I. — A une époque qu'il nous est impossible de déterminer
une famille de peuples ^migra d'un pays situé sur le cours supérieur du Tigre et mena une vie nomade dans la Mésopotamie septentrionale. Là, un rameau s'en détacha pour se diriger constamment vers le S.O., et d'abord vers Harrân. Enfln, d'après la tiadition biblique Abkaham conduisit sa famille dans la terre de Canaan, et c'est à peu près à cette époque que le nom d'H^BREux fut donné à cette tribu et qu'eut lieu l'expédition de Kédorlabomer, roi des Elamites, et de ses alliés (Gen. xiy). Il n'existait alors que peu de villes en Palestine, aussi la tradition ne mentionne-t-elle qu'un petit nombre de lieux, Sichem, Hébron et Salem. Nous devons nous représenter les mœurs et coutumes des Hébreux d'alors, comme analogues à celles des Bédouins d'aujourd'hui, c'est-à-dire voir en eux un peuple de pasteurs nomades. Leurs propres traditions nous apprennent qu'ils se sentaient membres de la famille des peuples divers compris aujourd'hui sous la dénomination de Sémites. La question des rapports d'origine et de langage entre cette race d'une part, et celle des Ghamites (surtout des Égyptiens) et des peuples japhétites d'autre part, a été jusqu'ici fort controversée, sans être résolue par la science. Les Hébreux parvinrent de bonne heure à une idée plus pure de Dieu. Leurs vues religieuses spéciales s'unissaient étroitement chez eux avec un sentiment national qui les portait à se regarder comme supérieurs aux peuples voisins et de même famille, les Iduméens au S., les Moabites au S.E. et les Ammonites à l'E. Tout en reconnaissant à une partie de la race congénère des Arabes une priorité d'origine , ils da considéraient comme un rejeton illégitime, de condition inféri*»lfe,*car Ismaël, père des Arabes du N., était pour eux le fils de l'esclave d'Abraham. C'est au droit de propriété que les patriarches avaient sur la terre de Canaan, et particulièrement à l'acquisition qu'ils firent de bonne • heure de la caverne de Makhpéla (Gen. xxiii), que les Hébreux, d'après le récit de la bible, rattachèrent les prétentions qu'ils élevèrent plus tard sur la Terre promise. Mais dans l'intervalle, ce petit peuple fut forcé par la famine de quitter le S. de la Palestine pour s'établir sur la terre de Gossen, dans l'Egypte septentrionale. Des émigrations de ce genre ont encore lieu de nos jours chez les tribus nomades de ce pays. Pendant leur séjour de 400 ans en Egypte, les Israélites devinrent un grand peuple, et par suite de l'oppression qu'ils eurent à subir avec le temps de la part des Pharaons, ils finirent par se retirer de l'Egypte sous la conduite de Moïse.
II. — Avec la sortie d'Egypte commence une deuxième période plus claire de l'histoire d'Israël. L'essor dont ce peuple est surtout redevable à l'énergique direction de son conducteur Moïse , suffit pour faire sortir les Israélites de la condition dans laquelle ils avaient vécu jusque là et pour fonder un véritable État. Mais cet État repose sur ce qu'on appelle théocratie ou gouvernement de Dieu. C'est par là que ce peuple se sépare de tous les autres ; Is ont conscience d'un Dieu spécial Jahvé (Jehovah) qu'ils considô-
rent de plus en plus comme le seul Dieu et comme le seigneur de tous ceux qui ont une croyance diffiîrente de la leur. Dès lors , le principe de la théocratie, auquel ils furent encore souvent infidèles en retombant dans l'idolâtrie, inspira tous leurs plus nobles efforts.
Après la mort de Moïse , JosuÉ conduisit les H^reux dans la terre -de Canaan, qui tftait alors partag<?e en une foule de petits États (v. p. 60). Repoussés par les Cananéens jusqu'à Khorma à l'extrémité méridionale du pays, les Israélites, du vivant même de Moïse, avaient pendant toute une génération mené la vie des nomades dans les contrées situées à l'E. du Jourdain. Là, ils vainquirent les Amorites et s'emparèrent des terres de Galaad et de Basan, la Belkâ actuelle jusqu'au Haourân. Les tribus de Ruben (au S.} et de Gad (au N.), ainsi que la moitié de celle de Manassé, restèrent dans le pays conquis, et à vrai dire, contre l'intention primitive des chefs de l'armée, car la terre de Canaan, dont les Israélites devaient s'emparer, n'était que la contrée à l'O. du Jourdain. Toutefois ces tribus durent coopérer à la conquête et traverser le Jourdain avec les autres. La prise de Jéricho fut le premier acte mémorable de leur invasion de cette partie du pays. Us firent ensuite la guerre aux Cananéens du S., qu'ils anéantirent en partie, puis ils battirent, près du lac Mérom les chefs des Cananéens du N., entre autres, les Khasoréniens. Mais, tout comme les petits États cananéens manquaient d'unité, de même les Hébreux après la mort de Josué furent privés d'une direction unique , et le partage du pays conquis offrit tant de difficultés, qu'on laissa à chaque tribu le soin de prendre possession du territoire qui lui était assigné. Bien que les Cananéens eussent été traités avec rigueur, il en resta cependant beaucoup parmi les Israélites , soit à leur service, soit mêlés avec eux. Le S. du pays échut à la tribu de Juda, l'adversaire le plus ardent des Cananéens, et autour d'elle s'établirent celle de Siméon au S., et celle de Benjamin au N. (v. la division p. 61). La tribu de Lévi, consacrée au sacerdoce, eut pour sa part, d'après les récits historiques , des villes dispersées dans tout le pays de Canaan, et de plus, on assigna aux homicides six villes de refuge dans les montagnes, trois en deçà et trois au delà du Jourdain. Le pays occupé par les Israélites s'étendait donc alors de Dan, au N., au pied de l'Hermon, jusqu'à Béerséba, au S., du côté du désert.
III. — Une troisième période, qui n'est pas la plus heureuse de l'histoire des Hébreux, est celle des Juges. Après la sortie d'Egypte et l'essor Intellectuel et religieux qui s'en suivit, les Israélites ne purent se soustraire à l'influence des peuplades qu'ils avaient soumises , et la plupart retombèrent continuellement dans l'idolâtrie, Baal, dieu du soleil, et Astarté, déesse de la lune, dont le culte était immoral, étaient universellement adorés en Syrie, et l'on y offrait des enfants en sacrifice à Moloch. Le culte que les Hébreux pratiquaient déjà précédemment sur les hauts - lieux fut mis par
les historiens subséquents sur le même pied que le culte des faux dieux. L'union des diverses tribus Israélites devint toujours moins intime, bien qu'elles eussent encore à Silo un seul sanctuaire national ; il y eut même des querelles entre elles, par exemple la i
lutte sanglante contre Benjamin. La conséquence naturelle de cet état de choses fut que le peuple d'Israël se vit souvent attaqué et i
opprimé par ses voisins. D'après des documents égyptiens, la Syrie j
était alors plus ou moins sous la domination des Pharaons ; mais ceux-ci laissaient beaucoup de liberté aux différents pays et à leurs princes. L'époque qui nous occupe fut un temps de violence et de querelles incessantes, où régnait le droit du plus fort. Parfois les Israélites ou du moins quelques-unes de leurs tribus s'enhardissaient et parvenaient , sous la direction d'un chef (Juge), à se soustraire pour un temps au joug étranger : c'est ainsi qu'ils furent délivrés par Othniel, au bout de huit ans, de la domination d'un roi de Mésopotamie. Puis ils tombèrent pendant dix-huit ans sous celle des Moabites, jusqu'à ce qu'Ëhud eut tué leur roi et repoussé ces oppresseurs au delà du Jourdain. Jabin, roi de Khasor au N. de la Palestine, tint certaines tribus dlsrael asservies pendant vingt ans ; leur soulèvement sous la conduite de la prophétesse Déborah, leur juge, et de Barac, de la tribu de Nephtali, amena cette fois leur délivrance. A l'E., ils eurent à souffrir d'invasions de la part des Madianites. Les Israélites durent souvent à cette époque se réfugier dans des cavernes et dans les gorges des montagnes ; mais on voit toujours réapparaître de temps à autre un homme énergique tel que Gédéon, etc.
