‹ Paméla, ou La fille du portierChapitre 18 sur 26 · PAMÉLA , VINCENT · texte numérisé non relu

PAMÉLA , VINCENT

Vincent, cherchant Saint- Albin.

Eh bien ! où est-il donc ?

PAMÉLA

Qu'est-ce que vous cherchez , mon père ?

VINCENT

Rien, rien. (A pari,) Ah! mon petit monsieur, vous ferez bien de ne pas revenir. . . Mam'zelle Eugénie ne savait pas ce que je voulais lui dire.

taméla , allant prendre sa pelisse noisette bordée de bleu, et son petit chapeau noir garni de rubans , qui sont attachés dans la loge à un porte*- manteau. Après une pause.)

Où sont donc mes socques ? Ah ! les voilà . . . C'est ça qu'est commode ; ça imite les cothurnes. ( Elle met des socques.^

Vincent, sur le devant de la scène.

Voyez pourtant , sans la femme de chambre du premier , j'aurais ignoré que Mme Vincent était allée hier au Wauxhall avec ma fille, que Paméla avait dansé deux fois avec un jeune homme , et moi qui les croyais chez la cousine Robert, je n'en puis plus douter, c'est le jeune homme qui voulait me séduire tout-à-l'heure , et qui, ne les connaissant pas , se sera imaginé. . .

PAMÉLA

Voulez- vous me faire répéter ma scène , mon père?

VINCENT

Quest-ce que c'est?

PÀMÉLA.

Iphi génie l

VINCENT

ïphigénie. . . celle que son père voulait assassiner sur lé chemin de Troyes? je connais l'anecdote. {A part,) Ah! madame Vincent , vous n'avez pas de confiance en moi , je suis dans une colère . . . (Il prend le livre des mains dé Paméla.)

PAMÉLA

C'est le second acte ; je commence. Attendez que je me drape. . . {Elle prend un coin de sa pelisse quelle met sur son épaule.

Vincent , à part.

Je te draperai , moi , sois tranquille, p Ame LA , déclamant.

« Quel plaisir de vous voir et de vous contempler « Dans ce nouvel éclat dont je vous vois briller, , ,'-« Dieux ! avec quel amour la Grèce vous révère ! « Quel bonheur de me voir la fille d'un tel père ! »

Vincent , de même.

« Vous méritez , ma fille , un père plus heureux ! »

A MELA

« Quelle félicité peut manquer à vos vœux ?

« A de plus grands honneurs pourriez- vous donc prétendre ! « Jai cru n'avoir au Ciel que des grâces à rendre . . j>

Vincent, à part, avec distraction. I

Qu'il revienne, le séducteur, je veux les mettre en sa présence et confondre la mère et la fille.

PAMÉLA

Mon père j j attends ma réplique.

Vincent, reprenant.

« Grands dieux î à son raalbeur dois-je la préparer ? »

PAMÉLA

« Vous vous cachez , seigneur, et semblez soupirer! « Tous vos regards sur moi ne tombent qu'avec peine ; « Avons-nous sans votre ordre abandonné Mycène ? *

vincfnï, même jeu, toujours à part* Elle ne se doute pas que je sais qu'elles ont été au baL (Mettant ses lunettes.)

« Ma fille, je vous vois toujours des mêmes yeux,

« Mais les temps sont changés aussi bien que les lieux;

« D'un soin cruel ma joie .est ici combattue... »

PAMELA

« Eh! mou père, oubliez votre rang a ma vue.

s N'éclaircirez-vous point ce frout chargé d'ennuis?... »

Vincent, même jeu.

Si je connaissais encorda famille du jeune homme ! ' « Ah! ma fille!

PAMELA

Seigneur, poursuivez.

Je ne puis. •»

PAMÉLA

■** Soufflez-moi donc un peu , mon père ; vous avez des distractions ...

VINCENT

« Calchas , dit-on , prépare un pompeux sacrifice.,. {Il prononce /'h. ) '

pAméla , de même.

Ah ! Calchas ! ... on dit Calchas.

VINCENT

Il y a c, h, a, s, chas.

PAMÉLA. X

C'est égal.

« Calchas , dit-on-, prépare un pompeux sacrifice. « L'offrira-t-on bientôt ?

VINCENT

Plutôt que je ne veux.

PAMELA

« Me scra-t-il permis de -me joindre à vos vœux ? « Verra-t-on à l'autel vôtre heureuse famille ? » vincejst, à pan.

Aller danser sans ma permission!

PAMELA

« Vous vous taisez..... *

vincent, d'un ton ferme.

Vous n'irez plus. . .

( Se reprenant )

Vous y serez , ma fille..

« Adieu! »

Je m'en vais aussi.

PAMÉLA

VINCENT

Restez. . . J'ai quelque chose à vous dire.

PAMÉLA

€e sera pour quand je reviendrai , la classe doit être commencée.

( Déclamant avec âme. f

— mméd Je saurai, s'il le faut, victime obéissante,

« Tendre au fer de Calchas une tête innocente ; « Et respectant le coup par vous-même ordonné , « Vous rendre tout le sang que vous m'avez donné. »

Adieu , papa ! . . . (Elle sort vivement après avoir embrassé Vincent malgré lui.

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