III. La Judée
Sous le nom de Judée, qui , comme nous l'avons déjà dit ( ch. 1 ) , est souvent employé pour désigner tout le pays des Hébreux , nous comprenons ici la province qui , à l'ouest du Jourdain , s'étend des limites de la Samarie à l'Arabie Pétrée. La limite du nord , qui, selon Josèphe, passe près du bourg d'Anoua ' , va de là au Jourdain , en face de rembouehure du Yabbok ; à l'est nous trouvons la limite naturelle formée par le Jourdain et la mer morte; les limites méridionales sont celles que nous avons indiquées pour la Palestine en deçà du Jourdain. A l'ouest, la Judée , longtemps limitée par le ter- ' ritoire des Philistins, s'étendait' plus tard jusqu'à la IMéditerranée ; elle embrassait même tout le bas pays de la côte de Samarie et s'étendait au N. O. jusqu'au Carmel.
Les montagnes de la Judée sont les plus élevées de la chaîne occidentale.
A Test de Rama le pays s'élève de plus en plus en différents plateaux ; plus on avance et plus le terrain est nu et stérile; les sommets les plus élevés ont généralement la forme conique.
Aucun sentier ne guide le voyageur dans ces rochers presque inaccessibles ; ce n'est que par deux gorges , appelées la vallée de Jérémie et la vallée des Térébinthes, que les voyageurs venant de Yàfa peuvent pénétrer a Jérusalem, située au point leplus élevé de la Palestine.
' Selon Eusébe, Anoua était situé à ID milles S. de Sichem .
PAr-ESTINR.
I,nJu(li''e,naturelleinoml;i moins frrtilf de toutes les piovinees de la Palestine, était eeperidaiit , selon le tenioi- {inajîe de Joseplie, rielie en blé, en fruits et surtout en vin. Les plaines a l'est et à l'ouest offraient de bons p;ltura^es , et même sur les liauteurs , où la nature abandoimée à elle-même ne semblait rien promettre, le travail de l'homme ne fut pas sans sueeès ».
La provinee de Judée, qui, depuis les conquêtes de Jean Ilircan , renfermait aussi une jirande partie de l'idumée, fut divisée en onze toparch'ws , savoir : Jérusalem, Gophna, Acrabala, ïanma, Lydda, Amniaùs , Pella, Idumée, Êri-gadi, llérodion et Jéricho.
Nous ne nous arrêterons pas à cette division mentionnée par Josèphe et Pline', mais dont il n'existe aucune trace dans le Nouveau Testament. Pour notre topographie la nature même du pays nous offre une division plus com-* nwde. Nous commencerons par les villes situées dans la plaine orientale, à l'ouest du Jourdain et de la mer Morte ; de là nous monterons dans la contrée montagneuse de l'intérieur, et nous terminerons par les villes de la côteet du pays des Philistins, en allant, dans chaque division, du nord au midi.
A. Judée orient.\le.
JÉBicHO, appelée aussi /a ville des palmiers, à deux lieues du fleuve, et a six lieues N. E. de Jérusalem, une des villes les plus célèbres de la Judée et d'une haute antiquité. Son local est une plaine de six à sept lieues de long sur trois de large, autour de laquelle régnent des montagnes stériles qui la rendent trè.s-chaude (Volney, t. II, eh. G). Ce fut la première villede Canaan conquise par les Israélites. On trouvera les détails de cette conquête dans la partie historique de cet ouvrage.
Josué la fit raser, et il maudit celui qui la rebâtirait; nous la retrouvons néanmoins sous les juges; car après
' Voy. ci-dfis.'çus , pape 14.
