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glise, et comme Ja pierre angulaire sur Jaquelle devait s'asseoir l'édifice chrétien, Simon mérita le surnom de Pierre. Jean par la vigueur, la lumière de son évangile, Jacques par la force, l'éclat et la promptitude de sa prédication, devaient être de véritables tonnerres, foudroyant les volontés, mais surtout convertissant les cœurs ; aussi ils seront appelés par le Seigneur lui même enfants du tonnerre.
Nous trouvons dans la vie de saint Jacques plusieurs preuves de son zèle ardent pour le salut des âmes, de son amour sans bornes pour Jésus. Les habitants d’une ville de Samarie ayant refusé d'ouvrir leurs portes au Seigneur, Jacques demanda la permission de faire descendre sur eux le feu du ciel en punition de cette inhumanité. Les fatigues, les peines, les douleurs de son apostolat après l'ascension du Fils de Dieu, n'ont qu'un but : établir et agrandir le royaume de Jésus: Christ. Afin d’être entièrement avec Celui qui l’appela un jour à sa suite, il est un de ceux qui garda toujours intact le glorieux privilège de la virginité. Voulaut enfin sceller sa vie apostolique par l'acte de l’amour le plus parfait, il partit de l'Espagne pour venir verser son sang à Jérusalem, près du Calvaire. Pouvait-il maintenant craindre de prononcer le fameux « possumus, nous le pouvons » lorsque Jésus lui demandait s’il pouvait boire le calice d’amertume que le Fils de l’homme boirait le premier ? En récompense de cet amour du serviteur pour son maître, Jésus s’associa l’apôtre saint Jacques dans l’accomplissement des actions qu’il ne voulût faire qu’en présence de ses disciples privilégiés : à sa transfiguration sur le Thabor, à la résurrection de la fille de Jaïre, à l'agonie au jardin de Gethsémani.
Mes frères, ilest impossible de passer en revue une carrière
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aussi fructueuse et aussi magnifiquement récompensée ; aussi je u’en veux donner qu’une partie et présenter à votre atten-
tion un pâle récit de l’apostolat de saint Jacques en Fspagne. Nous y trouverons un modèle frappant de l’apostolat que nous devons exercer nous-mêmes au milieu de nos frères.
Dieu, mes frères, qui est admirable dans ses œuvres, opère diversement sur les personnes qu'il prédestine à lagloire. Aux unes, il crée pour ainsi dire un cœur, un caractère nouveau, des qualités nouvelles, de nouvelles vertus ; c’est ainsi qu'il fera d’un persécuteur acharné de l’Église, ne respirant que ie carnage et la haine,un apôtre qui ira porter son nom jusqu'aux extrémités de la terre. Aux autres, il rend plus parfaites les dispositions que la nature a placées en elles les vertus dont la grâce les a enrichies ; c’est ainsi qu'aux âmes avides de gloire et d'immortalité, il découvre et laisse entrevoir les splendeurs et les joies de la bienheureuse éternité ; à celles qu'un désir de s'instruire et de connaître dévore, il montre les vérités si magnifiques et si consolantes de la religion et de la philosophie chrétienne ; à ces autres, qui veulent tout sacrifier pour le bien du prochain, il ouvre les hôpitaux, toutes les institutions où s'exercent les œuvres de la charité et de la miséricorde ; à quelques unes enfin, que l'amour passionne éperdument, il donne Jésus, source intarissable du pur amour. Jacques le Majeur fut une de ces âmes d'élite, perfectionnée par la grâce, généreuse, qu'aucun sacrifice ne rebute, qu'aucune considération ne retient, lorsqu'il s’agit de la gloire de son
Maître. Dieu lui réserva l’apostolat chez la nation la plus reculée, et en même temps la plus difficile à convertir. |
Il quitte tout pour cette noble mission. Ah ! je ne dis pas ses filets, ses proches, sa famille, son père Zéhédée ; déjà depuis longtemps, il leur a fait un éternel adieu. Il abandonne les apôtres, Jean son frère et disciple bien-aimé, Pierre chef du collège apostolique. Désormais, il ne pourra jouir ni de leurs discours, ni de leurs bons exemples, ni de leur intimité. Il quitte cette terre, rougie dernièrement par le sang de Jésus-Christ, Jérusalem, le Cénacle, le Jardin de Gethsémani, le Thabor, lieux sanctitiés par la présence de l'Homme-Dieu et les miracles qu’il y a opérés. Que le souvenir de ces noms dût souveut réveiller en lui de douces émotions ! Soldat intrépide, sans même regarder en arrière, il s’embarque hardiment et s’en va à la conquête d’un peuple nouveau,
