HORACE
MANUSCRIT Dl) X SlECLi:.
Il ORAGE (Quintus Hoiatius Flaccus), né à Venosa , en Apulie, sur les confins de la Lucanie, le 8 décembre 689 de Rome (65 ans avant l'ère chrétienne), mort à l'âge de cinquante-sept ans, l'an de Rome 746.
Horace nous a transmis lui-même sa biographie dans ses ouvrages : aussi connait-on parfaitement, et dans les plus grands détails, toutes les circonstances de sa vie intérieure. On sait qu'il était fils d'un affranchi de la maison des Horaces, dont la profession était celle d'huissier aux ventes publiques. Son père le conduisit à Rome pour y étudier; il devint ensuite tribun dans l'armée de Rrutus, l'an de Rome 711, et retourna dans sa patrie deux ans après. Il dut à la protection de Virgile d'être recommandé à Varuset à Mécène. Ce dernier lui accorda son amitié et lui offrit une maison de campagne; il s'y retira l'an 716 de Rome, et, l'année suivante, Horace, Virgile, Mécène, Plotius et Varus firent ensemble un voyage à Brindes. Tous ces détails sont consignés dans les ouvrages d'Horace : la septième ode du second livre, la satire v du premier, et l'épîtrc xvi du premier livre des Epîtres,sont plus spécialement consacrées aux évènemens de sa vie.
Horace livra d'abord au public son premier livre des Satires [Sermones), qui parurent l'an de Rome 718; puis, deux ans après, de Rome 720, l'ode au vaisseau qui portait Virgile. Le deuxième livre de ses Satires et l'ode Quem viriun aut hcroa parurent l'un en 72a et l'autre en 780 de Rome. Pendant les années 733 à 736, Horace donna successivement les deux premiers livres de ses
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Odes, sou ode Cœlo tonantem , le premier livre de ses Epitres et le troisième de ses Odes. Trois ans après, en ySg, il publia son Art poétique ; en 740, les odes Qualem ministnim, Divcs ortc bonis et Qiiœ cura pat rum. Le quatrième livre des Odes fut le dernier ouvrage d'Horace : il parut en 744, et le poète mourut deux ans après.
Horace posséda au suprême degré l'art d'intéresser son lecteur; son langage est pur, élégant et le modèle de l'urbanité; son rhythme lyrique est parfait; sa pensée est vive, juste, gracieuse, profonde, assaisonnée des inspirations d'une douce philosophie pratique; ses poésies, qui comprennent moins de dix mille vers, ont suffi pour lui faire assigner la première place parmi les poètes latins. Ses ouvrages n'ont jamais été perdus; toutefois les écrivains contemporains en parlent rarement, et plus rarement encore avec éloge, ce qu'on a attribué à l'envie que dut exciter ce talent supérieur. Ovide est un de ceux qui le citent. Parmi les écrivains du premier siècle de l'ère chrétienne, Lucain et Perse en parlent quelquefois dans leurs écrits; Martial et Quintilien durant le deuxième siècle; Ausone, saint Jérôme pendant le quatrième, et Sidoine Apollinaire pendant le cinquième, lui accordent aussi quelques mots d'éloges. Ce dernier, poète et prosateur chrétien, nous apprend, de plus, qu'il existait de son temps un manuscrit des œuvres d'Horace parmi ceux de la bibliothèque que le préfet Tomance Ferréol avait assemblée dans sa maison sur les bords du Gardon, près de Nîmes. Les citations d'Horace que l'on trouve en parcourant les ouvrages de Cassiodore et ceux d'Isidore de Séville, prouvent également que ces deux écrivains, l'un du sixième siècle, et l'autre du commencement du septième, connaissaient des manuscrits d'Horace. L'abbé de Ferrière, qui posséda l'une des plus riches collections du neuvième siècle, en avait aussi une copie. On sait encore que pendant le dixième siècle l'abbé d'Altona se fit représenter en tête d'un manuscrit, consacrant à saint Etienne les ouvrages de notre poète; et l'on cite une semblable dédicace adressée en quatre vers à saint Benoît, patron de l'abbaye de Fleury : ces espèces d'offrandes se faisaient en déposant sur un autel le livre que l'on donnait à l'abbaye. Enfin , on fait remonter au même temps l'ancienneté de plusieurs manuscrits déposés à la Bibliothèque du Roi, ainsi que celle d'un manuscrit du célèbre Pithou, qui a passé après sa mort dans le monastère des Pères de l'Oratoire de Troyes'.
