‹ Palestine: Description géographique, historique, et archéologiqueChapitre 61 sur 106 · ROYAUME DE JUDA · texte numérisé non relu

ROYAUME DE JUDA

De Texil assyrien jusqu'à l'exil de Babylone {de 721 a 588).

La chronologie de cette période, suivant le principe que nous avons énoncé dans les observât ions chronologiques sur la période précédente , peut s'établir à peu près ainsi :

Suite du règne d'Ézéchias, de 721 à 697 Règnes de Manassé, 55 ans, 697 — 642 Amon 2 — 642 — 640

Josias, 3I(.3n) — 6i0 — 610 Joachaz, 3 mois, 610

Joialtim, il ans, 610 — 599 Joïactiin, 3 mois 599

Sedékia, 1 1 ans, 599 — 588

Cette chronologie , comme on le verra plus loin , cadre assez bien avec ce que nous savons de l'histoire des Chaldéens.

Pendant que les Assyriens faisaient de vains efforts pour s'emparer de la nouvelleTyr, voulant probablement de

'.^'oy- Car. Clirist. Bernbardi Commentatio de caiisis quibus e//tcti(m sit, ut regnum Judœ du/tins persisteret quam regnum Israël. Louvain, 1825.

* Voy. Josèptie, Antiqu. IX, Î4 , 2

làserendreenÉgypte, Ézéchiasprilsa revanche sur les Philistins et les refoula jusqu'à Gaza. Les Tyriens, sous le roi Elulée, battirent avec douze vaisseaux la flotte qui avait été fournie à Salmanassar par les autres villes phéniciennes, telles que Sidon, Arca et la vieille Tyr. Le roi d'Assyrie dut se contenter de bloquer l'Ile de Tyr, pendant cinq ans, et d'empêcher les habitants de venir chercher de l'eau sur le continent. Les Tyriens creusèrent des puits et résistèrent à Salmanassar ' , qui mourut laissant à son successeur Sargon le soin d'accomplir ses desseins contre l'Égvpte.

Sargon confia cette expédition a son général Tharthân , qui , prenant son chemin à travers le pays des Philistins, se rendit maître de la ville d'Asdôd (vers 716) ^ Le prophète Isaïe prédit alors des malheurs à l'Egypte , et notanmient à la dynastie éthiopienne. Pour mieux agir sur l'esprit d'un parti politique de la Judée qui aurait voulu alors conclure une alliance avec l'Egypte contre l'Assyrie, le prophète se montra sur la place publique, sans vêtement de dessus, les pieds nus, comme un captif, et prédit que les Égyptiens et les Éthiopiens seraient ainsi emmenés captifs par le roi d'Assyrie^. La prophétie d'Isaïe s'est-elle accomplie?

Les documents historiques, tant sacrés que profanes, ne font aucune mention d'une victoire que les Assyriens auraient remportée sur l'Egypte.

Cependant le prophète Nahum'qui, quelques années plus tard, prédit la chute de l'empire assyrien , adressant la parole à la ville de Ninive, s'exprime en ces termes (ch. 3 , v. 8-10) : « Es-tu meilleure que No-Ammon «(Thèbes), assise au milieu des « fleuves ( canaux) et entourée d'eau, « qui avait une mer (le Nil) pour « rempart, et dont le mur était une « mer.? Les Éthiopiens étaient sa « force et les innombrables Égyp-

' Ménandre cité par Joséphe, I. c.

^ Voy. ci-dessus , page 85.

» Voy. Isaïe, cti. 20, et le commentaire de Gesénius , 1. 1 , p. 641.

L'UNIVERS

« tiens; Phut ' et les Libyens étaient « ses soutiens. Elle aussi est en exil, « elle est allée en captivité; ses enn fants aussi ont étéécrasésaux coins « de toutes les rues; on a tiré au sort « ses honnnes illustres et tous ses « grands ont été chargés de fers. »

Il paraît évident que Nahum parle d'un événement récent et qui devait ^tre bien connu des Ninivites ; rien n'est donc plus naturel que de penser à une défaite que le général Tharthàn fit subir à So ou Sevéchus, roi d'Ethiopie et de la haute Egypte.

Quoi qu'il en soit, le succès des Assyriens n'a pu être que momentané; car nous les verrons entreprendre une nouvelle expédition contre l'Egypte.

Les livres historiques de la Bible ne nous disent rien sur ce qui se passait alors en Judée; mais quelques oracles du prophète Isaïe nous présentent un tableau très-animé de l'état moral et politique du peuple de Juda : heureuse par son roi et par la bravoure de ses vaillants guerriers, la Judée fut troublée par les menées d'un parti qui, au lieu de chercher son salut dans la piété et dans la confiance en Jéhova , ne respirait que la guerre et comptait sur les chevaux et les chariots d'Egypte, que le prophète présente comme inutiles et même dangereux pour la Judée. Ce parti , qui comptait dans son sein des personnages importants , même des prêtres et des prophètes , méconnut le vrai sens des préceptes religieux et s'attacha tout au plus à quelques observances extérieures; il s'abandonna au débordement des passions, viola le droit et opprima le peuple. Le pays ne devait éf.re vraiment heureux que lorsque Dieu aurait puni les impies par un rude châtiment ^.

I Phut, selon la Genèse (10, 6), troisième fils vie Ciiam, désigne, dit Josèplie (Anliqu. J, 6, 2), la Mauritanie ou il y avait un fleuve appelé Phut. Comparez lecommenlaire de saint. Jérôme sur Isaie (66, 19), et Pline, Hist.nut. V, I.

'^ Voy. Isaie , ch. 28 à 32 , et Gesénius , 1. c. pages 823 et 824.

II paraîtrait que, malgré l'influence dont jouissait Isaïe auprès du roi Ézéchias , les partisans de l'alliance égyptienne surent faire prévaloir leurs projets ; ce ([ui explique la hardiesse avec laquelle Ézéchias osa subitement refuser le tribut à l'Assyrie, et cela au moment, où celle-ci était au faîte de sa puissance. Dans la quatorzième année du règne d'Ézéehias, Sanhérib, ou Sennachérib, successeur de Sargon , conduisant une nombreuse armée contre l'Egypte , voulut , chemin faisant, punir l'audace du roi de Juda; ayant donc traversé la Judée, il s'empara aussitôt de toutes les forteresses et menaça la villedeJérusalem.

Ce fut en vain* qu' Ézéchias, reconnaissant sa faute, s'humilia devantle roi d'Assyrie; celui-ci lui imposa un tribut de trois cents talents d'argent et de trente talents d'or. Pour le payer, Ézéchias employa Jusqu'au revêtement d'or des portes du Temple , voulant probablement faire croire aux Assyriens que les trésors du Temple et du palais ne suffisaient pas pour payer une somme aussi considérable , et qu'il donnait tout ce qu'il pouvait.

En effet, nous le verrons plus tard laire parade de ses trésors devant les ^mbassadeursdeBabylone. Cependant Sennachérib, comptant se rendre en Egypte, ne voulut pas laisser derrière lui une ville ennemie aussi importante, et, après avoir rançonné le roi de Juda , il manifesta la résolution d'occuper Jérusalem par les troupes assyriennes.

On dit que Sennachérib, s'étant déchargé sur quelques-uns de ses généraux de la continuation delà guerre en Judée, se rendit lui-même àPéluse, pour envahir la basse Egypte' , oùrégnaiî alors Séthon, ou Zet , quatrième roi d'une dynastie de Tanites ( !a vingttroisième de iManéthon ). Hérodote raconte (II, 141) que Séthon, qui était prêtre de Vulcain (le Phtah des Égyptiens ), ayant traité avec dureté la caste des guerriers et leur ayant enlevé les champs qui leur avaient été

• Voy }oi,i}\\\\ç , Antiqu. X. I, 1.

accordés par les rois précédents, les soldats refusèrent de marcher contre l'armée de Sennachérib. Dans sa détresse Séllion se réfugia devant la statue de son dieu pour lui demander secours. S'étant endormi , il eut un songe, dans lequel le dieu l'encouragea à marcher contre les Assyriens; mais il ne put se faire accompagner que par des fripiers , des ouvriers et d'autres gens du bas peuple. Cette armée peu aguerrie vint camper près de Péluse, par où les ennemis devaient entrer; heureusement que dans la nuit une multitude de souris champêtres se répandit dans le camp ennemi et rongea les carquois, les arcs et les courroies des boucliers. Le lendemain les Assyriens ne pouvant combattre, furent obligés de prendre la fuite et perdirent beaucoup de monde.

Il est difficile de faire accorder ce récit avec celui de la Bible, selon lequel le roi d'Assyrie ne quitta pas la Palestine et resta à Lachis, dans la plaine de Juda, tandis que ses généraux s'avancèrent contre Jérusalem.

Ézéchias, décidé à résister, ne négligea rien pour mettre sa capitale en état de défense. Il fit obstruer les sources qui pouvaient fournir de l'eau aux assiégeants, réparer les murs partout où il y avait des brèches , démoh"r les maisons qui offraient des obstacles aux travaux de fortification et détourner dans la ville l'eau de Siloé '. Pendant ce temps le prophète Isaïe (ch. 22) tonna de nouveau contre ceux qui, se fiant à leurs propres forces et au secours de l'Egypte, oubliaient Dieu , dont le courroux suspendait ce châtiment sur leurs têtes, et qui, au lieu de s'humilier et de montrer un sincère repentir, attendaient le FUioment fatal dans les festins et les réjouissances. Il s'adressa particulièrement à Sebna, intendant de la maison du roi, et problablement l'un des [l'incipaux fauteurs du parti irréli- -it'ux que le prophète ne cessait de combattre. Il lui reprocha de ne s'oc-

' Voy. II Chron. :V2, 3—5; Isaïe, 22, 9— 11. Comparez II Rois, 20, 20.

cuper que du vain éclat de sa maison , et de s'être bâti un magnifique tombeau de famille; il lui annonça en même temps sa prochaine destitution et sonremplacementpar le pieux l-Jiakiin, fils de Hilkia. En effet le roi , probablement d'après les instances d'Isaïe, éloigna Sebna du poste important qu'il avait: occupé; mais il lui confia les fonctions de secrétaire.

Tharthàn, et deux autres généraux assyriens , dont l'un portait le titre de Rabsake (grand échanson) et l'autre celui de Rabsaris ( chef des eunuques), se présentèrent bientôt au nom du roi Sennachérib, devant la muraille de l'est, près de V étang supérieur (p. 54) , et demandèrent à parler au roi.

Ézéchias expédia auprès d'eux Éliakîm , le nouvel intendant du palais, Sebna le secrétaire et Joach le chancelier. Rabsaké prit la parole, et, dans un langage hautain, il taxa de fanfaronnade les plans de défense et la bravoure dont se vantait le roi de Juda, etappela l'Egypte, dont Ézéchias attendait son salut, un faible roseau qui ne fait que blesser la main de celui qui s'y appuie. « En vain , ajouta-t-il, vous compteriez sur le secours de Jéhova, qu'Ézéchias a offensé en détruisant partout ses hauts lieux et ses autels et en ne laissant subsister qu'un seul autel à Jérusalem.

Vousêtes déjà si faibles qu3, si je vous fournissais deux mille chevaux, vous n'auriez pas assez de cavaliers pour les monter. C'est Jéhova lui-même qui a envoyé le roi d'Assyrie pour déyaster ce pays. » Les délégués d' Ézéchias demandèrent à Babsaké de parler en syriaque, pour ne pas être entendu du peuple qui était sur le rempart; mais Rabsaké répondit que c'était justement à ce peuple mourant de faim et de soif que s'adressaient ses paroles ; alors, élevant la voix, il parla aux soldats d'Ezéchias en langue hébraïque, disant que leur roi les trompait et qu'il ne pourrait pas les sauver; que le roi d'Assyrie, au contraire, leur offrait le bonheur et la tranquillité, et les conduirait dans un pays aussi fertile que le leur, que d'ail-

L'UINIVERS.

leurs Jehova ne les sauverait pas plus (lue les autres dieux n'avaient sauvé leurs pays. Ce discours fut écouté dans un profond silence; Ezéchias avait défendu de faire aucune réponse.

Les trois délégués rapportèrent à Ezéchias ce qu'ils venaient d'entendre.

Le roi déchira ses vêtements et se rendit au Temple en habit de deuil.

