CHAPITRE PREiMIER
La Palestine , ses noms , sa position , ses limites.
Sousle nom âePalestine, nouscomprenons le petit pays habité autrefois par les Israélites , et qui aujourd'hui fait partie des pachalics d'Acre et dé' Damas. 11 s'étendait entre le 3l'et 33« degré latitude N. et entre le 32 et 35^ degré longitude E., sur une superflcie d'environ 1300 lieues carrées. Quelques écrivains jaloux de donner au pays des Hébreux une certaine importance politique, ont exagéré l'étendue de la Palestine; mais nous avons pour nous une autorité que l'on nesaurait récuser. Saint Jérôme, qui avait longtemps voyagé dans cette contrée , dit dans sa lettre à Dardanus (ep. 129) que de la limite du nord jusqu'à celle du midi il n'y avait qu'une distance' de 160 milles romains, ce qui fait environ 55 lieues. Il rend cet hommage à la vérité bien qu'il craigne, comme il ledit lui-même, de livrer par là la ferre jjromise aux sarcasmes des païens '.
Quant au nom de Palestine, qui nous a été transmis par les auteurs
' Pndet digère latitudinem terres repromissionis, n-e ethnicis occasionem blasphemandi dcdisse videamur.
prccs, et dont se servaient aussi Jofiél)he et l'Iiilon, il dérive (lu nom liél)reu l*elésr/u'fh. Il ne désignait (pie la partie sud-ouest du pays , habitée par les Philistins et (pii forme encore aujourd'hui la Palestine proprement dite. Le plus ancien nom du pays mie nous trouvions chez les auteurs hébreux est celui de Canaan. Ce nom cependant ne désignait que la partie située entre le Jourdain et la Méditerranée, mais il comprenait aussi la Phénieie et h^ pays des J'hilistins. Il dérive de Canaan , fds de Cliam , auquel les anciens habitants du pavs faisaient remonter leur généalogre. On trouve ce nom sur les monnaies phéniciennes, et saint Augustin rapporte qu'il (Hait usité encore de son tenifis en Afrique parmi les paysans des environs de Cartilage qui s'appelaient eux-mêmes Canani , comme descendants des Phéniciens. Depuis l'entrée des Hébreux, la Palestine est désignée sous plusieurs autres dénominations, telles que /e/ve des Hébreux, terre d' Israël. Après l'exil de Babylone, elle fut appelée terre de Juda, d'où vient le nom de Judée , dont se servent les auteurs romains. Le prophète Zacharie l'appelle terre sainte, nom qui est en faveur auprès des juifs modernes et des chrétiens. Le nom de terre promise appartient au Nouveau Testament ; on le trouve dansV Épitre aux Hébreux (eh. It, v. 9).
Il est difficile de bien fixer les limites de la Palestine, qui varièrent beaucoup à différentes époques et sur les- 3uelles nous ne trouvons pas toujours es données bien précises. Selon la Genèse (ch. 10, v. 19), l'ancienne terre de (Canaan s'étendait sur la cote de la Méditerranée depuis Sidon jusqu'à Gaza; de là la limite méridionale tournait vers l'ancien enplacement de SodomeetGomorrheou vers la merMorte, et s'avan(}ait à l'est jusqu'à Lasa , qui, selon saint Jérôme, est Callirrhoë au sud-est de la mer Morte. L'auteur de la Genèse ne nous dit pas jusqu'où s'étendait la limite septentrionale à partir de Sidon vers l'est. Quant à la limite orientale, elle était formée très-
probablement par le Jourdain, déserte que nous ne soimnes dans l'incertitude (pie sur riiitervalle qui se trouve entre les sources de cette rivière et la ville de Sidon. Mais les limites de la terre d'IsraCl ne sont pas les mêmes que celles de l'ancienne Canaan. A l'est les posse.ssions des Hébreux s'étendirent bien loin au delà du .Jourdain; les limites du pays en deçà du Jourdain n'ont jamais été en realité celles que Moïse avait assignées aux Hébreux (Nombres, ch. 34, v. 2-12). Les conquêtes de David et de Salomon, au delà des limites de Canaan, ne doivent point nous occuper ici , et pour ne pas nous perdre dans des conjectures hasardées,nousnousentientironsàquelque passages de la Bible qui nous paraissent contenir les données les moins douteuses et les moins vagues sur les limites de la terre d'Israël. Voici ce qui résulte de plus certain de la combinaison de ces passages : A l'orient, au delà du Jourdain , le pays des Hébreux .s'éîtendit jusque dans le désert, vers TEuphrate, sans que les limites fussent bien fixées (sous Salomon, qui bâtit Tadmor (Palmyre), la ville de Thapsacus, sur l'Euphrate, est le point extrême du royaume vers le N. E.)- Au nord il aboutit au territoire de Damas, à l'Antiliban et au territoire de Tyr. La limite occidentale est la Méditerranée jusqu'à l'embouchure du torrent d'Egypte (maintenant f^adiel-arlsch), bien que plusieurs villes aient été longtemps occupées par les Phéniciens au nord et par les Philistins au midi. La limite du midi partantd'EIarîsch se dirige vers la pointe méridionale de la mer Morte 'Jos., ch. 15, V. 2) ; mais à l'est de cette mer et du Jourdain , les possessions des Hébreux ne dépassaient pas vers le midi le torrent d'Arnon (maintenant If'adimoudjfl)) qui les séparait du pays des Moabites.
L'UNIVERS
niIAPITRE II.
CÉOGIWPHIE PIIÏSIQDE.
Aùpecl du sol. — Montagnes. — Plaines. — Eaux. — c;iiinat. — Phénomènes. — Fertilité.
Dans le. Deutéronome (ch. 11, v.
10 et 11) , Moïse s'exprime ainsi à l'égard (le la Palestine : « Le pays où « tu vas entrer, pour en prendre posu session , n'est pas comme la terre « d'Egypte d'où vous êtes sortis, et « où tu jetais la semence et Tarrosais « avec ton pied (par des machines) » comme un jardin potager. Mais le « pays dans lequel vous passez pour « en prendre possession est un pays « de montagnes et de vallées, qui « s'abreuve d'eau parla pluie du ciel. » Dans d'autres passages de la Bible la Palestine est souvent caractérisée comme pays de montagnes , de là les expressions de monter et descendre, si souvent employées dans la Bible pour dire : entrer en Palestme ou en sortir. A l'est et à l'ouest du Jourdain deux chaînes de montagnes, partant du Liban , traversent le pays du nord au midi, pour aboutir aux montagnes de Horeb et de Sinaï. Ces montagnes et les différentes branches qui s'en détachent sont coupées çà et là par des plaines et des vallons. Entre les deux chaînes se trouve la grande vallée que parcourt le Jourdain. Moins hautes vers le nord , les montagnes , couvertes d'arbres et de verdure, ont lui aspect plus riant; vers le midi, dans la Judée proprement dite, et surtout vers la mer Morte, elles sont stériles et les plaines elles-mêmes désertes et incultes. Sous le rapport géologique, la Palestine appartient à la grande formation du calcaire alpin.
En comparant ce qui a été précédemment écrit sur le sol de la Palestine et sur ses montagnes avec ce qu'ont dit les voyageurs modernes qui ont visité les contrées voisines' , on est amené à conclure que les montagnes sont formées de roches calcaires et
' Surtout M. Ainsworth. Voy. Bulletin de la soeiélc géolog. de France, t. IX, p. 348.
crétacées, entrecoupées d'éruptions basaltiques , qui prédominent au nord-est; et que le voisinage du lac Asphaltite a été tourmenté par des phénomènes volcaniques. A u sud-ouest le pays est presque entièrement plat , et quoiqu'il manque d'eau en été, le sol est pourtant noir et gras.
