ACTE lit, SCÈNE I
CHRISTIAN
Seul, oui... Le baron s'est excusé, en prétextant je ne sais quelle surprise qu'il nous ménage.
FRANZ
Ah! cette surprise ne consisicrait-elle pas à rassembler la maréchaussée de ce bailliage et à nous arrêter? Cela ne me surprendrait pas î
CHRISTIAN
Sottises.
FRANZ
Cependant, cette négligence est singulière de la part du baron, qui n'a qu'une vertu, comme tous les grands... la politesse.
CHRISTIAN
C'est la faute des petits qui s'en contentent. Mais, dites- moi,- Franz, vousavezétéun instant seul avec cette jeune fille?
FRANZ
jui, monsieur...
C'est encore un enfant; le premier soupirant qui se présente doit lui plaire. Quel accueil vous a-t-elle fait?
FRANZ
Mais, des plus froids.
CHRISTIAN
Comment ?
FRANZ
Cette jeune fille a je ne sais quoi en elle dont j'ai été sottement interdit, n'ayant guère connu de femmes de sa condition... si bien que je n'ai pas trouvé deux mots à lui dire. (// s'asseoit à la table de droite.) Christian, debout à sa gauche.
Vous perdrez tout par vos maladresses... Ces gentilshommes... ces princes italiens dont nous tenons ici la place, étaient cités pour l'amabilité de leur esprit. Le baron m'a déjà dit qu'il était surpris de notre sombre humeur, après ce qu'on lui avait écrit de nous... votre étrange conduite vis-à-vis de sa fille achèvera de nous
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rendre suspects... Que je ne puis, moi , sourire à cet homme, que je ne puisse même le voir en face sans que tout mon sang me monte au visage... vous devez le comprendre. Mais lorsqu'il y va de l'honneur et de la vie, il rne semble que vous pourriez , vous du moins , faire cet effort sur vous-même!
FRANZ
Et quels soupçons voulez-vous que le baron puisse concevoir? Ne lui avez-vous pas remis toutes les lettres... toutes les preuves que nous avons trouvées sur eux?
Sans doute... mais le moindre retard peut nous être fatal... Et si vous déplaisez à cette enfant!...
FRANZ
Le baron n'est-il pas un ambitieux qui se soucie r^eu des sentimens de sa fille?
CHRISTIAN
Vous dites vrai, c'est un homme d'un inflexible of gueil, d'une impitoyable dureté... Le ciel en soit loué, car, cette fois, son égoïsme ne servira qu'à précipiter sa perte.
franz, très-sérieux*
Mon père, je voudrais le haïr autant que vous le haïssez, je serais plus tranquille au moment d'accomplir ce que nous sommes venus faire ici.
CHRISTIAN
Franz, est-il vrai que vous regrettiez quelquefois de n'avoir pas de nom parmi les hommes , pas de famille, pas d'honneur?
FRANZ
Toujours!...
CHRISTIAN
Eh bien ! au nom du ciel, comment ne haïssez-vous pas autant que moi celui qui vous a pris tous ces biens a vous comme à moi-même?
FRANZ
Mon père !...