Par son ordre, Éliakîm , Sebna et les principaux prêtres vêtus de deuil , allèrent trouver le prophète Isaïe, afin de l'engager à prier Dieu pour le salut du pays. Isaïe fit rassurer le roi, en prédisant que Sennachérib apprendrait bientôt une nouvelle qui le ferait retourner précipitamment dans son pays. Dans cette extrémité, le prophète, oubliant son antipathie pour l'alliance égyptienne , jeta luimême un regard plein d'espoir sur le puissant Tirhaka, roi d'Ethiopie et de la haute Egypte, qui allait arrêter les triomphes de l'orgueilleux Sennachérib. Nous possédons encore un chant d'Isaïe, composé probablement dans cette circonstance; le pro|)hète y parie de messagers venant d' Ethiopie sur de légères barques dt^ p:ipyrus, et il invite les rapides messagers ( de .luda)àaller au-devant du peuple fort et redoutable ( d'Ethiopie ), pour lui faire connaître la mission que Dieu lui a confiée '.

Rabsaké et les deux autres généraux assyriens retournèrent auprès de Sennachérib, pour lui rendre compte du résultat de leur mission. Le roi d'Assyrie se trouvait au siège de Libua , ville de la plaine de Juda, soit qu'il s'y fiit rendu directement de Lachis, comme le dit le texte biblique , ou qu'il fût revenu alors de Péiuse , comme le fait entendre .losèphe, (]ui cherche à combiner la relation biblique avec celle d'Hérodote ^ En inême temps Sennachérib recul la

' Voy. Isaïe, ch. 18, et le commentaire de Gesénius.

2 Josèphe , sentant la difficulté de mettre enlièrement d'accord les deux relations, ne parle pas du siège de Libna. Selon lui, Sennachérib avaitdéjà reçu à Péluse la nouvelle de l'arrivée de Tirhaka, ce qui fut cause de sa retraite. Anliqu., X, l , 4.

nouvelle de l'approche de Tirhaka, qui venait combattre l'armée assyrienne.

Trem!)lant devant la renommée du conquérant éthiopien' , il avait hâte d'achever la soumission de la .Judée par la conquête de Jérusalem; il écrivit donc au roi Ezéchias pour le sommer de nouveau à lui ouvrir les portes de sa capitale, en énumérant fièrement tous les peufiles qu'il avait soumis. Le roi lut la lettre, alla au Temple, et la déployant devant Jéhova, lui adressa une ifervente prière, lui demandant de venger l'outrage fait à son nom. Isaïe prononça un oracle dans lequel il assura au roi que Jéhova avait exaucé sa prière, que bientôt Sion et .Térusaiem regarderaient avec mépris l'orgueil humilié de Sennachérib , et que celui-ci n'essaierait même pas d'assiéger la ville de Jérusalem.

En effet Sennachérib , voyant que ses menaces ne produisaient pas d'effet, jugea convenable de faire sonner la retraite, d'autant plus que la peste qui venait d'éclater dans son armée , où elle faisait d'effroyables ravages , ne lui laissait plus aucun espoir de pouvoir résister à l'armée de Tirhaka.

On ne peut douter que l'anye de Jéhova qui , selon la tradition biblique (II Rois, 19, 3.5), frappa, dans une seule nuit, cent quatre-vingt-cinq mille Assyriens, désigne la peste. Dans le langage de., ilébreux, toutes les grandes calamités, et notamment la peste, sont attribuées directement à Dieu ou à son ange '.

C'est ainsi que se termina cette grande expédition, par laquehe Sennachérib vouluf se rendre maître de la Judée et de l'Egypte. Le sol de la

' Tirhaka, successeur de So, ou Sevéchus, est le même que Tarakos oa Tearko, troisième et dernier roi de la dynastie éthiopienne ( ia 25ièi!ie de Manéthon ). Mégaslhene le présente comme un des plus grands conquérants de l'antiquité et le place a cote de Nabuchodonosor. Voy. Stral)on,l. XV, c.

'' Vov. Jahn, Archmoloqic , 1, 2, p. 386 à 388, et ci dessus, p. 281, Le passage du 2' livre de Samuel ( ch. 24, v. 15 et 16) peut lever tous les doules à cet égard. On PÇUt comparer le récit du 1" livre de I Iliatle, ou les attaques de la peste sont representi-es par les traits d'Apollon.

Judée fut délivré à jamais des troupes assyriennes. Sennachérlb revint à Ninive couvert de honte ; plus tard, après un règne de dix-huit ans, il fut assassiné dans un temple par deux de ses flis, qui se réfugièrent en Arménie. Sacouronnepassaà un troisième flis, nommé Ésar-IIaddon , qui n'eut aucune relation avec la Palestine, si ce n'est en envoyant de nouveaux colons dans l'ancien pays d'Israël (Ezra, 4, 2),

Après le départ des Assyriens , le roi Ézéchias tomba dangereusement malade; quelques mots que nous trouvons dans le récit biblique (II Rois, 20, 7) sur la maladie d'Ézéchias et sur le traitement ordonné par le prophète Isaïe , font présumer que le roi était atteint de la peste. Isaïe qui, comme d'autres prophètes , exerçait aussi la médecine, déclara d'abord la maladie du roi mortelle, et lui conseilla de régler les affaires de sa maison. Le roi, âgé de trente-neuf ans, qui n'avait pas encore d'héritier, fut profondément affligé, et se tournant vers le mur, il pria Dieu en pleurant amèrement. Isaïe avait à peine quitté i'appartementduroi, que, subitement inspiré, il revint annoncer à Ézéchias , que Dieu avait exaucé sa prière , qu'il serait guéri et que , dès le troisième jour, il pourrait se rendre au Temple. Le prophète ordonna de mettre sur l'inflammation (le bubon pestilentiel) un cabas de figues'; ce remède réussit complètement et le roi fut guéri. Le livre d'Isaïe (ch. 38 , v. 10-

' Isaïe, ayant remargué probablement le t>ubon pestilentiel , espérait pouvoir opérer la guérison. L'application de ligues est ordonnée encore maintenant, dans la peste, par les médecins arabes et turcs, qui y voient un remède amollissant et résolutit. "Voy. Gesénius, I. c. page 979. Selon le fécit du 2° livre des Rois (ch. 20, v. 8 — Il ), Ézéchias aurait demandé à Isaïe un signe ■comme présage de guérison , et , sur la prière •du prophète , l'ombre aurait rétrogradé de •dix degrés , sur un cadran solaire établi par le roi Achaz. Ce fait rapporté après celui de la guérison du roi a été intercalé, sans doute, d'après une tradition populaire dont on a vainement cherché à deviner la base Uslorique.

22* Livraison. (Palestine.)

20) renferme un cantique composé par Ézéchias après sa guérison.

A cette époque Mérodach-Baladan , roi de Babylone, alors sous la suzeraineté de l'Assyrie, envoya des ambassadeurs avec des lettres et des cadeaux au roi Ézéchias. Le but apparent de cette ambassade fut de féliciter le roi de Juda du rétablissement de sa santé (Isaïe, 39, 1); mais on ne comprend pas pourquoi un vassal de Seiinachèrib aurait donné cette marque dedéférence au roi d'un petit pays si éloigné de Babylone , et avec letfuel il n'avait eu jusque-là aucun rapport. Il est donc plus probable que cette ambassade avait un but politique, et les événements contemporains de Babylone nous le font deviner. Un fragment de l'historien chaldéen Bérose • nous fait voir que le pays de Babylone était alors déchiré par des troubles intérieurs. Le vice-roi , frère de Sennachérlb, venait d'avoir pour successeur un certain Acises , qui , après trente jours de règne, fut tué par Mérodach- Baladan. Celui-ci , selon Bérose, ne régna que six mois et fut tué par un certain Elibus , qui put se maintenir pendant trois ans, jusqu'à ce que Sennachérib ayant vaincu les Babyloniens en confia le gouvernement à son fils Asordan (Ésar-Haddon) ». Il résulte dans tous les cas, du fragment de Bérose, que Babylone essaya alors de se rendre indépendante de l'Assyrie ; IMérodach-Baladan , encouragé , sans doute , par la récente déconfiture de Sennachérib dans son expédition contre l'Egypte et la Judée , refusa de reconnaître la souveraineté de l'Assy-

' Le fragment dont nous parlons n'est connu que depuis peu de temps ; il se trouve dans la version arménienne oe la Chronique d'Eusébe, publiée en 1818, à Venise, par Jean-Bapt. Aucher, avec une version latine, t. I, p. 42 et 43. Eusèbe a tiré ce fragment d'Alexandre Polyhistor. Gesénius (1. c. p. 999 et suiv. ) a été le premier a faire remarquer l'importance de ce frafynent, ou nous voyons reparaître le nom de Mérodack Baludan qu'on ne connaissait que par la Bible.

» Selon le canon de Ptolémi!*, Mardocei» padus , probablement le même que Mérodacli-Baladan , aurait régné douze ans.

L'UKIVERS.

rie-, mais en même temps crut devoir chercher des allies parmi les ennemis (le Sennachérib, et sous ce rapport, l'alliance li'Ézéchias n'était pas à dédaiiiner. L'ambassade avait donc pour but de connaître les intentions d'Ézechiaset les forces dont il pouvait disposer. Le roi de Juda, fier de l'honneur que lui faisait le roi de Babylone , montra aux ambassadeurs ses trésors, ses magasins et ses arsenaux.

Le prophète Isaïe étant venu demander au roi ce que ces gens avaient dit, et d'où ils venaient, Ézéchias se contenta de répondre avec fierté que ces ambassadeurs étaient venus d'un pays lointain, de Babylone, et qu'il leur avait montré tout ce qu'il y avait dans son palais et dans ses trésors. Isaïe avec son regard pénétrant et sa profonde intelligence des événements politiques, qui se manifeste dans tous ses discours, comprit aussitôt les dangers dont la Judée serait menacée , si Babylone devenait puissante, et, se figurant déjà l'empire de Babylone , élevé sur les ruines de celui d'Assy- '■je , il adressa au roi Ézéchias ces paroles prophétiques : « Desjours viendront où on emportera à Babylone tout ce qui est dans ta maison et ce que tes pères ont amassé Jusqu'à ce jour; rien n'y restera, dit Jéhova,et tes propres "descendants seront des courtisans dans le palais du roi de Babylone. » — a C'est bien, répondit le roi, pourvu que ds mes jours il y aitpaixetstabdité' «. Le laconisme de nos sources ne permet pas de bien apprécier la réponse du roi : les uns y ont vu une expression d'égoïsme, les autres une pieuse résignation ; il nous semble qu'on peut y reconnaître un peu d'humeur. Le roi voyant sa fierté humiliée parnne prophétie accablante, semble ne pas partager les craintes du propliète, et ne veut pas passer condamnation sur sa propre politique; il répond donc, avec humeur et ironie, que la prédiction du prophète ne se réalisera pas de sitôt , et que pour son

' Vov. II Rois, ch. 20, V. 19; Isaïe, ch. 39 , V. 8

compte il ne craint rien. Il paraîtrait en effet que, malgré l'avertissement d'Isaïe, des rapports d'amitié s'établirent entre Ézéchias et la cour de Babylone; nous verrons du moins plus tard l'arrière-petit-fils d'Ézechias,dans une guerre entre l'Egypte et les Babyloniens, se ranger du côté de ces derniers. Isai'e, à ce qu'il paraît, se retira de la cour; du moins nos documents, depuis cette époque, ne nous le montrent plus en rapport avec Ézéchias, quoiqu'on ne parle pas de sa mort. La tradition le fait même survivre à Ézéchias et subir le martyre sous son successeur. En effet, "un des oracles d'Isaïe (ch. 19) qui s'adresse à l'Égvpte, et qui porte tous les caractères d'authenticité, n'a pu être prononcé qu'à la fin du règne d'Ézéchias; car il y est question évidemment des guerres civiles qui troublèrent l'Egypte sous la Dodécarchie ou le Règne des douze, qui dura quinze ans, jusqu'à ceque Psammetique, l'un des douze , devint maître de toute TÉgypte '. Au commencement de cet oracle, Jéhova dit : «J'exciterai les Égyptiens contre les Égyptiens; ils combattront les uns contre les autres , ami contre ami, ville contre ville, royaume contre royaume Je livrerai l'Egypte aux mains d'un maître sévère (Psammetique), et un roi dur dominera sur eux. » On voit par là qu'Isaïe atteignit un âge très-avancé; car sa carrière prophétique , qu'il avait commencée dans la dernière année d'Ouzia ( 758 ) , se prolongea jusqu'a-

' Voy. Hérodote,!. II, ch. 147 — 157; Diodore de Sicile,!. I, ch. 66.— Larcher ( Hérod. t. VII, p. 118 et 126) fait commencer le rèiine des douze en 671 avant J. C. et , par conséquent , le rè^ne de Psammetique en 656 Mais avec Gesênius (1. c. p. 597 ) nous faisons remonter le commencement du règne de Psammetique ju>que vers 696. Dans le système de Diodore ( selon Larclier, ib- p. 74), le règne de IVéchao aurait duré 34 ans et celui de Psamméticiue aurait commencé en 689. Gesênius pense qu'il s'est glissé une faute dans le chiffre du règne de INéchao II; il présume que , au lieu de 16 ( it' ) ans, selon Hérodote , et 6 ( ç' ) selon Eusèbe, il faut mettre 46(}iç')ans, ce qui lèverait toutes les difficultés chronologiques.

