LA NATURE
Elle apporte le calme à mon cœur irrité; Et, môme sans la voir, il suffit que j'y pense!
« Songe à l'enfant, disait le poète païen :
De tes mœurs en péril respecte le gardien; Rougis en contemplant la chaste créature I »
Et moi, quand Toiseau chante au fatte du buisson. Quand murmure la source, ou jaunit la moisson, Je dis : « Sois pur, mon cœur! respecte la nature! »
Ne le dis pas à ton ami, Le doux nom de ta bien-aimée :
S'il allait sourire à demi, Ta pudeur serait alarmée.
Ne le dis pas à ton papier, Quand tout bas la Muse t'invite :
l'œil curieux peut épier La confidence à peine écrite.
Ne le trace pas, au soleil, Sur le sable, le long des grèves; Ne le dis pas à ton sommeil, Qui pourrait le dire à tes rêves.
Ne le dis pas à cette fleur Qui de ses cheveux glisse et tombe ; Et, s'il faut mourir de douleur, Ne le dis pas même à la tombe :
Car ni Tarai n'est assez pur, Ni la fleur n'est assez discrète, Ni le papier n'est assez sûr Pour ne pas trahir le poète;
Ni le flot qui monte assez prompt Pour couvrir la trace imprimée, Ni le sommeil assez profond, Ni la tombe assez bien fermée I
AVED.
Oui, je rêve! — Mon Dieu, sois à jamais béni, Toi qui, loin de tes cieux, dont l'absence me pèse, Fis descendre sur moi, pauvre insecte banni.
Un rayon d'idéal où je voltige à l'aise I
Alors tout s'illumine, ou s'épure, ou s'apaise; Mon printemps souille encore à mon front rajeuni;