ACTE IV, SCENE III
PALMA
C'est juste. Eh bien ! je ne veux plus d'élèves. Partez. Si vous avez besoin d'argent, vous savez où je mets le mien, prenez ce qu'il vous faut. Adieu.
HERMANN
Adieu, maître...
Il s'arrête au fond, et y demeure immobile.
Hermann!... (Hermann se rapproche.) Ecoute, je rentre ici accablé par la dureté et l'injustice des hommes, et je ne trouve rien de mieux que de me venger sur un innocent... Pardonne-moi, je suis malheureux !
HERMANN
Merci, maître Johann, merci. Vous pouvez maintenant me malmener aussi rudement que vous voudrez. Je me rappellerai ce que vous venez de me dire, et je souffrirai tout de vous.
PALMA
Va, mon ami. Je n'ai pas voulu te retenir. Seulement nous ne pouvions nous quitter ainsi, n'est-ce pas? Ta main, Hermann... Adieu...
Lui prenant la main.
HERMANN
Maître.
PALMA
Allons. Il le faut, il le faut, tu pars, n'est-ce pas? Nous nous reverrons, Hermann. Les temps changeront, va, va, mon ami.
HERMANN
Cela est bien dur, maître.
PALMA
C'est la nécessité qui parle, crois-moi... Encore un mot... (Il prend la bourse sur la table.) Tu es pauvre comme moi ; nous avons vécu en frères, séparons-nous en frère. Prends, Hermann, prends; songe qu'il est aussi généreux parfois d'accepter un service que de le rendre... Celui qui ne sait pas recevoir de la main d'un )mi, n'a pas toutes les vertus de l'amitié... Adieu...
Archives de la Ville de Bm* Archief van de Stad Brussel
62 PALMA
Ilermann prend la bourse en tremblant : il fait lentement deux ou trois pas pour s'éloigner.
palma, très-êmu, et se contenant.
Tu sais, sans doute, quel chemin prendre? Où comptes-tu aller ?
HERMANN
Je ne sais pas.
PALMA
N'as-tu pas des parens, une famille?
HERMANN
Non.
PALMA
Mais tu ne peux partir ainsi, au hasard, sans avoir un but. Où iras-tu, enfin?
hermann, se retournant.
Ecoutez-moi, maître Palma : j'ai vécu tristement entre vous et votre mère, dans cette pauvre maison toujours en deuil ; jamais une heure de gaieté, jamais un sourire, et, ce qui m'a été plus sensible, jamais une confidence amie. Devant vous, devant votre visage toujours contraint et sombre, je tremble sans cesse, comme un écolier en faute. Voilà ma vie... Eh bien î...
PALMA
Eh bien?
hermann, très-êmu.
Eh bien! cette vie-là, maître, laissez-la moi, car je ne sais comment cela se fait, mais auprès de vous tout me plaît, et j'aime mieux la tristesse ici que la joie chez d'autres... J'ai voulu vous dire cela avant de partir... Je n'ai pas de famille, pas d'amis ; je n'ai que vous au monde... et à présent... vous pouvez toujours me chasser, maître Johann. Oui, vous le pouvez... mais vous voyez bien que tout sera fini pour moi... et que je ne puis pas, non, que je ne pourrai jamais m'en aller plus loin que le seuil de voire porte.
palma, à part.
O mon Dieu!... (Haut.) Entends-moi, Hermann, entends-moi... Je remercie Dieu... C'est la première fois