Les Hébreux eurent à subir de nouvelles tribulations de la part des Ammonites et des Philistins. Les premiers furent vaincus par Jephté (Juges, xi) ; les secohds, renforcés sans doute par de nouveaux venus (v. p. 330), commencèrent alors à devenir fort remuants et à se rendre bientôt redoutables aux tribus méridionales.
Néanmoins les attaques des Philistins tournèrent à l'avantage du peuple Israélite, en le forçant à se constituer en un État bien uni, mais ce ne fut qu'après maintes défaites. C'est à l'époque de ces luttes qu'appartiennent les exploits de Samson. La domination des Philistins dura, surtout au S., jusque sous le gouvernement d'Héli, le dernier des juges proprement dits , et les flls mêmes d'Héli furent tués en les combattant. Ces calamités sont toujours présentées par la tradition comme la conséquence de rinfldélité du peuple au culte du vrai Dieu. Le juge Samuel fut le premier qui réussit à le réunir, à l'entraîner à la guerre contre les Philistins et à fortifier les anciennes institutions théocratiques, surtout en fondant des écoles de prophètes. Bientôt après , il dut céder au vœu du peuple et lui donner un chef politique et militaire.
IV. — Le couronnement de Saûl marque le commencement de la quatrième période de l'histoire des Hébreux, l'époque brillante lu RoYAVMB indivisé, l'époque de la création d'un État israéllte|
de 1048 à 958 ày. J.-O. La transformation nô se fit pas toutefois sans luttes intestines. Quoique Saûi combattît avec beaucoup de bravoure les Ammonites et les Philistins , ses relations avec Samuel se tendirent bientôt au point que celui-ci résolut de le rejeter et de sacrer un autre roi.
Dayid entre alors en scène. Comme chef militaire, il excita la jalousie de Saûl et se vit forcé de s^eufuir dans les montagnes, où il réunit autour de lui une troupe de fugitifs. A la tête de ces hommes, il parcourut le pays de Juda et attendit jusqu'à ce que Saûl fut battu et tué par les Philistins au mont Gilboa (vers lOÔÔ). Toutefois iL ne fut pas dès ce moment roi de tout le pays, mais seulement prince de Juda et probablement sous la dépendance des Philistins, dont presque toute la Palestine était alors tributaire. La partie N., qui fut plus tard le royaume dlsrael, était gouvernée par Isboseth, fils de Saûl, soutenu par son vaillant général Abner, qui lui avait reconquis le royaume depuis Makhanaîm. Ce n'est qu'après une longue lutte, lorsque Abner et Isboseth eurent été assassinés, que David put étendre sa domination sur toutes les tribus d'Israël (vers 1036).
Grâce à l'énergie de David , le pays gagna considérablement en puissance à l'intérieur et à l'extérieur. Le sol de la Palestine dut d'abord être pour ainsi dire reconquis et débarrassé des étrangers. La ville de Jébus fut prise aux Jébusites ; David fonda une forteresse sur le mont Sion , centre de Jérusalem , la future capitale ; puis le pays fut délivré des Philistins par la bataille de la vallée de -Réphaïm, et les Cananéens qui s'y trouvaient encore furent soumis à des corvées. Ensuite il humilia les anciens ennemis des Hébreux, les Moabites et les Iduméens \ battit les Syriens, qui étaient venus au secours des Ammonites , fit assiéger et prit enfin Rabba, capitale de ces derniers. David n'étendit pas seulement sa domination jusqu'à Damas, mais le prince syrien de Hamath (Epiphanie) devint son tributaire. Il mit des garnisons dans les pays soumis, et le royaume atteignit sous lui sa plus grande étendue , jusqu'à «l'entrée de Hamath», au N., et à Tlsphsakh sur l'Euphrate, au N.E. Ces points éloignés étaient encore regardés plus tard comme les frontières idéales du royaume d'Israël (Ezéch. xltii, 1Ô-20; Nom. xxxiv). Mais bientôt David fut menacé par des dangers intérieurs. Son fils Absalon ourdit une conspiration contre lui, de sorte qu'il dut se réfugier pour un temps au delà du Jourdain. Il réussit grâce surtout à Joab son général, à rentrer en vainqueur dans Jérusalem ; mais une nouvelle révolte éclata , car alors déjà, les parties septentrionales du royaume se liguaient contre celles du S., où le roi avait sa résidence.
Malgré tant de luttes, c'est néanmoins à cette époque que la vie intellectuelle prit dans le pays son plus grand essor. Peu à peu la cour fut organisée comme chez les autres nations avec lesquelles on était en rapport. On se mit en outre à construire dei^ édifices plu9 somptueux. David organisa de plus un recensement du peuple
et se «r^a une armée permanente avec des gardes dn corps. Nous devons naturellement supposer que le culte de J^ovah fut considérablement affermi par un roi qui contribua beaucoup au développement de la poésie lyrique religieuse. C'est surtout à cette époque d'unité et de grandeur du royaume, que se rattache le plus baut point de développement de Tandenne littérature hébraïque.
Le gouvernement de Salomon (998-958) fut encore plus favorable au progrès intérieur. Tandis que David s'était contenté de faire transporter Tarche d'alliance dans le voisinage de sa citadelle, Salomon bâtit un temple splendide et de magnifiques palais ; Jérusalem fut fortifiée. Les relations avec les peuples voisins, surtout avec les Égyptiens, devinrent encore plus actives , et le commerce prit un essor extraordinaire. Mais il en résulta aussi que sous Salomon le culte national faiblit de nouveau, bien que, d'un autre côté, l'autorité des prêtres se fût accrue et que les cérémonies religieuses eussent acquis plus de solennité. Salomon a été regardé, du moins par les Orientaux des temps subséquents, comme un souverain d'une sagesse modèle. Mais dès cette époque, après^ une courte période d'éclat , commença la décadence. Damas s'affranchit, ridumée se révolta et la discorde éclata à l'intérieur. Après la mort de Salomon, le royaume se divisa à son grand dommage ; alors commença une cinquième époque qui s'étend jusqu'à la conquête du pays par une puissance étrangère (958-587).
