‹ Paléographie musicale (volume 3)Chapitre 97 sur 119 · SUR LE PLAN DE CE VOLUME · texte numérisé non relu

SUR LE PLAN DE CE VOLUME

Nous terminons par une courte explication sur le plan suivi dans ce volume.

Nous avions à exposer une doctrine en opposition absolue non seulement avec les théories modernes sur le rythme et la mesure, mais encore avec les procédés employés par les compositeurs de musique liturgique, relativement à la place de l'accent dans la mélodie.

L'accent latin, pour les modernes, doit en principe coïncider avec le temps fort, le premier temps de la mesure. C'est, pour eux, un axiome indiscutable.

Et nous, nous avions à prouver que la mesure n'a pas de temps fort, que l'accent latin peut, à volonté, se placer au premier ou au deuxième temps, et même que sa place la plus naturelle est au levé de la mesure.

Comment faire pour amener à notre manière de concevoir les choses des esprits si éloignés de nos idées?

Essayer de renverser les axiomes modernes par la simple exposition de l'antique théorie rythmique? C'était courir à un échec : on ne discute pas d'emblée avec des intelligences pénétrées d'une vérité aussi évidente que la concordance nécessaire de l'accent et du prétendu temps fort !

Citer les auteurs musiciens du moyen-âge? Ils ne parlent pas de cette question.

Rechercher dans la structure même des mélodies grégoriennes les faits d'accentuation au levé? Voilà certes un procédé sérieux, fécond, scientifique : l'étude intrinsèque des mélodies nous a déjà menés à maintes découvertes, par exemple, à celle du cursus musical! Mais, dans le cas présent, débuter par cette recherche ne pouvait conduire nos contradicteurs à une constatation certaine des accents au levé.

Une notation sans barres, telle qu'est la notation grégorienne, est à leurs yeux un phénomène trop extraordinaire pour qu'ils puissent y reconnaître, sans contestation possible, la place des levés et des baissés. Pour que cette preuve importante acquière toute sa force, toute son évidence, il faut au préalable qu'au moins la possibilité de l'accent au levé ait été bien établie, et que les notions vraies du rythme aient été clairement exposées et comprises. Alors seulement les faits d'accentuation au levé jaillissent nombreux et lumineux du fond même de la mélodie grégorienne; cette preuve de fait devait donc être réservée pour la fin.

Non, pour avoir raison des théories modernes, il était nécessaire d'adopter une méthode positive, uniquement appuyée sur les faits les plus avérés, les plus constants, qui ne pût laisser place, pour les esprits droits et impartiaux, à aucune objection sérieuse. C'est ce que nous avons fait, et nous avons commencé par là.

vue d'ensemble sur le plan de ce volume 343

Nous avons appelé les musiciens sur leur propre terrain; nous les avons mis en face des anciens polyphonistes :

— Vous dites que l'accent latin ne peut être au levé de la mesure! Regardez, lisez; voici des accents au levé.

— Ce ne sont que des exceptions!

— Non, c'est par centaines, par milliers, que nous rencontrons ces faits.

— Ce sont des fautes !

— Ainsi le jugez-vous; mais il faudrait le prouver. S'il en est ainsi, tous les polyphonistes de tous les pays ont commis ces fautes : l'anglais Dunstable, le néerlandais Josquin, le français Goudimel, l'italien Palestrina, l'espagnol Vittoria, etc., etc.; et ces fautes d'accentuation, ils y tombaient chacun dans leur propre langue! car, dans les motets en langue vulgaire, la liberté de l'accent moderne s'affirmait à chaque instant.

— Mais rien ne peut m'empêcher de lever la main au frappé et de la baisser au levé?

— Si : l'accord nécessaire qui doit exister entre le signe et la chose signifiée. Ce que vous voulez faire ne peut s'exécuter sans une violente opposition entre les signes et le mouvement mélodique : la battuta manuelle avec son levé et son frappé visibles est le signe extérieur de la battuta sonore, du mouvement rythmique très réel, qui procède, lui aussi, par élans et repos, et ne peut pas plus être déplacé que le levé et le baissé du pied dans la marche de l'homme.

