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INTERROGATOIRE

— Ces cheveux ?.. . — Leur parfum me fait peur et m'attire I Je les voue en silence à Téternel regret!

Non, ce n'est qu'une fleur, la première venue; Un papier que l'on froisse, une lettre inconnue, Qui dormait oubliée au fond d'un vieux tiroir.

Non, ce portrait n'est pas celui d'une maîtresse ; J'ignore sur quel front s'enroulait cette tresse; Non, je ne dirai rien : tu ne dois rien savoir I

Dans le livre où revit la Loi, Aux premiers jours de mon enfance, Ma grand'mère choisit pour moi Un court verset formant sentence.

Je devais grandir plus heureux Si je le gravais dans mon âme :

Ce vieil usage des Hébreux, Elle y tenait, la sainte femme I

G*étaient, pour un enfant soumis, Des mots valant une amulette; Les yeux déjà sont endormis, Mais l'esprit veille et les répète.

Comme un refrain mystérieux

Où la foi parle tout entière.

Dans tous les temps, dans tous les lieux

Ils me serviraient de prière.

Quand je sus bégayer des sons Qui la ravissaient en extase, A ses pieds prenant mes leçons, Je récitai la simple phrase.

Elle disait : « Dieu juge bien;

Son bras atteindra le perfide,

Mais rhumble cœur l'a pour soutien! »

Le texte est encor plus rapide.

Jusque dans ses derniers moments :

« Dis-le toujours, murmurait-elle.

Ces versets sont des talismans Pour gagner la vie immortelle !

» Dans le doute et dans le chagrin, A l'heure où l'homme a besoin d'aide.

Ils sont un baume souverain :

Enfant, souviens-toi du remède ! »

Je la crus. J'aime à respecter, Sans orgueil comme sans faiblesse,

il8 LE VERSET.

Ne les voulant pas discuter, Les croyances de la vieillesse I

Depuis, et je n'en rougis pas, Fidèle à sa douce chimère, J'ai souvent murmuré tout bas L'humble verset de ma grand'mère.

Sur mes lèvres parfois, le soir.

Lorsque je sens mes yeux se clon^.

Les mots viennent sans le vouloir; Chère âme, j'obéis encore !

Et je dois un calme infini A la leçon si bien apprise; La main qui jadis m'a béni, Je la sens sur ma tempe grise;

La maxime qui me défend, Moi si fier d'un peu de science.

Je la redis comme un enfant.

Avec la même confiance!

Elle me rend, comme autrefois.

Tous les chers souvenirs que j'aime, L'aïeule avec sa tendre voix.

Mon innocence et ma foi même.

Ce que je veux. Dieu le sait bieni Prions-le : la forme n'importe !

Le cœur est tout, le mot n'est rien, Pour nous ouvrir la sainte porte!

LE DËPART.

Les mourants font toujours des projets de voyage : Ils disposent du temps qui ne reviendra pas; Et, faibles, chancelants, trahis à chaque pas, Ils parlent de soleil et de lointaine plage I

« campagne de Nice, éclatant paysage !

Nous partirons demain : le salut est là-bas I »

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