V. — Le royaume du N. ou d'Israël, formé par Jéroboam leif, eut d'abord pour capitale Sichem, puis Thirza et, à dater du règne d'Omri, Samarîe. La jalousie et la discorde qui régnaient entre les deux États ainsi que do fréquents désordres intérieurs , facilitèrent la victoire aux puissances étrangères. Les princes de Damas firent des campagnes heureuses contre le royaume du N. , et ce ne fut que sous Jéroboam II (803 et suiv.) qu'Israël reconquit sa souverai-* neté sur les États syriens voisins. C'est de cette période que provient le plus ancien monument qui nous reste en caractères sémitiques, la colonne de Mésa, roi des Moabites. Tandis que le culte des divinités étrangères était propagé avec ardeur sous la domi' nation de plusieurs princes des deux royaumes, et grâce, par exemple , à l'influence de la princesse syrienne Jézabel en Israël , et de sa fille Âthalie dans le royaume de Juda, la théocratie se relevait d'autre part , sous l'action d'un prophétisme de plus en plus énergique. Élie et Elisée entre autres , furent au N. du royaume les adversaires décidés des prêtres de Baal. Les prophéties ont pour objet, ou des menaces de châtiment, ou des promesses d'un avenir Idéal; elles insistent avant tout sur la régénération morale du peuple et sur une politique qui y corresponde surtout quant aux rapports avec l'étranger. Mais précisément à l'époque où le royaume de Juda avait repris un certain éclat (milieu du yni* s.), lea Assyriens avalent pénétré bien avant dans le N. et Achaz, successeur de Jotham, ne put se défendre qu'avec leur secours
contre Israël et la Syrie. Ce roi et son suocesseur Ëz^chias payèrent tribut aux Assyriens. Le royaume d'Israël fut détruit en 721, le peuple emmené vers TE. et le pays peuplé de colons, comme nous rapprennent aussi les monuments contemporains de TAssyrle. Vers ce temps vivait dans le royaume de Juda encore indépendant, Ésaïe, le plus grand de tous les prophètes. H chercha à relever la confiance du peuple et à lui faire entrevoir , après le châtiment inévitable un avenir idéal et plein d'éclat. Néanmoins Ezéchias fit alliance avec les Égyptiens et les Éthiopiens , ce qui fit que Sennachérib, roi d'Assyrie, tourna ses armes contre les deux pays; mais la prise de Jérusalem fut vraisemblablement empêchée par rinvasion d'une grande peste. Juda fttt dès lors le jouet de l'Assyrie et de l'Egypte ; l'idol&trie même y reparut jusqu'à ce que le culte du vrai Dieu y fut rétabli dans toute sa pureté sous Josias en 622. C'est durant le règne de ce prince que Jéiémie commença à exercer son activité de prophète. Le royaume de Juda fut enfla presque détruit en 599, et Nébucadnétsar emmena à Babylone le roi Jojakin, avec 10,000 de ses principaux sujets, parmi lesquels était le prophète Ezéchiel. Un soulèvement du dernier roi, Sédéoias, se termina par la destruction de Jérusalem , en 587 , et par une seconde captivité. Beaucoup de Juifs, entre autres Jérémie, émigrèrent bientôt après en Egypte. Telle fut la fin de l'ancienne monarchie juive, qui se trouva ainsi complètement anéantie, et alors commença une nouvelle période historique, qui vit aussi renaître la littérature hébraïque.
YI. — Pendant la captivité, outre Ezéchiel et Jérémie, un prophète sublime dont nous ignorons le nom, l'auteur des chapitres 40 à 66 d'Ésaïe , se leva pour consoler le peuple de ses maux et l'exciter, au terme de l'exil , à un nouvel établissement. En 538, en effet, Cyrus, roi des Perses, ayant pris Babylone , permit aux Juifs de retourner dans leur patrie. Il n'y eut guère cependant que ceux du royaume du Sud qui profitèrent de la permission , de sorte que l'État juif fut essentiellement formé de cette partie du pays. La construction du second temple, à laquelle les Samaritains et d'autres peuples voisins s'opposèrent longtemps, fut achevée en 516, grâce surtout au zèle des prophètes Aggée et Zacharie ; mais ce n'était plus le splendide monument de Salomon. En même temps, les restes de la vieille tradition furent sauvés et recueillis par Esdras ; ce fut par lui et Néhémie que le culte reçut des formes fixes et nouvelles. Les Samaritains, de leur côté , se bâtirent plus tard un sanctuaire particulier sur le mont Garizim.
La période ppu connue qui s'étend jusqu'en 332, vit se constituer la DOMINATION Macédonibnnb, puis après la mort d'Alexandre, la Palestine fut le théâtre des guerres entre ses successeurs , les Diadoques. Il se fonda ensuite à l'intérieur des colonies militaires et des villes grecques. Vers le même temps, l'araméen commença à l'emporter sur l'hébreu ; mais la connaissance de cette dernière
langue se oonserya encore longtemps parmi les docteurs de la loi. La langue grecque se répandit aussi en Judée, surtout par suite de rinfluence des écoles juives d'Egypte , et les livres saints furent peu à peu traduits en grec dans ce dernier pays. Il se forma parmi les Juifs un parti favorable à Thellénisme, qui finit par arriver au pouvoir, grâce au grand -prêtre Jason. Il s*en suivit une lutte acharnée, et le roi Antiochus Epiphane réprima les Juifs avec une extrême rigueur. C'était surtout la profanation du temple qui les avait réduits au désespoir et leur avait fait prendre les armes. A leur tête , se trouvait le prêtre héroïque Matathias ; mais ce fut seulement son fils, Judas Maccahée, qui parvint, non sans peine, à défaire les Syriens et à rétablir le culte de Dieu. Sous le gouvernement des Maccabées (seconde moitié du ne s.) et d'Alexandre Jannée, s'ouvrit pour les Juifs une ère relativement heureuse d'Indépendance nationale et, sous Jean Hyrcan, la Judée s'étendit même considérablement par des conquêtes. Un grand prêtre , Investi de pouvoirs politiques, était à la tête de cet Etat théocratique. L'autonomie ue cessa qu'en l'an 63, par l'intervention des Romains dans les querelles des Asmonéeiis ; Pompée s'empara de Jérusalem.
VII. — L'Asmonéen Hyrcan II gouverna à partir de cette époque sous la dépendance de Rome. Ses pouvoirs furent restreints et on lui adjoignit l'Iduméen Antipater, puis les fils de ce dernier, Phasaël et Hérode. L'an 40 la Syrie et la Palestine furent ravagées par les Parthes. Hérode sut, à la faveur des désordres de ce temps, se faire nommer par les Romains roi de Judée ; mais il ne parvint définitivement au pouvoir que l'an 37 , après avoir pris Jérusalem. Il se lia étroitement avec eux et fit élever de magnifiques constructions dans le style romain ; il rebâtit aussi le temple. Mais les Juifs fidèles à la loi , surtout le parti des Pharisiens, ressentirent d'autant plus le poids de la domination temporelle et l'immixtion de rétranger dans les affaires de la nation.