PALESTLNE.

I)rès la mort d'Ezéchias. Il exerça sa mission pendant plus de soixante ans.

Ézéchias passa lerestede sa vie dans une paix profonde. Trois ans après l'invasion des Assyriens, dans la dixseptième année de son règne (709) , sa femme Haphsibah lui donna un fils qui reçut le nom de Manassé. Le roi mit à pVofit les moments de loisir que lui laissait la paix pour augmenter la prospérité du pays et faire exécuter des travaux utiles II ramassa de grands trésors , de nombreux troupeaux , établit des magasins et des arsenau:: et lit fortifier des villes (II Cbron. , 32, '27 — 29). Sous son règne la littérature prit un nouvel essor; ce fut rage d'or de la poésie prophétique. A fôté d'Isaïe florissait , dans les premières années du règne d'Ezéchias, le prophète ÎVIicha de Moréseth , près de (iath. Ce fut très-probablement dans les dernières années d'Ezéchias que le prophète Nahum prononça son oracle «outre Ninive; la puissance naissante fies Babyloniens, la révolte des Mèdes, l'assassinat de Sennachérib, faisaient ;ilors considérer comme prochaine la chute de l'empire assyrien. Un passade du livre des Proverbes (ch. 25. v.l) nous fait deviner qu'Ézéchias établit une société d'hommes lettrés, qui s'occupait à recueillir et à mettre en ordre d'anciens monuments littéraires, et notamment les Proverbes attribués à Salomon. Le cantique composé par Èzéchiasaprès sa maladie nousfait reconnaîtredans le roi, lui-même un des bons poètes de l'époque. — Ézéchias mourut âgé de cinquante-quatre ans, dans la vingt-neuvième année de son règne ( 697 ). Ses funérailles furent célébrées avec une grande pompe (ib., v. 33).

Manassé ( 697 —642 ) n'était âgé quede douze ans, lorsqu'il monta sur le trône de son père Ézéchias. Le prophète Isaïe, si toutefois il vivait encore, était trop avancé en âge pour exercer encore quelque influence sur les affaires du pays et sur les destinées du jeune prince. Le parti antithéocratique, qui trouvait un fort appuidans les masses et que l'énergie d'Ezéchias

avait pu dompter un moment sansêtre capable de le vaincre complètement, releva la tête, s'empara du jeune roi et se livra à des désordes d'autant plusgrands, qu'il avait à venger, sur les prêtres et les prophètes, l'oppression dont il venait d'être victime et dont il voulait prévenir le retour.

Ce fut sans doute sous l'influence de ce parti que se ût l'éducation de Manassé; car ce n'est que de cette manière qu'on peut s'expliquer la terrible réaction qui eut lieu sous le fils du pieux Ézéchias. Manassé réunit en lui r impiété d'Achab et la cruauté d'Izabel. Il rétablit le culte de Baal et d'Astarté , et jusque dans les parvis du Temple il éleva des autels consacrés au culte des astres. A l'entréedu Temple, on vit des chevaux et des chars, emblèmes du soleil, ou du dieu Baal, et le sanctuaire fut profané par les abominables mystères d'Astarté célébrés par la débauche. II fit passer son enfant •par le feu en l'honneur de Moloch et se livra à toute sorte de pratiques superstitieuses, telles que la divination, la nécromancie, etc. '. Plusieurs prophètes osèrent élever la voix contre ces abominations et prédire à Jérusalem le sort de Samarie et de la maison d'Achab; mais ils ne furent pas écoutés , et la mort , sans doute , fut le prix de leur pieux dévouement , car Manassé, dit l'Écriture, versa beaucoup de sang innocent, jusqu'à en remplir Jérusalem d'une extrémité à rautre(II Piois, 4 , 16). Ces tristes détails sont les seuls que l'ancienne relation des livres des Rois nous donne sur le long règne de Manassé, qui dura cinquante-cinq ans. Selon les Chroniques (II , 33) , Manassé fut fait prisonnier par des généraux assyriens, mis dans les fers el conduit à Babylone; là il se repentit de sa conduite et pria Dieu, qui l'exauça. Ramené à Jérusalem et rétabli sur son trône , il fit renverser lesidolesetrétablirl'autelde Jéhova».

• Voy. n Rois, 21, 3—7; 23, 7— I2comparez ci-dessus , page 89 et suivantes.

2 Cet événement eut lieu, selon la ciironique rabbitiique {Séder Olam, ch. 'i4 ; dans la 22= année du règne de Manassé

Il fit aussi construire un mur extérieur a l'est du mont Sion , du côté de la vallée du Ridron ; ce mur entoura la place Ophel et alla jusqu'à la/;o/Ve des Poissons '. — Mais ces additions de la Clironi(iue ne nous paraissent nullement authentiques; est- il probable que l'auteur des livres des Rois eût passé sous silence des faits aussi importants que ceux d'une nouvelle invasion des Assyriens (sous Ésar-Haddon) , de la captivité du roi de Juda et de sa conversion , si ces faits avaient été réellement rapportés dans les annales du royaume, auxquelles nous renvoie l'auteur des Chroniques? Ce dernier parle d'ailleurs si vaguement de ces faits qu'il ne paraît les connaître que par une tradition orale , et il n'avait certainement pas examiné luimême les documents écrits auxquels il renvoie. Jérémie qui, comme nous le verrons, commença sa carrière de prophète quinze ans après la mort deManassé, annonça que Dieu rendrait le peuple de Juda l'effroi de tous les royaumes, à caiise de Manassé, fils d'Ézéchias , roi de Juda , et de tout ce qu'il a fait dans Jérusalem *. Le prophète aurait-il parlé ainsi, s'il avait eu connaissance du repentir de Manassé et de sa sincère conversion?

Nous croyons donc ne devoir attacher aucun prix aux faiïs queia Chronique rapporte sur Manassé. Nous en dirons autant de l'histoire apocryphe de Judith , qu'on plac3 ordinairement sous le règne de Manassé, mais dont les /aits ne s'adaptent à aucune époque de l'histoire de la Judée. Le livre de Judith ne doit être considéré que comme un récit édifiant, mais fabuleux, com-

Fosé par un auteur très- peu versé dans histoire et la géographie. Nous ne connaissons donc historiquement aucun fait important du long règne de Manassé, excepté la réaction opérée contre les prêtres et les prophètes. Il

Dans les livres apocryphes de l'Ancien Teslameul on trouve la prière attribuée à ce roi.

' Vov. ci-dessus, pages 45 el 47.

* Voy. Jérémie, cli. I5, v. 4; comparez II Rois, en. 23, v, 26; ch. 24, v. 3.

est probable que la Judée, sous ce règne, ne fut inquiétée par aucun ennemi du dehors. Manassé mourut a l'âge de soixante-sept ans (642) ; il fut enterré dans le jardin de son palais. Nous croyons pouvoir conclure du refus de la sépulture royale que le parti théocratique s'était relevé vers la fin du règne de Manassé.

Son Qls Amon , qui lui succéda à l'âge de vingt-deux ans , suivit son exemple en ' favorisant l'idolâtrie.

Quelques ofliciers de la cour conspirèrent contre A mon, et le tuèrent dans son palais; il avait à peine régné deux ans (640). Il fut enterré, comme son père, dans le jardin du palais.

Le peuple fit mourir les assassins d'Amon et mit sur le trône son fils Josias, qui n'était âgéque de huit ans,

LerègnedeJosiAs(640— 6l0)futla dernière lueur de la maison de David , la dernière époque brillante du royaume de Juda , qui allait être englouti dans les grandes révolutions dont l'Asie devint alors le théâtre. Le jeune roi fut élevé sans doute par les prêtres ou les prophètes ; car nous le voyons, très-jeune encore, manifester un grand zèle pourlerétablissement de la théocratie , et prendre pour modèle son aïeul David (2 Rois , 22 , 2 ). Il se maria de bonne heure , et il était à peine âgé de quatorze ans, lorsque sa première femme , Zebouda , fille de Pédaïa, lui donna un fils qui reçut la nom d'Éliakîm. Deux ans après , une autre femme, Hamoutal, fille de Jérémie, lui donna un second fils, appelé Joachaz, et environ treize ans plus tard il eut de la même femme un troisième fils, appelé Matthania '.

■ Voy. II Rois, ch. 23, v. 36 et 31; ch. 24 , V. 17 et 18. Ces passages, qui renferment des dates historiques , doivent prévaloir contre la table généalogique du 1" livre des Chroniques (3, 15), qui donne a Josias quatre iils dans l'ordre suivant : Johanan, Joïakim ( ou Éliakim), sédékia (ou Matthania) et Sallum. L'auteur de la table généalogique a été induit en erreur par les dilrents noms que portaient les Iils de Josias. Sallum est évidemment le même que Joacha/. (Jérémie, 22, H ), et il en est de même de Johanan, que l'auteur des Chron. appelle, par erreur, Vaine, parce qu'il succéda le premier à son père. Voy. le commentaire de

Selon le deuxième livre des Chroniques (34, 3 ) , il commença , dès la douzième année de son règne, ses réformes leligieuses, en sévissant contre les idoles et les idolâtres; et, quoique le deuxième II vredes Rois (cli. 22) ne rapporte aucunfaitde Josias avant la dix-luiitième année de son règne, la réparation du J'cmple, qui fut ordonnée dans cette même année, indique d'elle-même ia suppression de l'idolâtrie. Le jeune Jérémie, flls de Hilkia , prêtre de la ville d'Anathoth , qui prêcha comme prophète depuis la treizième année du règne de Josias ' , exerça peut-être, par ses discours, quelque influence sur l'esprit du roi ; car persécuté dans sa ville natale, et menacé même de la mort *, il se rendit bientôt à Jérusalem. Le prophète Séphania ( Sophonias) florissait également sous Josias , et très-probablement dans la première moitié de son règne. Les deux prophètes prêchaient alors contre l'idolâtrie encore en vogue et à laquelle se rattachait une profonde immoralité, contre l'arrogance et la sécurité des urands,contre les faux prophètes et les prêtres impies ^.

La dix-huitième année de Josias fijf signalée par un événement importcii! qui contribua à rendre encore pi;is ardent le zèle du roi pour le rétablissement du culte mosaïque. Le roi avait ordonné à son secrétaire Schaphan d'aller trouver le grand-prêtre Hilkia, pour faire verser l'argent obtenu par les dons volontaires du peuple et le livrer aux commissaires -chargés des réparations du Temple. A cette occasion Hilkia déclara à Schaphaii qu'il avait retrouvé dans le Temple le livre de la loi, probablement un précieux exemplaire des lois de Moïse, qui avait été caché sous le règne de Manassé et qu'on croyait perdu4. Schaphan emporta le livre

Kinichi aux deux passages des Chroniaues et ie JiTfTQie.

' Voy. Jérémie, ch. I , v. 2; ch. 25,

- Voy. ib., ch. n , t. 18— 03

3 ^oy. ib.,ch. I, V. 16; ch. 2, V. 8; ch.

', \- I — ? I3et passim; Séphania , ch. I,

''. 4 l'I suivants; ch 3, v. I — 4.

* Voy. ci-dessus, page 138.

pour le montrer au roi; celui-ci, peu versé dans la loi , s'en fit faire la lecture. En entendant toutes les prescriptions, jusqu'alors si peu observées, et les menaces du châtiment céleste, qui devait atteindre les transgresseurs, le roi fut saisi de terreur et déchira ses vêtements. Il ordonna aussitôt à Hilkia, à Schaphan et à trois autres personnages de la cour d'aller interroger Jéhova; ceux-ci se rendirentauprès d'une femme qui était célèbre alors pour avoir des inspirations divines et qui s'appelait la prophétesse Hulda.

Elle était mariée a un certain Sallum , qu'on appelle l'inspecteur des véfeinents; c'était probablement un des lévites gardiens des costumes des prêtres. Hulda déclara aux envoyés que le pays et les habitants seraient frappés de grands malheurs , pour avoir abandonné Jéhova, mais que le pieux roi Josias mourrait en paix avant l'arrivée du châtiment céleste.

