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A MON AMI EDOUARD KBAMBR

Trois peuples m'ont donné ce qu'il me faut pour vivre : Les Romains, et les Grecs, et mon vieux peuple hébreu. Rome m'apprit le droit, dont son code est le livre; Athènes, la beauté; Jérusalem, son Dieu.

J'ai vu d'autres clartés depuis cette lumière; Mais c'est par elle enfin que je sais où je vais : Et ces heures d'ennui, qui nous rendent mauvais, Je les consacre au juste, aux arts, à la prière.

D'un devoir, hélas! bien nouveau Elles étaient tout occupées l

Sur la grille leur front penché S'inclinait vers le caveau sombre ; Leur regard plongeait, attaché Sur l'être enfermé dans cette ombre 1

Elles perçaient le marbre épais, La voûte et la terre entassée, Trouvant horrible cette paix Qui s'imposait à leur pensée l

I\ien ne détournait leur douleur :

Ni Toiseau qui monte à l'espace,

Ni les coups sourds du fossoyeur, Ni l*étranger qui cherche et passe.

Elles pleuraieut toutes les trois, Ensemble et pourtant isolées :

On entendait gémir trois voix Au fond des étroites allées.

L'une, sous de longs cheveux gris Cachant un front creusé de rides.

Pressait de ses doigts amaigris Des yeux de larmes déjà vides!

La seconde, presque une enfant.

Avait la fureur qui s'obstine

110 Là visite.

Et les sanglots, en rétoufifant, Sortaient aigus de sa poitrine !

L'autre, ohl qui n'aurait adoré Sa beaulé, sa grâce infinie !

Mais quel geste désespéré Vers les promesses de la vie 1

Sous quel sublime accablement Pliait la noble créature!

Quel vide immense en un moment I Quel cri d*angoisse à la nature !

Ses larmes coulaient sans tarir; Sa main n*en essuyait aucune;

Rien ne semblait devoir guérir Son irréparable infortune I

L'une après l'autre, avec effort, A l'heure où déjà le jour tombe.

Elles s'arrachèrent du mort.

Disant au revoir à la tombe.

La tête basse, le cœur gros.

Ces pauvres âmes soucieuses Dévoraient leurs derniers sanglots, Et s'éloignaient silencieuses.

Longtemps je les suivis des yeux Dans le funèbre ilaby rinthe.

Tandis que j'allais, curieux, Visiter leur station sainte.

A7ais que pouvaient dire de plus Quelques mots gravés dans la pierre, La voix des regrets superflus.

Les syllabes d*un nom vulgaire?

rintelligible douleur!

Point de parole, et tout un drame !

Elles disaient : a Je suis sa sœur !

* Je suis sa mère I — Et mol, sa femme ! »

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