Hérode le Grand mourut Van 4 avant le commencement de Père chrétienne; 11 régnait encore lorsqu'eut lieu la naissancede Jiésus- Ghrist. Le royaume fut partagé entre les fils d'Hérode : Philippe eut la contrée appelée aujourd'hui le Haourân , Hérode- Antipas , la Galilée et la Pérée, Archélaus la Samarie, la Judée et Tldumée. li'an 6après J.-C, le territoire de ce dernier fut réuni & la province romaine de Syrie, mais fut gouverné par des procurateurs particuliers. A dater de ce moment, le parti national juif n'en fut que plus hostile à la domination étrangère. Comptant sur les prophéties qui leur annonçaient un État idéal, le retour à leur ancienne indépendance , ils espéraient que le Messie jouerait un rôle politique, tandis que Jésus se proposait de fonder sur la terre le royaume de Dieu. Pilate , le gouverneur romain , dut céder lui-même devant l'irritation de la foule et se prêter à l'exécution du jugement qu'elle ■>vait prononcé contre Jésus. Le pouvoir des princes du pays, comme lui d' Agrippa I^^^, qui réunit pour la dernière fois sous son sceptre
le royaume entier d'H^rode , et celui d' Agrippa II , qui , du territoire juif proprement dit, ne posséda que quelques yllles en Galilée, n'était qu'un pouvoir nominal en face de la domination romaine. Enfin Tadministration de Gessius Florus fit éclater une insurrection nationale qui prit des proportions extraordinaires; Jérusalem elle même, déchirée par les factions, fut finalement prise par Titus l'an 70; le temple fut brûlé et beaucoup de Juifs massacrés. Bien qu'une partie du peuple fût dispersée, celle qui resta dans le pays, tout impuissante qu'elle était , se souleva encore contre ses oppresseurs. Simon Bar Cokhba , reconnu comme Messie par le célèbre rabbin Ben Akiba , fit pendant quelques années la guerre aux Romains, qui étouffèrent le soulèvement au bout de trois ans et demi (132-135), et firent alors disparaître les derniers restes de l'État juif. Jérusalem devint une colonie romaine et l'entrée en fut interdite aux Juifs. — Néanmoins la littérature hébraïque s'est perpétuée jusqu'à cette époque là et même plus tard encore. La science scolastique qui , rattachée à la loi écrite avait été transmise oralement, florissait encore alors et fut fixée par écrit; c'est ainsi que se forma le Talmud^ du m^ au yi^ siècle après Jésus-Christ, D'un autre côté la littérature chrétienne naissante se rattacha aussi à la littérature hébraïque. Les gentils convertis étaient en majorité dans le N. de la Syrie ; en Palestine , c'étaient les Juifs convertis. Au II® siècle se formèrent en Orient les systèmes gnostiques qui se propagèrent beaucoup aussi en Syrie.
La ville la plus importante à partir de la période grecque, ce fut Antioche , fondée par Séleucus Nicator en l'honneur de son père. A côté d'elle florissait Damas, siège principal du commerce des caravanes. Dans toute la Syrie on parlait l'araméen , dialecte qui se rapprochait de l'hébreu, quoique la langue et la civilisation grecques s'y répandissent toujours davantage. Sous l'influence grecque et plus tard sous l'influence romaine , il s'éleva partout des monuments splendides, même dans les contrées les plus écartées. Palmyre surtout parvint à un haut degré de prospérité au commencement de notre ère. Cette ville fut quelque temps la capitale d'un état indépendant et prospère, et ses édifices, de la dernière période de l'empire romain, témoignent encore de son ancienne magnificence. Néanmoins, malgré les progrès que l'influence romaine fit en Syrie, et bien que beaucoup de colonies et de villes romaines y fussent fondées, les noms nouveaux disparurent en grande partie dès le commencement de la domination arabe, etl'on en revint aux anciens noms sémitiques : preuve que la civilisation de l'Occident n'avait pas encore pris des racines profondes dans le pays.
VIII. — Toute la Syrie chrétienne , alors si cultivée , fut arrachée en 611 à l'empire romain d'Orient par Khosroës , roi des Perses ; et bientôt après, les empereurs byzantins trouvèrent encore de plus grands ennemis dans les Arabes. Des tribus arabes avaient, depuis un temps immémorial, erré dans le grand déser*
72 mSTOlEE.
de Syrie jusqu'en Mésopotamie. Un grand mouyement avait eu lieu en Arabie dans les premiers siècles de notre ère parmi les différentes tribus, signe précurseur d'une grande expansion prochaine. Des guerres avaient refoulé vers le N , où elles cherchaient une nouvelle patrie, les tribus arabes du S. (Yémen). Ces méridionaux, les Yoctanides ou KahtanideSj se fixèrent alors en Syrie, surtout dans le Haourân. Ils eurent pour adversaires les tribus nomades proprement dites du N. , les Ismaélites. L'opposition entre les unes et les autres s'est perpétuée presque jusqu'à nos jours dans les que^ relies sanglantes des Kaïsites et des Yéménites. Durant les derniers siècles qui avaient précédé l'avènement de l'islamisme , les Arabes s'étaient immiscés partout dans la politique de l'empire d'Orient , sur les bords de l'Euphrate aussi bien qu'en Syrie , surtout dans le Haourân ; mais ils ne devinrent dangereux pour les faibles empereurs de Constantinople, que lorsqu'ils agirent de concert. L'homme qui réalisa l'union entre les tribus dispersées des Arabes et dont la doctrine les poussa à ces expéditions lointains si fécondes en résultats, cet homme fut Mahomet (v. p. 94). Sans doute, pour la plupart des Arabes, l'espoir d'un riche butin était aussi entraînant que l'enthousiasme religieux. Dès le commencement du règne du deuxième khalife, 'Omar, dont l'énergie politique ne contribua pas moins à consolider l'État arabe que les «révélations» du Prophète, la Syrie fut ouverte aux conquérants par la bataille sanglante du Hiéromax (Yarmoûc), en 634, et Damas fut prise bientôt après (comm. de 634) par les généraux Khalid et Abou 'Oubeida. En peu de temps, les empereurs grecs perdirent toute la Syrie jusqu'à Alep ; 'Omar lui-même assista à la capitulation de Jérusalem , qui est aussi une ville sainte pour les musulmans. Oésarée résista plus longtemps; mais lorsque les armées victorieuses des Arabes des bords de l'Euphrate eurent pris Nisibis et tendu la main à ceux de la Syrie antérieure , c'en fut fait de la domination des empereurs byzantins dans toute la Syrie. Les chrétiens eurent la vie sauve au prix d'une capitation annuelle , mais un grand nombre de leurs églises furent transformées en mosquées. Des colonies militaires arabes furent établies en bien des lieux. L'époque la plus brillante pour la Syrie fut celle qui suivit l'assassinat du quatrième khalife , 'Ali, gendre du Prophète. Il s'était formé dans l'Arabie une réaction purement politique de l'aristocratie de la Mecque contre les nouveaux parvenus ; car ce ne fut qu'après les succès incroyables des armes musulmanes que les compatriotes de Mahomet comprirent toute la portée de la nouvelle religion. Beaucoup de croyants restèrent toutefois fidèles à 'Ali, comme au représentant légitime du Prophète et récusèrent même les trois premiers khalifes: c'est ainsi que se forma la grande secte des Chiites (p. 105), qui existe toujours en Perse. La haine nationale s'en mêla aussi, et il s'en suivit des luttes sanglantes. 'Ali fut cenendant vaincu et le siège du khalifat fut transféré par Mou'âouiya
de Médine à Damas , parce que c'était en Syrie que stationnaient les troupes dévouées aux Ommiades. Mou'âouiya parvint à assurer l'héritage du khalifat à ses descendants, les Ommiades, parmi lesquels il y eut nombre de souverdns très habiles et très actifs. Du temps même de Mou'âouiya, les généraux musulmans péne'trèrent jusqu'aux Indes et dans l'Asie centrale, jusqu^à l'océan Atlantique et aux environs de .Oonstantinople. Mais la simplicité primitive avait disparu ; il y eut une grande monarcMe despotique avec une cour de plus en plus brillante. L'amour du luxe commença depuis lors à se révéler dans des constructions d'art. Cette époque est en même temps celle de l'âge d'or de la littérature arabe. L'observation rigoureuse des préceptes de Mahomet avait déjà, U est vrai, dégénéré en pratique extérieure chez les Ommiades euxmêmes, car pour eux la religion fut subordonnée à la politique.