Au nord nous remarquons d'abord les célèbres montagnes du Liban. Leur nom hébreu Ijebanôn signifie mont blanc ; les neiges qui couvrent la partie orientale du Liban lui ont donné ce nom. Sur sa tête, disent les poètes arabes, il porte l'hiver, sur ses épaules le printemps, dans son sein l'automne, et l'été sommeille à ses pieds.
Le Liban, qui sépare le pays de Canaan de la Syrie, se compose de deux chaînes de montagnes : le Liban proprement dit et l'Antilibaii. Dans la Bible cependant on ne trouve qu'un seul nom pour les deux chaînes '. Elles sont séparées par ime grande vallée appelée par les anciens auteurs profanes Cœtésyrie et dans la Bible vallée du Liban ^ maintenant en arabe Bouqha (la vallée). Nous n'avons ici à nous occuper que de l'Antilibait qui seul, par ses branches méridionales , pénétrait dans le pays des Hébreux.
L'une de ces branches, à l'est des sources du Jourdain, est souvent mentionnée dans la Bible sous le nom de Hermon. Aujourd'hui la montagne du Hermon s'appelle Djebel-elschéïhh; au sud-est Djebel Héisch.
Selon Burkhardt, cette montagne forme le sommet le plus élevé du Liban ; ses neiges éternelles lui ont fait donner par les Arabes le nom de Djebel-el-theldj (montagne de neige). En deçà du Jourdain une autre branche de l'Antiliban s'étend au sud-ouest; c'est la montagne deNaphtali (Jos.. ch. 20, v. 7), aujourd'hui appelée Djebel safed. Si maintenant nous restons placés à l'ouest du fleuve, nous trouvons au sud-ouest la mont Carmel qui forme dans la Méditerranée un promontoire ,
' Dans le cantique (ch. 7, v. 5) on trouve cettfl image poétique : la tour du Liban qui regarde vers Damas ; il ne peut ici être question que de TAntiliban.
nu-dessous de Saint-Jean d'Aore. c;Vst un pic ('■orasé et rocailleux d'environ A.'iO toises d'élévation (Volnev). Son nom siijnilie plantdtion (de vignes, d'arbres); en elïet le (larniel , ainsi que ses environs, sont couverts d'arbres et de verdure : sur le sonunet on \oit des pins et des chênes, plus bas d<'s oliviers et des lauriers. Aussi le Carmel est souvent dans la Hible l'eniblèniedelal'erlililé, opposé au désert :
Au désert sera donnée la beauté du Cartncl et de la plaine de Saron, dit Isaïe dans une de ses visions prophétiques; et Amos, le berger de Thécoa, dit : Les pâturages des bergers sont en deuil, et la tête du Carmel se dessèche. Cette montagne a beaucoup de cavernes; l'on y niontre en^ core celle qu'habitait, selon la tradition, le prophète Elle. Le couvent de saint Elie, que les Car méli tes; bàtirent sur la montagne , en l'année fïîSo, fut détruit par les Turcs en 1799, après avoir été transformé par les Français en un hôpital pour les pestiférés.
Au sud-est du Carmel, à une distance de six à sept lieues, nous trouvons le mont Thabor, appelé par les Grecs Itlabijrion, et par les Arabes de nos jours Djebel 'Jour '. C'est un cône tronqué entièrement isolé. In omni parte finitur sequaliter, dit saint Jérôme. Ses pentes sont couvertes de buissons, de chênes et de pistachiers sauvages. Sur le sommet , qui forme un plateau ovale d'une demilieue de circuit, on voit les ruines d'un fort, et sur les bords est un mur épais où se trouve à l'occident une porte voûtée. Cette montagne est célèbre dans les traditions sacrées des juifs et des chrétiens. C'est là que Barak, sur l'ordre de Débora , rassembla son armée , pour combattre contre Sisera , et , selon saint Jérôme , c'est au Thabor qu'eut lieu la transfiguration de Jésus Entre le Thabor et Safed , se trouve une colline oblongue, ayant deu.\ pointes aux
' M. Schubert, botaniste bavarois qui tout récemment a viNlIé la Palpstini-, donne au Thabor une hauteur de I7i7 pieds de Paris.
deux extrémités; de là son nom de Koroun-hottein ( les cornes de Hotleïn ) '. Les chrétiens l'appellent montagne des béatitudes; car, selon la tradition, ee fut là que Ji^sus prononça son discours appelé le sermon sur la montagne.
Au midi du Thabor, après avoir traversé la plaine d'Esdrélon, on voit s'élever une chaîne de montagnes , qui s'étend jusqu'au désert (Ïlil-Tuh.
La partie du nord s'appelle dans la Hible la montagne d'Éphraïm, celle du sud hjnontagne de Juda ; elles ne sont point séparées par une limite naturelle, et se terminent à l'occident en une plaine qui aboutit à la mer ; leur pente orientale forme la côte pierreuse à l'ouest de la plaine du Jourdain et de la mer ISIorte.
Josèj)he présente la montagne d'É- [ihraïin comme riche en sources, en vignes et en arbres fruitiers. Là nous trouvons les monts Ébal et Garizim,run au nord de la plaine de Si(them , nu et escarpé , l'autre au midi, couvert de jardins, qui s'élèvent en forme de terrasses. Il est parlé des monts Ébal et Garizim dans la loi de IMo'ise. Les tribus Israélites après avoir pris possession du pays de Canaan devaient bâtir un autel" sur l'Ébal et y célébrer un sacrifice solennel. Ensuite six tribus devaient se placer sur cette montagne pour prononcer la malédiction contre ceux qui n'observeraient pas la loi ; les six autres tribus sur le Garizim pour prononcer la bénédiction sur ceux qui suivraient la loi. Josué en effet fit exécuter cet ordre de Moise ( v. Deutéron., ch. 27, et Jos., ch. 8, v. 30-35). Les Samaritains , qui , sous Alexandre le Grand , bâtirent un temple sur le Garizim , substituèrent dans le Dcutéronome le nom de cette montagne à celui dKbal , afin de désigner le lieu de leur sanctuaire conune celui où jadis s'était conclue l'alliance solennelle. Encore aujourd'hui les Samaritains
' HoUéin e.st le nom d'un village qui se trouve au pied de la colline; c'est laque Saladin battit les Francs, le 4 juillet 1187, dans la célèbre bataille on Guvde I.usjgnao, roi de Jérusalem, fui fait prisonnier.
L'UNIVERS
de Nablous se tournent en priant vers la montagne de Garizim. Au nord-est la montagne d'Éphraïm se termine par le Gelboa, maintenant Djebel Djilbo , célèbre par un combat entre les Israélites et ies Philistins oij Saiil et ses enfants perdirent la vie. Au nord-ouest elle se lie au Carmel dont nous avons déjà parlé.
La /nontagne de Juda s'étend jusqu'à la limite méridionale de la Palestine; elle portait avant la conquête des Hébreux le nom de montarjne des Amorites. A l'est elle est limitée en partie par la mer Morte. Là nous trouvons les célèbres hauteurs de Jérusalem, les monts Sionel Moria et la montagne des Oliviers. Sur cette dernière on ne trouve maintenant qu'un petit nombre d'oliviers; mais on y voit des vignes, des citronniers, des' amandiers et des figuiers. — Au nord-est de Jérusalem jusqu'à Jéricho , on ne trouve que des montagnes pierreuses et des vallées stériles. La plus remarquable de ces montagnes est celle qu'on appelle Quarantania , située au nord de la plaine de Jéricho. Elle tire son nom du jeune de quarante jours observé par Jésus , et les traditions placent ici la scène de la tentation. — - Au midi de Jérusalem les montagnes sont également stériles; ce n'est qu'aux environs de Bethléem qu'on trouve quelques collines plantées de vignes et d'oliviers. Dans ces environs Seezen trouva un mont Carviel qu'il ne faut pas confondre avec la célèbre montagne du même nom , mais qui est très-probablement le Carmel mentionné dans le premier livre de Samuel (ch. 15, v. 12, et ch. 25, V. 5).
