‹ Paléographie musicale (volume 2)Chapitre 121 sur 157 · DeusDominusfortitudomea · texte numérisé non relu

DeusDominusfortitudomea

et ponet pedes meos quasi

cervorum et super excelsa mea

deducet me victor in psalmis

canentem.

LA TRADITION BENÉVENTAINE. 365

Le trait bénéventain se rattache, on le voit, à la Vulgate, tandis que le trait romain dépend intégralement de l'ancienne version, base de tout l'ancien répertoire grégorien.

Il est inutile, pour le but que nous nous proposons, de donner un apparatus détaillé des deux versions que nous reproduisons ici ; ce sont, pour la Vulgate, le texte de l'édition Clémentine, et, pour l'ancienne version, le texte du Psautier de Saint-Pierre.

Voilà donc le fait ; et ce double parallélisme est tellement évident que nous nous en voudrions d'insister plus longuement, soit sur le côté positif de cette constatation, soit sur le caractère absolument exceptionnel des rares variantes qu'on peut relever, ici et là, entre les textes parallèles de chacun des deux groupes. Encore une fois, nous n'avons donné ici que la transcription de l'une des formes des deux versions bibliques; et il est plus que probable que, si l'on voulait approfondir le problème, on n'aurait pas de mal à retrouver, dans un apparatus critique un peu complet, les variantes mêmes qui séparent chacun de nos traits du texte biblique parallèle. Mais tel n'est pas ici notre but. La seule chose intéressante à retenir, de notre point de vue, c'est le fait évident du double parallélisme entre trait romain et ancienne version d'une part, trait bénéventain et Vulgate d'autre part : correspondance qui se prolonge, pour ce dernier, jusqu'à la fin de la pièce, dans toute la série des versets qui lui sont propres.

Dès maintenant on pourrait être tenté de poser le problème que soulève la constatation de ces faits. Comment expliquer cette dualité de source pour les deux traits romain et bénéventain? Et pourquoi est-ce la tradition bénéventaine, si fidèle pendant longtemps à l'ancienne version — nous avons déjà eu l'occasion d'y insister, pp. 145-15 1, en traitant de l'archaïsme de la tradition bénéventaine, — qui dépend ici de la Vulgate? Pourquoi enfin cette dualité de tradition dans le texte bénéventain lui-même, dont l'ensemble se rattache donc à la Vulgate, tandis que le premier verset reproduit, lui, l'ancienne version? Il serait loisible, d'après ces données, de tenter une solution de toute cette série de problèmes, si le Domine audivi était seul de son espèce; mais il n'est en fait que le premier d'une série de quatre traits ayant chacun leur pendant dans les deux liturgies romaine et bénéventaine, et qui, pris individuellement, pourraient soulever les mêmes difficultés que lui ; aussi est-il plus indiqué de ne pas traiter la question pour l'un seulement d'entre eux, mais de l'aborder seulement une fois en possession des constatations analogues qui pourraient ressortir de l'examen comparé des trois autres.

Réservant donc provisoirement cette question, nous nous attachons tout de suite à la présentation des trois autres traits bénéventains, et tout d'abord du Cantabo.

Bien que les incipits n'en soient pas identiques, le Cantabo bénéventain correspond exactement au Vinea romain. Comme nous y avons déjà fait allusion (p. 355, n. 1), le cantique d'Isaïe commence, dans le texte biblique, par un premier verset qui lui sert d'introduction : «Cantabo nunc dilecto canticum patruelis vineae mese : Vinea...» C'est ce verset initial, laissé de côté dans le trait romain, qui a été conservé comme premier verset par le compositeur bénéventain, et traité par lui selon une mélodie particulière, tout comme il l'avait déjà fait pour le premier verset du trait Domine audivi.

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Canta-bo nunc di-lecto canticum di-lectae vine-se me-ae.

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1 Ici, le VI. jS donne une leçon défectueuse résultant d'une fusion irrégulière des neumes correspondant aux deux groupes I et J sur l'avantdernière syllabe : C J r'NS-»^- r%—

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Le tableau ci-dessus dispense d'insister longuement sur le parallélisme des formules. Pour la plupart d'entre elles, A, C, G, I, M, la correspondance est parfaite; et si, apparemment au moins, on trouve dans d'autres groupes des variantes en assez grand nombre, il n'en résulte toutefois aucune difficulté sérieuse. Pour certaines d'entre elles, E et J par exemple, l'accord de l'ensemble des versets met assez en évidence le caractère irrégulier d'une leçon isolée qui s'en écarte. Pour les autres, il s'agit la plupart du temps d'une indétermination portant sur une simple note. Ainsi, dans le groupe F — où l'on doit tout de suite écarter la leçon isolée du cinquième verset, — on pourrait hésiter entre deux leçons attestées chacune par deux versets, et qui ne diffèrent que par un simple mi ; nous avons déjà rencontré la même variante dans le trait Domine audivï, au début du second demi-verset. Quant aux deux groupes B et L, ils se voient affecter chacun, tantôt une, et tantôt deux syllabes. Pour le premier, on trouve, dans le cas d'une syllabe :

deux fois C a*tyt

et une fois S~**^j»t

formules qui deviennent respectivement, dans le cas de deux syllabes : une fois C **,> ^~ et une fois C a'^>p« %~

LA TRADITION BENEVENTAINE.

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(ne dans les deux mss. )

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et non justi-ti- am sed cla- mo- rem1.

1 Ici, le VI. 40 ne donne pas tout le mélisme; il arrête la vocalise comme au troisième verset.

Le procédé de décomposition, avec anticipation sur la première syllabe de Pavantdernier si, est le même dans les deux cas; toute la question est de savoir si, après le podatus initial, le do est simple ou double; le doublement paraît préférable.

Le groupe L, correspondant lui aussi à une ou deux syllabes, n'offre au contraire aucune difficulté. Après qu'on ait écarté la leçon isolée du deuxième verset, il reste que la

formule à une syllabe S~ 3~Vt devient C 3 ^**fl~ dans le cas de deux syllabes, avec

anticipation sur la première syllabe du ré initial de la seconde.

Quant à la seconde partie des versets, elle commence par le récitatif N, sur lequel il n'y a pas lieu d'insister, et se termine par une finale qui n'est pas la même pour tous les versets : formule assez brève pour les versets pairs, plus développée pour les versets impairs. Le dernier verset étant un peu plus long que les autres, comporte, entre la première et la seconde partie, une cheville dont la mélodie s'amorce normalement comme le second demi-verset et se termine comme le premier, pour permettre d'enchaîner la dernière incise de la même manière que les autres demi-versets impairs. On remarquera que la finale de ces demi-versets impairs est assez analogue à celle de la cadence finale du trait Domine audivi ; elle n'est tout à fait identique que pour le dernier verset lui-même du Cantabo, c'est-à-dire en réalité pour la vocalise finale des deux pièces.

Ancienne version

Trait romain

Trait bénéventain

Vulgate

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