Une réaction ne manqua pas d'avoir lieu ; le pays où elle se manifesta d'abord fut la Perse. Des questions religieuses fournirent un prétexte à des intrigues contre les Ommiades ; la nouvelle dynastie des 'Abbasaides, également originaire de la Mecque, usa de tous les moyens pour arriver à dominer et atteignit son but en 750 par un affreux massacre de la dynastie précédente. Le centre de l'empire se trouva alors transporté dans 1q bassin de l'Ëuphrate et du Tigre. La Syrie redevint pour des siècles, comme sous quelquesuns des Ommiades, le théâtre des luttes les plus acharnées ; à côté des rivalités de certains souverains , il y eut celles des sectes , qui se déclarèrent catégoriquement contre l'ordre établi à peu près à la façon des communistes. L'histoire politique des princes arabes durant ces siècles n'offre, outre des guerres continuelles et des dissensions intestines sans fln , qu'une série non interrompue d'intrigues et de meurtres. Toutefois ce fut alors , surtout du temps de Haroûn er-Kachîd, que les sciences exactes se développèrent chez les Arabes. Une foule d'écoles savantes furent fondées en Syrie, notamment à Damas. Elles reçurent les œuvres des philosophes grecs des mains des Syriens , dont la littérature, postérieure à l'ère chrétienne , fleurit longtemps encore même sous la domination musulmane. Les Arabes empruntèrent aussi aux Grecs directement ou indirectement, la médecine, l'astronomie et les mathématiques ; eux-mêmes ont montré peu d'originalité dans le domaine des sciences. Ils doivent aussi beaucoup aux Persans, même pour la grammaire de leur langue dont ils ont formulé les lois avec finesse. Un grand nombre de leurs travaux scientifiques se rattachaient au Korân et eurent pour but de le commenter ; ils s'occupèrent aussi tout spécialement de recueillir les sentences orales de Mahomet. Mais la science des Arabes fut plutôt étendue que profonde ; ils n'en vinrent jamais, par exemple, à raconter l'histoire d'une manière pragmatique, mais ils ne firent que réunir et rapporter des traditions à la suite l'une de l'autre. Aussi leur littérature prit-elle bientôt des proportions énormes , la théologie et la
jurisprudence qui s'y rattache, en forment la partie principale. De nos jours même , on compose encore des livres dans le genre de cette vieille littérature, dans la même langue et souvent aussi dans le même style ampoulé. Le simple touriste, celui qui ignore la langue , qui n'est en contact qu'avec un drogman et tout au plus encore avec des muletiers, ne soupçonne pas même qu'il y ait dans le pays quelque vie intellectuelle ; mais une expérience de longues années nous permet d'assurer qu'elle existe encore aujourd'hui. L'imprimerie . qui n'a été réellement introduite en Orient qu'au commencement de ce siècle, contribue beaucoup à y répandre l'instruction. En Syrie , ce sont surtout les imprimeries de Beyioût ; en Egypte, celle de Boulak, qui exercent de l'influence ; ainsi, un grand ouvrage relativement coûteux , qui contient les traditions de Mahomet , a été publié au Caire , et de là répandu à plus de 7000 exemplaires dans l'espace de vingt-cinq ans.
Les querelles intérieures détruisirent de plus en plus l'unité du khalifat. Il s'éleva même en Syrie des dynasties secondaires plus ou moins indépendantes. C'est ainsi que les Hamdanides de Mossoul, où ils ouvrirent la lutte contre les Courdes, s'emparèrent du N. de la Syrie et résidèrent longtemps à Alep ; c'est là que régna depuis 944 l'illustre émir Sêif-ed-Daoulê, prince courageux, mais qui ne put qu'à grand' peine se défendre contre les attaques incessantes des Grecs. Les i^âtzmiïes , souverains de l'Egypte, étaient alors puissants à Damas, et ils conquirent toute la Syrie à la faveur des bouleversements de la seconde moitié du x^ s. Un règne surtout important pour ce pays fut celui de Hâkim'Biamr'Ulah, à partir de 996. Les Fâtimites s'étaient posés dès le commencement en adversaires de l'islamisme ; avec Hâkim , des sentences incomprises dégénérèrent en théories insensées : la secte des Druses le considère encore aujourd'hui comme l'incarnation de la divinité (v. p. 106). Vers la fin du xie s., les Okéilides et les Mirdasides se rendirent à leur tour puissants dans le N. de la Syrie ; mais ils furent supplantés par les Seldjoukides en 1086. Ceux-ci étaient les chefs des Turcs nomades, qui parurent alors pour la première fois en conquérants dans l'Asie occidentale. Sur certains points de la Syrie s'établirent les Assassins (p. 105), secte qui ne reculait devant aucun meurtre ; ils avaient même de nombreuses forteresses en leur pouvoir. Nizâm-el-Moulk, grand-vizir du tout-puissant seldjoukide Malékchah (1072-1092), fut une des victimes des Assassins. Enfin après la mort de Malékchah, l'empire des Seldjoukides fut divisé; une branche de la dynastie s'établit à Damas et une autre à Alep.