Si maintenant nous retournons au Hermon pour suivre la chaîne des montagnes qui s'étend du nord au sud , à l'est du Jourdain , entre les rivières di'Hieromax (Scheriat-raandhour) et diArnon ("NVadi-moudjeb), nous trouvons les montagnes de Basan et de Gilead ( maintenant Djebel Djelaad). Ces montagnes s'étendent au delà du ff^adl Zerka (le Yabboc de la Bible) jusqu'à Rabbath Ammon.
En avançant vers le sud, s'élèvent les montagnes A'Âbarim, qui s'étendent jusque dans le territoire des Moabites. Ici on remarque, comme le point le plus élevé, le Djebel Attarous qui est très-probablement le Nebo ou Pisgah sur lequel monta Moïse avant sa mort, pour voir le pays que les Hébreux allaient conquérir.
Les deux chaînes de montagnes, à l'est et à l'ouestdu Jourdain, se continuent au midi de la mer Morte et vont se joindre aux montagnes de Seïr (maintenant Djebâl) qui se prolongent jusqu'au golfe élanitique.
Dans toutes ces montagnes, l'on trouve un grand nombre de grottes et de cavernes , qui dans les temps anciens étaient habitées par les peuplades encore sauvages et qui plus tard servaient souvent de lieux de sép,uy|J^. Le nombre prodigieux de caverrres que l'on trouve en Palestine s'explique naturellement par le caractère des montagnes. Les cavernes ne manquent jamais dans les formations du calcaire alpin tl jurassique.
La plaine la plus importante de la ^ Palestine est celle du Jourdain. f)ans la Bible elle est appelée, par excellence, Ha-arabah (la plaine) ; maintenant on l'appelle El-Ghôr. Elle s'étend entre les deux chaînes de montagnes depuis le lac de Tibériade jusqu'à la mer Morte, où elle a près de deux lieues de largeur. Cette partie est appelée dans la Bible plaine de Jéricho. Elle sert de pâturage aux troupeaux des Bédouins, mais elle est peu cultivée maintenant. Voici comment M. de Chateaubriand décrit la plaine du Jourdain : « La vallée comprise « entre les deux chaînes de montagnes « offre un sol semblable au fond d'une « mer depuis longtemps retirée : des « plages de sel . une vase desséchée , « des sables mouvants et comme sil- « lonnés par les flots. Çà et là des « arbustes chétifs croissent pénibie- « ment sur cette terre privée de vie , " leurs feuilles sont couvertes du sel « qui les a nourries, et leur écorce a « le goût et l'odeur de la fumée. Au « lieu de villages on aperçoit les rui-
« nos de quelques tours. Au milieu de n I;i vallée |)a.sse un fleuve décolore; • il se traîne à regret vers le lac eni- •< pesté qui l'engloutit. On ne distin- « gue son cours au milieu de l'arène « que par les saules et les roseaux qui « le bordent : l'Arabe se cache dans n ces roseaux pour attaquer le voya- « geur et dépouiller le pèlerin. »
La Bible mentionne beaucoup d'autres plaines, dont nous nous contentons de nommer ici les plus célèbres.
La plaine de Yesrecl ou Esdn'lon (maintenant Merdj Ibn-Jtner), au sud du Tliabor, a environ huit lieues de long sur quatre lieues de large. Ce n'est |)as une plaine dans le sens propre du mot; elle consiste , dit un voyageur moderne (Bucliiiigham, p. 552X en une série d'élévations et de dépressions dont quelques-unes sont fort considérables. I\!aintenant elle est fort peu cultivée, quoiqu'elle soit propre à la culture des blés. Dans l'histoire elle est célèbre par plusieurs combats qui s'y livrèrent, entre Gédéon et les Matlianites , entre Saùl et les Philistins, entre Achabetles Syriens. Là tomba le roi Josias frappé |)ar les archers du roi Pharaon-Néclio.
— La plaine deSat'on, célèbre pour ses pâturages, était située probablement près de Yâfa et de Lydda, comme le dit saint Jérôme, quoique la Bible ne nous donne là-dessus aucun renseignement. — LaSche/élah (lieu bas) est sans doute la plaine qui, sur la côte de la Méditerranée , s'étend de YAfa jusqu'à Gaza , et où se trouvaient les cinq principautés des Philistins. — Dans les environs de Jéru.salem nous trouvons les vallées des Hephavn ou géants^ deJosaphat etde Guéhinnôm.
Dans cette Jernière vallée se célébraient les cérémonies du culte barbare de Moloch, et plus tard les Juifs désignèrent par son nom l'enfer ; de là le nom de Géhenne qu'on lit dans le Nouveau Testament. — A l'est de la mer Morte nous trouvons les plaines (le Moah (maintenant El-Kuràh)^ où les Hébreux campèrent quelque temps avant de passer le Jourdain.
Les lieu,\ qui dans la Bible sont ap-
pelés déserts (Midbar) ne sont pa»
toujours des terrains stériles et entièrement incultes. Souvent ce sont des lieux peu propres à l'agriculture, mais où l'on trouve toutefois de.s pâturages. Dans le nord nous ne voyons mentionné que le désert de Iiethsaid(i où se rendit Jésus après la mort de saint Jean-Baptiste. Dans le midi il y en a plusieurs, dont le plus inq)ortant est le désert de Judn qui contenait six villes et était situé près de Thccoa sur la côte occidentale do la mer Morte. Au nord-est de Jérusalem est le désert de Jéricho et au sud-est sont les déserts de En-guedi et de Ziph, qui renferment, l'un et l'autre, beaucoup de montagnes et de cavernes.
La Palestine n'est point riche en bois , si on en excepte la Bataiiée au delà du Jourdain, qui abonde en chênes. La Bible mentionne çe|)cndant plusieurs forets en deçà fm fleuve comme, par exemple, la forêt d'Ephralm (2 Sam. cli. 18, v. fi) et la furet de Harethii Sam., ch. 22, v. 5) dans le pays de Juda.
Il nous reste à parler des eaux de la Palestine ; nous allons les examiner en allant de l'ouest à l'est et en commençant par les golfes de la Méditerranée. Nous verrons d'abord quelques petits torrents qui se jettent dans la mer; ensuite le Jourdain se présentera avec les trois lacs qu'il rencontre sur son chemin , et enfin les torrents qui viennent de l'est se jeter dans le Jourdain et dans la mer .Morte.
La Méditerranée est appelée dans la Bible la mer par excellence, la grande mer, la mer extrême. Le golfe le plus important sur les côtes de la Palestine est celui de Saint-Jean d'Acre; celui deYâfaest moins considérable, quoique le port , d'ailleurs trèsmauvais , lui donne une certaine importance. Les cèdres du Liban destinés à Jéru.salem étaient transportés par radeaux jusqu'à Yâfa (2 Ghron., oh. 2, v. 15). Le flux et le reflux sont peu sensibles sur ces côtes.
On ne trouve à l'ouest du Jourdain que de petites rivières qui ne sont.
