‹ Paléographie musicale (volume 2)Chapitre 52 sur 157 · MONT-CASSIN · texte numérisé non relu

MONT-CASSIN

Bénévent, Chapitre VI 35

BenÉvent, Chapitre VI 34

Rome, Vat. lat. 6082

Milan, Ambros. S. 74. Sup.

Colmar, Ville 445

Solesmes, 49

Cologne, Ville VIII 236

Milan, Ambros. M. 70. Sup.

Munich, Clm. 7905

Parkminster, A. 33

Beuron

Solesmes, 48

Manchester, Ryland's Libr. 24

Paris, B. N. 904

PÈROUSE, Chapitre 21

Rouen, Ville 277

Londres, B. M. add. 12 194

Londres, B. M. add. 18031-18032

Monza, Chapitre c. 14. 77

Paris, Ste Geneviève 99

Munich, Clm. 10075

Solesmes, J. 42

ROME, Angelica 477

BARI, Chapitre I

Aoste, Bibl. de Mgr Duc

Bruxelles, Bibl. Roy. 19389

Rouen, Ville 305

Bruxelles, Bibl. Roy., Fétis 1 172

Rouen. Ville 249

Vienne, Bibl. Pal. 12865

LE MANS, Cathédrale

VERDUN, Grand Séminaire

Paris, B. N. 1132

PAR rapport au codex Einsiedeln 121.

Les manuscrits étudiés se répartissent, on le voit, sur toute la gamine des valeurs qui va du coefficient 8 au coefficient 91,8 ; le plus proche du manuscrit-type se trouvant 92 fois sur 100 d'accord avec lui, le plus éloigné s'en écartant 89 fois sur 97. Ils ont été distribués sur quatre colonnes correspondant respectivement aux coefficients de o à 25, de 25 à 50, de 50 à 75. enfin au-dessus de 7s; et, dans chacune d'entre elles, l'échelonnement a été proportionné autant que possible à la distance au manuscrit-type. Pour avoir une idée exacte de la répartition de la tradition diastématique par rapport au codex Einsicàchi 121, il faut donc supposer les quatre colonnes mises bout à bout et n'en formant plus qu'une seule.

En présence d'un tel résultat, une remarque s'impose : l'éparpillement à peine vraisemblable de la tradition. On a quelque difficulté à réaliser que des manuscrits de bonne époque, le graduel de S. Yrieix (Paris, B. N. 903) par exemple, arrivent à se trouver en opposition 84 fois sur 97 avec le manuscrit sangallien qui nous sert ici de base. Sans aller aussi loin, il ressort cependant de l'inspection de ce tableau que la grande majorité des manuscrits examinés, près des trois-quarts, sont, la moitié du temps, en contradiction avec ce même manuscrit-type.

Un semblable résultat pourrait surprendre, en effet, si les cent variantes de notre canon avaient été choisies d'une manière purement arbitraire. Il est bien clair que, si ce canon avait été composé, par exemple, des cent premiers neumes d'une pièce quelconque, le classement auquel nous sommes conduit serait, il faut l'avouer, profondément décourageant; il constituerait à lui seul une réfutation vraiment impressionnante des tomes II et III de la Paléographie Musicale, et l'on serait légitimement autorisé à se demander, si, au milieu de ce chaos, il y a la moindre chance de retrouver avec quelque certitude la version authentique de la mélodie originale.

Mais ce serait oublier comment a été constitué notre canon de variantes. Dans quel but avons-nous ébauché le présent classement? Uniquement pour reconnaître les affinités des manuscrits, pour chercher à distinguer des groupes, pour nous rendre compte enfin de la manière dont ces groupes se rattachent les uns aux autres. Or, la méthode qui s'impose, pour dégager ces affinités, consiste à disloquer, nous dirions volontiers à écarteler la tradition en ne retenant, de son témoignage, que les éléments de division : c'est la raison pour laquelle nous n'avons fait appel qu'à des variantes soigneusement sélectionnées; elle consiste encore, si l'on préfère, à ne plus voir, dans chaque groupe, que les notes caractéristiques, et même à les forcer, de manière à donner, de l'ensemble de la tradition, une véritable caricature dont les saillies ne sont qu'une exagération de traits qui existent objectivement dans la réalité, bien qu'à un degré moindre.

