus gai, plus confiant,

Obscur et satisfait, et jamais n'enviant

Ceux qu'un destin meilleur caressait sur ta route !

Ta lèvre n'a connu les regrets ni le doute ;

Et tu n'auras pas vu ton morose écolier,

De la mélancolie hôte trop familier,

D'une ligne de deuil encadrer ses tablettes !

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