ACTE PREMIER IO
LE GARDE-CHAMPÊTRE
Ah ! ils dorment. Eh bien, qu'ils s'éveillent. J'ai à leur parler. Où est le vieux de la bande ?
PIERRE
Je ne sais pas.
LE GARDE-CHAMPÊTRE
Hum 1 Vous ne savez pas. Qu'aviez- vous à les appeler ?
PIERRE
Nous ne les avons pas appelés. Ils sont venus d'eux-mêmes. Ils sont entrés en silence et se sont prosternés à terre.
LE GARDE -CHAMPÊTRE
Il fallait leur fermer la porte.
PIERRE
Nous ne fermons la porte à personne, ni le jour, ni la nuit.
LE GARDE-CHAMPÊTRE
On s'en aperçoit. C'est ainsi que votre étable devient le repaire des bandits.
PIERRE
Ils ont voulu dormir là. Je les ai laissés s'étendre sur la paille.
LE GARDE-CHAMPÈTRE
Vous vous expliquerez avecM. le Bourgmestre. Je l'ai fait avertir, ainsi que M. le curé et M. le vicaire. Vous savez bien qu'il a été défendu à ces gens-là de lever leur camp^ surtout pendant la nuit, sans prévenir les autorités. Je vais leur dresser procèsverbal . Où est le vieux ?
Il fait mine d'avancer.
PIERRE
F.ii ! prenez garde... Ce sont les bêtes.
Les bêtes? Je vous dresse procès-verbal à vous également. Nous verrons bien si cela se passera ainsi. Il est défendu de sortir avec des animaux malfaisants dans le village. C'est pure tolérance si on les leur a laissés. M. le Bourgmestre n'a que trop d'indulgence. Mais s'il arrive malheur, tant pis. Nous avons déjà eu ces gens-là au village., il y a dix ans. Ils n'avaient avec eux qu'un ours, mais ceux-ci arrivent avec des tigres. Ils se croient tout permis.