> Vov.'Jos. (/t> Beîlojud., I. Ill, c. 3, fi 5. Pliii. liist. nul., I. V, c. M. Ce dernier ninilique que lu tuparcLies.
la mort du juge Othniel , nous voyons les IMoabites s'emparer de la tulle (/('S palmiers (Juges, 3, l'-i). Sou.i David aussi il est (juestion de Jéricho (2 Sam. 10, 5). Cependant, selon le premier livredesHois(l(i,3-J),cette ville ne fut rebâtie que du temps du roi Achab, par un certain lliel de Bethel, et ce fut alors seulement que s'accomplit la nialédiction de Josué. Pour lever la difficulté on a pensé que Josué avait voulu défendre seulement de rétablir les fortifications et que ce fut la ce que fit Iliel'. Bientôt après, nous y trouvons une école de j)rophètes ( 2 Rois, c. 2, v. 5 et 15); les célèbres prophètes Klie et Élisa y demeurèrent quelque temps. Quand les Juifs furent revenus de l'exil deBabylone, Jéricho devint, après Jérusalem, la ville la plus importante de la Judée. Nous la trouvons parmi les villes fortifiées par Jonathan, prince maccabéen . Un fort appelé Doch se trouva, du temps des IMaccabées, au nord de Jéricho (I IMaccab. IG, 15). Hérodel" fit élever à Jéricho un pa lais, un amphithéâtre et un hippodrome. Ce roi, danslesdernières'annéesde sa vie, résidait souvent à Jéricho et il y mourut. Pendant le siège de Jérusalem, sous Vespasien , la villede Jéricho fut détruite ; mais elle fut restaurée par l'empereur Adrien. Pendant les croisades elle fut réduite en cendres. Maintenant on ne trouve à sa place qu'un misérable village que les Arabes appellent Rihà;\\ est habité par 40 à 50 familles musulmanes qui vivent de brigandage. On n'y voit presque plus de ruines de l'ancienne ville; l'abbé Marili n'y trouva qu'une espèce de tour démolie, que l'on prétendait être le reste d'une église bâtie à l'endroit où se trouvait la niaison de Zacchée, chef des publicains ( Kvang. de Luc, ch. 19). Encore au XVII* siècle on montrait aux crédules pèlerins le «yfo;«o/rsurlequel monta Zacchée pour voir Jésus. Dans les environs de Jéricho on montre la source d'ÈUsa dont les eaux furent adoucies par un mira-
' Voy. Michadis, Mosaisches lîo'ht (Droil inosaïiiue), t. 111, g U6,p. 13 et H.
L'UNIVERS
cle de ce prophète t2 Rois, c. 2, v. 19 et suiv.). « Cettesource,,ditM. deCha- « teaubriaiid ', est située àdeiix milles « au-dessus de la ville, au pied de la « montagne où Jésus-Ciuist pria et «jeûna pendant quarante jours. Elle « se divise en deux bras. On voit sur « ses bords quelques champs dedoura, « des groupes d'acacias , l'arbre qui « donne le baume de Judée », et des « arbustes qui ressemblent au lilas « pour la feuille , mais dont je n'ai pas « vu la fleur. Il n'y a plus de roses ni a de palmiers à Jéricho, et je n'ai pu « y manger les nicolaï d'Auguste : ces «dattes, au temps de Belon, étaient « fort dégénérées. Un vieil acacia « protège la source; un autre arbre se « penche un peu plus bas sur le ruis- « seau qui sort de cette source, et « forme sur ce ruisseau un pont natu- « rel. »
GuiLGAL ou Galgala , sous Jéricho, à une distance de dix stades.
Après avoir passé le Jourdain, les Israélites campèrent à Guilgal, qui resta le quartier générai de Josué pendant tout le temps que dura la guerre avec les Cananéens. Cette place joue aussi un certain rôle dans l'histoire de Samuel et de Saiii. Nous y reviendrons dans la partie historique. Depuis longtemps il ne reste plus de trace de Ouilgal. Josèphe ne le mentionne pas dans l'histoire contemporaine^.
Ên-gadi, situé sur le milieu du rivage occidental de la mer Morte, à environ 13 lieues de Jérusalem. Seetzen trouva au même endroit un ruisseau qui porte encore le nom de Ain-djiddi.
