I. DESCRIPTION DU MANUSCRIT
Dans son étude sur notre manuscrit, l'abbé Mûller l'appela l'Antiphonaire du Mont-Renaud. Cette façon de parler n'est exacte que si on prend le terme d'Antiphonaire au sens ancien, et à condition d'observer qu'il s'agit d'un double Antiphonaire. Le manuscrit, en effet, contient à la fois l'Antiphonaire de la messe ou Graduel (f° 1-48 v), et l'Antiphonaire de l'office (f° 49r-i2o,). Pour éviter toute amphibologie et toute complication inutile, nous garderons au terme d'Antiphonaire son sens moderne. Nous appellerons Graduel la première partie du manuscrit, et Antiphonaire la seconde, lorsqu'il y aura lieu de les distinguer. Quand nous voudrons désigner l'ensemble formé par les deux livres, nous dirons « le manuscrit du Mont-Renaud ».
Ce manuscrit, à vrai dire, semble bien n'avoir qu'une unité artificielle. La reliure contient actuellement deux livres liturgiques, mais le Graduel et l'Antiphonaire ont tout l'air d'avoir été deux manuscrits distincts à l'origine. Pour éviter les répétitions, nous ne dirons que plus tard les raisons qui le donnent à penser. Nous avertissons dès maintenant le lecteur de garder cette question présente à l'esprit en prenant connaissance de la description qui va suivre.
Dans les deux parties du manuscrit, la notation est postérieure au texte. Ecrits d'abord comme des livres qui ne devaient pas comporter de neumes, Graduel et Antiphonaire ont été notés plus tard. Ils ont aussi reçu des corrections et des compléments de diverses sortes. L'Antiphonaire, destiné d'abord à l'usage monastique, a été adapté à l'usage séculier. En somme, le manuscrit se présente actuellement en un état fort complexe.
Il faut d'abord essayer de démêler cette confusion apparente. Nous commencerons par décrire le manuscrit, en tâchant de distinguer autant que possible les diverses couches qui sont venues se superposer les unes aux autres, et l'ordre
dans lequel elles se sont succédées. Ensuite, nous chercherons à quelles dates les divers éléments ainsi distingués ont fait leur apparition, et quel est le lieu d'origine ou de destination du manuscrit.
Il est bien entendu que le présent travail ne prétend pas épuiser le sujet, mais seulement en dégager les lignes principales. Il restera place à des études paléographiques, liturgiques ou historiques, qui pourront préciser, voire même rectifier, les conclusions auxquelles nous aurons cru devoir nous arrêter.