Le roi fit aussitôt convoquer les anciens et se rendit avec eux au parvis du Temple; les prêtres, les lévites, les prophètes et les gens du peuple s'y rendirent en foule. Placé sur une tribune, Josias lut à haute voix dans le livre de V alliance, et fit renouveler au peuple l'alliance avec Jéhova. Il ordonna ensuite la destruction totale de- tous les monuments des cultes païens et de tout ce qui pouvait rappeler l'idolâtrie des temps passés. On brûla un grand nombre d'idoles et les vases consacrés à leur culte, et on jeta les cendres dans le torrent de Kidron Les hauts-lieux au midi delà montagne des Oliviers,consacrésjadis par Salomon à différentes divinités païennes, furent rendus impurs par des ossements humains qu'on y déposa.

On sévit également contre les hautslieux, ou lesautels particuliers, destinés au culte du vrai Dieu ; car le roi , conformément aux lois mosaïques , ne voulut plus tolérer d'autre autel que celui du sanctuaire central. Les réformes de Josias s'étendirent même sur l'ancien pays d'Israël qu'il avait pu s'approprier en partie. Josias alla lui-même à Béthel , ordoima de détruire le temple du veau d'or établi

L'UNIVERS

par Jéroboam , fit tuer les prêtres , et, afin de souiller l'autel, y lit brûler des ossements d'hommes, qu ou tira des tombeaux. A cette occasion le roi, avant aperçu un ancien monument, vbuluten savoir l'origine, et les gens du pays lui apprirent que c était le tombeau d'un ancien prophète de Juda qui , du temps de Jéroboam , avait prédit la destruction de I autel de Béthel et le châtiment de ses prêtres'. Josias ordonna de respecter ce tombeau. On était alors au printemps; de retour à Jérusalem, Josias ordonna la célébration de la fête de Pâques selonlesprescriptionsmosaïques.

La solennité fut plus grande encore que du temps d'Ézéchias, et depuis l'époque de Samuel on n'avait pas célébré le rit pascal avec autant d'exactitude, de piété et d'éclat que dans cette cérémonie de la dix-huitieme année de Josias. Jérusalem devint de nouveau le centre du culte, et pour les habitants du pays de Juda, et pour les débris des dix tribus, qui étaient restés dans l'ancien pays d'Israël. Jérémie prêcha sur les places publiques , pour la nouvelle alliance conclue avec Jéhova, et prononça la malédiction contre ceux qui voudraient s'y soustraire. (Jér., ch. 11.) Il demanda particulièrement l'observation la plus rigoureuse du sabbat, le plus important symbole de la crovance des Hébreux. (Ib., ch. 17.)

La piété et l'énergie de Josias et le courageux dévouement de Jérémie auraient peut-être suffi pour rétablir l'unité religieuse d'une manière durable et pour constituer solidement l'État sur les bases de la loi mosaïque; mais les événements de l'Asie, dans lesquels le pays de Juda fut entraîné niakré lui, hâtèrent la ruine du petit royaume, qui était déjà affaibli par tant de secousses. La Judée avait échappé à l'invasion des Scythes , qui, selon Hérodote, avaient traverse la Palestine et menacé l'Egypte, et qui, arrêtés dans leur course par les prières et les cadeaux du roi d'Egypte, avaient pillé, en se retirant, le temple de

» Voy. ci-cîessuâ, pa^e 302.

Vénus, à Âscalon '. Les montagnes de Juda étaient probablement inaccessibles aux cavaliers scythes ; du moins les documents bibliques ne font-ds aucune mention de l'arrivée des Scythes, et il n'est pas probable que ceux-ci aient pénétré en Judée». .L'empire assyrien avait succombé sous les coups réunis de Nabopolassar, roi chaldéen à Babylone , et de Cyaxare, roi des Mèdes, et l'orgueilleuse Ninive avait été détruite ( en 625 ). Dans Nabopolassar, qui déjà menaçait les pays en deçà de l'Euphrate , l'Egypte vovait un nouvel ennemi redoutable.

Nècbao II, fils et successeur de Psammétique, pour arrêter les progrès des Chaldéens , marcha sur l'Euphrate (en 610^ afin de s'emparer de la forteresse de Carchemisch, ouCircésium, située sur la rive occidentale du fleuve, à où il reçoit le Chaboras.Néchaon a-

vait pas d'mtentions hostiles contre la Judée (2 Chron-, 35,21), qu'il netoucha même pas dans sa marche. U traversa le pays des Philistins , qui lui était soumis en partie; car Psammétique , après un siège de vingt-neuf ans , s etait emparé de la ville d'Asdod^ e.

ce fut probablement sous Nechao que Gaza tomba au pouvoir des Egyptiens.

(Jérém. 47, 1.) L'armée égyptienne tourna au nord de la Judée et voulut traverser la plaine d'Esdrélon; mais là elle fut arrêtée dans sa marche par Josias qui vint l'attaquer près de Megiddo (ou Mageddo), probablement à cause des bons rapports qui , depuis Ézéchias , existaient entre la Judée et Babylone. Néchao fit dire à Josias qu'il n'en voulait nullement à la Judée; qu'il avait hâte de marcher contre ses ennemis , et que Josias ne devait pas engager une lutte qui ne pouvait que lui devenir funeste. Malgré ces avertissements, Josias persista à combattre contre les Egyptiens;

. Comparez ci-dessus , pages 38 , .6î et 85.

' Ouelques auteurs, tels (jue Eichhorn, Bohlen Hitzis,ontcru Irouveruneallusion a nnvasi'on c les'-Scythes dans les prophel.es d. Térémie.ch 4, v. 5 et suiv., ch. 5, V. 15, eu 6 V àVetsuiv.; mais il est plus probah que, dans ces passaRCS, le prophète parli des Clialdéens.

3 Voy. ci-dessus, pages «1 et 85.

TALESTINE.

mais ses troupes furent battues et luimême tomba mortellement blessé par les archers égyptiens. Son corps fut rameiiéà Jérusalem. La mort du pieux roi répandit partout le deuil et la consternation ;aveclui lederniersoutiende la théocratie descendit dans les sépulcres de Sion, et, dès ce moment, la Judée, dont on avait pu espérer un monieut la régénération religieuse et politique, marcha à grands pas vers sa ruine totale. Jérémie et tous les poètes de l'époque, hommes et femmes , composèrent des élégies sur la mort de Josias. Ces élégies existèrent autrefois dans un recueil particulier, et on les récitait à certaines époques, probablement à l'anniversaire de la fatale journée de Megiddo.

[■2 Chron. 36, 25. )

JoACHAZ, ou Sallum, puîné de Josias, succéda à son père à l'âge de 23 ans, par la volonté du peuple, et au détriment de son frère Éliakîm, âgé de 25 ans, qui peut-être se montrait disposé à capituler avec le roi d'Egypte, auquel on espérait encore pouvoir résister. Pendant ce temps Néchao avait continué sa marche vers l'Euphrate ; mais il paraît qu'il renonça pour le moment à la prise de Circésium , voulant d'abord soumettre la Syrie et la Palestine. Il s'arrêta à Ribla , ville du territoire de Hamath; de là il expédia probablement des troupes pour s'emparer de Jérusalem'. Le roi Joachaz fut conduit à Ribla; Néchao l'envoya captif en Egypte, où il resta jusqu'à sa mort. Il n'avait régné que trois mois.

A sa place Néchao mit sur le trône Éliakîm, fils aîné de Josias, dont il changea le nom en celui de Joïakim.

En même temps il imposa au pays

• Hérodote (liv. 2, ch. 159) parle de la «onquéte de Cudytis , grande ville de Syrie, prise par Néchao, après la victoire remportée sur les Syriens près de Marjclote. Cadytis est sans doute Jérusalem (voy. ci-dessus, p. 44 ) ; l'occupalion de Jérusalem, par les troupes égyptiennes, est clairement indiquée par l'ensemble du récit biblique, et notamment II Rois, 23, 33, et II Chron , 36, 3. Hérodote a confondu les Hébreux avec les -Syriens, et la ville de Megiddo avec celle de iluf/dole dans le Basse-Egypte.

de Juda un tribut de cent talents d'argent et d'un talent d'or.

JoÏAKÎM (610-599) n'était pas plus propre que son frère à relever l'espérance des prêtres et des prophètes ; bien au contraire sa tyrannie et la protection qu'il accorda à l'idolâtrie le firent exécrer par tous les gens di' bien. Non content de l'impôt dont il fut forcé de surcharger le peuple pour payer le tribut au roi d'Egypte, il opprima ses sujets et les soumit aux corvées pour faire élever de magnifiques constructions. (Jérémie, 22, 13-17.) La mort menaçait tous ceux qui osaient élever la voix contre l'abominable tyrannie du roi , et le sang innocent coulait à flots dans Jérusalem. Un prophète , nommé Uria, fils de Samaïa, essaya d'échapper par la fuite à l'arrêt de mort prononcé contre lui et se rendit en Egypte; mais Joïakîm le fit poursuivre, et saisir sur le territoire égyptien, d'oii il fut ramené à Jérusalem et puni de mort. (Ib., 29, 20-23.) Le courageux Jérémie aurait eu le même sort, s'il n'avait pas été protégé par quelques grands personnages , et notamment par Achikâm, fils du secrétaire Scliaphan. (Ib., v. 24.) Mais le danger qui le menaçait ne put étouffer sa voix ; il ne cessait de flétrir, dans les termes les plus énergi- Tues, la lâche tyrannie de Joïakîn' et la dépravation de ses courtisans et de ses flatteurs, parmi lesquels on remarquait même des hommes appartenant à la classe des prêtres ou qui prêchaient comme prophètes. Le noble Jérémie se prépara ainsi une vie pleine de souffrances et d'amertume; mais il échappa à la mort pour voir s'accomplir ses lugubres prédictions et pour quitter sa patrie , après avoir pleuré sur ses ruines.

Dans la quatrième année du règne de Joïakîm (606), Néchao, après avoir soumis peu à peu les peuples en deçà de l'Euphrate, crut pouvoir entreprendre le siège de Circésium. Mais au même moment Nébuchadnessar (ou Nabuchodonosor), alors prince royal de Babylone , et probablement corréf

L'UPilVERS.

gent de son père Nabopolassar' , s'avança vers l'Euphrate; près (Je Circésiiim, il rencontra rarinée de Néehao , qui fut totalement défaite par les Clialdéens. Néchao fut oblige de se retirer et de renoncer à toutes les conquêtes qu'il avait faites depuis plusieurs années. Jérémie triompha, et, dans un chant sublime (ch. 46), il célébra la défaite de Néchao ; mais en même temps il sentit combien était grand le danger qui menaçait la Judée de la part des Chaldéèns et combien il fallait de prudence et de vrai patriotisme pour détourner le péril. Il voulut donc essayer tout ce que sa position lui permettait de faire. Ce fut très-probablement vers la même époque que le prophète Habacuc prononça son oracle sur la puissance redoutable des Chaldéèns qui déjà menaçait d'engloutir Juda, mais devait tomber à son tour, après avoir servi d'instrument à la colère du ciel. — Dans l'année qui suivit la bataille de Circésium, c'est-à-dire dans la cinquième année de Joïakîm (60.3), les Chaldéèns s'avancèrent vers les frontières de l'Egypte jusqu'à Péluse ; ils s'emparèrent de toute la Syrie , sans pourtant toucher la Judée , ayant pris probablement leur chemin par la Pérée, l'Ammonitide et la Moa- Ditide '. Les Égyptiens des lors n'osèrent plus sortir de leurs limites. (2 Rois, 24, 7.) La Judée trembla en voyant son territoire envahi par les puissants conquérants; beaucoup d'habitantsides villes et de la campagne

' Nabopolassar, qui régna 21 ans, mourut , selon les calculs les plus probables, en 60i. Cependant, selon Jérémie (25, i ), ia quatrième année de Joïakim (fiiiG ) est la première (le JNébucbadnessar, et la destruction de Jérusalem ( 588 ) tombe dans la dix-neuvième année <lu roi de Babylone. (tb., 52, 12, et II Rois , 25, 8. ) Les auteurs hébreux comptaient probablement le règne de Nébuchadnessar depuis le temps ou son père le chargea de l'expédilion contre Néchao et en lit , comme nous dirions, son corégent.