L'UNIVERS
point propres à la navigation. IVous en remarquons cinq : 1° Le liclus (maintenant Nahr-Halou?) qui traverse la plaine de Saint-Jean d'Acre et qui se jette dans le golfe près de cette ville. Il ne se trouve pas mentionné dans la Bible, mais il est célèbre dans l'antiquité, car ce fut sur ses bords que les Phéniciens inventèrent le verre '. Selon Josèphe {de Bello Jud.^ 2, 11), il ne parcourt que l'espace de deux stades ou de 250 pas. 2° Le Ki~ son ( Nahr el-mokatta et Nahr-Haifa ^) a sa source à quelque distance du Thabor, et après avoir parcouru la plaine d'Esdrdon , il touche le Carmel au nord et se jette près de Haifa dans le golfe d'Acre. En hiver il se gonfle par les torrents qui descendent des montagnes de Samarie. Débora l'a célébré dans son cantique; car ce fut sur ses bords que Barak remporta la victoire sur Sisera. 3° Le Kanah a son eînbouchure entre Césarée et Yâfa ; il formait autrefois la limite entre les tribus de Manassé et d'Éphraïm.
4° Le Besœ' tombe dans la mer près de Gaza ; il est connu dans la Bible par l'expédition de David contre les Anialécites (1 Sam., çh. 30, v. 9, 10, 21). 5° Le torrent d' Egypte (Wadî-el- Arîsch) , qui forme la limite méridionale de la Palestine. Il tombe dans la mer prèsd'El-Arîsch, autrefois /{/«nocoroiira. — Nous remarquons encore à l'ouest du Jourdain deux petits torrents, le CnY/ietle Kidron (Cédron) ; le premier tombe dans le Jourdain à l'est de Samarie ^ , le second , sorti de la vallée qui sépare Jérusalem de la montagne des Oliviers,
' V. Tacit.. Hist-, liv. 5, ch. 7. Plin., Hist. Nat.,liv. 5,ch. 19 : Rivus Pagida, sive Belus, viiri fertiles arenas parvo lilori miscens : ipse e palude Cendevia a radicibus Carmeli projlutt.
^ Ce dernier nom se trouve dans la Vie de Saladin par Boha-eddin. Voy. VIndex geoe/raph. de Sclmltens , aux mots Flavius haiplue.
3 Selon Eusèbe et St. Jérôme le Crith était à l'est du Jourdain. Nous avons suivi l'opinion de Brochard { Descript. Terra sanctœ, p. n6)etdeSàauio (Liber secretor.Jidcl. crucis, 1. III, part. 14, cap. 3) qui ont trouvé la spurce du Crilh près de l'ancienne ville de Phasaélis au nord-ouest de Jéricho.
court vers le midi se jeter dans la mer Morte, après avoir passé près du couvent de Saint-Sabas.
Le grand fleuve de la Palestine , le seul qui mérite réellement ce nom, est le Jourdain (en hébreu yarden ).
Il est formé par le confluent de trois petites rivières; ce sont : l°le Hasbeni ou Moyet- Hasbeia, qui prend sa source près de Hasbeïa, au pied du Djebel-ei-Scheïkh ; 2" le Dan, qui sort au sud-est du Hasbeni, près de Tell-el- Kadhi, et qui après un court trajet se lie avec 3° le Banias (Paneas) venant de l'est ; celui-ci sort d'une grotte près de Banias , l'ancienne Césarée -Philippi, et sa source fut considérée par les anciens habitants comme étant la seule véritable source du Jourdain '. Elle paraît être en rapport avec le lac appelé Birket-el-Râm, autrefois /"Amla, qui se trouve à deux lieues de là au nord-est; car Josèphe rapporte {deBellJud.,l. 3, ch. 16) que le tétrarque Philippe, ayant fait jeter de la balle dans la Phiala, elle reparut dans la source du Banias. Les trois rivières réunies forment donc le Jourdain, qui va couler d'abord dtyis le^ lac (ÏElhoula, autrefois appelé SamochonUis et dans la Bible eaux de Merôm (hauteur). Ce lac a environ deux lieues et demie de long sur une lieue de large; son eau est quelquefois bourbeuse et malsaine, ce qui ne l'empêche pas d'être très-poissonneux. En été il est presque à sec, et on y voit pousser des joncs et des bui.ssons qui servent de repaire aux serpents et aux sangliers. Ses bords orientaux sont les seuls habités; au sud-ouest le sol est couvert d'une couche de terre saline, en sorte que les Arabes ont appelé le bord occidental du nom de Melâha. Là Josué vainquit Jabin , roi de Hasor, et quelques autres rois des Cananéens. Après avoir traversé ce lac , le Jourdain parcourt les vallées autrefois si florissantes de la Galilée, se di-
' Voy. Josèphe , rfu- Bello Jud., 1. 2, ch. 21. Dans le Talmud (Bava Bathra , fol. 74 verso) on lit aussi que le Jourdain sort de la grotte de Pamias. Voy. aussi le commentaire de Raschi au Deutéron., ch. 33, v. 22.
1»ALKSTINE.
rin»'i>'>l 3U sud. .\ iineilemi-lieuf du iac se trouve \if. pont des fils de J ufo6 ( Djisr Keni-Yacoub), ainsi apjii'lé parce que , selon le tradition populaire, ee fut là que Jacob passa le Jourdain en revenant de la Mésopotamie avec sa famille. Le pont, bAti en basalte, a quatre arches; la largeur du fleuve, dans cet endroit, est de 3;> pieds. A deux lieues do là le fleuve tombe dans le lac de Tibériade. Ce lac appelé en hébreu Yain-Kinnéreth ( mer de Kinnéreth ), du nom d'une ville des Naphthalites située sur ses bords à l'occiilent , fut plus tard nommé lac de Genesar ou Geiiesareth, nom (|ui se trouve déjà employé dans le jiremier livre des INIachabées (ch. ii, V. 67) et souvent dans le Nouveau Tes- ^ tament et dans les écrits des anciens * rabbins. La mer de Galilée , dont il est question dans les- Évangiles, est encore ce même lac. Le nom qu'il porte maintenant, celui de lac de Tibériade, ou'comme prononcent les Arabes), Tabariyyn, est également trèsancien ; on le trouve dans l'Évangile de saint Jean (ch. G, v. i, et ch. 21, V. I). Ce lac, dont le fond est sablonneux, a des eaux limpides et douces et on y trouve beaucoup de poisson , surtout dans la partie du nord. Ses environs forment la plus belle contrée de toute la Palestine ; on y jouit de la température des tropiques, et Burckhardt rapporte que les melons y nuh'issenl un mois plus tôt que dans les environs de Saint-Jean d'Acre et de Damas. Tous les voyageurs modernes parlent encore de la beauté de ce lac, comme le font Josènhe et les auteurs du Talmud. Autrefois les villes de Tibériade, Tarichée, Bethsaida , Caphernaùm et autres animaient les environs de ce lac; maintenant on n'y trouve plus que des ruines. Tibériade, autrefois capitale de la Galilée, n'est plus qu'une petite bourgade. La longueur du lac est, selon Josèphe, de Nû stades (environ 6 lieues), la largeur de 40 stades (une lieue et demie). Des voyajieurs modernes lui donnent une étendue un peu moins grande.
La pèche y est encore aujourd'hui
assez productive, quoiqu'elle ne se fasse que sur ses bords. La mer de Calilée est célèbre dans les traditions chrétiennes; le calme et la paix qui y régnaient ordinairement furent troublés, sous ^espasien, par un conibal (jui s'y livra entre les Juifs et les Romains (Jos., Hell. Jiid., III, 10).