C'est l'un des aspects de cette caricature que nous avons ici, le point de vue étant S.-Gall; mais il est clair que, pour se faire une idée plus exacte de l'organisation réelle de l'ensemble de la tradition, il faudrait pouvoir l'envisager de points de vue différents, c'est-à-dire établir un classement du même type à partir de quelques-uns des manuscrits les plus importants des diverses écoles messine, chartraine ou bénéventaine.

LA TRADITION BÉNÉVENTAINE. 169

Nous nous sommes contenté d'attirer l'attention, dans le classement sangallien, sur la place des manuscrits bénéventains, qui nous intéressent ici plus particulièrement. A cet effet, leurs cotes ont été composées en caractères gras. Ils se trouvent tous groupés, on le voit, dans une région assez restreinte dont les coefficients extrêmes sont 56,4 et 61, ce qui représente un coefficient moyen de 58,7 avec une marge de 2,3 pour cent en plus ou en moins (1).

Il est donc désormais possible de répondre à la question que nous nous étions proposée au début du présent paragraphe : Quels sont, parmi les manuscrits diastématiques, ceux qui, du point de vue neumatique, se rapprochent le plus du codex Einsiedeln 121?

La méthode statistique met en vedette un groupe de six manuscrits dont les coefficients s'échelonnent entre 8 et 1 1 . A quelque distance de ce groupe de tête vient le missel plénier de Wirzenborn, coefficient 17; les autres manuscrits ne suivent que d'assez loin, avec des coefficients de 23, de 26 et au dessus, la plupart ayant même un coefficient supérieur à 50.

Il importe de noter que le groupe des six manuscrits de tête constitue un ensemble de témoins très précieux, car il ne faut pas oublier que cette concordance de 92 ou même seulement de 89 pour cent avec le manuscrit-type est relative, non à des variantes quelconques, mais à des variantes critiques. Ce groupe de six manuscrits constitue donc une base extrêmement sérieuse pour la restitution de la mélodie sangallienne.

Nous disons : le groupe des six premiers manuscrits; et pour plusieurs raisons : Sans doute le classement aboutit à un échelonnement des manuscrits d'après leur conformité respective au manuscrit-type. Il convient toutefois de ne pas se laisse1' hypnotiser par les chiffres. Affirmer, par exemple, que, des deux manuscrits Gra%, Univ. 8oj et Maihingen 1 . 2. 40. i}, c'est le premier qui est le meilleur, sous prétexte qu'il s'écarte de S. Gall huit fois alors que le second se trouve neuf fois en désaccord avec lui, ce serait certainement mal comprendre la méthode statistique et vouloir lui faire rendre plus qu'on n'est légitimement en droit d'en attendre. En l'espèce, il eût suffi d'un simple changement dans le canon des variantes pour que la place relative des deux manuscrits se trouvât inversée. Il convient donc de ne pas attribuer à ces coefficients une valeur trop

(1) Un classement unique comme celui-ci conduit, il est vrai, à certains rapprochements un peu factices. Il est bien clair, en effet, que, si l'on établit un classement des grandes villes de France relativement à la distance qui les sépare de Paris, on trouvera non loin l'une de l'autre des villes qui, dans la réalité, sont réellement voisines; mais on y trouvera, plus voisines encore parfois, des villes fort éloignées dont la seule note commune est leur distance à la capitale. Il en est ainsi lorsqu'on se borne à un seul classement : les manuscrits d'un même groupe se trouvent bien dans la même région — par exemple les manuscrits bénéventains dans la région qui va du coefficient 56,4 au coefficient 61 — mais ils s'y trouvent dans le voisinage d'autres manuscrits qui n'ont rien de commun avec eux — par exemple, en l'espèce, le manuscrit VI II 170 de Lainz, coefficient 58, 9, fort éloigné, en réalité, du groupe bénéventain. Ce serait précisément l'intérêt d'une série de classements analogues d'identifier les groupes stables et de démasquer les rapprochements factices.

Paléographie XIV. 22

absolue. Ce qu'il importe pratiquement de retenir, c'est que le classement met en évidence un groupe de six manuscrits particulièrement importants et de valeur sensiblement égale.

