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V. Popnlation actuelle de la Syrie. Statistique

Beligioni.

I. Population. — Les habitants de la Syrie se divisent, ethnographiquement, en Syriens, Grées, Arabes, Tares, Juifs et Francs; au point de vue religieux, en mahomtftans, chrétiens, juifs et sectateurs d'autres religions.

Par Syriens, on n'entend pas seulement les Araméens, mais tous les descendants des divers peuples qui parlaient l'araméen au commencement de notre ère, excepté les Juifs. Les chrétiens indigènes proviennent de la population qui occupait la Syrie avant Tinvasion de Tislamisme. Quelques Grecs ont de nos jours émigré dans le pays ; mais on n'y trouve pas de descendance certaine de ceux qui s'y établirent et se mêlèrent .aux Syriens pendant la domination presque dix fois séculaire des Occidentaux.

La domination de l'islamisme en Syrie, comme religion d'État, a eu pour conséquence l'apostasie d'un certain nombre de chrétiens (Syriens et Grecs), tandis que d'autres sont restés fidèles à leur croyance. L'arabe remplaça i'araméen, qui toutefois fut longtemps encore en usage en Syrie. Aujourd'hui , il n'y a plus que trois villages, dans l' Anti-Liban , où l'on parle un dialecte dérivé de la langue araméenne et mêlé d'arabe. Il resta peu de Juifs dans le pays ; ceux qui habitent maintenant la Palestine y sont pour la plupart venus d'Europe (v. p. 94).

L'étranger s'habitue vite à distinguer les habitants de la Syrie à leur physionomie ou à leur costume, et à reconnaître parmi eux le Juif, le chrétien ou le musulman. De même que la langue araméenne a laissé des traces dans l'arabe, de même le type syrien a exercé une influence sur la race arabe des villages (comme le type copte en Egypte). La population arabe se divise en sédentaire (hâdari) et en nomade (bédaouij pi. bédou). Ces derniers sont de purs Arabes ; on ne peut plus distinguer nettement, chez les villageois, les divers éléments dont se compose la population. Les anciens noms de lieux, à part de légères modifications de voyelles, ont été conservés avec une remarquable ténacité par les paysans (comp. p. 71). Nous expliquons ce phénomène par le fait que lorsqu'un nouveau peuple sémitique s'établissait au milieu de la population indigène , il n'y pénétrait chaque fois et ne se mêlait à celle-ci que d'une manière graduelle. En outre le changement de religion demeura en quelque sorte sans effet. Et non seule-

ment la plupart des noms antiques de lieux se conservèrent avec une étonnante fidélité, mais d'autres encore, arbitrairement imaginés h une époque quelconque, se sont maintenus avec les fausses traditions qui s'y rattachaient. En effet, de même que les Samaritains s'efforçaient de montrer sur leur territoire, des endroits dès longtemps vénérés et consacrés par l'histoire (comp. p. 353), de même les Juifs, à l'époque où Ils eurent leur siège principal en Galilée (comp. p. 388j, eurent soin de transplanter sur leur domaine le nom des lieux sacrés (comp. p. 396), et ces noms aussi ont été fidèlement conservés par la population actuelle. En revanche, les anciennes dénominations de lieux se sont en grande partie effacées dans les districts qu'occupèrent les vrais Arabes, savoir, les Bédouins.

Les BÉDOUINS sont en apparence musulmans ; mais en général ils s'occupent surtout de l'élève du bétail et de brigandage, et fort peu de religion. Ce sont des tribus errantes et à demi-sauvages, telles qu'il y en a eu en Arable de temps immémorial (v. p. 60). Leurs habitations se composent de tentes facilement transportables, faites de poil de chèvre noir : les tentes noires de Kédar sont déjà mentionnées dans le Oandque des Cantiques (i, Ô). Ce tissu fabriqué par les femmes des Bédouins, est assez serré pour ne pas laisser pénétrer la pluie. On le tend simplement sur quelques perches et de façon qu'un côté reste ouvert à peu près jusqu'à hauteur d'homme. Cette sorte de maison comprend deux parties, habitées l'une par les hommes et l'autre par les femmes. Au milieu du compartiment des hommes , se trouve un foyer pratiqué dans le sol; on y brûle des broussailles et de la fiente desséchée. Les Bédouins vivent de l'élève du bétail, ils possèdent d'immenses troupeaux de brebis et de chameaux et se décident rarement à cultiver la terre ; cependant quelques tribus commencent à devenir sédentaires, et le gouvernement favorise de tout son pouvoir cette transformation. En général, les Bédouins vivent misérablement, de pain et de lait ; ce n'est que lorsqu'il leur vient un hôte qu'ils tuent un mouton ou une chèvre, rarement un chameau. L'hôte qui arrive doit entrer dans la première tente à droite , parce que c'est ordinairement celle du cheikh ou chef de la tribu. L'hospitalité est inviolable pour le Bédouin ; il se fait un devoir de protéger son hôte trois jours encore après son départ.