Sorti du lac, le Jourdain continue son cours vers le sud à travers la vallée du Ghôr, et à une distance de 2.> lieues il se jette dans la mer Morte.
Les Arabes appellent cette partie du fleuve Sc/teria ou Scheriat-el-kebir , tandis qu'ils donnent à la partie supérieure le nom d'Ordoim. La largeur du fleuve ne passe guère soixantedix à quatre-vingts pieds, mais il a une profondeur de dix à douze pieds (Volney, t. ii,ch. G). Il offre beaucoup de sinuosités : en sortant du lac de Tibériade, il parcourt d'abord trois lieues le long des collines occidentales, puis tourne vers l'orient, et après avoir encore fait plusieurs lieues dans cette direction, il se dirige de nouveau vers l'occident et va ensuite eu ligne assez droite du nord au sud jusqu'à son embouchure. Il résulte de plusieurs passages de la Bible que le Jourdain débordait quelquefois vers l'équinoxe du printemps. (Jos., ch. 3, v. 15. 1 Chron., ch. 12, v. 15. Ecclésiastique, ch. 24, v. 3G.) Parmi les voyageurs modernes, Volney est le seul qui parle de ses inondations.
Quaresmius (Elucid. Terrae S., t. ii, p. 738) dit positivement qu'elles ne paraissent plus avoir lieu, qu'il a visité plusieurs fois les rives du Jourdain à l'époque de la Pàque, pour y célébrer la messe, et que le fleuvié alors non-seulement ne sortait pas de son lit , mais qu'il le remplissait à peine. On pense que les bords du ileuve sont maintenant plus élevés que dans les temps anciens et que par cette raison les débordements sont plus rares. Au reste, tout dépend de la fonte plus ou moins prompte des neiges de l'Antiliban , seule cause du gonflement du Jourdain. L'embouchure du fleuve offre le plus grand contraste avec le beau lac de Tibc-
L'UNIVERS
riade. Là une nature pleine de charme, une véiiétation riante , ici la tristesse et la mort. Dans la mer Morte le Jourdain trouve son tombeau.
Cette mer porte dans la Bible plusieurs noms : dans le Pentateuque elle est appelée la mer de sel ou la mei- de la plaine ( parce qu'elle est située près de la grande plaine du Jourdain, .Iraba). Quelques-uns des derniers prophètes, comme Joël, Ézécliiel , Zacharie, l'appellent la mer orientale. Les Grecs et les Romains lui donnèrent le nom &Jsphaltitis , à cause de l'asphalte qui y surnage et qu'elle dépose sur ses bords. Enfin les Arabes l'appellent Bahret-Lout (lac de Lot), parce que Lot, neveu d'Abraham , demeurait dans ses environs. Le nom de mer Morte que nous lui donnons communément se trouve déjà dans les écrits d'Eusèbe et de saint Jérôme. Ce dernier, dans son commentaire sur Ézéchiel (ch. 47, V. 9), dit qu'on l'appelle ainsi parce qu'elle ne renferme rien de vivant, et il ajoute : Rêvera, juxta literam hue usque nihil, quod spiret et possit incedere , prœ amaritudine nimia in hoc mari reperiri potest , nec cochleolae^quidem parvique vermiculi et anguillse et cxtera animantium sive serpentum gênera quorum magis corpuscula possumus nossequam nomina. Denique si Jordanes auctus imbribus pisces illuc injluens rapuerit., statim moriuntur et pinguibus aquis supernatant. Il sera intéressant de rapprocher de ces paroles de saint Jérôme ce qu'a écrit quatorze siècles après lui un voyageur dont le témoignage n'a jîas nioins d'autorité. Voici comment s'exprime Volney (État physique de la Syrie, ch. i, § 7 ) : « Le « seul lac Jsphaltite ne contient rien « de vivant ni même de végétant. On « ne voit ni verdure sur ses bords , ni « poisson dans ses eaux'; mais il est
' M. de Chateaubriand avant entendu quelque bruit sur le lac, on fui dit que c^itaient des lésions de petits poissons qui Tiennent sauter au rivage. Pococke aussi, étant à Jérusalem, avait entendu dire qu'un raissionnaire avait vu des poissons dans le lac Asplialtile. Mais ces données sont trop
« faux que son air soit empesté au « point que les oiseaux ne puissent le « traverser impunément. Il n'est pas « rare de voir des hirondelles voler « à sa surface, pour y prendre l'eau « nécessaire à bâtir leurs nids. La « vraie cause de l'absence des végé- « taux et des animaux est la salure « acre de ses eaux, infiniment plus « forte que celle de la mer. La terre « qui l'environne, également impré- « gnée de cette salure, se refuse à pro- « duire des plantes; l'air lui-même « qui s'en charge par l'évaporation, « et qui reçoit encore les vapeurs du « soufre et du bitume, ne peut conve- '• nir à la végétation. De la cet aspect « de mort qui règne autour du lac. »
Il est facile de se maintenir sans nager sur la surface de l'eau, à cause de son poids spécifique. Josèphe raconte que Vespasien y avait fait jeter des hommes, les mains liées sur le dos, et que ces hommes ne périrent point (de Bell. Jud. 1. 4, ch. 8). Periti imperitique nandi perinde attolluntur, dit Tacite (Hist., v. 6).
On n'a su se rendre compte de ïh consommation des eaux que it Jourdain verse sans cesse dans le lac. Quelques-uns ont supposé une communication souterraine avec la Méditerranée; d'autres l'ont exphquée par l'évaporation , et cette dernière opinion est la seule vraisemblable'.
vagues, pour pouvoir être opposées à l'opinion généralement adoptée par les anciens et les modernes. Ce qui est plus positif, c'est que Hasselquist et Maundrell découviiient des coquillages sur la rive du lac.
M. de Buten a fait transporter sur les bords de la Méditerranée plusieurs litres d'eau puisée dans la mer Morte. Des poissons péchés a l'instant dans la Méditerranée et encore pleins de vie furent placés dans un vase contenant l'eau du lac Asphaltite .: Us n'y vécurent qu'une demi-minute. L'autopsie de ces poissons fut faite par le docteur Grassi, médecin en chef du service sanitaire eu Egypte et se trouvant alors en Palestine. Les organes digestifs ne présentaient aucune lésion apparente, et il en conclut que la mort avait été causée par une asphvxie ou que le poison avait agi sur le système nerveux.
• La première hj-pothèse n'est guère admissible, si l'on considère le niveau delà mer ^lorte comparé à celui de la Méditerranée et de la mer Rouge. Tout récemment plusieurs voyageurs ont constaté, par de» observations thermométriques, une dépres»
PALESTINK.
tf
Le lac a environ l'J lieues de loii- Riu'iir, et une lar;^eur de 5 lieues. A sa place était autrefois, selon la Genèse (cli. 1-1, V. 3\ une vallée appelée .s'/V/f///«, dans la(|uelle se trouvaient des puits d' asphalte {th., v. 10 ) '. Le lac se serait formé par le terrible pliénoniènetiui causa ladestructioudcs villes de Sodonu',Gomorrhe, Adania et Seboïni , situées dans ces environs.