En second lieu, à supposer même que le manuscrit de Graz puisse être dit d'une manière absolue supérieur à tous les autres pour sa conformité avec le codex Einsiedeln 12/, il demeure que cette similitude n'est pas l'identité. Pour remédier aux déficiences de ce manuscrit, il convient donc d'interroger des témoins qui, sans être aussi excellents que lui, n'en sont pas moins — le classement l'a montré — des plus recommandables.

Par ailleurs, il vaut mieux ne faire appel qu'à un nombre de manuscrits aussi restreint que possible ; et, puisqu'on s'est donné la peine d'établir un classement, il convient d'en tirer une ligne de conduite pratique basée sur la sélection des meilleurs d'entre eux.

Toutes ces considérations invitent à limiter l'enquête au groupe des six manuscrits mis en vedette par le classement, et à considérer comme leçon sangallienne toute leçon sur laquelle ils se trouveraient d'accord, la discussion des cas douteux demeurant d'ailleurs libre, et pouvant être éclairée par un appel à d'autres témoins (1).

Pratiquement une restitution de la mélodie sangallienne doit donc commencer par l'examen comparé des six manuscrits :

Graz, Université 807 coeff. 8

Maihingen, 1. 2. 40. 13

Rome, Angelica 1436

Trêves, Ville 2134

Trêves, Bibl. du D' Bohn, IV

Klosterneuburg, 588

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ces manuscrits n'appartiennent pas à la même famille. Le premier et le dernier sont écrits en ce type particulier de notation qui est propre à la région de Klosterneuburg; le graduel de Maihingen, en une variété de la notation messine qui présente certains traits de la notation de Klosterneuburg; les trois autres se rattachent à la notation allemande dite « à clous » : il est à noter que le premier des trois, le graduel de l'Angelica, n'est pas précisément un manuscrit très ancien, puisqu'il date seulement du XIVe siècle.

(1) Nous avons recours, on le voit, à une procédure très simplifiée relativement à celle qu'il faudrait employer pour appliquer à la lettre les principes exposés dans X Introduction du présent travail. Mais, outre que l'établissement de la filiation de ces manuscrits provoquerait un développement disproportionné avec le but que nous nous proposons ici, on ne saurait douter que le résultat le plus clair d'un semblable travail serait de situer dans le voisinage immédiat du manuscrit-type des témoins que le classement neumatique révèle comme si voisins de lui, alors que ceux qui s'en rapprochent ensuite le plus en sont singulièrement plus éloignés. Il convient d'ailleurs d'observer que nous utilisons cette procédure simplifiée, non pas comme une règle définitive et sans appel, mais uniquement à titre de sondage et pour nous rendre compte dans quelle mesure les manuscrits présentés par le classement neumatique comme les témoins les plus fidèles de la tradition sangallienne sont aptes à en rendre la ligne mélodique.

LA TRADITION BENÉVENTAINE. 171

Il serait intéressant de mettre à l'épreuve le classement ainsi obtenu en présentant la restitution d'une pièce du répertoire ancien, basée sur la version neumatique qu'en donne le codex Einsiedeln 12/, et de se rendre compte dans quelle mesure ce groupe de manuscrits suffit à la restitution, soit qu'on se trouve en présence d'un témoignage concordant, soit que certains d'entre eux permettent de corriger les déficiences des autres. Mais un tel déploiement de leçons mélodiques n'est pas nécessaire pour le but que nous nous proposons ici. Nous nous contentons de transcrire une pièce du répertoire ancien — en l'espèce, la communion Populits acqiiisitionis du jeudi après Pâques — d'après le graduel de Graz, de façon à pouvoir juger de la manière dont ce manuscrit, mis en avant par le classement comme le plus fidèle à la tradition sangallienne, traduit la mélodie du codex d'Einsiedeln.

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Po-pu- lus acqui-si- ti- o- nis annunti- a- te vir-tu- tes e- jus al-le- lu -ia

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qui vos de te- ne- bris vo- ca- vit in admi-ra- bi- le lumen su-um aile- lu- ia.

