‹ Paix et liberté; questions de l'année 1863Chapitre 101 sur 122 · KT DE LA FRANCK CONTRE LA RUSSIE · texte numérisé non relu

KT DE LA FRANCK CONTRE LA RUSSIE

Cria guerre, l'Angleterre ne la veutpae — lord Palmerston et lord John Russell l'ont répété assez de fois aux deux tribunes de la Chambre des lords et de la Chambre des comnaunes, — et l'Autriche ne la peut pas.

Non, l'Aatriche ne la peut pas, tant qu'elle conservera Cracovie , qu'elle s'est incorporée au mépris des plus énergiques protestations de l'Angleterre et de la France; tant qu'elle conservera la Gallicie, qui, aux termes du paragraphe 2 de l'article 1* de l'acte du 9 juin 1815, a les mêmes droits que le duché de Varsovie èi une représentation et à des institutions nationales (1); tant qu'elle conservera la Vénélie, qui ne veut pas plus du gouvernement autrichien, d'un gouvernement étranger, que les Polonais insurgés ne veulent du gouvernement russe.

L'Anglet^re ne voulant pas la guerre, et l'Autriche ne pouvant pas la faire, si la France, contrairement à toutes les déclarations que nous avons recueillies, la faisait, ce serait la guerre , mais ce ne serait pas l'entente ! Il faut donc que le Pays raye de son dictionnaire cette expression vide :

l'entente des trois PUISSANCES.

VentenU diplomatique, plus apparente que réelle, a pu se nouer ; mais f entente armée, alors qu'il ne s'agira plus d'aligner des phrases et des mots, mais qu'il s'agira d'aligner des

(!) ART. 1«% § 2, de Tacle du congrèf de Vienne da 9 jain 1815 : « Les Polonais, tajets respectifs de la Russie , de Vauthicre et de la Prosse , obtiendront une

BSPHteiiTATIOM R DBS IKtTrrOTlOKS 11 ATIONALIS. . . »

hommes et des canons, ne saurait s*étahlir et ne s'établira pas, parce qu'elle n*est point dans la nature des choses.

La situation est délicate, nous en convenons , surtout au moment où le Corps législatif, inaugurant une nouvelle l^Blatture, est sur le point de se réunir, et où le débat approfondi sur* le projet d'adresse ne laissera dans Tombrei aucune des déclarations de M. BiUault, aucune des dépêches de M. Drouyn de Lhuys; mais ce sont les situations délicates que l'empereur NaiH>léon 10 excelle particulièrement à dénouer par des aveux sincères , en parlant un langage qui n'appartient qu'à lui, en ne craignant pas de mettre à nu ses intentions et ses actes, et en prenant publiquement la France pour juge de ce qu'il a voulu et de ce qu'il n'a pas pu !

L'empereur des Français a voulu que les Polonais eussent au moins les garanties et les institutions que leur avait données l'empereur Alexandre I^; pensée louable ! Malheureusement, l'empereur des Français n'a pu obtenir de l'empereur Alexandre II qu'une promesse. Où donc est l'offense? où donc est l'humiliation? où donc est la honte? Pour obtenir d'un Élât qu'il fasse une chose , suffit-il qu'un autre Ëtat la lui demande ? S'il y a honte, s*il y a humiliation, s'il y a offense, comment expliquera-t-on que l'Angleterre, grand pays et peuple hautain, les subisse et ne renverse point par un vote d'indignation le cabinet Palmerston? Mais si lord Palmerston et lord John Russell tombaient sous un tel vote, qui leur succéderait ? Les chefs du parti tory, loin d'être contraires aux conclusions de la Russie, leur sont favorables (1). L'Autriche

(1) Lord Aberdeen au consul angUtù, à Varsovie,

m Foreign Oflicc, 26 juin 1816.

• ... 11 esi clair que, lorsque rinturreciion cclala, ei pendaai toute m darce, les troi< puittances dont les provinces étaient le plus direcieoicai meoacces par elle n'avaib.nt pas d'autre marche a suivre que de la réprimer a toct hasabb,

AUSSI PROMPTEMENT ET AUSSI EFFICACEMENT QU'BLLES LE POURBAIElfT, SANS AVOIR ÉGARD AUX PRIVILEGES ET A LA POSITION GARANTIS A LA RÉPUBLIQUE DE KRAKOVIE

PAR LES TRAITÉS. Daos ces circonstances, le cas était évidemment exceptioanel et devait être traite d'une manière exceptionnelle,

M 11 est également évident que les trois puissances ont le droit et en réalité soot obligées, dans riiiiérct de leurs propres États, de prendre des mesures capables

ayant une situation complexe et perplexe, les actes de TAutriche étant en contradiction avec ses paroles, l'Autriche par ses actes étant l'alliée de la Russie et par ses paroles l'alliée de l'Angleterre et de la France, nous la laissons & l'écart et ne la faisons point intervenir dans la question d'honneur ainsi posée.

