LE ROSIER
II a vécu sur un tombeau, Le rosier fleuri que j'arrose ; Le mystère du froid caveau S'épanouit dans chaque rose I
Sur le tombeau d'un pauvre enfant, D'un pauvre enfant qui fut mon frère !
ôô LE ROSIER.
Il avait ses fleurs à tout vent, Et ses racines dans la bière.
Un simple marbre a tout couvert; Le buis n'y vient plus en bordure; Le thuya, Tarbre toujours vert.
N'ombrage plus la sépulture;
Le deuil a parfois son dédain :
On a proscrit tout ce qui tombe.
Et j'ai planté dans moo jardin L'humble rosier, fils de la tombe!
Parmi les autres confondu.
Nul regard ne peut le connaître; Dans la corbeille il est perdu :
Seul, je le vois de ma fenêtre;
LE ROSTER. 57
Et j'hésite en le comparant :
Mômes parfums et môme tige ; Sur sa corolle, indififérent, Le papillon plane et voltige;
Son feuillage est aussi léger, Sa fleur n'est pas plus tôt flétrie ; Rien ne trahit, pour l'étranger, La première et sombre patrie 1
Mais souvent, au déclin du jour, Quand la foi rêve, ou bien le doute.
Seul, je m'approche avec amour.
Je Tinterrogeet je l'écoute;
Alors, je le vois frissonner Au souvenir que je réveille;