Si l'on examine les deux manuscrits neume par neume, la correspondance, on le voit, est à peu près parfaite. Il n'existe entre eux que deux divergences, le graduel de Graz donnant une note de moins dans le groupe ascendant de vo-cavit, et traduisant par un pressus le salicus sangallien de admi-ra-bile. On observe également, et cela jusqu'à cinq fois, le phénomène de l'attraction du mi au fa qui a pour conséquence de transformer en trois pressus autant de podatus sangalliens — sur annunti-a-te, sur te-nébris et sur vo-ca-vit — et en deux autres pressus — sur te-nebris et sur dA-mirabile — deux torculus sangalliens. C'est là un phénomène bien connu, et sur lequel nous aurons l'occasion de revenir. Mais il y a plus grave.

A ne considérer que les formes neumatiques, il n'est pas douteux que la correspondance entre les deux manuscrits ne soit très satisfaisante ; mais cette similitude ne nous intéresse ici que dans la mesure où elle est un signe de la similitude mélodique. Or, avons-nous réellement dans la mélodie de Graz la traduction authentique de celle d'Einsiedeln? Après tout ce que nous avons dit, la question peut sembler superflue; elle ne l'est pourtant pas.

Nous n'avons tenu compte, en effet, jusqu'ici, que de la forme des neumes. abstraction faite de la mélodie correspondante ; mais il ne faut pas oublier que, si la notation sangallienne ne comporte aucune indication mélodique absolue, elle donne cependant certaines indications relatives dont l'intérêt est capital pour nous, car elles fournissent un critère de la plus haute importance pour juger de la valeur de notre classement. Si celui-ci a réellement permis de dégager les manuscrits les plus utiles pour la restitution de la mélodie sangallienne, on doit retrouver chez eux une traduction généralement correcte de toutes ces indications mélodiques. En est-il vraiment ainsi? La vérification est facile à faire.

On sait que les indications mélodiques auxquelles nous faisons allusion sont assez fréquentes; ce sont les lettres : «- (inferius, iusum), u (levate), f (siiperius, sursum), renseignements intéressants, mais malheureusement très imprécis, puisqu'ils ne fournissent que des indications purement qualitatives sur le sens d'un intervalle. L> (equaliter) seul fournit une indication quantitative extrêmement précise, puisqu'il exprime que la note qui le précède et celle qui le suit sont à l'unisson. Un contrôle basé sur la fidélité avec laquelle sont rendus, dans une traduction diastématique, les equaliter sangalliens, est donc à la fois des plus simples et des plus concluants. Voyons ce qu'il en est pour la communion Populus acquisitionis dont le choix a précisément été déterminé par l'abondance des equaliter — il y en a jusqu'à neuf — au moyen desquels le scribe sangallien a cru devoir préciser la ligne mélodique.

Dans l'ordre même où ils se présentent, ces equaliter ont été numérotés de i à 9.

Si l'on examine la traduction de la mélodie sangallienne donnée par le manuscrit de Graz, on observe que :

Y equaliter 1 y est correctement interprété par l'unisson sur le sol)

les equaliter 2 et 3, par contre, ne le sont plus, Graz donnant pour l'un la succession ré-do, pour l'autre, sol-fa;

quant à X equaliter 4, il est de nouveau rendu par deux notes à l'unisson sur le sol, ce qui, pour le moment du moins, est acceptable;

V equaliter s, ^u contraire, n'est plus respecté, puisqu'on passe, dans la traduction sur lignes, du ré au do;

le cas de Y equaliter 6 est plus spécial. Nous avons déjà fait remarquer que les neumes qui l'encadrent ont été, dans la traduction diastématique, l'objet d'une déformation mélodique, puisque le podatus qui précède a été converti en pressus, en pressus aussi le début du torculus qui suit. Si Yequaliter sangallien semble donc traduit, c'est d'une manière toute factice; en réalité, ce passage du manuscrit de Graz donne certainement une traduction incorrecte de la mélodie sangallienne et de Yequaliter en question (1);

(1) En fait, Yeqiialiter n'a pas, dans ce passage, la signification stricte que l'on connaît, mais une signification plus générale. Dans la grande majorité des cas, en effet, Yequaliter précise que la première note du neume qui le suit est à l'unisson de la dernière note du neume qui le précède. Parfois cependant l'identité ainsi signifiée ne vise pas deux notes, mais bien deux neumes, ou plus exactement deux motifs mélodiques.

LA TRADITION BÉNEVENTAINE. 173

quant aux trois derniers equaliter : 7, 8 et 9, aucun n'est rendu d'une manière acceptable par le manuscrit de Graz, qui donne respectivement pour chacun d'eux les successions ré-do, la-do et si-do.

