‹ Panégyrique de saint Jean Berchmans [microforme]Chapitre 2 sur 2 · ER ATEN · texte numérisé non relu

ER ATEN

Comme complément de ces imposantes solennités qui ont attiré l'univers aux pieds du Vicaire de Jésus-Christ, notre mère la sainte Eglise, propose de nouveaux saints à la vénération des fidèles.

En mère sage et prudente, elle proportionne les remèdes aux besoins de ses enfants. Plus ils sont exposés, plus elle leur donne de protecteurs au ciel. Plus on s’acharne à leur perte, plus elle s’acharne, pour ainsi dire, à leur salut.

Apparaissez donc, nouveaux saints de l’illustre Compagnie de Jésus, à la suite des Îgnace de Loyola, des Françoisa lé et des Louis de Gonzague. A la voix: du Suuverain Ponlife, mia * sur les autels du Christ êt plaide ’peur'rovsS devant le trône de l’Agneau, Ames ascétiques, demandez à Rodriguez le secret de la perfection. Apôtres et missionnaires, Claver vous attend au pays de l'esclavage et des ténèbres. Et vous, jeunesse catholique, portion choisie du troupeau du Bon Pasteur, saluez dans l’aimable Jean Berchmans un ami, un

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compagnon d'études, un modèle et un frère.

Il vous appartient, en effet, à bien des titres. [l vous appartient de la part de N.S. P. Léon XIII qui, au début de son glorieux Pontificat,nous a donné Thomas d'Aquin, l’Ange de l'Ecole, pour présider à nos études, et qui, comme don jubilaire en échange de vos vœux et de vos offrandes filiales, prépose à la garde de votre vertu le pieux et chaste Berchmans que ses contemporains ont nommé ‘‘ un ange revêtu de chair humaine.” [l vous appartient, chers jeunes gens ; car l'Eglise, dans ce siècle .de licence ntellectieil. bt dnoraie,ivous devait cé.tÿpe di Thumiité, de ‘lobéissance et de la piété. Soyez-en donc reconnaissants, Messieurs, à Dieu, ‘ l’auteur de tout don parfait,” à l'Eglise et à son chef sur la terre. Remerciez-en cette vigilante Compagnie de Jésus, toujours si jalouse de la vertu de la jeunesse, cette pépinière privilégiée des modèles de l’adolescence chrétienne, qui a enfanté pour elle un

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Slanislas Kostka, un Louis de Gonzague et tant d’autres, cette Compagnie qui, dès le berceau de la Nouvelle-Franre, a travaillé avec autant de dévouement que d'intelligence à l’éducation de la jeunesse canadienne.

Non, Messieurs, nous n'avons pas été oubliés dans la distribution des largesses divines : saint Jean Berchmans nous appartient à nous aussi. Car si Rome, berceau, foyer et lit de repos de tant de saints, a le bonheur de posséder sa dépouilie vénérée ; si Louvain, cet autre foyer de science et de foi allumé au cœur

même de l'Eglise, si Louvain, dis-je,

garde avec un saint orguoil le cœur de cet enfant dont la Flandre recueillit les premiers battements et qui ne cessa d'aimer sa chère patrie, n’avons-nous pas droit au moins à une large part de son crédit au ciel ? Que dis je ? à nous son exemple, à nous ses sublimes leçons d’innocence et de vertu.

Invité par le R. P. Supérieur de cette Résidence à vous dire un mot de la vie

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si courte, mais si précieuse, de notre aimable Saint, j'aurais reculé devant une tâche aussi difficile, à raison même de l’excellence du sujet. Mais je me suis dit : ‘ Saint Jean Berchmans est l'ami des écoliers, et les écoliers aiment toujours à entendre parler de leurs amis, quelque vieilles que soient les choses qu’on leur en dit, et quelle que soit la voix qui les leur raconte.”

Laissez-moi donc, Messieurs, vous montrer saint Jean Berchmans durant toute sa jeunesse, et partant, durant toute sa vie (car il n’a vécu que 22 ans et demi) fidèle au précepte du sage : ‘“ Souvienstoi de ton Créateur aux jours de ta jeunesse.”