IX. — Ces désordres sans fin à l'intérieur des pays musulmans favorisèrent les succès de la petite armée des CBOisés. Baudouin put soumettre le N. de la Syrie jusqu'à la Mésopotamie et Bohémond s'emparer d'Antloche en 1098 ; mais ils ne purent néanmoins jamais prendre Damas. Malheureusement il régnait aussi beaucoup de désunion et de jalousie parmi les chrétiens; leur
enthousiasme pour la canse sainte se refroidit bientôt et les intérêts politiques prirent également le dessus parmi eux. Les musulmans ne reconnurent qu'après la prise de Jérusalem, le 15 juillet 1099, le danger qui les menaçait de la part des croisés. Mais la jalousie qui divisait les chefs musulmans permit aux chrétiens de se maintenir longtemps encore à Édesse et en Palestine, bien que leurs armes ne fussent pas toujours heureuses. A Oodefroy de Bouillon, premier roi de Jérusalem, succéda son frère Baudouin /«r. Le commencement du règne suivant, celui de Baudouin II, en 1118, marque à peu près l'apogée de la puissance des conquérants occidentaux en Orient et en même temps la date de la fondation des deux ordres religieux qui devaient être si utiles à la défense du christianisme en Orient, l'ordre des Hospitaliers et celui des Templiers.
Cependant au lieu de concentrer leurs forces et de marcher sur Damas , les croisés , sans influence politique du reste , se contentèrent d'essayer à plusieurs reprises de s'en emparer. Déjà dès 1136 les progrès des Francs furent compromis par les attaques hardies de Témlr Zenghi. L'empereur grec, Jean II Comnène, chercha encore une fols à intervenir dans le N. de la Syrie , aussi bien contre les musulmans que contre les chrétiens, mais il dut se retirer et alors Zenghi devint maître d'Édesse (1144). L'émir mourut souverain de Mossoul, de la Mésopotamie et d'une grande partie de la Syrie, laissant la principauté d'Alep à son fils Noûreddîn. Celuici ayant à son tour repris Édesse (1146), provoqua par là la deuxième croisade (1147-1149). Les Francs n'obtinrent toutefois aucun résultat ; la prise de Damas fut entravée par les chrétiens d'Orient. Noûreddîn ne cessa de faire des conquêtes sur eux et s'empara même de Damas, qui, jusque là, avait appartenu à une autre dynastie. Il intervint en Egypte (1164 et suiv.) par son général Chirkouh , auquel il avait adjoint le Courde Saladin (SaUheddîn). Cet homme énergique sut bientôt se rendre maître de l'Egypte, et après la mort de Noûreddîn , 11 profita des querelles de la Syrie pour la conquérir à son tour, ce qui en fit le plus dangereux ennemi des enclaves des Francs. La rupture de la trêve par le faible roi de Jérusalem, Guy de Lusignan, fit enfin éclater la guerre ; Saladin fit subir aux Francs une grande défaite à la bataille de Hattîn (p. 387), en 1187, ensuite de laquelle il réduisit toute la Palestine ; mais il se montra clément envers les chrétiens. La prise de Jérusalem par les musulmans produisit une telle surexcitation en Occident, qu'on organisa une troisième croisade. L'empereur Frédéric I®' Barberousse, qui en était l'un des chefs, se noya en Cilicie. L'arrivée des Français et des Anglais, venus par mer, permit, il est vrai, d'assiéger et de prendre enfin St-Jean-d'Acre, en 1191 ; mais les querelles des croisés, et surtout la mésintelligence entre Philippe- Auguste de France et Richard Oœur-de-Lion d'Angleterre , empêchèrent la délivrance de Jérusalem. Malgré les exploits personnels du roi d'Angleterre , la paix conclue avec Saladin, ne garantit aux
chrétiens que la possession d'an mince territoire sur la cote et le droit, pour les pèlerine, de visiter Jérusalem. Peu après le départ des croisés , Saladin mourut ; son empire se démembra et Malec- Adel (Mélic el-Adil) fut le seul qui continua sérieusement la guerre. Une quatrième croisade en 1204, eut aussi peu de résultat que la troisième au point de vue de la situation des Francs en Palestine. Les villes de Pîse, de G-énes et de Venise prirent une part active à ces expéditions dans l'intérêt de leur commerce. La cinquième croisade, celle d'André de Hongrie, en 1217, n'eut pas plus de succès que les précédentes. Par suite d'une conjoncture politique singulière , l'empereur Frédéric U, qui ne partit qu'après avoir été excommunié par le pape , fut le premier qui rentra à Jérusalem, dont il se fit céder par un traité la possession pour dix ans (1229). La Syrie était alors constamment le champ de bataille des petits princes arabes, surtout des Ayoubites. Une armée française fit encore une tentative en Palestine (1240), mais elle échoua complètement. La dernière croisade , entreprise par St Louis , roi de France, en 1248, se termina de même sans résultat.
Un ennemi tout nouveau , mais qui ne fit que passer sur la scène, apparut en Syrie. Elle fut ravagée dès 1240 par des bandes de Kharesmiens venues de l'Asie centrale , lesquelles finirent par s'établir dans le N. ; la prolongation des guerres dynastiques les jetèrent même sur Jérusalem, où ils sévirent contre tout ce qui portait le nom de chrétien. Bientôt survint un changement plus considérable. Les princes avaient depuis des siècles l'habitude d'entretenir une garde composée en partie d'esclaves achetés , surtout d'origine turque. Ceux-ci en vinrent à s'emparer du pouvoir en Egypte , et Eibec , fondateur de la nouvelle dynastie , dite des Mameloucs , eut maints combats à livrer à Nâsir , sultan ayoubite du N. de la Syrie, pour la possession de ce pays. Puis, les Mongols devenaient de plus en plus menaçants ; ils avaient depuis longtemps mis fin à l'empire des khalifes de Bagdad , et dès lors ils s'attaquèrent à Nâsir. Houlagpu prit Alep (Haleb) en 1260 et parcourut presque sans combat la Syrie, qu'il livra au massacre et au pillage. Damas fut épargnée parce qu'elle se rendit. Mais l'envahisseur dut s'arrêter à la frontière d'Egypte, et le sultan mamelouc Ootouz reprît presque toute la Syrie aux Mongols, avec l'aide de son célèbre général Bîharsy qui le renversa ensuite et usa de tous les moyens pour maintenir sa propre autorité dans les deux pays, malgré les invasions répétées des hordes mongoles. Bîbars inquiéta aussi les derniers restes de la domination franque en Syrie , parce qu'ils s'étaient déclarés pour les Mongols. Il s'empara de Césarée etd'Arsoûf (1265), de Safed et de Jaffa (1266) , puis d'Antioche (1268), et serra de près les Assassins de Syrie. Il ne se passait pas d'année qu'il ne dirigeât une campagne en personne , et l'on voit encore aujourd'hui son nom sur bien des tours et des forteresses. Bîbars mourut eu 1277, et son fils fut détrôné en 1279 par l'émir Kilaoûn.
Il existe encore en Syrie , où il se maintint les annes à la main, beaucoup de monuments de cet illustre prince. Il réduisit tellement le territoire des Francs en Palestine, qu'il ne leur resta plus que quelques villes du littoral, jusqu'au jour où ils furent complètement expulsés de la Palestine par la prise de St-Jean-d'Acre, en 1291.