Au total, si l'on fait abstraction du cas un peu spécial de Y equaliter 6, on se trouve en face de ce fait assez singulier : une mélodie précisée, dans la notation in campo aperto, par huit indications d'unisson, et dont deux seulement sont rendues d'une manière acceptable — nous ne disons pas encore : correcte — par le manuscrit que le classement neumatique a mis en avant comme le témoin le plus fidèle de la tradition sangallienne; pour les six autres, la traduction du manuscrit de Graz est inconciliable avec les précisions très nettes du codex d'Einsiedeln. Six sur huit, c'est beaucoup; et il faut bien avouer que, si nous ne connaissions pas déjà par ailleurs la signification de la lettre «-, ce n'est pas la méthode que nous venons de suivre qui pourrait nous la faire soupçonner.

La difficulté, on le voit, est réelle. Dans ces signes additionnels, on pouvait légitimement espérer que l'on aurait un moyen de contrôler le classement neumatique et d'en justifier la valeur; il semble bien qu'on n'en puisse tirer autre chose qu'une réfutation.

Nous en sommes donc réduits à ce dilemne :

ou bien les equaliter du manuscrit d'Einsiedeln sont corrects, et alors notre classement neumatique est bien suspect qui aboutit à présenter comme son interprète le plus fidèle un manuscrit qui, six fois sur huit, ne les traduit pas;

ou bien le classement est bon, la traduction de Graz exacte, mais le manuscrit sangallien fautif, tout au moins en ce qui concerne les lettres significatives. Autant d'inconséquences ne sauraient alors s'expliquer que par une singulière négligence du copiste, ou même, plus vraisemblablement, par une ignorance complète du sens de ces abréviations (1).

Mais on ne saurait résoudre une question aussi importante sans avoir interrogé au moins quelques-uns des manuscrits que le classement neumatique a mis en évidence comme de valeur sensiblement égale à celui de Graz.

h'equa/iter signifie alors la répétition de ce motif, d'ailleurs toujours très bref, puisqu'on n'en trouve aucun exemple certain portant sur plus de trois notes. Sans être précisément très courant, l'emploi de X equaliter avec cette acception est cependant un fait bien établi. Nous en avons ici un exemple, où le groupe répété est le podatus mi-fa. Cf. L i?iterprctation de A< equaliter » dans les manuscrits sangalliens, dans Revue Grégorienne, XVIII (1933), pp. 161 et suiv.

(1) L'hypothèse n'est pas tout à fait gratuite. Elle se vérifie d'une manière vraiment déconcertante dans un manuscrit, de bonne époque pourtant, et apparenté de très près aux meilleurs témoins sangalliens. Il est très certain, en effet, que le copiste du codex S. Gall 340 n'avait aucune idée de la valeur des signes qu'il employait ; aussi le voit-on les utiliser à tort et à travers, en désaccord fréquent avec les autres manuscrits de la même école, poussant parfois l'inconséquence jusqu'à préciser tels détails de la mélodie ou du mouvement par deux signes contradictoires. Il faut bien reconnaître que le copiste du graduel Einsiedeîn 121 fait preuve, en général, de plus de discernement.

Il n'est pas indispensable de transcrire intégralement le témoignage de chacun de ces manuscrits. La traduction des equaliter nous intéressant seule pour le moment, nous nous contenterons d'indiquer par la lettre B s'ils donnent une traduction bonne, ou du moins admissible provisoirement; et par la lettre M si leur mélodie est certainement mauvaise, c'est-à-dire inconciliable avec Y equaliter sangallien.

Le résultat de cet examen est résumé dans le tableau ci-dessous, où nous avons rapproché les uns des autres les manuscrits qui se trouvaient apparentés de plus près :

Graz, Université 807 Klosterneuburg, 588 Maihingen, 1 . 2. 40. 13 Rome, Angelica 1436 Trêves, Bibl. du D' Bonn, IV Trêves, Ville 2154

Le graduel de Klosterneuburg ne traduit, lui aussi, que deux des huit equaliter sangalliens, les mêmes d'ailleurs que celui de Graz. On notera que le manuscrit le plus récent, celui de Rome, se trouve être, de tous, celui qui résout le plus de difficultés : il justifie cinq des huit equaliter sangalliens; seul, en particulier, il donne une traduction acceptable de deux d'entre eux : les equaliter 2 et 7.