Il y avait dans les environs beaucoup de palmiers "i; les vignes d'Én-gadi sont mentionnées dans le Cantique.
Au milieu du dernier siècle Hasselquist y trouva encore des vignes cultivées par les Arabes, qui en vendaient le raisin aux chrétiens.
' Itinéraire cle Paris à Jérusalem.
'C'est-à-dire l'Imile de Zakkoum. \oy .
ci-dessus , page 22
' Un autre Guilgal se trouva dans les euvirous de Sichcm.
'Pline dit (Hisl. nat., 1. 5,c. \l):Engad dum oppidum fuit secundum ab Hierosolymisfertililate palmeloTumque nemoribus.
En continuant notre voyage le long du lac Asphaltite, laissant à l'ouest la ville de Carmel, ainsi que les déserts de Maôn et de Ziph avec les villes du même nom, nous trouvons au midi du lac une plaine renfermée entre les branches des deux chaînes de montagnes entre lesquelles se trouve le Jourdain et qui viennent se rapprocher ici. Dans cette plaine était située la ville de
SoAR ou Segob, la seule des cinq villes de la vallée de Siddim qui ait été épargnée dans la terrible catastrophe arrivée au temps d'Abraham et dont nous avons déjà parlé (voy.
page 11). Cette ville d'une haute antiquité avait porté d'abord le nom de Bala; le nom de Segor a traversé plus de trente siècles. Eusèbe et saint Jérôme rapportent que de leur temps Segor avait une garnison romaine.
Dans les premiers siècles du christianisme cette ville fut le siège d'un évoque, dépendant du patriarche de Jérusalem. Nous la trouvons encore mentionnée sous le nom de Zoghar par le géographe arabe Aboulféda , qui vivait dans la première moitié du XIII* siècle. Burckhardt place Segor à l'endroit où se trouve maintenant le village de Ghor-Safiéh , au S. I^. de la mer Morte. Le même voyageur nous a donné le premier une description exacte de la plaine dans laquelle se trouve ce village et dont la largeur varie entre 1 et 5 milles. A l'ouest elle est sablonneuse et stérile, mais au sudest elle est très-fertile en plusieurs endroits. Elle est habitée par environ trois cents familles arabes , qui y cultivent le dourra et le tabac et qui portent le nom de Ghowarin (habitants du GhÔr). Ils sont très-pauvres et ils ont beaucoup à souffrir des Bédouins de ces environs. Eu été il règne dans la vallée une chaleur insupportablequi amène dts fièvres intermittentes.
B. Judée intérieure.
GuÉBA (Gaba) , une des villes frontières du royaume de Juda au ncrd*.
» Voy. II Rois, ch M,v. 8.
Près df cette ville les Philistins sont vaineus par Uavicl (II Sain. 5 , 2.'»). Il ne faut nas la eonlondre avec Gau aa, située dans les mêmes environs et (|ui fut le lieu de naissanee de Saul (de là Gabaatli-Saul). Cette dernière ville s'était rendue fameuse par un événement raronté dans les derniers chapitres du livre de Juges et dont nous parlerons plus loin. A quelque distance à l'ouest de Cuba et de Gabaa était située la ville de
GiMBEÔN ou Gabaon, à environ 2 lieues N. O. de Jérusalem. Du temps de Josué cette ville formait a\ ec celles de Chephira, lieérôth et KiriathyanrUn, un district indépendant qui avait une constitution démocratique.
Les Gabaonites échappèrent par une ruse à la destruction commune des peuplades cananéennes (Jos. ch. 9).
Après la conquête, Guibéon devint une des villes lévitiques. A la (in du règne de David et au commencement de celui de Salomoi» le temple portatif se trouvait à Guibeôn.