La Bibliothèfjue du Roi possède environ cinquante manuscrits d'Horace plus ou moins complets : de ce nombre cinq sont du dixième siècle, quatre du onzième, huit du douzième, sept du treizième et six du quatorzième siècle; les autres sont du siècle suivant. Parmi ceux du dixième siècle, celui qui a servi à notre planche V,
ynyajre UUvrairr ih- ih-ux bciiciliclins; Paris, 1717, ili-4"; t. l"^', |>. ;»t
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et dont nous donnerons la description plus bas, est à tous égards le plus remarquable de nos manuscrits du poète latin. Parmi ceux du onzième siècle, on doit surtout citer le volume numéroté 5gi du Supplément latin, et un autre qui porte le numéro 7976 du Fonds du Roi. Ce dernier contient tous les ouvrages d'Horace avec des scolies. C'est un très-beau volume in-quarto, sur vélin, et dont la reliure historiée annonce qu'il a appartenu au roi Henri H, dont le chiffre royal accompagne celui de la célèbre Diane de Poitiers.
Les œuvres d'Horace n'ont été traduites que fort tard, et il n'existe pas à la Bibliothèque du Roi de version ancienne de ce poète. Il n'en a pas été de même pour les éditions : l'imprimerie naissante s'empressa de reproduire ces admirables écrits. L'édition Princeps de ce poète est de Milan, 147O5 et il en existe un exemplaire à notre Bibliothèque royale. On en connaît aussi une autre de la même année, avec ce titre : Sermones Oratii (sic), en caractères gothiques : celle de Parme, i473, par Antonius Zarotus , est également fort rare, et très-recherchée malgré son incorrection. Aide l'Ancien fut le premier éditeur qui s'occupa de la critique du texte et de la collation des manuscrits. Estienne Muret, G. Fabricius suivirent l'exemple donné par Aide; mais la première édition véritablement critique qui parut fut celle de Lambin. Enfin, on ne doit pas oublier celle de Rome faite en 181 1 par Carlo Fea, ni le petit chef-d'œuvre typographique sorti des presses de Henri Didot (Paris, 1828). Cette dernière édition complète d'Horace offre aux admirateurs passionnés de ce poète la faculté de pouvoir le porter toujours avec eux sans en être embarrassés , car le volume n'a que trente et une lignes de hauteur sur dix-neuf de largeur et quatre d'épaisseur.