En résumé, l'unanimité n'est complète entre nos six manuscrits que pour traduire le premier equaliter; par contre il en est deux, les equaliter 5 et 8, dont nous ne trouvons l'interprétation dans aucun d'entre eux. En admettant que les indications sangalliennes soient correctes, la traduction du graduel de Graz est donc fautive, d'une seconde majeure (ré-do) pour le premier, d'une tierce mineure (la-do) pour le second.

Si l'on examine, pour ces deux cas embarrassants, la série des manuscrits diastématiques, dans l'ordre même du classement, on ne tarde pas à trouver dans le manuscrit d'Aix-la-Chapelle, coefficient 23, une traduction du premier avec l'unisson sur le ré; mais, pour avoir une confirmation de cette leçon, il faut descendre assez bas, jusqu'à un manuscrit de coefficient 42 : le graduel Leipzig, K. Hiersemann, eat. 392, n. 158.

C'est bien autre chose encore, si l'on cherche, dans la tradition diastématique, une interprétation de X equaliter 8 : il faut avoir examiné une quarantaine de manuscrits pour en découvrir un qui donne une traduction acceptable : le codex V 20 du chapitre de Bénévent, coefficient 58,5. Si l'on veut être pleinement édifié sur le nombre des

(1) On se trouve ici en présence de deux leçons différentes justifiant toutes deux Y equaliter. Les deux manuscrits de Graz et de Klosterneuburg donnent l'unisson sur le sol; les trois autres, sur le ré. A ne considérer que les indications supplémentaires du manuscrit sangallien, il serait difficile de se décider entre les deux traductions, vu que chacune d'elles peut se recommander d'un des deux sursum placés, le premier sur la seconde note du podatus de qui; le second, sur la seconde note du groupe ascendant de vos.

LA TRADITION BENEVENTAINE. 175

manuscrits qui, ici, se trouvent d'accord avec Einsiedeln 121, il suffit de poursuivre jusqu'au bout l'examen de la tradition diastématique. En fin de compte, sur plus de cent manuscrits, sept seulement justifient Y equaliter sangallien. Leur liste est intéressante à considérer; ce sont :

Bénévent, Chapitre V 19-20 coeff. 58,5

Paris, B. N., nouv. acquis. 1669 » 58,8

Bénévent, Chapitre VI 35 » 60,9

Bénévent, Chapitre VI 34 » 61

Rome, Vat. lat. 6082 » 61

Londres, B. M. Harl. 4951 » 84,8

♦ Langres, Grand Séminaire 312 » 8s, 8

Ainsi donc, pour trouver une interprétation de cet equaliter sangallien, il faut descendre jusqu'au groupe bénéventain et même jusqu'aux manuscrits aquitains, si éloignés, nous en avons déjà fait la remarque, de la tradition sangallienne. Parmi ces derniers, deux seulement donnent satisfaction (1); le témoignage bénéventain, au contraire, est d'une homogénéité remarquable, tous les manuscrits du groupe donnant l'unisson sur le si (2).

Dans un cas comme dans l'autre, on le conçoit, la question d'opportunité se pose : doit-on accepter, pour traduire Y equaliter 5, le témoignage d'un manuscrit de valeur moyenne et d'un autre franchement médiocre, sans parler des manuscrits de coefficient plus élevé encore? doit-on accepter, pour traduire Y equaliter 8, l'interprétation des seuls manuscrits bénéventains et de deux manuscrits aquitains? Le bloc de la tradition universelle n'est-il pas impressionnant, en face de ce maigre témoignage? Par ailleurs, il est cependant logique de prendre la vérité où elle se trouve. La seule attitude vraiment scientifique consiste à reconnaître que, si une théorie ne rend pas convenablement compte des faits, c'est elle qui a tort, non les faits; et que, si un classement comme le nôtre conduit à des résultats aussi peu satisfaisants, c'est que lui non plus n'est pas parfait.

