A MON AMI B. CARO
Dans la foule, secrètement.
Dieu parfois prend une âme neuve, Qu'il veut amener lentement Jusqu'à lui, d'épreuve en épreuve.
11 la choisit pour sa bonté
£t lui donne encore en partage
La tendresse avec la fierté, Pour qu'elle saigne davantage.
Il la fait pauvre, sans soutien, Dans les rangs obscurs retenue.
Cherchant le vrai, voulant le bien, Pure toujours, — et méconnue.
Il fait plier sous les douleurs Le faible corps qui Temprisonne; Il la nourrit avec des pleurs Que nulle autre âme ne soupçonne ;
Il lui suscite chaque jour,
Pour réprouver, une autre jieine :
HISTOIRE D'[ÎNE AME. 187
11 la fait souffrir par l'amour, Par l'injustice et par la haine ;
Jamais sa rigueur ne s'endort :
L'âme attend la paix? il la trouble; Elle lutte? il frappe plus fort; Elle se résigne? il redouble.
Il la blesse d'un coup certain Dans chacun des êtres qu'elle aime, Et fait de son cruel destin Un mélancolique problème I
A la rude loi du travail
Il la condamne, ainsi frappée ;
Il la durcit comme un émail.
Il la trempe comme une épée.
Juge inflexible, il veut savoir Si, jusqu'au bout, malgré l'orage.
Elle accomplira son devoir.
Sans démentir ce long courage.
Et s'il la voit, au dernier jour.
Sans que sa fermeté réclame.
Il lui sourit avec amour :
C'est ainsi que Dieu forge une âme!