Dès lors, nous trouvons dans l'histoire de la Syrie peu de choses dignes de notre intérêt. Les querelles des Mameloucs , et, à partir de 1382 , des sultans tcherkesses ou circassiens , celles des princes indigènes et des gouverneurs mongols , surtout de ceux des Ilkhans de Perse, se renouvelèrent continuellement sans qu'il se soit montré parmi eux des hommes remarquables, sauf quelques exceptions. L'histoire des Mameloucs fait partie de celle de l'Egypte. Aussi bien la Syrie oessa-t-elle alors d'avoir une histoire propre, car elle n'eut plus de part indépendante aux événements du monde et ne se distingua plus d'aucune façon. Son état devint encore pire à la suite de l'invasion des Mongols sous Timour (1400) ; une infinité d'habitants furent massacrés. Beaucoup de savants et d'artistes, et parmi eux les armuriers de Damas , furent emmenés a Samarcand.
X. — En 1516, la guerre éclata entre les Osmans ou Ottomans et les Mameloucs. Ces derniers furent battus au N. d'Alep par le sultan Sélim ler; toute la Syrie fut conquise et son sort uM à celui de la dynastie ottomane. Les sultans ont la prétention d'être les successeurs des khalifes, c.-à-d. qu'ils conservent à leur État l'ancienne forme théocratique. Toutefois lorsque la première époque de prospérité des Ottomans fut passée , on reconnut bientôt l'infériorité des Turcs comparés aux Arabes. Leur gouvernement est encore aujourd'hui le même que sous Sélim ; c'est toujours la même administration routinière, avec des pachas sans cesse renouvelés.
Napoléon 1er yenant d'Egypte, s'empara de Jaffa en 1799 et fit le siège d'Acre ; puis il livra aux Turcs la bataille dite du Mont- Tabor, dans la plaine de Jizréel, et s'avança jusqu'à Safed et Nazareth. Ce n'est que dans le cours de ce siècle que la Syrie a revu des jours meilleurs, depuis les réformes du sultan Mahmoud (1808- 1839). On y a créé une véritable administration , organisé la milioe sur le modèle de celles de l'Europe, etc. Depuis peu, on essaie d'y établir aussi des écoles élémentaires (médrésé rouchdîyéjj mais le manque de maîtres paralyse cette tentative.
En 1831 , Abdallah Pacha , fils du fameux parvenu Djezzâr Pacha d'Acre, se rendit presque indépendant et fournit à Méhémet' Ali un prétexte d'intervention armée (1831). Ce dernier avait aussi des relations avec le chef des Druses, l'émir Béohîr (p. 482). Avec son aide, Ibrahim Pacha, fils de Méh émet- Ali, qui avait déjà donné des preuves d'habileté en Arabie, s'empara d'Acre et de Damas, puis avec son armée organisée surtout à la française, vainquit les Turcs àHœmç et à Béilân, et porta même ses armes au delà de la Syrie. Il eût fait plus, car il marchait sur Constantinople , si les puissances européennes , en particulier la Russie,
TABLEAU CHEONOLOGIQUE.
n'étaient intervenues pour faire signer la paix. Le gouyernement égyptien ne tint cependant pas non plus ses promesses en faveur de la Syrie et ne fut pas moins exigeant que la Turquie en matière d'impôts et de conscription. En somme, on ne peut douter de la bonne volonté de Méhémet-Ali; mais ses mesures ne furent pas toujours judicieuses , il y avait en ce parvenu une tendance vraiment tyrannique, qui fit bien des mécontents en Syrie. Dès 1834, une insurrection , qui pourtant fut réprimée , éclata contre lui en Palestine ; cependant les Druses et les Bédouins ne purent être soumis. Ibrahim Pacha remporta encore à Nisib, en 1839, une brillante victoire sur les Turcs. Mais le mécontentement grandissait touiours en Syrie par suite des charges considérables que le pays avait à supporter ; il y eut un soulèvement dans le Liban en 1840, et après que le gouvernement français avait cessé de protéger Méhémet-Ali, l'intervention de l'Angleterre et de l'Autriche fit rentrer le sultan 'Abdoul-Medjîd en possession de la Syrie (1840).
Les Turcs ont gouverné dès lors et gouvernent encore le pays en tenant la balance plus ou moins égale entre les divers partis et les diverses communautés religieuses. Il ne reste plus qu'un dernier épisode à mentionner: l'insurrection de 1860, dans laquelle, à l'instigation ou avec la connivence des agents turcs, les Druses massacrèrent un grand nombre de chrétiens dans le Liban et à Damas (v. p. 487). La France, comme représentant les intérêts catholiques , envoya alors pour protéger les chrétiens de Syrie, un corps d'expédition qui occupa un certain temps les districts soulevés. Depuis cette intervention , le pacha de tout le district du Liban doit être chrétien et relève directement de la Porte.
Ji.
Tableau chronologique.
Av. J.-C.
diaprés Lep-
sius 1474.
vers 1048
Sortie d'Egypte, la Loi donnée sur le Sinaï, conquête et partage de Canaan, guerres sous la conduite des Juges.
Samuel , le dernier des Juges , sacre Satil , de la tribu de
Benjamin. Saùl reconnu roi par tout le peuple après sa
victoire sur les Ammonites.
David reconnu roi de Juda à Hébron.
David roi de tout Israël.
Prise définitive de Jérusalem, qui devient la capitale \ Tarche
d'alliance transportée à Sion. David s'empare de Damas.
Hiram 1er, roi de Tyr, fait alliance avec David. Le
royaume atteint sa plus grande extension. Mort de David ^ Salomon lui succède.
On commence la construction du temple.
Consécration du temple. Tyr prospère sous Hiram. Mort de Salomon j partage du royaume.
TABLEAU CHRONOLOGIQUE
Av.J.-C.
Boyanme de Juda.
Boboam, Qla de Salomon, roi de Juda et de Benjamin.
Sésac (Chechonc>, roi d'Egypte, envahit Juda et pille Jérusalem.
Abiam cberche à réparer les pertes.
Asa combat Tidolâtrie. Alliance avec Damas contre Israël. Destruction de Rama.
Josaphat gouverne conformément à Tesprit de la théocratie i il combat les Moabites et s'allie à Acbab contre les Syriens.
Joram.
Akhasia.
Athalie, mère d'Akbasia.
Elle est renversée du trône par une conspiration des prêtres.
Joas ramène le peuple au culte de Jéhovah. Il est assassiné par les grands du royaume.
(Amasia. Il bat les Iduméens, mais il est vaincu et fait prisonnier par Joas roi d'Israël) Jérusalem saccagée.
Av.J.-C.
Boyauma d'Iaraël.
Jéroboam, de la tribu d'Bphraïm, roi des tribus du N., avec Sicbem pour capitale. Jéhovah adoré sous la forme d'une image.
Nadab. Il est tué, avec toute la famille de Jéroboam, par son général Baasa. Benadad 1^' de Damas.
Baasa.
Ela. Toute sa famille est tuée par Zamri.
Omri, auquel on oppose Tébni.
Omri choisit Samarie pour résidence et fonde une dynastie durable. £thbaal roi deSidon etdeTyr.
Akhab. Jézabel son épouse phénicienne. Culte de Baal. Réaction contre ce culte dirigée par Élie et Elisée. Benhadad II, roi de Damas, assiège Samarie. Les Syriens battus à Aphek.
Akhasia. Idolâtrie.
