SCÈNE VI
Ï.ES précédées , TOINETTE , on la voit descendre le grand escalier.
toi nette , parlant de la porte, Monsieur Vincent, je vais sortir.
MAD. VINCENT
Entrez donc, mademoiselle Toinette, vous n'êtes pas pi pressée.
TOINETTE
C'est que nous avons du monde à diner : le notaire d'à côté.
Vincent , qui va se placer sur son établi.
Vous avez souvent dn monde. . . moi j'aime les locataires qui reçoivent. . . par goût j'aime la société . . si nous étions plus grandement logés... et pms la société ou on reçoit chez vous est fort bonne, des étudians en droit* des généraux , des auteurs, des notaires... oh ! c'est bien mêlé, Lien choisi, mais celui qui vient le plus souvent, c'est le notaire. (Il rit.)
TOINETTE
Il y a des raisons pour cela.
PAMÉLA
• Ne voyez-vous rjas qu'on veut lui jeter de la poudre aux yeux. . . tout ça c'est pour que M. Jules son neveu se trouve plus souvent avec Mlic Eugénie , la fille de votre maîtresse,
MAD. VINCENT
Qu'elle a d'esprit , ma fille,
( i5) toinette, en souriant.
C'est vrai quVest ça; voyez-vous, madame na pas grande fortune, mais elle donne beaucoup d'éducation à sa denoiseîle. . . Elle peint la miniature et chante l'italien*, quVest superbe ! M. Jules en est amoureux. . . c'est un bon sujet, il sera riche un jour .
air du vaudeville de la Somnambule.
IMotre jeune homme a de l'exactitude , Et son cher oncle a dit plus d'une fois Qu'il pourrait bien lui céder son étude Tout aussitôt quil aurait fait un choix. A son mari j'sais q'mamz'elle Eugénie Wapport'ra rien , c'est bien peu , je le sens, Mais elle est jeune, on Ja trouve jol e, Et le notair' se fera des cliens. (bis)
MAD. VINCENT
Allons , je vois que nous aurons une noce dans la maison.
Vincent , en travaillant.
Vous devriez profiter de l'occasion pour vous marier aussi , mademoiselle Toinette.
TOINETTE
Ma foi , non , je me trouve plus heureuse d'être libre. . . j'ai pourtant voulu essayer deux fois, mais j'ai toujours fini par éloigner le moment.
MAD. VINCENT
En vérité !
TOINETTE
Il y a cependant aux environs de dix-huit mois, quand j'étais chez le maître des requêtes au faubourg St-Germain, il y avait un nommé Philibert Muscade , qui me faisait la cour. . . un jeune homme charmant, la coqueluche de la grande chaumière où il déployait son talent les jours de fêtes extraordinaires, en faisant des expériences avec des cartes.
pàmélà , gaiment.
M, Muscade! c'était un escamoteur ?
TOINETTE
Non, mademoiselle , c'était un physicien : .j'aurais peutêtre bien fini par l'écouter ; mais ]C ne sais pas ce qu'il est devenu; il me semble encore le voir le jeu de piquet à la main.
air du Verre.
Il est galant , il est poli , D'une assez aimable figure ; Des petits maîtres d'aujourd'hui Il a su prendre la tournure.
Mis comme un homme du bon ton , De son devoir jamais il ne s'écarte 5 On l'aurait cru dans un salon Quand il faisait sauter sa carte. (bis)
Maintenant je n'y pense plus.
Vous l'avez oublié si vite ?
TOINETTE
Il faut ça dans notre état ; vous ne vous faites pas d'idée comme le sentiment nuit au service des femmes de chambre. Madame est une bonne maîtresse ; mais elle est si ridicule ! . . . elle n'a pas d'égard pour ses gens.
VINCENT
Son service est dur , à ce que je vois. paméla , souriant.
Bah ! quand elle est dans ses momens de bonne humeur, vous lui faites bien payer tout ça.
VINCENT
Elle a raison. . . il ne faut pas gâter ses maîtres.
TOINETTE
Mais moi, qui m'amuse à jaser.. . j'oubliais que j'étais pressée ...
MAD. VINCENT
Allez- vous bien loin ?
TOINETTE
Il faut que je passe chez Chevet pour prendre un pâté de foie gras ; ils sont si gourmands, ces notaires!
AIR : Tappe ^ frappe.
Vite, {bis) Il faut que j'vous quitte ;
Mon devoir M'appelle ; au revoir.
Les jours qu'nous donnons à dîner , Je n'ai pas l'temps de voisiner, Et toute la journée entière Moi je n'suis pas fière , J'aid' notr' cuisinière 5 Si j 'comptais mes pas, Je n'en finirais pas.