La catastrophe de ces villes fut nnienée sans doute par l'éruption d'un volcan. Les laves et les pierres ponces qu'on trouve sur les bords du lac ne laissent pas de doute sur la nature volcanique de ces contrées, et il paraît que le feu n'est pas encore entièrement éteint. « On observe, ditVolney (ib., § 4), qu'il s'échappe souvent du lac des trombons de fumée, et qu'il se fait de nouvelles crevasses sur ses rivages. «
Parmi les petites rivières de l'est nous en nommerons trois, qui sont les plus remarquables : \° l£ Scheriatel-mandhour ou Menadhiré , appelé aussi Hiéromax ou Yarmouk. Ses sources sont, selon Burckhardt, dans le Djebel Hauran et dans le Golan. Il coule d'abord dans un profond lit de basalte; en sortant des montagnes sa largeur est de 65 pas, et il se jette dans le Jourdain à deux lieues au-dessous du lac de Tibériade. Il n'est point mentionné dans la Bible. 2" Le Ze/7i«, dans la Bible Yabbok. Selon Burckimrdt, il vient du Djebel Hauran
.•«ion Irès-forle du niveau de la mer Morte. Voy. les observations communiquées à ce sujet à l'Académie des sciences par M. le capitaine d'état-maior Cailier. Comptes rendus des .séances tle r.\cad. des se, année IH38, second semestre, p. "as. — Selon les observations de MM. Moore et Bertou, la mer Morte serait placée environ C(»o pieds au-dessous de la .Méditerranée. Voy. le Bulletin de la société de géograpliie ; *i'= série, t. XI, p. 3.2S>.
' Le mot hémar "ISH qu'on trouve dans
le texte hébreu est le même dont se servent encore aujourd'hui les \rabes pour désigner l'asphalte. Brochard dit : Ht putei iixque in hodiernuin dicm ccriiuiitur in tiUtre ejus ^lacus) halfvnUs mnguti pyramides creclas, td quod oculin vu-is viai (Dcscr. Terr;c S., cap. 7)- La même chose est oonlirmée par Volney.
et après être sorti des montagnes, il va a une lieue ■'> O. se jeter dans le Jourdain. Autrefois il séparait les Ainnionitcsdes Amorites; maintenant il forme la limite entre les districts de Morad et de Beika. 3° Le /Far/i Moxidjeb, dans lu Bible Arnon. Il sort des montagnes de l'Arabie déserte [irès de Ivatrane, station des pèlerins de Syrie; il coule d'abord vers le midi, ensuite il tourne vers l'ouest pour se jeter dans la mer Morte, près de son extrémité septentrionale. Il sépare le Beika du Kerek , ancien pays des iMoabites, et il formait autrefois la limite méridionale de la Palestine orientale.
Ontrouveaussi en Palestine plusieurs -sources chaudes. Josèphe et Pline parlent des eaux thermales de Caltirrhoe, au sud-est de la mer IMorte; elles ont été retrouvées récemment par Legh , voyageur anglais'. « Ce sont là trèsprbbablement les Yémim que, selon la Genèse (ch. 30, v. 24), Anah fils de Sibéon trouva dans le désert ». « Dans les environs du lac de Tibériade il y a également des bains chauds : à l'ouest près de la ville de Tilmùade, et à l'est près de Gadara, maintenant Omm-Keis, oit Burckhardt trouva dix sources d'eau minérale. Dans la Bible il n'en est pas question.
On voit par la description que nous venons défaire, que si, à raison des latitudes, la Palestine devrait être un pays très-chaud , son climat est cependant très-varié à raison de l'élévation du terrain. Peu de pays offrent sous ce rapport autant de variété dans une enceinte aussi étroite. Il suffit souvent de se transporter à quelques lieues pour se trouver dans un climat tout différent. Ici vous trouverez des palmiers et les fruits des tropiques,
' Voy. Journev frnm Moscow to Constantinople on Ihe years IHI7, 1818, by Will. Macmichael. Lond. isin, 4", p. l.si.
* Le mot Q'D* a beaucoup embarrassé
les interpréter; les uns y ont vu une race de yénnis, les autres des miiletx. Mais la Vulpate le rend déjà par aqiiae calidw , et saint Jérôme observe que les sources chaudes s'appelaient Ycmtm dans la langue phénicicnuc
L'UNIVERS
là des noyers et d'autres productions des pays plus froids; ainsi on y voit réunies, dans un rayon peu étendu, les productions des* climats les plus différents et des pays les plus éloignés les uns des autres.
Le soleil se lève, dans le solstice (Fêté, un peu avant 5 heures et il se couche à sept heures et quelques minutes; dans le solstice d'hiver il se lève un peu après 7 heures et il se couche un peu avant 5 heures ; la lonfiueur des jours varie de 9 heures 48 minutes à ]4 heures 12 minutes. L'année se divise en deux saisons , celle des chaleurs et celle des pluies, ou en été et hiver '. Les chaleurs de l'été sont tempérées par la rosée qui tombe [tendant la nuit et qui dans la Bible est souvent présentée comme une des plus grandes bénédictions du ciel. Elle est tellement abondante que ses effets ressemblent souvent à ceux de la pluie.
Oiœre-moi, dit l'amant dans le cantique (ch. 5, V. 2), ouvre-vioi, ma sœur, mon amie; car ma tête est pleine de rosée, tes boucles de mes cheveux sont pleines des gouttes de la nuit. L'été est presque sans nuage et les orages sont fort rares. La saison des pluies commence vers la fin d'octobre. Après la première pluie ou la pluie hâtive, qui est suivie d'un second été, on s'occupe des semailles d'hiver, qui con.sislent en orge et en froment. Au milieu de l'hiver, aux mois de décembre et de janvier, les pluies deviennent de plus en plus fortes , et dans le pays élevé , elles prennent la forme de neige. Plusieurs passages de la Bible, où il est question de neige et de glace, prouvent que dans quelques contrées de la Palestine le froid est quelquefois très-sensible : H envoie de la neige {blanche) comme la laine, il répand le frimas comme tes cendres , il Jette sa glace en morceaux ; qui pourrait tenir devant sa gelée? (Ps. 147, 16.) Les eaux se cachent comme sous unepierre, et la surface de Vabime se consolide (Job, ch. 38, V. 30). — La dernièie
' L'hiver est passé, la pluie s'en est alhe, (Cantique, ch. 2, v. ir.)
pluie ou la pluie tardive tombe aux mois de mars et d'avril , avant la récolte des fruits d'hiver. C'est à la fin d'avril et dans le courant de mai qu'on coupe le froment et l'orge. On profite de la pluie tardive pour faire les semailles d'été, telles que le sésame, le doura, le tabac, le colon, les fèves et les pastèques', dont la moisson se fait dans les mois de septembre et d'octobre. C'est à la même époque, c'està-dire, à la fin de septembre, que se font les vendanges dans les montagnes.
La marche des vents est très-régulière. Vers l'équinoxe d'automne le vent du nord-ouest commence à souffler, et il dure jusqu'en novembre, alternant surtout avec le vent d'est. De novembre jusqu'en février régnent ceux du nord-ouest, de l'ouest et du sud-ouest : ces deux derniers sont appelés par les Arabes les pères des pluies^. Ils sont remplacés, au mois de mars, par les pernicieux vents du sud qui soufflent ordinairement trois jours de suite. Les vents d'est qui leur succèdent durent jusqu'au mois de juin. Tandis que le vent d'ouest amène la pluie, le vent d'est, qui vient du désert, est extrêmement chaud, et brûle les plantes. Ézéchiel (17, 10; 19, 12)^ parle du vent d'est qui dessèche la vigne; par une image dont se sert Osée (13, lô) nous voyons qu'il fait tarir les sources. Il souffle avec force et souvent dégénère en tempête. Aussi, dans la Bible, se serton souvent du motes/(KADÎM)dansle sens de tempête. Le vent d'est brise les vaisseaux de Tarsis (Ps. 48 , 8).