2 Voy. Josèphe, Antiqu., X,6, I, et Knobel, Prophetismiis der Hebneer, t. II, p. 227. La date du livre de Daniel ( ch . ! , v. I ), qui fait remonter la première prise (te Jérusalem a la troisième année de Joïakim, est évidemsaent fausse.

se retirèrent à Jérusalem. Parmi les réfugiés se trouvèrent aussi les Réchabltes , descendants de Jonadab , lils deRéchab, que nous avons vu être l'ami de Jéhu ( page 321 ). Leur aïeul avait fait faire à sa famille le vœu de vivre sous des tentes, comme nomades, de ne pas s'occuper d'agriculture et de ne pas boire de vin; les Réchabites avaient toujours strictement observé ce vœu, et ils avaient mené une vie nomade dans les environs de la Judée, jusqu'à ce que l'approche des Chaldéèns leur fit chercher un refuge dans la ville de Jérusalem. Jérémie invita un jour quelques membres de cette famille à l'accompagner sous l'un des portiques, du Temple; là il leur fit présenter des coupes pleines de vin et les invita à boire. l\Iais, ainsi que Jérémie l'avait prévu, les Réchabites, suivant le vœu de leur famille, refusèrent de boire da vin. Le prophète alors les présentant comme modèle au peuple de Juda , reprocha à celui-ci de ne pas manifester pour les préceptes de Jéhova le même attachement que les Réchabi tes conservaient toujours pour ceu.v de leur aïeul.

Dans le neuvième mois ( décembre J de la cinquième année de Joïakîm , on proclama à Jérusalem un jeûne public, pour implorer le secours de Jéhova contre les Chaldéèns. Jérémie profita de cette occasion pour faire lire publiquement, dans le parvis du Temple, par son secrétaire Raruch , fils de Néria , ses discours, qu'il avait fait mettre par écrit l'année précédente. Cette lecture fit une si profonde sensation , qu'on en apporta la nouvelleau palais , dans le cabinet d'Élisama, secrétaire du roi, où plusieurs grands dignitaires se trouvaient alors assemblés. Raruch fut aussitôt mandé chez le secrétaire, et, sur la demande des dignitaires, il donna lecture du livre qu'il déclara avoir écrit sous la dictée de Jérémie.

Les courtisans furent eux-mêmes profondément émus; espérant que le livre ferait quelque impression sur le roi , ils demandèrent à Raruch de le leur

laisser, et lui conseillèrent en même temps de se cacher, ainsi que Jerëmie.

Ensuite ils allèrent raconter au roi ce ([ui s'était passé dans le Temple.

Joïakîm, averti que le rouleau de Jérémie était dans le cabinet du secrétaire, l'envoya chercher par un certain Jehudi, qui lui en fit la lecture. Le roi se trouvait alors dans son appartement d'hiver, où un réchaud était allumé devant lui; à mesure que Jehudi avait lu trois ou quatre colonnes, Joïakim lui ordonnait de les couper et de les jeter au feu , en sorte que peu à peu tout le rouleau fut consumé, malgré les instances de quelques-uns des assistants qui le priaient d'épargner le livre. Le roi ordonna ensuite l'arrestation de Jérémie et de Baruch , mais on ne put les découvrir. Jérémie , dans sa retraite, fit écrire de nouveau les discours qui avaient été hrûlés, et auxquels il en ajouta quelques autres, notamment un oracle fulminant contre Joïakim. dont le cadavre, disaitil, serait jeté pour être exposé à la chaleur pendant le jour et au froid pendant la nuit. (Jér. 36, 30.) Mais il ne paraît pas que le prophète se soit de nouveau présenté en public, avant la mort de Joïakim.

Mais cette fois Joïakîm échappa au danger; Nébuchadnessar ayant reçu la nouvelle de la mort de son père ( 004 ) , prit le chemin du désert , pour retourner en toute hâte à Babylone ', remettant à un autre temps la soumission de Joïakîm et des autres alliés de Ir^gypte. Ce nefut qu'environ deux ans après , dans la huitième anneedu règne de Joïakîm ^(603 à 602), que INébucliadnessar revenu en Syrie pénétra dans

' Voy. Bérose, cité par Josèphe, Antiqu., X , II, I ; Contre Apion., I , Ig.

' Josèphe, Antiqu. , X. 6, i. Cette date résulte aussi du texte du 2* livre des Rois (?4, V. I et suiv.); Joïakim, qui réyna onze ans, fut vassal du roi de Babylone les trois dernières années de sa vie, "d"ou il s'ensuit que la première prise de Jérusalem par les Chaldéens eut lieu dans la huitième année du règne de Joîatiim. 11 n'est pas étonnant d'ailleurs que Nebuchadnessar ait passé une année ou deux à régler les affaires intérieures de son nouveau royaume , avant de rentrer en campagne.

la Judée, la rendit tributaire et força Joïakîm de le reconnaître comme suzerain. C'est probablement à cette épogne que IVébuchadnessar fit emporter à Babylone une partie des vases sacrés du temple de Jérusalem, et qu'il emmena plusieurs jeunes hommes de familles nobles , tels que Daniel, Hanania, Misaël et Azaria,aQu de servir d'otages et de répondre de la fidélité de Joïakîm, qui, selon les Chroniques, fut enchaîné, pour être conduit à Bahi/lone ' , mais qui en réalité, comme on va le voir, resta à Jérusalem , comme vassal de Babylone. Trois ans plus tard (.599), Joïakîm, séduit sans doute par la mauvaise politique de certains orateurs et faux prophètes, et comptant sur le secours de l'Egypte (oij régnait alors Psammis, fils de'lNéchao),osa se révolter contre le roi de Babylone. Nebuchadnessar, qui se préparait à envahir de nouveau la Judée, fit, en attendant, harceler Joïakîm par un corps de réserve, qui se trouvait en Syrie et qui fut renforcé par des troupes syriennes, moabites et ammonites. (lï Rois , 24 , 2. ) Sur ces entrefaites Joïakîm mourut ' , à l'âge de trente-six ans, laissant supporter à son fils Joïachîn les conséquences de sa rébellion.

JoÏACHÎ.\ ( appelé aussi Jéchonia et Coniahou) monta, à l'âge de dix-huit

» Voy. 2 Chron , ch. ?,&, v. 6 et 7; Daniel, ch. I, v. I-C. Dans ces deux passages, ainsi que dans celui du 2= livre des Rois, ch. 24, V. 1, il ne saurait être question que de la première invasion des Chaldéens- Dans les Chroniques on ne parle pas de la seconde expédilion contre Joiakim (II Rois, 24, 2), parce qu'elle est identique avec celle qui se termine par la captivité de Jolachin. Dans le livre de Daniel, ch. I, v. I , le nombre <ro/s, qui dans tous les cas est une faute, doit être changé probablement en celui de huit. Au reste, ce livre, dont nous parlerons dans un autre endroit, a peu de valeur pour l'historien.

^ Le texte biblique dit : Joïakim se coucha avec ses ancêtres. ( II Rois, 24 , 6. ) Josèphe qui , en général , a parlé de cetta époque avec peu d'exactitude et de critique, prétend qie Joiakim fut tué par l'ordre du roi de Babvione, et que son cadavre fut jeté devant "les murailles, sans être enseveli. (Antiqu.. X, 6,3.) Ce dernier fait est une simple supposition, puisée dans les prophéties (le Jérémie, et dont on ne trou\e pas de traces dans les livres historiques.

ans, sur un trône entouré des plus grands dangers. L'année clialdéenne ne tarda pas à paraître devant Jérusalem qu'elle assiégea, et bientôt elle fut suivie du roi Nébiicliadnessar. ( Ib., V. 10 et 11.) .loïacliîn n'étant pas en mesure de soutenir un long siège, et désabusé sans doute sur le secours que son père avait attendu de l'Egypte, descendit du trône qu'il avait occupé pendant trois mois et dix jours ; le jeune roi et la reine mère, Néliustlia, fille d'EInathan , de Jérusalem , accompagnés de toute la cour, se rendirent au camp de Nébuchadnessar et se soumirent à discrétion. LesChaldéens entrèrent dans la ville, s'ennparèrent de tous les trésors du Temple et du palais royal , et démontèrent tous les ustensiles d'or qui se trouvaient dans le sanctuaire depuis le temps de Salomon. Avec le roi et la cour dix mille des principaux babitants furent emmenés captifs, savoir trois mille citoyens et sept mille honunes de guerre, y compris mille forgerons et serruriers (quiauraient pu fabriquer desarmes)'.

Parmi les captifs se trouva Ézéchiel , alors âgé de vingt-cinq ans , et qui cinq ans plus tard commença à prêcher comme prophète parmi ses coexilés dans le pays des Chaldéens ^ Le roi Joïachîn futeufèrmédans une prison à Babyloiie, où il resta plus de trente-six ans, jusqu'à ce qu'Éwilmérodach , fils et successeur de Nébuchadnessar, l'en fit sortir. Jérémie, qui avait prédit la captivité du jeune prince , pleura son malheur en ces termes (ch. 22, v. 28-30) : « Cet « homme, ce Coniahou, est-il un vase « méprisable et brisé? est-il un meuble « sans prix? pourquoi ont ils été reje- « tés , lui et sa race, et lancés sur une « terre qu'ils ne connaissaient pas?

« — Terre ! terre! terre ! écoute la pa- « rôle de Jéhova. Ainsi dit Jéhova :

' C'est ainsi qu'on peut mettre d'accord /es données de Jérémie, 52, 28, et II Rois, 24, V. 14 et 16.

/ Voy. Ezéchiel , ch. l , v. 1-3. Les trente ans au verset I nous paraissent se r;ipporter le plus naturellement à l'âge du prophète; car il est peu probable qu'Ézéchiel ait compté d'après une ère de IWibopolassttr, comme .font supposé plusieurs savants modernes.

« Inscrivez cet homme comme stérile, 0 comme un homme qui ne prospé- « rera jamais ; car nul de sa postérité « ne réussira à s'asseoir sur le trône « de David et à régner sur Juda. »

Matthania , fils de Josias, et oncle de Joïachîn, fut nommé roi de Juda, par Nébuchadnessar, qui changea soq nom en celui de Sédékia^ se déclarant par là son souverain , comme l'avait fait Néchao,en changeant le nom d'Eliakîm en celui de Joïakîni.

Sedekia (599-588), dernier roi de Juda, n'était qu'un satrape du roi de Babylone. Jeune homme sans expérience (il n'avait que vingt-un ans), manquant de jugement et d'énergie , il devint le jouet des gens de la cour , qui , par leurs mauvais conseils , hâtèrent sa chute et l'entière ruine de Juda. En observant la foi jurée au roi de Babylone Sédékia aurait pu relever son petit État et rendre quelques forces à son peuple épuisé. Jérémie et un petit nombre de gens de bien montrèrent que c'était le seul parti qu'il y eût à prendre pour éviter les plus grands malheurs '. Mais les grands et les riches n'y trouvaient pas leur compte; ils auraient été obligés de racheter la paix et la tranquillité par un fort tribut payé à Babylone. Ils usèrent donc de toute leur influence auprès de Sédékia pour l'engager à secouer le joug des Chaldéens , en s'alliantavec les peuples voisins, et notamment avec l'Egypte. En même temps des prophètes qui avaient été conduits à Babylone ne cessaient d'entretenir parmi leurs compagnons d'exil l'espoir d'une prompte délivrance. Jérémie, craignant que ces menées ne contribuassent à rendre plus dure la captivité de ses compatriotes, profita d'une ambassade que Sédékia adressait a Nébuchadnessar et remit aux deux envoyés, Elasa et Gemaria, une lettre qu'ils devaient lire publiquement aux exilés, et dans laquelle le prophète les engageait à ne pas prêter l'oreille aux faux prophètes , à supporter leur sort

' Voy. Jérémie, ch. 27, v. 12-22 ; comparer ■"h. 24, V. 5 et suivants.

avec résignation , à se fixer comme paisibles habitants dans le pays où Dieu les avait fait transporter et à prier pour le salut de l'empire babylonien.

Les prophètes de Babyloiie furent indi- ^Miés de cette lettre ; l'un d'eux nommé Sémaïa écrivit au prêtre Séphania , commandant du Temple , pour lui dénoncer Jérémie et lui rappeler qu'il était de son devoir de faire mettre en prison les insensés qui venaient pérorer dans le Temple. (Jér., 29, 26.) Mais Séphania, qui n'était pas hostile à ,Iérémie ' , lui montra la lettre de Sémaïa, Sans se laisser intimider, Jérémie écrivit une seconde fois aux exilés, pour leur signaler Sémaïa comme un faux prophète, qui prêchait la rébellion contre la volonté de Dieu.

Dans la quatrième année du règne de Sédékia , des ambassadeurs des rois d'Édom, de Moab, d'Ammon , de Tyr et de Sidon se présentèrent à Jérusalem (Jér., ch. 27); il s'agissait sans doute d'un vaste complot contre le roi de Babylone, leur ennemi commun.

Jérémie envoya à chacun des ambassadeurs un joug de bois , symbole de la servitude babylonienne, et leur montra que tous les peuples à l'entour devaient supporter cette servitude jusqu'à ce que la puissante Babylone à son tour vît arriver son heure suprême.