Joram. L'usurpateur Jéhu met fin à la dynastie d'Omri. — Défection de Mésa, roi des Moabites. — Hazaël roi de Syrie.
Jéhu. Il cède une partie de son royaume à la Syrie.
Joakhas. Les Syriens me« nacent le royaume.
Joas reconquiert le pays perdu. (Carthage fondée par les Phéniciens).
TABLEAU CHRONOLOGIQUE
Av.J.-C.
Koyaume de Juda.
Osias. Administration conforme aux lois ; reprise d'EIath.
Commencement de Tacti-
vité du prophète Esaïe.
Jotham. Prospérité du royaume.
Akhaz. Idolâtrie. Akhaz demande du secours aux Assyriens contre Phacée et Rétsin-, il rend hommage à Tiglat Piléser à Damas.
Av.J.-C. 803—762
Royaume d'Israël.
Prospérité d^Israël sous Jéroboam II. Anciennes frontières rétablies, bannissement des prophètes.
Zacharie, fils de Jéroboam, tué par Sallum, qui gouverne un mois et qui est tué à son tour par Ménahem.
Hénahem tributaire des Assyriens.
Pécalga.
Pécah s'allie avec les Syriens contre Juda, perd la moitié de son royaume et est tué par Osée. Rétsin roi de Damas est tué par les Assyriens.
Osée refuse le tribut à Salmanazar. Fin du royaume. Le peuple captif en Assyrie; nouveaux colons (Cuthéens) dans le pays.
Ezékhias, soutenu par Isaïe et Michée rétablit le culte du vrai Dieu. Alliance avec TÉgypte. Sennachérib envahit la Judée dans son expédition contre TÉgypte.
Hanassé. Persécution des adorateurs de Jéhovah.
Ammon idolâtre.
Josias dirigé par Jérémie et Sophonie. Renversement des idoles. Invasion des Scythes. Réforme du grand-prêtre Hilkjja. Josias tué à la bataille de Megiddo, contre les Égyptiens. Dépendance de TÉgypte (l^ékho).
Joachaz emmené prisonnier par Nékho.
Ëliakim (Jojakim), fils de Josias placé sur le trône par Nékho. La Syrie sous la dépendance de TÉgypte. Après la défaite de Nékho à Oarkhémis, Eliakim se soumet à Nébucadnétsar, mais s'affranchit de nouveau au bout de trois ans.
Jojakin. Reddition de Jérusalem. 10,000 des principaux habitants en captivitét
TABLEAU CHRONOLOGIQUE
Av. J.-C.
Sëdëcias, fils de Jostas. II se révolte espérant Tappui de rÉgypte (Pharaon Hophra).
Siège de Jérusalem, destruction du temple. Les principaux habitants emmenés en captivité à Babylone; d^autres fuient en Egypte. Fin du royaume de Juda.
Siège de Tyr par les Babyloniens (13 ans).
Jojakin rendu à la liberté par Evilmerodach.
Cyrus permet à Zorobabel et à Josué de reconduire une partie des Juifs en Palestine.
On commence la reconstruction du temple, qu'^interrompent les Samaritains.
Achèvement du temple. Rétablissement du service des prêtres et des lévites.
Esdras ramène 6,(X)0 Juifs à Jérusalem, sous Artaxerxès I^r, Longuemain.
Xéhémie, favori et échanson du même roi de Perse, gouverneur de Jérusalem, relève les murs de cette ville. Construction dMn temple sur le mont Oarisim, fondation du culte samaritain.
Sidon détruite par Artaxerxès Ochus, roi de Perse.
Alexandre-le-Grand s''empare de la Syrie après la bataille d'*Issus.
Prise et destruction de Tyr. Les Juifs se soumettent à Alexandre. Andromaque gouverneur de la Palestine, puis Memnon.
Ptolémée se rend maître de la Syrie et de la Palestine.
Antigone lui enlève la Palestine.
Commencement de Tère des Séleucides.
Av. J.-C.
Dans le partage qui suit la bataille dlpsus, Ptolémée recouvre la Palestine.
Règnes paisibles des Ptolémées Lagides , Philadelphe et Evergète.
Av. J.-C.
Syrie.
SéleucusIe'',Nicator, fonde Antioche sur TOronte, bientôt après son avènement en Syrie.
Antiochus le', Soter, réunit TAsie mineure et la Syrie, mais ne peut empêcher la Cappadoce, le Pont, la Bithynie, et Pergame de devenir indépendantes .
Antiochus II, Théos. Faible gouvernement.
TABLEAU CHRONOLOGIQUE
Av.J.-C.
Av.J.-C.
AntiochuA le Grand prend possession de la Palestine.
Elle retombe au pouvoir de rÉgypte après la bataille de Raphia.
Antiochus s'en empare de nouveau durant la minorité de Ptolémée Epipbané.
Scopas la reprend et la cède à Ptolémée. Elle est recouvrée par Antiochus après la bataille de Panéas ou Gésarée.
Ptolémée Epiphane reçoit 1% Palestine comme dot de sa femme Bérénice, fille d'AntiochusleGrand.
Le grand-prêtré Simon, en haine d'Onias, son rival , appelle Séleucus Philopator, qui pille le temple.
Jason, frère d''0nia8f achète la dignité de grand-prêtre à Antiochus Epiphane.
Pillage et profanation du temple. Antiochus essaie dHntroduire la religion grecque.
Révolte de Matathias, père des Maccabées.
Judas Maccabée vainqueur d'Apollonius, de Serron et de Gorgias.
Il bat les Syriens commandés par Lysias et prend Jérusalem.
Syrie.
Séleucus II,Callinique perd la plupart des villes de FAsie mineure^ les Égyptiens occupent la plus grande partie du royaume.
Guerre avec son frère Antiochus Hiérax; hoïdes gauloises. Troubles intérieurs; guerres infructueuses contre les Parthes.
Séleucus m, Céraunus..
Antiochus lU, le Grand, excité par les Etoliens et sur le conseil d'Annibal, fait la guerre aux Romains. Battu par M. Porcins Gaton aux Thermopyles , il perd aussi la bataille décisive de Magnésie en Lydie et se voit forcé de rendre les pays en deçà du Taurus.
Séleucus IV, Philopator, pille le temple de Jérusalem et est tué par Héliodore.
Antiochus IV, Epiphane, entreprend quatre campagnes contre TÉgypte et pille deux fois Jérusalem.
Antiochus V, Eupator, sous la tutelle de Lysias, fait la paix avec Juda.
TABLEAU CHRONOLOGIQUE
Av. J.-C.
Faleitine.
Judas est vaincu par Bacchidès.
Jonathan Apphus, grandprêtre et méridarque.
Commencement de Tère de rindépendance.
Simon. Son hérédité est reconnue en 140.
Jean Hyrcan «''empare de la Pérée et de la Samarie.
Aristobule s^empare de
l'Itarée.
Alexandre Jannée.
Alexandra.
Hyrcan II.
Aristobule II, à la fin prisonnier des Romains.
Gabinius divise le pays en 5 provinces.
Hérode 8''empare de Jérusalem avec le secours des Romains et reçoit d''eux le titre de roi. Commencement de la dynastie iduméenne.
Av. J.-C.