‹ Paleographie des chartes et des manuscrits du 11. au 17. siecleChapitre 1 sur 88 · SUR CETTE CINQUIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

SUR CETTE CINQUIÈME ÉDITION

croyons nécessaire de rappeici ce que nous disions dans ition précédente :

Les encouragements que notre Paléographie des Chartes et des Manuscrits a reçus du ministère de l’instruction publique et l’accueil non moins favorable que le public a daigné faire aux quatre éditions successives de cette méthode témoignent assez hautement

de Tutilité d’une Paléographie élémentaire telle que l’entendait le savant abbé Pluche :

« Une courte Paléographie qui, sans être elle -même ni une dépense ni une étude, accoutumât les yeux à se faire promptement à l’alphabet de chaque écriture et à gagner peu à peu quelque nouvelle sagacité pour débrouiller les plus difficiles *. »

C’est en effet par une simple méthode de déchiffrement qu’on peut se préparer à des études approfondies sur la paléographie générale et la diplomatique, et s’aider alors des grands travaux d’érudition publiés sur ces matières.

« Ce sont là, ajoute Pluche, les faibles commencements qui ont conduit, d’abord par manière de jeu ou de distraction, ensuite par une méthode régulière et certaine, les célèbres du Cange, Mabillon, Baluze, Longuenie, Montfaucon et Lebeuf à tant d’heureuses découvertes, soit dans les monuments de la savante antiquité, soit dans ceux du

i Sp»cl. de la nat., EntreU XX.

moyen âge, où sont les origines de notre langue, de nos usages, de nos lois et de nos plus grands intérêts. »

Si , en vue de faire mieux et pour déférer aux justes réclamations qui nous étaient adressées, nous avons cru devoir ajouter à la quatrième édition de ce livre, comme conséquence forcée du déchiffrement des chartes :

1» Une instruction sur les sceaux qui en dépendent et sur les difficultés paléographiques de leurs légendes;

2° Les règles de critique si judicieuses des Bénédictins concernant les chartes, les manuscrits et les sceaux ; i

3° Une planche d’empreintes sigillaires, avec les alphabets et les abréviations propres aux écritures dont se composent les inscriptions des sceaux ;

On comprendra que nous ayons tenté d’augmenter l’utilité de cette Paléographie en y ajoutant, pour cette cinquième édition, une planche de l'écriture de la chancellerie

romaine et des instructions propres à déterminer l’âge des chartes et des manuscrits non datés.

Ces additions, comme les précédentes, ne dérangent en rien la méthode et l’économie de notre livre. Car, tout en cherchant à répondre ici à toutes les exigences du déchiffrement des chartes, des manuscrits et des légendes sigillaires, ainsi qu’à toutes les questions relatives à l’âge et à l’authenticité de chacun de ces documents, nous tenons toujours à conserver la forme élémentaire de cette Paléographie, afin qu’elle ne soit ni une dépense ni une étude pour les personnes qui veulent s’essajer dans la science des anciennes écritures.

Évreux, ce M juillet 1863.

DKS -

•P%ÉCÉVE7^TES ÉVITIOC^S

I les connaissances paléographiques étaient plus répandues, on verrait moins de titres précieux détruits par ignorance ; les dépôts d’archives et les bibliothèques de manuscrits seraient dans un meilleur ordre; les travaux de dépouillement s’exécuteraient avec plus d’activité; les commissions, les correspondants historiques seraient plus à même, à l’aide de copistes habiles , de remplir sûrement et promptement la mission qui leur est confiée ; et enfin un plus grand

nombre d’écrivains reconnaîtraient que toute histoire ne saurait être mieux écrite et plus fidèlement traitée que les preuves en main. Mais où les puiser, ces connaissances paléographiques, pour ceux qui demandent à les acquérir? Est -ce dans d’éuormes ouvrages de diplomatique? Mais, comme l'a dit un ministre* aussi profond érudit qu’ardent investigateur de nos archives nationales : « Nos traités de paléographie, qui sont entre les mains de nos savants, ne sont que d’un faible secours pour ceux qui veulent se livrer à cette étude. Les ouvrages des bénédictins sont trop volumineux ou manquent de méthode; d’autres offrent des planches mal exécutées ; les traités allemands sont d'une science diplomatique trop haute et ne peuvent être utiles que pour les manuscrits germaniques. > En général , on peut même dire que tous ces traités contiennent plus de diplomatique que de paléographie proprement dite. C’est donc un ouvrage élémentaire qu’il faut, une méthode aussi claire que précise, qui apprenne ^ soulever toutes les difficultés que présente la lecture des écritures anciennes; qui, par son format