Le prophète donna le même avertissement au roi Sédékia. Un jour Jérémie s'étant présenté lui-même le joug sur le dos , dans le Temple de Jérusalem , un prophète , nommé Hanania, fils d'Azzour, proclama au nom de Jéhova, devant les prêtres et le peuple, qu'avant deux ans le joug de Babylone serait brisé , les vases sacrés seraient rapportés dans le Temple et le roi Jéchonia , ainsi que tous les exilés reviendraient dans leur patrie. Amenî s'écria Jérémie , puisse Jéhova accomplir tes paroles! mais sache, ajouta-tiJ , qu'on ne reconnaît le vrai prophète que par l'accomplissement de sa parole. Hanania prit le joug que Jérémie portait sur son cou et le brisa; ainsi,

I Ce fut ce même Séphania que le faible roi Sédéliia employa plus tard pour ses relalions secrètes avec Jérémie.

dit-il, Jéhova brisera le joug du roi de Babylone de dessus le cou de tous les peuples. Jérémie se retira silencieux; puis revenant sur ses pas, il dit à Hanania : « Ainsi parle Jéhova; « tu as brisé des barres de bois , mais « à leur place tu feras des barres de fer ; « car je mettrai un joug de fer sur le « cou de tous ces peuples , et ils se- « ront soumis à Nébuchadnessar, roi « de Babylone. Écoute Hanania , ce « n'est pas Jéhova qui t'a envoyé , et « tu inspires à ce peuple une con- « fiance mensongère. » On ajoute que Jérémie prédit à Hanania sa mort prochaine, et qu'en effetil mourut dans la même année. (Jér., 28, 17).

Il paraîtrait que lesdiscours de Jérémie ne furent pas sans influence sur l'esprit du roi et qu'ils arrêtèrent un moment ses projets de révolte. 11 résulte d'un passage de Jérémie (-51 , 59) que Sédékia, dans la quatrième année de son règne, partit lui-même pour Babylone, accompagné de Séraïa, fils de Kéria, un de ses conseillers intimes. Son but était probablement de renouveler ses hommages au roi de Babylone, et de faire taire les bruits défavorables qui peut-être déjà s'étaient répandus sur son compte, grâce à l'imprudente conduitedesfauxprophètesqui vivaient parmi les exilés. Jérémie , tout en conseillant pour le moment au roi et au peuple, de se plier aux circonstances et (le reconnaître la souveraineté du roi de Babylone, ne pouvait néanmoins étouffer les ressentiments trop légitimes que son patriotisme lui inspirait contre la puissance étrangère , et il cherchait pour lui et ses compatriotes une consolation dans l'avenir en prédisant la chute de Babylone dans les termes les plus énergiques (ch. 60 et 51). Au départ du roi le prophète désira joindre à sa prophétie une action symbolique, dont il chargea Seraïa ; il pria celui-ci d'emporter enChaldéele rouleau sur lequel se trouvaient inscrites ses sinistres prédictions contre Babylone, de les lire sur les lieux mêmes . et de jeter ensuite dans l'Euphrate le rouleau attaché à une pierre , en prononçant ces

L'UMVERS.

mots : « Ainsi sera submergée Babylone, et elle ne se relèvera plus du malheur que j'amènerai sur elle. »

Sédékia revint j)ropabiement de Babylone avec des intentions pacifiques; son voyage fut suivi dequelques années de calme, et les discussions politiques cessèrent un moment , comme nous pouvons en juger par le silence de Jéréniiedont nous ne trouvons aucun discours prononcé depuis la quatrième année de Sédékia , jusqu'à la neuvième. — A cetteépoque i-lzécliiel prêchait en Chaldee sur les bords du Chaboras ; il jouissait d'une haute considération parmi ses compagnons d'exil, les anciens et le peuple s'assemblaient souvent autour de lai, pour entendre ses discours. Loin de son pays on le voit continuer à s'intéresser vivement aux événements qui s'y passent; ses vues politiques sont les mêmes que celles de Jérémie. Dans des images empreintes des couleurs locales etdans un langage hardi et original , il parle contre les péchés de Juda, et notamment contre l'idolâtrie, contre les faux prophètes , qui égaraient le peuple par de vaines illusions, contre le roi Sédékia, dont il prédit la chute. A ses sinistres prophéties contre .Tuda succèdent aussi des menaces contre les peuples voisins qui l'ont opprimé et des espérances (iune rédemption future ; mais il use toujours d'une extrême réserve à l'égard des Chaldéens. Nous ne connaissons point les détails de la vie privée d'Ézéchiel ; nous savons seulement qu'il était marié et que sa femme mourut à l'époque du dernier siège de Jérusalem. (Ézéch., 24, 15-18.) Sa carifière prophétique se prolongea au moins jusqu'à la vingt-septième année de son exil (ib., 29, 17), ou à la seizième ar.née après la destruction de Jérusalem.

Sédékia oe conserva pas longtemps ses dispositions pacifiques à l'égard de Babylone ; se laissant entraîner par la fausse politique de ses conseillers, combattue par tous les prophètes depuis Isaïe, il entama des négociations avec l'Egypte (ib., 17, 15), où régnait alorsHophra, ouApriès.CJér.,44,30.)

Celui-ci ayant promis son secours a Sédékia, le roi de Juda se crut assez fort pour briser le joug babylonien qu'il avait supporté pendant huit ans.

Se déclarant donc indépendant il refusa le tribut. Les Chaldéens envahirent de nouveau la Judée, dans la neuvième année du règne de Sédékia (590) , et occupèrent tout le pays à l'exception des vil les fortes de Lachis, d'Azéka et de Jérusalem (ib., 34 , 7), qui, comptant sur la prochaine arrivée des troupes égyptiennes, se préparèrent à la résistance. Le siège de Jérusalem commença le dixième jour du dixième mois , c'est-à-dire vers le commencement de janvier de l'an 589 avant J. C. Jérémie, que le roi fît interroger probablement à cette époque par le prêtre Séphania et par un certain Pashour, répondit par une sinistre prophétie. (Ib., 21 , 1-10.) Prévoyant que la ville serait forcée de se rendre tôt ou tard, il insista de nouveau pour que le roi réparût sa faute par une soumission volontaire , lui faisant espérer que dans ce cas il pourrait un jour mourir en paix et obtenir les honneurs funèbres, comme ses ancêtres (ib., 34, 5); mais la voix du prophète ne fut pas écoutée. A cette époque le roi Sédékia prit une mesure à laquelle durent applaudir tous les partisans sincères de la constitution mosaïque et tous les amis de l'humanité, bien qu'il fût évident que ce n'était que l'intérêt du moment qui faisait agir le roi. Pour augmenter le nombre des combattants et pour gagner la faveur de la classe pauvre, Sédékia, invoquant une loi mosaïque, qui jusque-la avait été peu observée, ordonna l'affranchissement de tous les esclaves hébreux qui avaient fait leur six ans de service'. Les maîtres n'osèrent résister, et tous se rendirent au Temple , pour proclamer solennellement la liberté de leurs esclaves des deux sexes. Selon une antique coutume on découpa un veau en deux moitiés ; les maîtres passèrent entre

' Voy. cklessus, page 208, et Jérémie, ch. 34," V. 8 et suivants.

les deux morceaux, ce qui fut considéré comme le symbole de l'engagement qu'ils prirent devant Dieu '.

Sur ces entrefaites les troupes égyptiennes entrèrent en Judée pour attaquer les Chaldéens,et ceux-ci levèrent le siège de Jérusalem pour aller audevant des ennemis. Ce fut alors probablement que le roi et les grands, se croyant délivrés du danger, se repentirent de la généreuse mesure qu'ils venaient de prendre, et poussèrent l'iniquité jusqu'à employer la force pour s'einparer de nouveau de leurs esclaves qu'ils venaient d'affranchir. Alors l'indignation de Jérémie ne connut plus de bornes. « Puisque, dit-il, vous avez refusé la liberté à votre prochain, Jehova donnera la liberté au glaive , à la peste et à la famine qui vous rendront l'effroi de tous les royaumes de la terre; Sédél ia et ses grands tomberont entre les mains de leurs ennemis, les Babyloniens, qui prendront Jérusalem, la brûleront, et toutes les villes de Juda seront dévastées (34 , 17- 22.)

Le roi, qui ne partageait pas le dédain que les grands de la cour montraient pour Jérémie, envoya de nouveau auprès de lui le prêtre Séphania, et lit demander au prophète d'intercéder auprès de Jéhova par ses prières.

Pour toute réponse Jérémie fit dire au roi que l'armée du Pharaon , qui était venue à son secours, allait retourner en Egypte, et que le siège de Jérusalem allait être recommencé par les Clialdéens qui ne renonceraient à aucun prix à la conquête de cette ville. (37, 1 — tO.)

Jérémie voulut profiter de l'absence momentanée des Chaldéens pour quitter Jérusalem et se rendre dans sa ville natale; mais arrivé à la porte de Benjamin (voy. p. 46) , il fut arrêté par Yiria, chef du poste, qui l'accusa de Touloir passer aux Chaldéens. Malgré ses protestations ilfutamenédevant le tribunal des officiers supérieurs qui le maltraitèrent et le firent enfermer dans la maison du secrétaire Jonathan ,

' Voy. ci-dessus, page I03, col. 2,

qui avait été transformée en prison.

Le roi le fit venir secrètement chez lui pour l'interroger de nouveau; la réponse du prophète fut toujours la même. En même temps il se plaignit au roi des traitements qu'on lui faisait subir ; Sédékiaordonna qu'il fût transféré dans une prison moins dure et qu'on lui donnât un pain chaque jour.

Jérémie, placé dans la cour delà prisondu palais royal, pouvait de là parler au peuple. (Ib., U- 21).

Les Chaldéens avaient repris le siège; Jérémie ne cessait de répéter ses lugubres prédictions , et de dire ouvertement que ceux-là seuls auraient la vie sauve qui se rendraient auprès des Chaldéens, ce qui irrita les officiers deSédékia au plus haut degré, d'autant plus que les rangs des défenseurs de Jérusalem commençaient à s'éclaircir par de nombreuses (îésertions. (Ib., 38, 19; 39, 9). Jérémie fut donc accusé auprès du roi et sa mort fut demandée; mais Sédékia n'osant prononcer la condamnation du prophète , se contenta de répondre aux officiers : « U est entre vos mains , car le roi ne peut rien contre vous. » On descendit le prophète dans une fosse profonde qui se trouvait dans la cour de la prison, afin de le laisser périr dans la boue ou mourir de faim. Un certain Ébed-Mélech, eunuque éthiopien au service du palais , ayant eu connaissance de l'horrible position de Jérémie , courut aussitôt à la porte de Benjamin, oii se trouvait alors le roi Sédékia, et rapporta à celui-ci ce qui venait de se passer. Le roi fit accompagner Ébed- Méleeh par trente hommes , afin de faire retirer Jérémie de la fosse. Ensuite il eut avec le prophète un dernier entretien secret, dans l'un des appartements du Temple. Pressé par le roi de lui dire encore une fois toute sa pensée , Jérémie répondit : « Si je te la dis, tu me feras mourir; si je te donne un conseil, tu ne m'écoutes pas. » Le roi ayant juré à Jérémie de le protéger contre les hommes qui en voulaient à sa vie , le prophète répéta l'avis qu'il avait déjà donné plusieurs fois à Sédékia : savoir qu'une soumis-

L'UNIVERS

sion volontaire était le seul moyen de sauver sa vie et de préserver la ville d'une ruine totale. Mais le malheureux roi ne put se décider a une pareille démarche, craifi;nant, disait-il, d'être livré au ressentiment des transfuji;es hébreux. Jérémie chercha à dissiper cette crainte, et supplia le roi d'obéir à la voix de Jéiiova qui parlait par sa bouche et de sauver sa vie; mais il ne put parvenir à vaincre l'indécision du roi. Celui-ci ordonna au prophète de tenir secret l'entretien qu'il venait d'avoir avec lui et de dire aux officiers qui lui feraient des questions à ce sujet, ou'il avait demandé au roi de ne pas être reconduit dans le cachot de Jonathan. Jérémie, reconduit dans la cour de la prison , où il resta jusqu'à la prise de Jérusalem (ib., 38, 1-28), remercia Ebed-Mélech, et lui prédit qu'il serait sauvé au jour où le malheur fondrait sur Jérusalem , et qu'il ne périrait pas par le glaive de l'ennemi.

Tant qu'il resta des vivres dans la ville , les habitants résistèrent héroïquement aux Chaldéens. La dixième année entière du règne de Sédékia s'écoula sans que les assiégeants fussent parvenus à pratiquer une brèche.