L'Espagne, je l'ai dit, est son partage ; l'Espagne, alors plongée dans les épaisses ténèbres de l'idolâtrie et s’adonnant au culte des faux dieux. L'Espagne, que les plus puissants Césars n'avaient pu subjuguer, il entreprend de courber sa tête altière sous le joug de Jésus-Christ. Que ne peut faire, O mon Dieu, celui que votre grâce accompagne, que votre divin Paraclet asxiste ! Des erreurs invétérées à déraciner, des mœurs sauvages à adoucir, des vices monstrueux à détruire, des ido les à renverser, des mystères incompréhensibles à faire croire, une morale austère à faire pratiquer, le mariage à rétablir dans sa dignité première, la femms à ennoblir et à réintégrer dans ses droits, l'esclavage à bannir, | quel travail de géant ! Et cela, malgré l’attachement opiniâtre d’un peuple à ses anciennes coutumes, à ses anciens usages , malgré une férocité intraitable, ma gré une barbarie devenue proverbiale.
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Dix années ont suffi pour opérer ce travail de conversion. L'homme étonné à pu voir en un si court espace de temps fleuri: l'humilité là où l’on ne connaissait que l’orgueil et l'ambition ; il a pu voir se développer la charité, la mortification, toutes les autres vertus chrétiennes dans un pays où tout respirait violence, fureur et désirs de vengeance. Grâce à la prédication de saint Jacques, l'Espagne deviendra l'une des portions de la chrétienté les plus chères à l'Eglise. Que de faveurs ne doit-elle pas à ce puissant protecteur ! Que de vic toires remportées sur l'ennemi ! Que de miracles opérés dans le seul sanctuaire de Compostelle ! « Peuple Espagnol. toi, qui « pendant tant de siècles lutta contre la domination musulma- « ne et qui enfin est parvenu, autant par ta foi que par ta «bravoure, à sauver l'Europe de cette invasion des fils du « Coran ; toi, qui conserva intact le précieux dépôt de la foi, «alors que le vieux monde sombrait dans les abîmes de l’er- « reur et de l’hérésie ; toi, qui enfanta au Christ deux conti- «nents grâce au génie de Colomb et à l’encouragement de ta « pieuse reine Isabelle ; toi, qui avec le pays de nos ancêtres « marcha toujours à la tête de la civilisation véritable ; toi, « qui envoya jusqu'aux extrémités de la terre des ouvriers « pour travailler à la vigne du Seigneur ; pays de Ferdinand, «de saint Ignace de Loyola, de saint Isidore de Séville, de « saint Thomas de Villeneuve, de saint Herménégilde, reçois « l’humble témoignage de mon admiration et de ma vénération «la plus profonde. »
«Æt vous, o grand protecteur de la péninsule ibérique, «saint Jacques, comme vous devez vous réjouir en voyant ce «pays conserver encore une foi si vive dans un siècle d'impiété «et de libre pensée ; comme vous devez vous féliciter en con-
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« sidérant son attachement à la chaire de Pierre, alors que Ia « plupart des autres peuples méprisent les enseignements qui « y sont donnés. Puissiez-vous le protéger toujours contre les «<embûches du malin esprit et empêcher le venin de l’hérésie «et de toutes ces théories funestes que nous appelons erreurs « modernes, d'y faire des victimes. »
Mes frères, une leçon se détache pour nous de cet apostolat de saint Jacques, des fruits merveilleux et durables qu'il produisit. Notre pays lui aussi a eu ses apôtres et certes le récit de leurs prédications couvre une paga glorieuse de notre histoire. Les Montmorency-Laval, les Jogues, les Brébœuf, les Lallemand, quels noms vénérés ! Bien avant dans nos cœurs, ils ont réussi à implanter la foi avec ses bienfaits nombreux. Si aujourd’hui le Canada Français, comme 1 Espagne, est attaché à sa religion ; si pour lui le catholicisme n’est pas un vain om, mais une institution divinement établie et dont l'esprit vivifie chacun de ses membres, il le doit au sang versé par ses martyrs, au dévoûment de ceux qui sont venus pour la première fois prêcher l'Evangile sur les bords de son grand fleuve.