Le Seigneur est un Dieu jaloux. Il veut qu’on le serve de bonne heure, car il est le Principe et la Fin. Aussi, dès la naissance du monde, a-t-il réclamé l'offrande des premiers nés parmi les hommes et les animaux, ainsi que les prémices des fruits de laterre. A lui le premier choix, à lui la fine fleur, à lui

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le temps de la jeunesse. Est-il rien de plus raisonnable que de servir Cès le commencement ce Créateur de qui nous tenons l’être et la vie ; d'aimer de notre premier amour ce Dieu qui nous nourrit de notre pain de chaque jour et qui nous prépare le plus précieux des héritages ?

Consacrer au démon les prémices de notre vie, et n’offrir à Dieu que les ruines d'un cœur corrompu, serait indigne et du Dieu grand et bon que nous devons servir, et d’une âme créée à son image.

Ce serait l’offrande de Caïn, digne de son mépris et de sa malédiction. Ne pas servir Dieu avec les premiers battements de son cœur, avec les premières lueurs de son intelligence, avec les premières œuvres de ses mains, ce-serait désobéissance, injustice et ingratitude ; ce serait se priver d’un trésor de mérites et perdre sa récompense éternelle.

Oui! Messieurs, il faut servir Dieu de bonne heure, dans un âge où l’on peut s'acquitter de cette obligatiun et mettre en pratique le conseil si salutaire de

l'Ecclésiastique : ‘ Souviens-toi de ton Créateur dans les jours de ta jeunesse.” Nous y trouverons les deux avantages suivants : d’abord, ceux qui se donnent de bonne heure à Dieu ne ressentent presque point les peines et les difficultés attachées aux exercices de vertu et au service de Dieu.

Le second avantage a quelque chose de positif. Ceux,en effet, quise consacrent ainsi au service de Dieu, qui s’adonnent à la pratique de la vertu dans l’âge le plus tendre, en goûtent toutes les douceurs.

C'est ce que je vais essayer de vous prouver par la vie du Saint dont nous célébrons les gloires. *

Et d’abord, les raisons du premier avantage, je les trouve dans les paroles du prophète Jérémie, qui après avoir dit: Bonum est viro cum portaveril jugum ab adolescentia sua, ‘‘ ilest bon à l’homme de porter le joug dès sa jeunesse,” ajoute ensuite ce qui, selon l’interprétation des Saints Pères, comprend trois raisons de

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la vérité que nous 1vons énoncée : Sedebit solitarius, et tace: :. quia levavit supra se. ‘ Il s'assiéra seu], et se taira, parce qu'il a mis le joug sur lui,” parce qu’il s’est ‘t élevé au-dessus de lui-même.”

Sedebit. ‘* IL s’assiéra,” ce qui, d’après l'explication de saint Thomas, signifie qu'il ne sera pas troublé par les passions d’une jeunesse libertine et: déréglée.

L'étude de la vertu impose les conditions suivantes: se garder des surprises des passions, veiller sur leurs premiers mouvemeuts et aller contre le torrent des inclinations vicieuses. Or, qui, plus fidèlement que saint Berchmans, se livra à cette étude dont le prix devait ètre sa couronne de Saint ?

—Choisi un jour pour complimenter le jeune Cardinal Maurice de Savoie, il dut commenter à son adresse cette parole de Salomon, dont tous les assistants firent l'application au jeune Saint lui-même :

tt J'ai résolu de prendre la Sagesse pour la compagne de ma vie” Toute sa vie il lui demeura fidèle, dans la personne

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de cette bienheureuse vierge que l'Eglise appelle le siège de la sagesse. ‘ C’est le culte de Marie, disait-il dans ses derniers moments, qui a été le priucipe et le fondement de ma vie spirituelle.” Cette bonne mère avait accueilli le Säint au | sortir du berceau, l'avait guidé, dit son || biographe, dans les sentiers du jeune ll âge, et abrité dans les chastes plis de son (|

manteau pour dérober à ses regards les vanités du monde. 4

Enfant, adolescent, jeune homme, novice, religieux, Berchmans répondit n par l’emour à tant d'amour, par la E vénération d’un fils aux bontés de sa 4 mère. “Il nous faut à tous, disait-il :

souvent, un lieu de refuge qui nous | serve d’asile contre les assauts soudains 4 de cruelles tentations ; quel refuge plus 4 sûr que les plaies sacrées du Sauveur, + 4 le sein et le manteau de la Reine des “3 Cieux ?” 1

Quel admirable enseignement, Messieurs, tombé des lèvres d’un de nos [à devanciers, d’un de nos confrères dans | la Congrégation de la Sainte Vierge !

su. TT.