Beaucoup de maisons furent démolies pour fortifier les murailles contre les bastions et les machines de guerre de l'ennemi , dont les approches devenaient de plus en plus formidables. (Ib., 33, 4.) Ce fut alors que Jérémie , pour montrer que, tout en conseillant pour le moment d'ouvrir les portes aux Chaldéens, il espérait cependant que Dieu, dans sa grâce, rendrait la paix et l'indépendance au pays de Juda , racheta , conformément à la loi mosaïque', le champ d'un certain Hanamel , son cousin, à Anathotii. Ayant fait rédiger les actes de la vente avec toutes les formalités d'usage, il les remità sou ami Baruch, et le chargea de les conserver dans un vase de terre ; cor, ajouta-t-il, Jéhova, le Dieu d'Israël , dit qu'on achètera encore des maisons, des champs et des vignesdans ce pays. (Ib., ch. 32.) Dans ces mo-

' Voy. ci-dessus, page 197, col. l.

ments suprêmes , le prophète, ne pouvant plus rien pourempc^cher les désastres qui allaient accabler son |)ays, aimait à parler de l'avenir où Jéhov»

se ressouviendrait d'Israël et renouvellerait l'alliance avec son peuple.

(Ch. 33.)

Le siège de Jérusalem avait duré dix-huit mois ; le courage de ses défenseurs n'avait pas fléchi un seul instant, mais ils succombèrent enfin à la faim et à la fatigue. Ce fut le neuvième jour du quatrième mois, dans la onzième année de Sédékia (juillet 588) , que les vivres manquèrent entièrement dans la ville'; la résistance devint impossible , et dans la nuit du 9 au 10, les Chaldéens purent, sans beaucoup de peine, pénétrer dans la ville du côte du nord..

Sédékia s'enfuit avec le reste de ses troupes , par une porte dujardin royal qui, située à l'est du Sion , conduisait dans le vallon entre le Sion et la place Ophla^. Les fugitifs se dirigèrent vers le Jourdain ; mais les Chaldéens se mirent à leur poursuite, et les atteignirent dans la plaine de Jéricho.

Les troupes de Sédékia se débandèrent, et l'infortuné roi, tombé entre les mains des Chaldéens , fut conduit au quartier général de Nébuchadnessar, qui était à Ribla , sur le territoire de Hamath. Un affreux traitement l'y attendait; ses jeunes fils, ainsi que tous les nobles de Juda qui l'avaient encouragé à la révolte , furent égorgés devant ses yeux. Heureux s'il eût pu mourir lui-même après ce spectacle horrible! Mais la mort paraissait au vainqueur un châtiment trop doux pour ce vassal parjure. Sédékia fut privé de la vue et mis dans les fers pour être conduit à Babylone, où il devait traîner dans un cachot sa malheureuse existence.

' II Rois, 25, 3; Jérémie, 52, 6.

' Nous lisons dans trois passages que Sédékia s'enfuit par une porte située entre lesdeux murailles. (II Rois, 25, 4; Jérémie, 39 , 4 ; 52 , 7. ) Nous pensons que celte expression désigne l'impasse que formait la première muraille, en tournant de l'est dut Sion par le Xyslus, à l'ouest de la place Oplila. Voy. ci-dessus, page 45, et notre plan de Jérusalem.

On délibérn encore sur le sort de Jérusalem et de ses habitants, et il dut résulter de l'eiiquête que tous les personnages importants avaient trempé dans le complot contre le roi de Baby lone. Un mois après la conquête ' , Kébuzaradan, chef des gardes du corps de Kébuchadnessar, lit son entrée dans Jérusalem. Par son ordre on mit le feu au Temple, au palais du roi , à l'hôtel de ville (Jér., 39, 8) et à tous les principaux édifices de la capitale de Juda ; les murailles et les fortiflcations furent rasées. En peu de jours la magniQque Jérusalem fut changée en un monceau de ruines. Les deux colonnes Yachlnet ^oa:;, ainsi que la Merd'airain ', furent brisées et transportées à Babylone avec tout ce qui restait encore des vases sacrés. On s'empara du grand prêtre Séraïa , de son vicaire Séphania, de plusieurs grands dignitaires et de soixante des principaux habitants, qui furent tous conduits à Ribla et là mis à mort. La plupart des habitants et des troupes s'étaient réfugiés dans les campagnes et dans les pays voisins. (Ib., 40, v. 7 et 11.) Les plus considérables de ceux qui restaient dans la ville, ainsi que ceux qui , pendant le siège , avaient passé aux Babyloniens, furent emmenés captifs (ib., ô2, 15) ; leur nombre ne se montait qu'à huit cent trente-deux personnes. (Ib., v.29.)

Le peuple de la campagne fut emmené en partie; mais on en laissa dans le pays un certain nombre qui devaient s'occuper de l'agriculture, et à qui on distribua des champs et des vignes. Le roi de Babylone leur donna pour gouverneur un de leurs compatriotes, nommé Guédalia, dont la famille , sans doute , s'était montrée favorable aux Chaldéens. Guédalia , était le fils de ce même Achikam , qui , sous le roi Joïakîm avait sauvé la vie au prophète Jérémie ^. — Quant a ce dernier, le roi de Babylone avait

' Selon le livre de Jérémie ( 52, 12), ce fut le 10 du cinquième mois; selon le ^' livre des Rois (25, 8), ce fut le 7.

' Voy. ci-dessus, pages 2.S9 et 292.

^ Voy. ci-dessus, page 3i3, col. 2.

ordonné qu'on le traitât avec les plus grands égards ; Nébuzaradan le fitretirer de sa prison et le confia à la sauvegardede Guédalia. (Ib., 39, 14.) Quelque temps après nous le trouvons enchaîné parmi les autres prisonniers de guerre qui furent diriges sur Babylone. Surpris probablement par des soldats chaldéens , qui ne le connaissaient pas, il fut amené avec les autres captifs; mais à Rama A'ébuzaradan lui fit ôter ses chaînes et le laissa libre d'aller partout où il lui plairait , lui promettant sa protection particulière, s'il jugeait convenable de se rendre avec lui à Babylone. Jérémie voulait rester dans son pays et pleurer sur ses ruines; Nébuzaradan le renvoya , après lui avoir fait des cadeaux. Le prophète se rendit à Mispah, où le gouverneur Guédalia avait fixé sa résidence.

L'installation de Guédalia , et l'assurance que donna ce gouverneur, que les habitants qui restaient dans le pays n'avaient plus rien à craindre en demeurant fidèles au roi de Babylone, firent revenir de toute part les soldats et les citoyens fugitifs, qui s'étaient cachés dans les campagnes ou réfugiés dans les pays voisins d'Amraon , de Moab et d"Édom. On remarqua parmi eux quelques capitaines distingués, tels que Johanan, fils de Karéach , et son frère Jonathan, Azaria, fils d'Hosaia, Isinaèl, fils de IN'athaniade la race royale de Juda , et quelques autres. La tranquillité et l'ordre se rétablirent, et on commença à s'occuper des vendanges et de laVécolte des fruits. (Jér., 40, 12.) Mais bientôt un traître vint détruire l'espérance des derniers débris de Juda. Ismaël, sans doute jaloux de l'autorité qu'exerçait Guédalia et à laquelle il croyait avoir plus de droit , par sa naissance , n'était venu à IMispah que dans l'intentiond'assassiner le gouverneur. Baaiis, roi des Ammonites, qui probablement voyait avec peine la protection accordée, par le roi de Babylone, aux restes du peuple de Juda," l'avait encouragé à ce crime. Le complot d'Ismaël transpira, et les autres capitaines en

L'UNIVERS

avertirent le gouverneur; .Tolianan lui offrit même de tuer Ismaël eu secret. Mais Guédalia refusa de croire à la traiiison d'ismaci et tomba victime de sa trop grande conliance. Au premier jour du septième mois ( septembre-octobre 588) , deux mois à peine après la destruction de Jérusalem, le gouverneur ayant invité à un repas plusieurs grands personnages, au nombre desquels se trou vaitismaël, celui-ci, qui avait amené dix hommes de sa suite, se leva subitement avec ses gens , et ils assassinèrent Guédalia et tous les Judéens et Chaidéens qui composaient sa garde. Le crime d'Ismaël était encore inconnu, lorsque le lendemain quatre-vingts hommes deSiloh, de Sichem et de Samarie passèrent à Mispah, les vêtements déchirés et en deuil, portant des offrandes et de l'encens aux ruines du Temple de Jérusalem, oij probableuîent on avait réorganisé un culte provisoire.

Ismaël alla au devant d'eux en pleurant et en feignant de prendre part à leur deuil, et il les invita àserendrecliez le gouverneur; mais à peine entrés dans la ville, iisfurenttraîtreusementassas sinés par les gens d'Ismaël. Dix d'entre eux sauvèrent leur vie en faisant connaître à Ismaël des provisions qu'ils avaient cachées. Les cadavres des victimes furent jetés dans un fossé que jadis le roi Asa avait fait creuser en fortifiant cette place , lorsqu'il fut attaqué par Baasa, roi d'Israël ( page 306) '.

Ismaël , pour pouvoir commettre touscescrimes, avait dû rassembler au»

tour de lui de nombreux partisans , ou être secouru par des Ammonites. En quittant Mispah , pour retourner au pays d'Ammon , il emmena de force beaucoup d'habitants de Mispah , ainsi que plusieurs prmcesses de la famille royale, qui avaient été mises

• Cet horrible massacre est rapporté dans le livre de Jérémie (ch. 41), sans qu'on nous lasse connaître le motif qui faisait agir Ismaël. Josèpiie dit que ces gens étaient venus offrir des présents à Guédalia , et il ne parle pas des offrandes que, selon le texte (V. 5., ) ils allaient apporter dans la viuLsoii de Jtihova. Voy. Juliqu-, X, y, i.

sous la sauvegarde du gouverneur Guédalia. ,Fohaii;m et les autres capitaines rassemblèrent leurs gens, et se mirent à la poursuite d'Ismaël qu'ils atteignirent près de Gabaon. Tous les prisonniersfurentdélivrés; Ismaël parvint à s'échapper avec huit hommes, et se retira dans le pays d'Ammon.

Johanan et tous ceux qui restaient autour de lui, craignant la vengeance du roi de Babylone, prirent la résolution d'émigrer en Egypte. On se rendit provisoirement dans une hôtellerie près de Béthléhem. Jérémie, qui n'approuvait pas l'émigration , s'était joint à la caravane , ainsi que son fidjèle ami Baruch ,qui, selon Josèphe', avait été incarcéré comme lui, pendant le siège de Jérusalem , et que les Babyloniens avaient élargi sur l'intercession du prophète, qui déjà sous Joïakîm lui avait prédit qu'il survivrait à la ruine de son pays (ch. 4.5). Les chefs de la caravane demandèrent à Jérémie de prier Dieu pour ces faibles débris de Juda et de leur donner un avis sur ce qu'ils devaient faire , promettant d'obéir à ce que Dieu leur ordonnerait par sa bouche. Après dix jours de réflexion, Jérémie les conjura de renoncer à leur projet d'émigration ; l'Egypte, dit-il, aurait bientôt le même sort qui venait de frapper le pays de Juda, le glaive et la famine attendaient ceux qui iraient y chercher un refuge. Johanan, Azaria et les autres chefs accusèrentle prophète d'être de connivence avec Baruch pour les livrer aux Chaidéens, et persistèrent à vouloir passer en Egypte. Jérémie et Baruch se virent donc forcés de partir avec la caravane, et le prophète fit ses adieux à sa malheureuse patrie , dont les ruines lui étaient si chères et qu'il ne devait plus revoir. Pendant quarante ans il y avait exercé sa sainte mission ; sa profonde piété et son ardent patriotisme l'avaient voué à une vie pleine de dangers et d'amertume.

Au milieu d'un peuple aveugle il eut le sort funeste d'être le seul voyant, etde prévoir les désastres qu'il ne pou-

» \oy.. Jiitiqu., X, 9, l.

V ait détourner ; mainte fois il voulut cesser déparier, mais alors, dit-il, il y eut dans ynon cœur comme un feu brûlant renfermé dans mes os, et /e ne pus me contenir (ch. 20, v. 9). Eneffet, il parla jusqu'à ce qu'il n'y eut plus que mort et désolation autour de lui , et les ruines seules purent témoigner de la vérité de ses paroles et de la sincérité de ses intentions.