L'harmonie elle-même défend ce déplacement; car la nature de ses accords indique la place des élans et des appuis ; elle bat le rythme avec ses accords d'élan et ses accords de repos, avec la même précision que la main du maestro à la tête de son chœur.

— Les anciens polyphonistes ne mettaient que peu de paroles sous leur musique ; il n'est donc pas possible de savoir si les accents étaient au levé.

— Ils en mettaient assez pour que, le plus souvent, les paroles à suppléer pussent être fixées avec exactitude : d'ailleurs celles qu'ils ont écrites ne manquent pas d'accents au levé; de plus, dans les pièces syllabiques soit en latin, soit en langue vulgaire, l'hésitation n'est pas même possible, et ces pièces sont fort nombreuses.

La liberté de l'accent dans la polyphonie antique étant un fait bien reconnu, il devient plus facile de la constater dans la musique grégorienne; car celle-ci, sur ce point, a servi de modèle à celle-là. La tradition se continue depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'époque de la Renaissance, où de fausses notions sur l'accent latin et sur la mesure intensive imposent au compositeur la loi, aujourd'hui en vigueur, de la concordance du premier temps et de l'accent.

Et ici, notre plan nous amène à reproduire renseignement de l'Ecole de Solesmes, depuis sa fondation jusqu'à notre époque. Tout en exposant cet enseignement, nous justifions, par la nature et le caractère bref, léger, enlevé, de l'accent latin, sa place dans le rythme.

Puis, entrant plus à fond dans la question rythmique, nous trouvons une autre justification de l'accent au levé dans les principes fondamentaux de rythmique générale, qui s'accordent entièrement avec la théorie de l'accent libre.

Enfin, nous découvrons, dans la construction même des mélodies grégoriennes et dans leur adaptation aux paroles, des preuves positives de la liberté de l'accent. Ces mélodies traitent l'accent tonique ou secondaire des mots latins à rencontre de toutes nos idées modernes : nous chargeons, nous écrasons de notes la syllabe accentuée; la mélopée liturgique s'étudie à l'alléger ; très souvent, elle ne lui donne qu'une seule note et charge la syllabe qui suit l'accent. Nous sommes là en présence de faits positifs, constants, qui condamnent notre manière moderne et justifient les théories anciennes.

En terminant nous plaçons l'accent dans le cadre de la phrase, et montrons comment la liberté de l'accent donne au membre et à la période plus de grâce et plus de souplesse.

Tel est à vol d'oiseau le plan très positif, très scientifique, que nous avons suivi.

Quelques exemples d'accents au levé dans les langues vivantes.

Nous avons dit plus haut (pp. 106-107) que le « procédé du XVIe siècle plaçant librement l'accent au frappé ou au levé . . . était universel partout où l'on chantait le latin » et que « bien plus, l'accent des langues vivantes ne recevait pas un autre traitement. »

Nous donnons dans ce premier appendice quelques exemples à l'appui de cette dernière assertion. Le sujet n'est qu'effleuré : ce n'est qu'une indication dont pourront profiter les chercheurs.

Langue Italienne.

Voici d'abord quelques passages tirés des madrigaux d'Adrian Willaert (1490? — 1562) qui fut le maître d'Andréa Gabrieli et le fondateur de l'école vénitienne. Nous empruntons ces extraits à une brochure du Dr Peter Wagner. (')

Madrigal Willaerts,

aus der Sammlung : Le Dolte et eccell. compos. de i Madr. a 3 voc. da div. perfett. mus. fatte.

Venetia ap. Hieron. Scotum, 1540.

Op. cit. p. 450.

Cantus.

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Altus.

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Ténor.

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Quintus.

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Bassus.

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