Entre la Russie d'une part, l'Angleterre, l'Autriche et la France d'autre part, il y a dissidence; il n*y a point offense. Voilà la vérité. Depuis quand donc, entre États, dissidence est-elle offense ? Qui veut offenser ne prend pas la peine de se justifier. Plus le mémorandum joint & la dépêche finale du prince Gortchakoff est long, ce qui ne veut point dire diffus , et plus cette longueur est la preuve que l'intention de la plus légère offense à l'Angleterre et à la France, même à l'Autriche, n'est point entrée dans la pensée du cabinet russe.

Toute question d'offense, d'humiliation, de honte doit donc être mise de côté.

Alors que reste-t-il ?

Il reste des dépèches de M. Drouyn de Lhuys qui iront rejoindre celles de M. Guizot, et des dépèches de lord John Russell qui iront rejoindre celles de lord Palmerston dans la tombe autrichienne.

Qu'est-ce que cela prouve?

Gela prouve qu'à l'origine , au lieu de faire du journalisme entre diplomates, il eût mieux valu envoyer tout de suite à Saint-Pétersbourg, selon l'attitude que le gouvernement français eût voulu prendre , soit le prince Napoléon , qui avait si admirablement réussi à trancher à Berlin la délicate

de les garaulir cooire le retour det dangcn aaxqiiel< elles viciiiieiit dVchapper tout rccrnimeni.

• Dans la phase aciuelle de celte affjire, et avant qu'il surgisse quelque chose qui soii capable de jeler de la lumiîyre sur les inlentioiis des trois paissances inlé* resséet plus pnrliculièrrmeni dans les affiaires de K.rakovie, nlatiTement à son avenir, le gooTerneinent de Sa Majesté suspendra son jti(;einent et s'aUtiindra DE TooTB ihtertintion actitb en ce qui concerne cette république,

» ABKBDEBN. ■

question de Neufchâtel, soit le duc de Morny, qui fût aniTë au rnèuie but par un chemin dîfiEërent, sinon opposé.

On ne saurait jamais être trop sobre de dépêches et de noies. Les fcMrts en thèmes diplomatiques ressemblent à s*y méprendre à Taoïste de Cbamfort, qui eût brûlé une maison pour se faire cuire deux œufs. Ils feraient battre deux États, les meilleurs alliés, pour la plus grande ^oire d*une dépèche, d*une note, d'un manifeste, d*un mémorandum, d*un ultimatum, d'un nltimatissimum... 0 Molière!

L'opinion que nous Tenons d'exprimer ici n'est pas seule* ment la nôtre , elle est aussi l'opinion d'un ancien ministre qui a longtemps occupé le poste d'ambassadeur de France à Londres.

Il est certain que la Russie est aux prises avec des difficultés intérieures très-diverses et très-grandes ; il est certain que l'empereur Alexandre II est animé d'intentions libérales qui ne laissent en arrière d'elles aucun des actes de l'empereur François-Joseph; il est certain que le plus intéressé à rapaiseraent de la Pologne, c'est le gouvernement russe, qui, en choisissant le marquis Wielopolski, a pu se tromper, mais s'est trompé de bonne foi. N'avoir pas tenu compte de ces graves difficultés intérieures, de ces bonnes intentions évidentes, de cet intérêt incontestable; avoir mis, comme on l'a fait, la Russie au pied du mur et au ban de l'Europe, c'est une faute qui ne saurait se justifier et qui ne peut s'expliquer que par les entraînements de la controverse sous forme de dépêches, au lieu d'être sous forme d'articles.

Toute faute avouée est à demi réparée. La France peut avouer sa faute avec d'autant moins d'embarras qu'elle lui a été commune avec l'Angleterre et l'Autriche.

La diplomatie a fini sa tâche; c'est à la civilisation de poursuivre la sienne et d'obtenir de la Russie pour la Pologne, sinon Tindépendance, du moins la liberté.

La civilisation l'cAtiendra.

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