Les émigrés arrivèrent à Tapîmes, ou Daphné, ville de la Basse-Egypte; là le prophète les avertit de nouveau que leur fuite ne les mettrait pas à l'abri de l'épéedesChaldéens. De nombreux émigrés de Juda s'étaient établis depuis plusieurs années à Daphné, à Magdole , à Memphis et dans le pays de Pathros. Jérémie eut la douleur de voir l'idolâtrie envahir ces colonies, et ce fut en vain qu'il tâcha de les ramener au culte de Jéhova ; là comme dans sa patrie, le funeste don delà prophétie lui fit prédire des malheurs qu'il ne put empêcher, car déjà il vovait les restes de Juda prêts à disparaître dans les désastres qui allaient frapper l'Egypte (ch. 44). Depuis lors le prophète sedérobe à nos regards; sa fin nous est inconnue. Selon les traditions des Pères de l'I'^glise, il fut lapidé à Daphné par ses compatriotes; mais les traditions des juifs le font émigrer à Babylone avec Baruch , lors de l'invasion de l'Egypte par les Chaldéens '. — Cinq ans après la destruction de Jérusalem, INebuzaradan, faisant la guerre aux Ammonites et aux Moabites, emmena encore sept cent quarante -cinq Judéens à Babylone \ La Judée fut ainsi privée

' Séder Olatn rahba , ch. 26. L'invasion de l'Egypte, si positivement annoncée par Jérémie "et par {Ezécliiel ( ch. 29, ) du avoir lieu pendant la guerre civile entre Apriès et Amasis. Le silence gardé par Hérodote sur cette expédition de Nébuchadnessar n'est pas une raison pour la mettre en doute. Voy. Des Vignoles, t. Il, p. I'»8 et suivantes. Mégasthène, cité par Joséphe {Antiqu., X, •l, l), dit que Nébuchadnessar conquit la plus grande partie de la Libve. Selon Ëzéchiel (29, 17-20), l'expédition aurait eu lieu après le siège infructueux de Tyr, environ seize ans après la destruction de Jérusalem.

^ Voy. Jérémie, 52, 30, et Joséphe, I c. X, 9, 7.

23' Livraison. (PALESTINE.)

de presque tous ses habitants et occupée en partie par les peuplades voisines '.

Telle fut la fin tragique du royaume de Juda ., qui naguère encore avait pu espérer de meilleurs jours sous un roi pieux, qui avait voulu lui donner l'unité et la force par une réforme totale, basée sur la constitution mosaïque.

Il était trop tard ; le pays de Juda, déjà fortement ébranlé par le colosse assyrien, fut entraîné sans cesse dans la lutte de deux grands empires. 11 y perdit le meilleur de ses rois qui ne put achever son œuvre, et qui, au milieu de la tempête, dut abandonner la faible barque a des pilotes aveugles qui la poussèrent sur les écueils. Ce ne fut qu'après le naufrage que les débris disperses du peuple de Juda commencèrent à cou-, prendre les paroles des guides divins, dont les nobles efforts n'avaient rencontré qu'obstination et mépris.

Dans l'exil Juda comprit sa destinée et apprit à connaître son Dieu , (]ui l'instruisait par un châtiment sévère et le préparait de nouveau à la mission qu'il devait accomplir.

Coup d'œil sur les destinées de Fan cien pays d'Israël pendant cette dernière période.

Il nous reste à examiner ce qu'était devenu , depuis l'invasion des Assyriens sous Thiglath-Piléser et Salnianassar, cette partie de la Palestine qui avait formé le royaume d'Israël, et dont les habitants, en grande partie, furent emmenés en captivité. Le pays de Giléad , ou la Pérée , fut envahi par les Ammonites et les IMoabites', et les faibles restes des habitants Israélites souffrirent de grands maux.

(Séphan., 2, 8-10.) La Galilée renfermait encore un grand nombre de Cananéens, notamment dans les villes de la côte oii nous les retrouvons encore après l'exil de Babylone ( Ezra, 9,1.) Le pays de Samarie, qui avait été privé par Salmanassar de la plus

' Voy. le livre apocryphe Ezra III, cb 4, V. 50; comparez I Maccab. 5. 65.

» Voy. ci-dessus, pages 95 et 96.

I/UMVERS.

grande partie do ses habitants, fut re()ou|)le |)liis tard de colons , venus de différentes provinees soumises à l'Assyrie, telles que Babylone, Coutlia, Avva, SépliarvaïnT et llamatli. Mais dans tout le nord de la Palestine en deçà du Jourdain il restait sans doute un assez grand nombre d'Israélites , surtout de la classe inférieure. On a vu (page 331) que des hommes pieux de plusieurs tribus d'Israël , dont le pays avait été conquis par Thiglath- Piléser, se rendirent à Jérusalem, sur l'invitation d'Ezéchias , pour y célébrer la Pàque. Bien plus tard, sous le règne de Josias, on recueillit , dans les paysde Manassé, d'Éphraïm et de tout le reste d'Israël , des dons pour les réparations du Temple de Jérusalem (II Chron. 34, 9) ; les réformes de Josias s'étendirent jusqu'au pays de ?Japhthali(ib., v. 0), et des Israélites vinrent , comme du temps d'Ezéchias, célébrer la Paque à Jérusalem (ib., 35, 18); ce qui prouve que la Palestine n'avait pas été dépouillée de tous ses habitants Israélites.

Pendant toute cette période la Palestine septentrionale fut presque toujours agitée par le bruit des armes et par les marches des troupes qui la traversaient en tout sens. Klle changea souvent de maître, mais il n'est pas probable qu'un gouvernement régulier quelconque ait pu s'y établir. Les différentes populations, reconnaissant la souveraineté des conquérants, se gouvernaient probablement chacune selon ses anciennes lois, sauf à payer rim[)ôt au souverain étranger. Jusqu'à la quatorzième année d'Ezéchias le pays fut presque toujours occupé par les troupes assyriennes que Salmannssar, Sargon et Sennachérib expédièient successivement contre la Phénicie, l'Egypte et la Judée. Après la retraite de l'armée de Sennachérib, le pays

' Coutha, /vvaet Sppliarvnïm, sont probablement Oifférents aisliicls de la Mésopotamie. Les géograpli?s arabes connaissent un endroit appelé Coutlia, dans l'Ir.ii<; silon les livres des Sabéeus, ce fut à Coutha que demeura Abraham, avant d'aller en Canaan. \'oy. Maimonide, More ISebouchim, III. 29.

d'Israël ne cessa pas d'être considéré comme une province assyrienne; Esar- Haddon envoya encore des colons dans la province de Samarie (Kzra, 4,2), et le pays était probablement gouverné par un satrape assyrien. Cet état des choses dura sans doute pendant tout le règne de iManassé , roi de Juda. Quoique nous ayons cru devoir mettre en doute la captivité de ce roi , l'existence d'une garnison assyrienne dans le pays d'Israël, indiquée dans le récit fabuleux du deuxième livre des Chroniques (33, 1 1), n'a rien que de très-probable. La domination assyrienne affaiblie de plus en plus , dep'uis le règne d'Ésar-Haddon, dut cesser en Palestine lors de l'invasion des Scythes(page 342), qui, ayant vaincu les iMèdes et se tournant contre l'Egypte, durent traverser les plaines du pays d'Israël. Il paraîtrait qu'apirès la disparition de ces hordes , qui n'avaient pour but que le pillage, Josias , roi de Juda, put s'emparer momentanément du pays de Samarie et d'une partie de la Galilée où nous le voyons agir en maître (page 341). Après sa défaite et sa mort dans le combat de IMégiddo , Néchao , roi d'Egypte, resta , pendant quelque temps , maître de la Palestine, jusqu'à ce que, vaincu par les Chaldéens près de Circésium, il fut refoulé au delà de ses limites. Dès lors l'ancien pays d'Israël ne cessa d'être envahi par les armées chaldéennes, marchant contre la Judée et l'Egypte, et devint bientôt de fait une province del'empire babylonien ; mais il conserva ses habitants, qui, formant une population mêlée , sans naticnalité, et composée en grande partie de colons assyriens, ne donnaient au gouvernement chaldéen aucun sujet d'inquiétude.

La Phénicie et ses grandes villes commerçantes ne pouvaient manquer d'exercer une heureuse influence sur les contrées voisines de la Galilée et y faire prospérer l'industrie et le commerce; le pays de Samarie lui-même, qui avait souffert davantage par les ravages des troupes assyriennes, et par la di'porlatiou du plus grand nombre

• PALESTLNE.

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-de ses habitants, dut reprendre un certain degré de prospérité, grâces à sou sol fertile et à sa position iiéograplii'|ueentre la Judée encore florissante et la Phéaicie. Nous savçns positivement par le prophète Ézéchiel(27, 17) que non-seulement la Judée, mais aussi l'ancien pays d'Israël, fournissait les marchés de Ivr de blés et de plusieurs autres denrées.

Quant à l'état religieux du pays , nous pouvons en juger par le mélange des dii'férentes races qui y demeuraient. Les restes des anciens Cananéens adoraient les divinités phéniciennes, dont le culte n'avait jamaiscessé d'exister dans le pays d'Israël et avait même trouvé beaucoup de partisans parmi les Hébreux. Une partie des habitants Israélites qui restaient dans le pays, surtout dans le nord , était probablement dévouée, comme par le passé, à ce même culte phénicien ; une autre partie suivait probablement le cuite sémi-païen des veaux d'or établi par Jéroboam (II Rois, 23, 15-20); un certain nombre enfin, ayant suivi l'appel 'd'ÉzéchiasetdeJosias,adoptalepurmosaïsme et le culte de Jéhova et apportait ses offrandes à Jérusalem , comme on l'a vu par ce qui précède. Les mesures énergiques de Josias durent contribuer à augmenter considérablement ce dernier parti, auquel appartenaient aussi les malheureux pèlerins égorgés par Ismaël après l'assassinat de Guédalia. Les colons assyriens dans le pays de Samarie restèrent d'abord attachés aux différents cultes de leurs patries respectives. On ne saurait rien dire de positif au sujet de leurs divinités, qui sont Domméesdans la Bible (ib.jCh. t7,v. 30 et 3 1), si ce n'est qu'elles représentaient sans doute différentes planètes; les colons de Sépharvaïm célébraient un culte semblable à celui de Moloch. Établis dans un pays qui , pendant quelque temps, était resté presque désert, ces colons eurent, dit-on (ib., v. 25), beaucoup à souffrir des lions, et attribuant cette calamité au dieu du pays, ils demandèrent au roi d'Assyrie" de leur envoyer un des prêtres de Samarie ,

qui avaient été emmenés en exil , afin qu'il pût leur enseigner la manière d'adorer le dieu local. On peut conclure de cette demanded'un prêtre de Samarie qu'il s'agissait, pour les colons, d'adopter le culte schismatique établi paF Jéroboam , c'est-à-dire l'adoration de Jéhova sous une image visible. Kn effet le prêtre envoyé par le roi d'Assyrie s'étabKi. à Béthèl, où existait encore le temple de Jéroboam, appelé la maison des hauts lieux. (Ib., v. 29.) Instruits dans le culte de Jéroboam , les Couthécns et les autres colons créèrent parmi eux des prêtres , qui devaient offrir leurs sacrifices dans le temple de Béthel ; mais à côté de Jéhova ils continuèrent à adorer les dieux de leui* patrie , et sur l'autel même de Béthel nous trouvons du temps de Josias, la statue d'.^schéra ou Astarté. (Ib., 23, 15.) La sévérité que déploya Josias contre les cultes idolâtres, et notamment contre le temple de Béthel , dut faire pré\aloir, pendant un certain temps, le culte pur de Jéhova. A cette époque les colons assyriens ont pu entièrementsecoufondrè avec les restes des Israélites de Samarie et recevoir de Jérusalem le licî'e de la loi ou le Pentateuque'. Mais encore plus tard on les accusait de mêler l'idoLàtrie au culte de Jéhova (ib., 23 , 40), et on verra qu'après l'exil leur prétention de passer pour de vrais Israélites et de prendre part au rétablisement du temple de Jérusalem fut repoussée par Zéroubabel.On montrait pour eux plus d'éloignement que pour les Israélites de Galilée que nous verrons plus tard faire partie de la nouvelle communauté juive de Jérusalem, quoique, sans doute, ils fussent en partie les descendants des Israélites dts dix tribus. Les Couthéens (c'est sous ce nom que les Juifs désignaient généralement les colons assyriens) avec lesquels s'étaientconfondues plusieurs familles Israélites du pays de Samarie , formeront une secte particulière , hostile aux Juifs , et connues sou-s le nom de Samaritains.

' Voy. ci-dessus, page 188, eo!. l, note.

L'UNIVERS

QUATRIÈME LIVIIE.

ANTIQUITES HÉBIlAïQUES ou

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