Après le vent d'est, c'est le vent du nord qui s'établit , et qui permet d'aller et de revenir à la voile sur toute la côte 4.
La Palestine nous présente quelques phénomènes extraordinaires , qui , dans les temps anciens et mo-
' Volney , État phys. de la Syrie , ch. I , g
• Volney, ib., § il.
3 Yoy. aussi Isaïe, 27, 8; Jérémie, 18,
^ Volney, même endroit.
démos, sont devenus qnekiuefois pour ce pays des (leaiix redoutahles.
Tels sont lès treinl)lenientsde terre et les sauterelles. Los tremblements de terre sont dus sans doute à la même cause que les éruptions volcaniques, dont la Palestine fut autrefois le théâtre'. 1 /histoire nous a conservé le.souvenir de plusieurs tremblements, qui ont détruit des villes entières 'dans la Syrie et la Palestine. Le propliète Zacharie(cl). 1-1, v. 5) parled'un (^rand tremblement de terre qui eut lieu sous le règne d'Ouzia, roi de Juda; ce qui prouve qne cette catastrophe resta longtemps dans la mémoire des honunes, car entre Ouzia et Zaeharie on compte pins de 250 ans. Cet événement avait formé une ère nouvelle; car dans l'épigraphe des prophéties d'Amos, pour fixer l'époque de la mission de ce projjhète, on dit qu'il prêcha deux ans avant le tremblement. — Sous llérode, lors de la bataille d'Actium, il est fait mention d'un autre tremblement de terre qui lit |)érirdix mille personnes (Josèphe, Antiqu., 1. 15, ch. 5, § 2). Les terribles tremblements qui , pendant le règne de l'empereur .Tustinien (527- 565), se renouvelèrent presque chaque année, firent surtout de grands ravages dans la Syrie et la Palestine'. Plusieurs écrivains du moyen âge Iiarlent également de semblables fléaux dont ils furent témoins dans ces contrées; le tremblement déterre de 1 IGi), dont parle Ciuillaume de Tyr (Hist., 1. 20, ch. 11)), se renouvela pendant (]uatre mois^. On trouve dans la relation de V Écjijpte , par le médecin arabe Abdallatif^ des détails sur celui de 1202, qui détruisit presque toutes les villes sur la côte de Syrie et dans la Galilée, et qui s'étendit jusqu'en Kgypte. Dans les temps modernes, Volney parle d'uu tremblement arrivé en 1751), qui lit périr plus de 20,000
' Vov. cidpssus. paje II.
' Voy. (;ih!)on. Hisl. à la fin du T. VIT; Riller tird/iiiinlc , T. Il, p. ."Ja» (première édition).
' Comparez aussi Benjamin de Tudcle, lliner. F,d. L'Empereur, p. .3:1 et .^H.
♦ Traductiou de .M. Silv. de Sacy, p. 41;.
personnes. Knlin de nos jours encore la Syrie et la Palestine ont cruellement souffert de ce fléau; en 182'i la villed'Alep fut détruite en grande partie, et tout récemment (janvier 1837), Tibériade, Sa fad et plusieurs autres villes de la ("jalilée ont subi le même sort. Il est digne de remarfiue, (jue de tout temps le territoire de .lérusalem est resté presque intact dans les grandes secousses; un des plus anciens poètes a dit : Dieu est au milieu d'elle, elle ne chancelle pas (Ps. 40, V. 9).
La Palestine, ainsi que d'autres contrées de l'Orient, est en proie au fléau des sauterelles, qui arrivent quelquefois par nuées ravager les campagnes.
Nous citerons ici la description d'un auteur moderne, elle offre KA plus grande analogie avec celle que nous a laissée le prophète .loël : « La quanti té de ces insectes, dit Volney (l.c,§ 5), est une chose incroyable pour quiconque ne l'a pas vue par lui-même : la terre en est couverte sur un espace de plusieurs lieues. On entend de loin le bruit qu'elles font en broutant les herbes et les arbres comme d'une armée qui fourraj^e à la dérobée. Il vaudrait mieux avoir affaire à des Tarlares qu'à ces petits animaux destructeurs :
on dirait que le feu suit leurs traces. Partout où leurs légions se portent , la verdure disparaît de la campagne, comme un rideau que l'on plie; les arbres et les plantes dépouilles de feuilles, et réduits à leurs rameaux et à leurs tiges, font succéder en un clin d'œil le spectacle hideux de l'hiver aux riches scènes du printemps.
Lorsqueces nuées de sauterelles prennent leur vol pour surmonter quelque obstacle ou traverser plus rapidement un sol désert, on peut dire à la lettre que le ciel en est obscurci. » Voici maintenant quelques passages de la description du pronhete Joél, qui compare l'arrivée aes sauterelles a l'invasion d'un peuple ennemi : » Il « est précédé d'un feu dévorant, une « flannnc brûlante est à sa suite; la « terre était devant lui semblable au '< jardin d'Kden, et (il la laisse) der-
L'UNIVERS
« rière lui comme un désert de déso- « iation ; rien ne peut lui échapper. Ils ont (les ennemis) l'aspect de chevaux, ils courent comme des cavaliers. Avec un bruit comme celui des chars, ilssautentsurles sommets des montagnes; c'est comme le bruit d'une flamme de feu qui dévore le chaume; comme un peuple puissant
rangé en bataille Ils courent
comme des héros , ils escaladent le mur comme des hommesde guerre ; ils s'avancent, chacun dans son chemin; ils ne dévient pas de leur
route Ils pénètrent dansia ville,
ils courent sur le mur; ils montent dans les maisons, ils entrent par les fenêtres comme un voleur.
Devant eux, la terre tremble, le ciel s'ébranle, le soleil et la lune s'obscurcissent, et les astres retirent leur clarté. » — Poussées dans la INIéditerranée par les vents d'est et de sud-est les sauterelles s'y noient en très-grande quantité. Même dans la mer, ces terribles ennemis ne cessent pas leurs hostilités; leurs cadavres rejetés sur le rivage infectent l'air pendant plusieurs jours à une grande distance '. »
« Ne craignez rien, animaux, des campagnes, dit le prophète Joël; car les pâturages du désert se recouvrent de verdure, l'arbre porte son fruit, le figuier et la vigne donnent leurs richesses. » Les écrivains bibliques vantent beaucoup la fertilité de la Palestine; on connaît cette expression si souvent répétée dans la Bible : le pays où coule le lait et le miel, et Ézéchiel ajoute : le plus beau de tous lespays{ch. 20, v. 6) *. « L'Éternel, ton Dieu (dit Moïse au peuple d'Israël), te conduit dans un bon pays, pays à torrents d'eau , à sources d'eàux souterraines, jaillissant dans la vallée et
' Volney, 1. c. Comparez Joël, ch. 2, v. 20.