La guerre remplit l'existence des hommes; elle provient ordinairement de querelles pour la possession de pâturages ou de spurces. La loi du talion, qui existe toujours chez les Bédouins du désert, amène une foule de complications. Toutefois, comme ils attachent un grand prix à la vie , le voyageur n'a rien à craindre pour la sienne , pourvu qu'il ne fasse pas usage de ses armes et n'ait pas le malheur de tuer quelqu'un. D'un autre côté , les Bédouins sont connus comme pillards et voleurs ; ils enlèvent parfois à un voyageur jusqu'à ses habits, et l'abandonnent complètement, n y a des milliers d'années que dure la lutte entre la population

sédentaire et les nomades. Le gouvernement a besoin d'énergie pour protéger les paysans contre leurs extorsions, mais ceux-ci préfèrent quelquefois payer la «fîratemité» (khouoné), c'est à dire, un tribut en grains k leurs rapaces voisins plutôt que d'avoir affaire aux gouverneurs turcs et aux percepteurs d'impôts qui ne les protègent pas assez, ou même les maltraitent plus encore que les Bédouins.

-11 est heureux pour le gouvernement que ces tribus nomades ne soient jamais unies entre elles. Elles sont partagées en deux camps, l'un formé par les 'Aenézé qui émigrent en hiver du côté de l'Arabie centrale, l'autre composé des tribus qui restent toujours dans certaines parties de la Syrie. Les 'Aenézé sont aujourd'hui les plus puissants des Bédouins ; ils se divisent en quatre tribus principales (kabîlé): Ouould-'Ali, Heséné, Rououalâ et Bicher, qui comptent environ 300,000 âmes. Quant aux autres tribus, on trouvera par exemple, celles des 'Adouân dans la Belkà , des Arabes du Ghôr (Ghaouâriné) dans la vallée du Jourdain, des Béni-Sakhr dans la Moabitide, etc. On les nomme «ahl eeh-Chémâl», gens du N., tandis que les Bédouins vivant au S. de la mer Morte s'appellent ahl el-Kihli, gens du S.

Chaque tribu de Bédouins obéit à un cheikh, qui n'a toutefois qu'une autorité restreinte par la jalousie des autres ; en temps de guerre il n'est chef de l'expédition que par exception. — Les Bédouins aiment le chant et les récits ; Ils goûtent aussi la poésie, mais elle est chez eux à un degré inférieur.

Les TuBCS (v. p. 77) sont peu nombreux en Syrie. Le Turc est moins intelligent que l'Arabe, mais il a en somme un bon caractère. Cependant les effendis (aù9évT7](;), qui constituent la classe supérieure, sont parfois fiers et arrogants. Il y a parmi eux deux partis : les vieux et les jeunes Turcs on réformateurs. Le triomphe de Tun ou de l'autre parti à Constantinople amène aussi un changement dans les gouverneurs des provinces, et comme cela arrive d'ordinaire assez rapidement, aucun d'eux ne peut, avec la meilleure volonté, rien fonder de durable, car il est presque certain que son successeur bouleversera ses projets. Les réformes des jeunes Turcs, en ce qui concerne l'introduction de la civilisation européenne, sont tout à fait superficielles; un grand nombre d'entre eux pensent que pour être un homme cultivé, il suffit avant tout de se vêtir à l'européenne et de boire des spiritueux. Du reste la race turque rétrograde et déchoit à peu près dans toute la Turquie. Dans le N. de la Syrie, ainsi qu'au Grand Hermon, il y a encore des tribus turques nomades, des Turcomans, qui vivent comme les Bédouins arabes.

II. Statistique. — Le tableau statistique suivant est emprunté à l'annuaire impérial de Beyroût de 1291 (1874) ; nous ne saurions naturellement en garantir l'exactitude, mais c'est encore un des meilleurs documents de ce genre. Les pachaliks de Jérusalem et

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