Regarderons nous, mes frères, avec un cœur froid, les tra- ‘vaux accomplis par ces grands apôtres ? Ne voulons nous pas continuer leur œuvre ? Ne sentons-nous pas notre âme embrasée d’un saint désir de l’apostolat au souvenir de leurs actions glorieuses ? Tous et chacun de nous, nous devons être dans une certaine mesure de vrais apôtres. Parlant du peuple
T — chrétien, saint Pierre l'appelle une nation sainte, un sacerdoce royal, marquant bien par ces mots que tons nous devons participer d’une certaine manière à la sublime dignité de prêtre ; comme lui, nous avons nne mission à remplir, un apostolat. Sans doute qu'il n’est point permis à tous d'offrir le saint sacrifice, d’administrer les sacrements, d’absoudre les pécheurs ; tous pourtant nous devons travailler à leur salut, à leur conversion.
Au temps du bienheureux apôtre saint Jacques, il fallait éclairer les gentils des lumières de la foi ; à l'époque de la découverte du pays, le pauvre indien avait besoin de connaître les vérités de la religion ; il y a aujourd’hui à ramener à Dieu toutes ces Âmes que des mauvaises dispositions ou de faux préjugés ont éloignées du bercail ; il y a tous ces chrétiens qui, grâce aux mauvaises lectures, veulent secouer le joug de l'Eglise leur mère. Nous appartenons, mes frères, à des temps malheureux ; un souffle de libre pensée et d’impiété fait des ravages dans notre pays. Le prêtre, autrefois si respecté, le prêtre, ce représentant de Jésus Christ, est l’objet surtout des critiques des méchants ; on s'attaque à son caractère, à sa dignité, aux fonctions qu’il remplit. Jusqu'où n’at-on pas poussé l'audace ? Le premier pasteur de ce diocèse, ce père si bon, si vénéré, dont la devise est le symbole de la douceur de son ministère, n'a pas même été respecté.
Et si nons passons dans le domaine des mœurs, avec quelle effronterie le vice ne s'est-il pas installé dans notre société ! Intempérance, blasphèmes, représentations théâtrales d’une moralité risquée, oubli de la sanctitication du dimanche, plai sirs de la chair : ne sont ce pas là comme autant de plaies qui rongent notre population. Il est une espèce d’hommes, mes
frères, qui emploient autant d'artifices pour arracher les âmes à la vertu que les saints prennent de soins pour les gagner à Dieu ; qui, peu contents d'être eux mêmes vicieux, voudraient faire passer dans tous les cœurs le poison dont ils sont infestés ; qui osent braver pour parvenir à leur but la sévérité et la rigueur des lois divines et humaines.
Hommes publics, magistrats, pères de familles, vous tous qui avez l'influence ou l'autorité, ne sentez vous pas qu'un devoir vous incombe en face de tontes ces calamités ? Si Dieu n’exige pas de vous, comme du patron de cette paroisse que vous laissiez là votre famille, votre pays, au moins veut-il que vous veilliez sur ceux dont vous ave: la gouverne. Pour suivre l'avis de plus sages que moi, je dirai même que vous devez être militants dans votre foi, que vous ne devez pas crainlre de vous montrer chrétiens, que vous ne devez pas avoir honte de vous révéler publiquement, quoiqu'avec dis cernement et prudence, comme catholiques, comme fils soumis de l'Eglise. Ne craignez pas de vous ranger sous l'étendard de catte bonne mère, entièrement, complètement, Les natures fortes ont horreur de cenx qui ne font les choses qu’à moitié.
