ACTE II, SCÈNE III
BEi\-SAMDEL.
Rien qui me plaise, mon digne maître ! je ne dis pas cela, Dieu du ciel ! Mais je suis un marchand.
PALM A
C'est entendu ! vous avez vu mes deux derniers tableaux, ce martyre...
De sainte Thérèse.
PALM A
Et ce duel dans une ruine. Ces deux tableaux vous plaisent-ils?
BEN-SAMUEL
S'ils me plaisent, mon cher seigneur ! boulé du ciel ! je me suis agenouillé pour les regarder... mars je ne suis pas un homme d'art, moi; je suis un marchand.
PALM A
Et un juif, je le sais. Finissons : voulez-vous de ces tableaux?
BEN-SAMUEL
Quelle fureur avez-vous aussi, illustre maître, de vous attacher à ces sujets lugubres!... est-ce que cela s'achète?... Pourquoi ne feriez-vous pas de ces petites paysannes rondelettes qui dansent devant une porte d'auberge, ou bien de jolies bergères avec des houlettes?... C'est gai... cela se vend... le premier bourgmestre qui passe, se dit : « Tiens! je m'en vais acheter cela pour ma femme... ça lui donnera des idées riantes. »
PALM A
Je n'y ai point l'esprit. Assez. Voulez-vous de ces deux tableaux, oui ou non?
BEN-SAMUEL
Si vous n'exigiez pas de choses énormes? Si vous vous contentiez pour les deux, par exemple, de cent ducats... (// regarde avec inquiétude Palma , qui lui répond par un coup d'œil méprisant.) Je voulais dire de trois cents ducats... (// interroge de l'œil Palma, même jeu.) A la rigueur même cinq cents.
PALMA
Prenez-les tous deux pour huit cents ducats, et laissez-moi.
BEN-SAMUEL
Huit cents ducats ! que je meure î c'est la dot de ma fille Sarah ! c'est l'âme de mon corps ! c'est la substance tPtin vieillard !...
PALMA
Au revoir...
SI court au-devant de sa mère, qui entre à droite conduite par Hermann.