Laissaut à l'ouest Gazer et Bethllorôn (divisé en haut et bas Beth- IlorCn), nous trouvons, à peu de distance S. E. de Guibeôn , la ville de
Rama, selon Eusèbe et Jérôme à six milles N. de Jérusalem , sur le chemin de Bethel. On l'appelait aussi lîamathalm-Sophim^. Ce fut le lieu de naissance et la résidence du prophète etjugeSanmel. Après leschisme, Rama tomba entre les mains du roi d'Israël, mais Asa, roi de Juda, reprit cette ville. Quelques auteurs prennent Rama ou Ramathaïm pour la ville d'Arimathée du Nouveau Testament, lieu de naissance de Joseph ijui donna la sépulture à Jésus. Plusieurs voyageurs modernes ont trouvé dans ces environs un village appelé par les Arabes Xebi-Samouil et où l'on montre dans une mosquée le tombeau du prophète Samuel. [H y avait encore trois autres villes du nom de Rama, dans les cantons d'Aser et de Naphtali et dans la Péree.) Dans les environs de -Rama était probablement Miapah ou
• Voy. I Sam. cli. I, v. I cl ID.
Masplia, où se réunissaient, dans les temps anciens , les assemblées nationales des Hébreux '.
De Uama nous nous dirigeons vers Jérusalem, en traversant le bourg &E mina us (qu'il ne faut pas confondre avec la ville d'Kiinnaùs, située dans la Judée occidentale et appelée, par les Romains, Psicopolis) et les villes sacerdotales d'Jnathôth et de Aôb.
Nous arrivons enfin à la capitale de la Palestine dont l'histoire remonte jusqu'au temps d'Abraham, qui depuis son commencement portait les noms de justice et de paix , et qui dans ses ruines s'appelle encore la sainte. Objet de tous les bienfaits du ciel comme de ses châtiments les plus sévères, Jérusalem a obtenu, au prix de ses vicissitudes, les hommages qui lui sont adressés des différentes parties du monde. Dans sa lutte contre les nations elle a du périr pour devenir l'objet de leurs respects et de leur culte. Maintenant qu'elle ne présente plus qu'une image de désolation, le voyageur s'arrête à chaque pierre pour y chercher un souvenir; mais malgré les mille investigations dont elle a été l'objet , sa topographie ancienne, après tantde bouleversements, présente de nombreuses difficultés.
Entre les traditions d'une pieuse crédulité et les paradoxes du scepticisme, il n'est pas lacilede démêler la vérité. Nous ne pouvons pas nous livrer ici à de longs développements, mais nous remplirons le devoir de l'historien in)p;irtial, en présentant les résultats d'un examen consciencieux des documents les plus authentiques.
JÉRLSALEM.
Probablement l'ancienne .Wern (la pacifique) où régnait Melchisedek.
Avant David cette ville s'appelait Jé- 6M«(Yebous), parce qu'elle était habitée par les Jébusites. On ne saurait dire précisément à quelle épo(|ue elle reçut le nom de Jérusalem (Yerouschalem, héritage delà paix). Ce nom se trouve
'• Voy. Juses.ch. 20, v. i ; cil. 21 , v. 6 etS, ISam.'cL. 7, v. 5;cti. 10, v. 17.
L'UNIVERS
déjà dans ie livre de Josué (10, 1, et 12, 10); maiscelaneprouvenullement qu'il remonte jusqu'à l'époque de la conquête. L'empereur Adrien, qui rebâtit la ville détruite par Titus , lui (ionna le nom d'yE/ia capitolina, et les géographes arabes du moyeu âge l'appellent encore Illa, mais plus souvent lA-Kods, ou Béit-el-Makdas (le sanctuaire). Il est probable qu'elle portait ce nom déjà dans les temps anciens , car Cadytis , grande ville de Syrie, dont parie Hérodote', et qui, dit-il , fut conquise par Nécbo , roi d'Egypte , ne saurait être que Jérusalem. Le nom de Cadytis n'est sans doute qu'une corruption du mot araniéen Kadischtha (la sainte).