LE COMMENCEMENT ET LA FIN
▲ VLmnû R.
Enfant, à votre première heure, On vous sourit, et vous pleurez.
Puissiez-vous, quand vous partirez, Sourire, alors que Ton vous pleure !
« Homme, te voilà né : ce globe est ta maison. Je t'ai doué d'amour, de force et de raison.
Des divins attributs obscur dépositaire, Sous ce triple levier tu remueras la terre, Et le monde étonné verra, t'obéissant, Les miracles que fait un atome pensant.
La matière est à toi : taDle, pétris, transforme;
Sonde les flots profonds, perce la roche énorme; Où tu voudras passer trace-toi des chemins ; Demande l'impossible au travail de tes mains ! Infiniment petit dans Timmense nature, Fais môme à son auteur louer la créature.
w Regarde : ai-je assez bien décoré ton séjour? Trouves-tu pour tes yeux assez brillant le jour? Assez calme la nuit pour ton sommeil éclose?
Assez touffu le chêne? assez belle la rose?
Assez limpide et pure, au flanc de son rocher, La source où chaque jour ta soif va s'étancher? J'ai dessiné pour toi les plus grands paysages, Entassé les sommets, découpé les rivages, Varié ton jardin des couleurs que tu vois, Bleui l'onde, assombri la profondeur des bois, Épaissi les gazons aux pentes des vallées.
Mûri le froment d'or dans les plaines brûlées.
Au bord des étangs verts assoupli les roseaux, Et dans Tarbre qui chante enseigné les oiseaux.
» Pour toi, libre et puissant, règne sur ton domaine ;
Demande ses secrets à chaque phénomène :
Crée après moi; grandis, docile à mon dessein;
Donne un corps aux désirs que j'ai mis dans ton sein;
Poursuis obstinément toute œuvre commencée.
Parle, et que ta parole épuise la pensée ;
Du bloc de marbre brut fais jaillir la beauté.
Et d'erreurs en erreurs marche à la vérité.
Si ton ambition se promet davantage,
Du sol qui t'appartient fais, défais le partage.
Je t'ai donné le fer, et tu pourras t'armer;
Je t'ai donné la femme, et tu pourras aimer:
De vos embrassements, ineffable mystère,
Naîtra l'enfant,— l'enfant, mon chef-d'œuvre sur terre I —
Et cet être nouveau qui t'aura dû le jour Prendra ce que ton cœur peut contenir d'amour I »
Et riiomme dit : a Seigneur, je bénis ma naissance, Et ma voix chante un hymne à la reconnaissance ! Quel arrogant désir eût jamais convoité Le présent sans égal que me fait ta bonté?
Des trésors les plus chers ta grâce a comblé l'homme ! Mais, pour tant de bienfaits, dont seul tu sais la somme, Pour prix de ces faveurs, ô Dieu puissant et fort. Que te réserves-tu? »
Dleu,répondit : « La mort. »