Aussi bien ne convient-il pas de s'hypnotiser sur des cas particuliers. Ceux que nous avons étudiés sont surtout intéressants en ce qu'ils nous font toucher du doigt les déficiences du classement neumatique. Nous disons seulement : ses déficiences; car on ne saurait contester sa valeur foncière : s'il rend compte de beaucoup de choses, il ne rend pas compte de tout.

Bref, lorsque les meilleurs de nos manuscrits diastématiques conduiront à une solution claire, il est évident que, jusqu'à preuve du contraire, on devra l'adopter; autrement

(1) Tous les autres manuscrits aquitains s'entendent sur la succession la-do.

(2) Sans aucun doute les deux manuscrits du Mont-Cassin se seraient trouvés d'accord avec les autres manuscrits du groupe; malheureusement, ils sont tous deux fort incomplets, et la communion Populus acquisitionis manque dans l'un comme dans l'autre.

il faudra poursuivre l'enquête jusqu'à ce qu'une solution acceptable se soit manifestée. Mais alors le même problème se posera dans chaque cas particulier : les manuscrits qui fournissent la solution de la difficulté ont-ils une autorité suffisante pour pouvoir être considérés comme des témoins authentiques de la tradition sangallienne? et l'accord des manuscrits diastématiques contre eux et contre S. Gall à la fois ne porte-t-il pas à croire que Veqwliter sangallien est fautif et que l'interprétation mélodique qu'on croit trouver est simplement le fait d'une coïncidence toute factice?

Autant qu'on demeurera dans le domaine des cas particuliers, aucune ligne de conduite rationnelle ne saurait se dégager, assez précise pour s'imposer dans la solution des difficultés du même genre. Aussi, pour procéder méthodiquement, convient-il de ne pas traiter chaque cas d'une manière isolée, mais de les grouper en un faisceau, d'en rechercher dans la tradition diastématique les solutions possibles; mais aussi de considérer ces solutions dans le cadre élargi d'un nombre respectable de cas de même nature où, la loi des grands nombres pouvant jouer normalement, il sera facile de reconnaître si tel manuscrit apporte habituellement une solution aux cas douteux, ou si au contraire, son accord purement occasionnel avec le codex Einsiedeln 121 doit être considéré comme une marque de sa faible autorité pour les résoudre.

C'est cette méthode que nous tenterons d'appliquer ici pour résoudre les cas ÔLequaliter sangalliens dont aucun de nos six manuscrits de tête ne fournit la solution.

Nous avons donc dressé la liste complète des passages en question, laissant de côté, comme dans le premier classement, et pour la même raison, les versets d'offertoires. Pour avoir, dans cette nouvelle enquête, une base de dépouillement comparable à la première, il suffisait de retenir cent variantes; en adoptant les cent premières on pouvait être assuré de n'introduire dans ce choix aucun élément arbitraire (1). Comme pour le premier classement, ce nombre de cent est atteint précisément en faisant appel aux pièces du Temporal et à la fraction du Sanctoral qui se trouve située dans l'Octave de Noël.

Nous donnons ci-après la liste de ces cent variantes, dans l'ordre même où elles se présentent le plus habituellement dans les manuscrits. Quant aux versets d'alleluia des dimanches après la Pentecôte, dont la place varie selon les manuscrits, nous les avons indiqués à la place qu'ils occupent aujourd'hui dans le Missel Romain.

(1) En fait, la sélection doit être opérée sur un nombre de variantes légèrement supérieur, vu le déchet constitué par les cas à'equaliter qui ne se trouvent interprétés dans aucun manuscrit diastématique. Pour plusieurs d'entre eux, il est clair qu'on a affaire à une faute du manuscrit sangallien ; pour quelques autres, il s'agit — nous y avons déjà fait allusion — de la répétition d'un groupe assez bref ne comportant pas l'unisson des deux notes qui l'encadrent. De part et d'autre ces cas devaient être éliminés comme parfaitement clairs — ce qui ne peut d'ailleurs se voir que sur un dépouillement complet de la tradition diastématique — et ne pouvant apporter aucune lumière dans la question présente, puisque la tradition diastématique témoigne unanimement que, pour ces cas très particuliers, l'interprétation par l'unisson ne saurait être maintenue.

N'ont donc été retenues comme variantes aptes au classement que celles pour lesquelles un manuscrit nu moins donnait l'unisson.

LA TRADITION BENEVENTAINE.

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