* M. Guizot, Rapport au roi sur l'étal des travaux historiques.

commode et portatif, paisse accompagner l'investigateur ou le copiste de documents historiques ! Cette méthode , nous venons l’offrir aujourd’hui : on jugera de son utilité ; si elle peut être bien accueillie de ceux qui la prendront pour guide , noos leur dirons : Hàtezvous d’apprendre, pour utiliser, avant leur entier dépérissement, les monuments écrits qui s'altèrent chaque jour !

VES mcA7<ivsci{irs

V paléographie est la science des anciennes

^ écritures : c’est par elle qu’on parvient

déchiffrer tous les monuments écrits qui nous sont restés de l’antiquité et du moyen âge. Tels sont, pour cette (^emière époque, à

laquelle nous nous bornons en partie, les inscriptions, les monnaies et les médailles, les sceaux, les manuscrits, les diplômes, les chartes et tous titres sur parchemin.

Quoique nous ne l’appliquions, dans cette méthode, qu’au déchiffrement des manuscrits, dipbV mes’, chartes et autres titres, cette paléographie spéciale n’en est pas moins importante : les matériaux sur lesquels elle s’exerce étant très-nombreux, son étude se fait sentir bien davantage par les secours qu’on en peut tirer en diverses circonstances, et spécialement pour notre histoire nationale, à laquelle elle offre les moyens de puiser à leurs véritables sources les documents qui doivent l’éclairer sur les origines, les vicissitudes et les particularités de nôtre langue, de notre littérature, de nos mœurs, de nos usages, de nos coutumes, de nos lois, de nos sciences, de nos arts, de nos monuments, etc., etc.

Ainsi la paléographie, telle que nous l’entendons ici, ne comprend pas seulement, comme on pourrait le croire d’ahord, l’étude des difficultés pure-

i On entend ici par diplômes toutes lettres patentes des anciens temps émanées des empereurs, des rois, des princes, des républiques, des grands seigneurs et des prélats. — Charis est un terme générique qui , au moyen âge , a servi à désigner toute espèce d’actes.

ment matérielles de l’écriture; elle exige encore des connaissances auxiliaires, sans lesf[uelles on ne posséderait qu'imparfaitement la science du déchiffrement.

Doncj’à l’étude des alphabets, des liaisons et conjonctions de lettres, des signes abréviatifs, orthographiques, de correction et des chiffres, nous joindrons les connaissances indispensables du style, de l’orthographe et des divers modes d’abréviations en usage dans les anciennes écritures.

Voilà en quoi consLste la paléographie proprement dite, qu’il ne faut pas confondre avec la diplomatique, comme l’on fait quelques-uns, bien que ces deux sciences se prêtent un mutuel secours : cette dernière ayant plus pour objet la critique des monuments écrits que leur déchiffrement.

Nous diviserons cette méthode en quatre parties ;

La première résumera d’une manière méthodique et précise les principales connaissances qu’il importe d’acquérir d’abord pour bien se préparer à la lecture de chartes et des manuscrits.

La deuxième traitera des abréviations usitées au moyen âge et de leurs différents systèmes. C’est dans cette partie qu’on apprendra à résoudre une des plus grandes difficultés des écritures anciennes.

La troisième contiendra : t ® quelques observations

préliminaires sur la lecture et la transcription des chartes et des manuscrits; 2» la reproduction en caractères usuels des écritures représentées dans les planches ; 3“ un aperçu sur la constitution ou le caractère particulier de l’écriture de chaque siècle, avec l’indication des pricipales difficultés qui s’y rencontrent ; 4® les règles de critique applicables à l'authenticité des manuscrits et des chartes ; 5® et celles dont on doit s’aider pour reconnaître l’àge d’un manuscrit ou d’une charte sans date.

La quatrième enfm comprendra une instruction sur les sceaux qui accompagnent les actes du moyen âge, et expliquera les difficultés paléographiques qui se rencontrent dans leurs légendes ; on y trouvera aussi les règles de critique applicables aux sceaux.

Page 1