Le manuscrit qui a servi wx fac-similé de notre planche V porte le numéro 797 1 ; il est de format in-quarto, sur vélin, et contient 22 1 feuillets dorés sur tranche. La forme des caractères de l'écriture est celle du dixième siècle. Le titre de l'ouvrage, ceux des différentes pièces de poésie et les lettres capitales sont en encre rouge; les marges et les interlignes sont surchargées de commentaires. Ce volume est du nombre de ceux qui ont été reliés sous le règne du roi Charles IX, comme l'indiquent les armes de ce prince et les initiales OC entrelacées. On lit sur un ancien feuillet ces mots qui paraissent avoir été écrits vers le treizième siècle : Iste
liber est sti (sancti) nisi qui eum Juratusfuerit vel sustraxerit anathema sit. Le
nom propre Herbertus est aussi plusieurs fois écrit sur le même feuillet , au verso duquel on lit encore : Constancius malus puer sivc bonus — liber sancti Benedicti abbatis monasteriijloriacensis — quem si quis furatus faerit damnatus sit cum Juda proditore , Anna et Caipha. Ces lignes, et d'autres qui se trouvent au troisième feuillet, et dont nous parlerons aussi, peuvent servir à indiquer dans quelles bibliothèques (e vokimc a passé successivement. Le premier feuillet porte en divers
endroits uu numéro différent; le nombre d(;ccclxxxii est probablement celui que le manuscrit reçut à son entrée dans la Bibliothèque du Roi; aux anciens catalogues il est signalé sous le numéro 1072; on lui donna ensuite le numéro 5596; enfin le numéro 7971 est celui qu'il porte depuis l'année 1744-
On lit sur ce même feuillet un commentaire de la première ode. Au verso du second feuillet se lit le titre suivant : <^. horatii flacci carminum liber primus iNciPiT. Hac ode Mecenatem alloquitur. Une partie de ce titre est reproduite en tête de notre planche V. Le troisième feuillet contient l'ode première Mecenas atavis édite regibus; et en tête de cette page se voient les quatre vers que nous allons rapporter, et qui serviront aussi à l'histoire de notre manuscrit' .
Hic liber est, Bénédicte, tuus, veiieraiide, pcr aevum;
Obtulit Herbertus servus et ipse tuus Queni tibi sce pater taii pro munerc poscens ' ,
Liber ut aeteniain |)ossidcat patriam^
Le liber secundus Sermoiium e&X.^ dans ce manuscrit, le dernier des ouvrages d'Horace. Enfin ce précieux volume, qui contient les œuvres complètes de l'illustre poète, est terminé ^?iY\mey4unotatio sive digcstio carminum prœcedeiitis lib ri , qualiter scaiidi debebant, qui se lit aux feuillets 214 à 219. Les feuillets 220 et 221 sont occupés par un écrit en prose intitulé : Vitapoetœ.
Nous avons cité plus haut la singularité d'un manuscrit d'Horace de l'abbaye de Fleury, consacré à saint Benoît, pendant le dixième siècle, par une dédicace^ en quatre vers latins. Ceux que nous venons de rapporter auront sans doute rappelé cette circonstance, et la coïncidence d'âge de notre manuscrit avec celui du volume de cette abbaye nous a naturellement porté à examiner si le nôtre serait un second exemple d'une offrande aussi singulière, ou si plutôt le manuscrit de l'abbaye de Fleury ne serait pas celui même que l'on voit aujourd'hui à la Bibliothèque du Roi sous le numéro 7971. Nos doutes ont été promptement levés, et l'identité du manuscrit de Fleury avec celui de la Bibliothèque du Roi nous a été démontrée par ces mots : Liber saticti Benedicti abbatis moiiasterii fioriaceiisis , fini font partie de l'anathème dont on menace celui qui serait tenté de dérober ce volume , et dont nous avons déjà rapporté les termes plus haut. Quant aux lignes qui se trouvent sur l'ancien feuillet servant de garde, elles constataient aussi pro-
' Ils sont d'une écriture moins ancienne que celle du corps du manuscrit.
' Ce vers est écrit en une ligne verticale , cl les lettres sont superposées l'une sur l'autre.
' Ce dernier vers est écrit au bas du feuillet.
' Celle dédicace ou offrande a été lue par Vanderbourg, qui la rapporte dans sa Piolice des manuscrits d'Horace, et il ajoute :
Il ne s'agirait peut-être , pour tirer parti de l'inscription et du vers, que de trouver qnrlque Benoit abbé de cette abbaye, et parmi des contemporains quelque seigneur des environs nommé Herbert. -■ Pour un traducteur d'Horace, l'explication est assez naïve ; quant aux lettres onciales du manuscrit dont parle également Vanderbourg, nous pouvons assurer qu'il n'y en a pas même une seule qui approche de rrltc forme.