Puisque vous avez un apostolat à remplir, veillez sur ces enfants, sur cette jeunesse inexpérimentée afin qu’elle n'’aille jamais souiller ses lèvres à la coupe empoisonnée du vice. Veillez sur leur intelligencs afin qu’elle se développe dans la connaissance de la vérité et du bien, sur leur cœur afin quil se forme par la pratique des vertus chrétiennes. Las jeunes gens d'aujourd'hui seront les hommes de demain ; sur eux, repose l'avenir de notre société ; il est donc bien important de les façonner dès l’âge le plus tendre. Puissent ils apprendre dès maintenant que l’ohéissance à l'autorité tant dans l’ordre
religieux que civil, que le respect des lois sont comme les éléments constitutifs des nations fortes et courageuses ! Puissent ils savoir que l'amour de la religion et de la patrie est seul capable d'enfanter des hommes véritablement utiles, des hommes que l’on peut citer comme des modèles, dont on a le droit d’être orgueilleux !
Ces considérations sur la manière d'instruire la jeunesse conduit naturellement à cet autre sujet : Que faire en face de ceux qui par lurs écrits ou leurs discours cherchent à implanter des doct:ines de fausse liberté, d'anarchie, de violence même ? Ah ! instruisons-nous en jetant un regard sur ce qui se passe autour de nous ; n’attendons pas qu’une triste expérience vienne nous désabuser. Vous qui gouvernez, ne l'oubliez pas, la prospérité, l’ordre du pays reposen Sur vos épaules. Généraux remplis de vigilance, vous devez non seulement voir à ce que l’ennemi ne fasse pas de brèche dans vos remparts, mais vous devez poursuivre cet ennemi jusque dans son camp, vous devez détruire ses forteresses, l’éloigner, l’exterminer, si le salut public l'exige. Par vos lois, par votre prudence, par une sage administration de la justice, vous pouvez encore sauver notre religion et notre nationalité. Pourquoi retarderiez vous donc ?
Il est une chose qui fait mal au cœur : c'est de voir les méchants si hardis, si audacieux, et nous si timides, si craintifs. Pourquoi ne mettrions-nous pas autant de volonté à soutenir les bons principes que ceux-là en déploient pour étayer leurs mensonges ? Les apôtres, eux, ont-ils craint de coufesser Jésus-Christ et devant le tribunal du Sanhédrin, et devant les princes des prêtres, et devant Hérode, et devant César ? Pourquoi ne voudrions nous pas nous montrer ouver-
tement catholiques, fils soumis de l'Eglise, lorsque nous voyons tant d’impies tirer vanité de leur esprit d’orgueil et d'insubordination ? Pourquoi ne voudrions nous pas nous faire les défenseurs de la vraie liberté, de la vérité, lorsqu'eux ne craignent pas de se montrer les amis dévoués de la licence ?
Que cet apostolat du bon exemple ferait du bien sur les masses .
et contribuerait à assurer la paix, l'union. l'entente dans notre cher pays. Je prie saint Jacques d'écouter ces vœux et d’accéder à nos pressantes supplications.
Fatigué, mais non abattu, ce saint apôtre se reposait près de Saragosse, sur les bords de la rivière d’Ebre, par une de ces nuits étoilées dont le ciel d'Espagne à le secret. Tout-à-coup, il entendit des voix d’anges qui répétaient à l'envie : « Ave Ma: ria, gratia plena, je vous salue Marie pleine de grâce. » Et, en même termps, il aperçut au milieu de cette troupe d’esprits célestes leur glorieuse reine qu'ils avaient apportée, placée debout sur un pilier de marbre blanc. La sainte Vieroe parla avec beaucoup de bonté à saint Jacques, l’encouragea dans ses prédications et lui enjoignit d'élever au même endroit un temple en son honneur ; elie l’assura en même temps que cette partie de l'Espagne lui serait très dévouée. Le temple, que l’apôtre saint Jacques construisit, s’appela Nuestra Senora del Pilar en souvenir du pilier de marbre sur lequel notre bien aimée mère voulut se montrer.
Mes frères, c'était une consolation bien sensible pour saint Jacques au terme de son apostolat d’être favorisé d'une sem-