2 Saint Jérôme, dans son commentaire sur ce passage, s'exprime ainsi : Inclijtam esse lerram Judam et cunclis terris fertiliorem dubitare non potcril qui a Rhinocorura itl- Arisch) risque ad Tauruni montem et Euphratem jiuvium cunctam consideravcrit terram et urbium potentiam amœnitatemquc reyionum.
sur la montagne; pays de froment' d'orge, de vignes, de figuiers et de grenadiers, pays d'oliviers, d'huile et de miel; pays où tu ne mangeras pas le pain avec pénurie; tu n'y manqueras de rien; pays dont les pierres sont du fer, et de ses montagnes tu tailleras le cuivre. » (Deutéron. cil. 8, V. 7-9.) Le témoignage des auteurs profanes vient confirmer les paroles de iMoïse. Tacite parle de la fertilité du sol de la Judée '. Justin , en parlant de la vallée de Jéricho, loue sa fertilité et sa beauté *. Ammien dit également : Palestina cultis abunclans teiTis et nilidis^. Strabon seul parait être en opposition avec les témoignages que nous venons de citer; il dit que la contrée où se trouve Jérusalem avait pu facilement être conquise par le peuple que conduisit Moïse, parce qu'elle ne pouvait être un objet d'envie, et que ce sol pierreux et stérile ne valait pas la peine qu'on se battît pour sa possession 4. Mais la contrée de Jérusalem n'est pas toute la Palestine; d'ailleurs Strabon ne connaissait la Palestine que très-inifj&rfaitement, comme l'a fait voir le savant Picland ^. Les relations d'un grand nombre de voyageurs prouvent que la Palestine a même conservé beaucoup de traces de son ancienne fertilité*^. Les plaines offrent partout la végétation luxuriante d'un climat méridional , les montagnes , il est vrai , ne présentent pour la plupart que des rochers nus , mais la main de l'homme est venue en aide à la nature : des terrasses furent taillées dans les montagnes et on y apporta de la terre propre auxplantaJtions.Maundrell,d'Arvieux
' Vber solum. Exubérant frug es nostrum ad morem, prœterque eas balsamum et palmœ. Hist., I. 5 , c. 6.
2 L. 3a , ch. 3.
3 L. 14, ch. 8.
4 Voy. Strabon, 1. ic, en. 2, § Sfi.
' Palœstina, p. 390.
' Ces relations ont été recueillies avec beaucoup de soin par l'abbé Guénée. Voy. Recherches sur la Judée , considérée principalement par rapport à la fertilité de son terroir, depuis ta captivité de Babylone jusqu'à notre temps. (Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres , t. 50, p. M2-24G.)
et Voinpy parlent do ces terrasses, dont ils ont retrouvé les débris. Encore aiijourd'luii la Palestine fournit un f^rand nombre do productions diverses ; mais les guerres qui ont si souvent dévasté ee pays , l'oppression barbare que les Turcs ont fait peser sur ses habitants, le brigandage des Arabes nomades, expliquent sufflsamnient la désolation qui règne dans ces contrées jadis si tertiles. Volney ' dépeint avec les couleurs les plus sombres l'état des paysans et de l'agriculture dans la Syrie : « Dans les can- « tons ouverts aux Arabes , tels que « la Palestine, il faut semer le fusil « à la main. A peine le blé jaunit-il, " qu'on le coupe pour le cacher dans « les tnatmoures ou caveaux soutcr- » rains. On en retire le moins que l'on « peut pour les semences , parce que « l'on ne sème qu'autant qu'il faut « pour vivre; en un mot, l'on borne « toute l'industrie à satisfaire les pre- « miers besoins. Or, pour avoir un « peu de pain, des oignons, une mau- <• vaise chemise bleue et un pagne de « laine, il ne faut pas la porter bien a loin. Le paysan vit donc dans la « détresse; mais du moins il n'enri- « chitpas ses tyrans; et l'avarice du « despotisme se trouve punie par son « propre crime. »
De la fertilité plus ou moins grande de la Palestine dépend naturellement la question de sa population dans les temps anciens. Sans vouloir complètement justiûer les nombres que nous donnent les différents recensements rapportés dans les livres de Samuel, des Rois et des Chroniques, nous devons dire cependant qu'on les a trop légèrement révoqués en doute en raisonnant sur des analogies tirées de l'Occident et des temps modernes.
^on-seulement les terres d'Asie sont bt-aucoup plus fécondes et peuvent nourrir plus d'hommes que celles d'Europe, mais tous les voyageurs s'accordent à dire que les Orientaux consomment beaucoup moins que nous. Burckhardt dit que ses compagnons de
voyage , qui marchaient au moins cinq heures par jour, se conti'utaientpour toute nourriture, pendant 21 heures, d'une livre et demie de pain '. Nous ne voulons pas ici discuter les différents recensements (jue nous présente la Bible. Il est permis de douter de l'exactitude des chiffres, d'autant plus quo pour l'un de ces recensements, celui qui eut lieu sous David , nous trouvons detix nombres différents; il y a là cvideminent une erreur de copiste.
Cependant le chiffre de ce même recensement n'est pas aussi exagéré que quelques personnes ont pu le croire, et nous pensons que, combiné avec d'autres recensements, il peut servir de base pour lixer approximativement 'le chiffre de la population de l'ancienne Palestine. Joab, chargé par David de faire le recensement des guerriers, trouve, selon le 2'"" livre de Samuel (ch. 24, V. 8) 800,000 houilles dans Israël et 500,000 dans Juda ; selon le 1'"' livre des Chroniques, il y avait 1,100, 000 hommes dans Israël et 470,000 dans.Iuda. Total, selon Samuel, 1,300,000; selon les Chroniques 1,570,000. Dans les chiffres du livre de Samuel il y a une trop grande disproportion entre Juda et les dix tribus d'Israël , même en comptant Benjamin avec Juda; dans les Chroniques cette disproportion est moins grande, mais le nombre total a l'inconvénient d'être plus grand que celui de Samuel. Plus tard, après la défection des dix tribus, Abia,roi de Juda, avait, selon les Chroniques (ii,ch. 1.3) une armée de 400,000 hommes; celle de Jéroboam, roi d'Israël, se composait de 800,000 hommes. Ici le total est à peu près égal à celui que le livre de Samuel donne pour le recensement de David.
Je pense que les documents que nous possédons étant tous d'origine jiif/('e«rte, on peut les soupçonner dequel- (|ue exagération en faveur de Juda.
Cette exagération n'est que trop évidente, lorsqu'on donne au roi Josaphat une armée de 1,1G0,000 hom-
T. H.ch. 13.
' Voy. aussi Volney, 1. c, ch. 8.
mes'. En considérant comme plus exact le chiffre 800,000 que nous trouvons deux fois pour l'armée d'Israël', et en tenant compte de la prépondérance numérique qu'offre la tribu de Juda dès les temps de :\Ioïse (voy. Nombres, ch. 1 et 2), nous pouvons accorder aux deux tribus de Juda et de Benjamin, sous David et ses successeurs, une armée de 200,000 hommes ce oui nous donnerait un total d'un million de guerriers. Cenonibre ne paraîtra pas exagéré, si l'on réfléchit que, en temps de guerre, tout cultivateur devenait soldat, et qu'ainsi l'armée se composait de tous ceux qui étaient capables de porter les armes.
Nous pouvons, d'après cela, compter un guerrier sur quatre individus , ce qui nous donnerait 4,000,000 d'habitants. A ce nombre il faut ajouter les Cananéens qui étaient restés parmi les Israélites, les esclaves, enfm les lévites, qui, exemptés de la guerre par la loi de Moïse, n'étaient probablement pas compris dans le recensement. Ce surplus de population pouvait se monter à un million; ce qui donnerait un total de cinq millions d'âmes. C'est beaucoup, sans doute, pour un pays d'environ 1300 lieues carrées: mais nous savons que la Palestine pouvait y suffire, car d'après le tableau de la Judée au temps de Titus, tableau que Volney trouve assez bien constaté , le pays devait contenir encore à cette époque quatre millions d'àmes. Si nous en croyons Josèphe^ lemoindrebourg de la Galilée avait à cette époque plus de 15,000 habitants. Strabon dit que les seuls territoires de Jamnia et de Joppé {Yafa) pouvaient armer 40,000 hommes. Au reste, les ruines innombrables semées dans ces contrées attestent combien étaient nombreuses les populations qui jadis y avaient fixé leurs demeures.