PAMÉLA , VINCENT
Vincent, cherchant Saint- Albin.
Eh bien ! où est-il donc ?
PAMÉLA
Qu'est-ce que vous cherchez , mon père ?
VINCENT
Rien, rien. (A pari,) Ah! mon petit monsieur, vous ferez bien de ne pas revenir. . . Mam'zelle Eugénie ne savait pas ce que je voulais lui dire.
taméla , allant prendre sa pelisse noisette bordée de bleu, et son petit chapeau noir garni de rubans , qui sont attachés dans la loge à un porte*- manteau. Après une pause.)
Où sont donc mes socques ? Ah ! les voilà . . . C'est ça qu'est commode ; ça imite les cothurnes. ( Elle met des socques.^
Vincent, sur le devant de la scène.
Voyez pourtant , sans la femme de chambre du premier , j'aurais ignoré que Mme Vincent était allée hier au Wauxhall avec ma fille, que Paméla avait dansé deux fois avec un jeune homme , et moi qui les croyais chez la cousine Robert, je n'en puis plus douter, c'est le jeune homme qui voulait me séduire tout-à-l'heure , et qui, ne les connaissant pas , se sera imaginé. . .
PAMÉLA
Voulez- vous me faire répéter ma scène , mon père?
VINCENT
Quest-ce que c'est?
PÀMÉLA.
Iphi génie l
VINCENT
ïphigénie. . . celle que son père voulait assassiner sur lé chemin de Troyes? je connais l'anecdote. {A part,) Ah! madame Vincent , vous n'avez pas de confiance en moi , je suis dans une colère . . . (Il prend le livre des mains dé Paméla.)
PAMÉLA
C'est le second acte ; je commence. Attendez que je me drape. . . {Elle prend un coin de sa pelisse quelle met sur son épaule.
Vincent , à part.
Je te draperai , moi , sois tranquille, p Ame LA , déclamant.
« Quel plaisir de vous voir et de vous contempler « Dans ce nouvel éclat dont je vous vois briller, , ,'-« Dieux ! avec quel amour la Grèce vous révère ! « Quel bonheur de me voir la fille d'un tel père ! »
Vincent , de même.
« Vous méritez , ma fille , un père plus heureux ! »
A MELA
« Quelle félicité peut manquer à vos vœux ?
« A de plus grands honneurs pourriez- vous donc prétendre ! « Jai cru n'avoir au Ciel que des grâces à rendre . . j>
Vincent, à part, avec distraction. I
Qu'il revienne, le séducteur, je veux les mettre en sa présence et confondre la mère et la fille.
PAMÉLA
Mon père j j attends ma réplique.
Vincent, reprenant.
« Grands dieux î à son raalbeur dois-je la préparer ? »
PAMÉLA
« Vous vous cachez , seigneur, et semblez soupirer! « Tous vos regards sur moi ne tombent qu'avec peine ; « Avons-nous sans votre ordre abandonné Mycène ? *
vincfnï, même jeu, toujours à part* Elle ne se doute pas que je sais qu'elles ont été au baL (Mettant ses lunettes.)
« Ma fille, je vous vois toujours des mêmes yeux,
« Mais les temps sont changés aussi bien que les lieux;
« D'un soin cruel ma joie .est ici combattue... »
PAMELA
« Eh! mou père, oubliez votre rang a ma vue.
s N'éclaircirez-vous point ce frout chargé d'ennuis?... »
Vincent, même jeu.
Si je connaissais encorda famille du jeune homme ! ' « Ah! ma fille!
PAMELA
Seigneur, poursuivez.
Je ne puis. •»
PAMÉLA
■** Soufflez-moi donc un peu , mon père ; vous avez des distractions ...
VINCENT
« Calchas , dit-on , prépare un pompeux sacrifice.,. {Il prononce /'h. ) '
pAméla , de même.
Ah ! Calchas ! ... on dit Calchas.
VINCENT
Il y a c, h, a, s, chas.
PAMÉLA. X
C'est égal.
« Calchas , dit-on-, prépare un pompeux sacrifice. « L'offrira-t-on bientôt ?
VINCENT
Plutôt que je ne veux.
PAMELA
« Me scra-t-il permis de -me joindre à vos vœux ? « Verra-t-on à l'autel vôtre heureuse famille ? » vincejst, à pan.
Aller danser sans ma permission!
PAMELA
« Vous vous taisez..... *
vincent, d'un ton ferme.
Vous n'irez plus. . .
( Se reprenant )
Vous y serez , ma fille..
« Adieu! »
Je m'en vais aussi.
PAMÉLA
VINCENT
Restez. . . J'ai quelque chose à vous dire.
PAMÉLA
€e sera pour quand je reviendrai , la classe doit être commencée.
( Déclamant avec âme. f
— mméd Je saurai, s'il le faut, victime obéissante,
« Tendre au fer de Calchas une tête innocente ; « Et respectant le coup par vous-même ordonné , « Vous rendre tout le sang que vous m'avez donné. »
Adieu , papa ! . . . (Elle sort vivement après avoir embrassé Vincent malgré lui.