Eclairé par les lumières d’une conseillère aussi sage, Berchmans veilla toujours à la garde de ses sens. Illes tint constamment sous l’empire de la } raison et de la grâce, par la tempérance, la modestie des yeux et du maintien, la fuite instinctive des occasions de 1 péché. Dans le choix de ses compagnons 4 il se montra aussi sévère que réservé.

Aussi, Ceux de ses contemporains qui ont joui de son intimité, sont-ils, presque

à tous, morts en odeur de sainteté.

Maïs audessus de ces amis dela terre, Berchmans aimait et vénérait l’angélique Louis de Gonzague, qu’il appelait son frère. Rien d’ailleurs ne fait mieux connaître l’union intime qui devait exister entre ces deux âmes, dont l’une jouissait déjà des joies du Paradis, que la parfaite conformité de mœurs qui faisait de Berchmans un autre saint

| Louis. Les Pères les plus distingués de

la Compagnie, qui avaient connu et

? Gonzague et Berchmans, proclamaient

à l’envi que la pureté, l'humilité, la

modestie de l’un, étaient aussi la pureté, l'humilité et la modestie de l’autre; qu'il n’était point de vertu qui ne se retrouvât au même degré dans ces deux jeunes Saints, point de noh'e sentiment dans le cœur de l’un qui n’eût son écho dans l’âme de l’autre. Tel est aussi le langage de l'Eglise, qui, par La bouche de ses cardinaux et de son Saint Pontife, a voulu relever et couronner dans Berchmans le fidèle imitateur de saint Louis de Gonzague.

Il n’est donc rien d'étonnant d'entendre le Saint avouer ingénument à un frère coadjuteur : ‘“ Par la grâce de Dieu, disait-il, par un bienfait de la Sainte Vierge, je ne me rappelle pas avoir jamais eu une pensée contraire à la chasteté.”

Le vénérable cardinal Bellarmin, entendant parler d’une telle vertu, au moment de comparaître lui-même au tribunal de Dieu, disait donc avec justice : ‘ Oh ! ce fut là le privilège de la Mère de Dieu ; c’est Elle qui a communiqué ce don à son enfant, ”

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Le sage ajoute : sedebit solitarius, et TACEBIT : ‘Il s’assiéra seul, et se taira.”

Par ce tacebat, Messieurs, par ce silence, nous devons entendre l'éloignement du monde. Et cet éloignement, cet amour de la retraite, il ne faut pas le croire réservé aux seuls religieux. Non, Messieurs, la retraite et la solitude, l’abandon et le renoncement, au moins de cœur, sont possibles dans toutes les professions, et surtout chez la jeunesse étudiante, Elle n’est pas encore, eu effet, entraînée dans le tourbillon de:

affaires, et les bonnes habitudes qu’on y acquiert donnent de la facilité pour persévérer dans la piété. Au contraire, comme les plaisirs du monde et Îles maximes du siècle corrompent le cœur des gens, ainsi le bruit et les vains succès du monde distrayent l'esprit et le détournent du soin de l'unique chose nécessaire. Réjouissez-vous donc, Mes.

sieurs, de votre heureuse condition, et préparez-vous-y à ne pas endurcir vos cœurs, alors que Dieu vous fera entendre son appel.

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Que saint Jean Berchmans, en cela comme dans tout le reste, soit votre modèle, Ecoutez les admirables paroles qu’il écrivait à ses parents avant d’entrer pour jamais dans cette solitude et ce silence du cloître, d’où il ne devait sortir que pour entrer dans le repos éternel. Rarement la poésie du cœur a eu des élans aussi sublimes, rarement elle a pris d'aussi vives couleurs, un langage aussi extatique.

‘ Réjouissez - vous, chers parents, disait-il, tressaillez d’aliégresse ; moissonnez à pleines mains les grâces solides du ciel, non les vaines joies de la terre!

—ÆEh ! qu'y atil donc ?--Le voici : votre fils espère mourir le 25 de ce mois.— Mourir ?—Oui, mourir; mais mourir au monde, mourir de la mort des saints. O douce mort, Ô mort qui n’êtes pas une mort, mais la vie la plus suave!

Oui, que mon âme meure de cette mort des justes ! Mais où, par quels tourments ?

—Sur la croix de Jésus. avec Jésus ; transpercée des trois clous de pauvreté,

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de chasteté et d’obéissance perpétuelles, elle mourra pour Jésus. Oh ! qu’il est doux de mourir dans la Compagnie de Jésus, entre les bras de Jésus ! ” L'héroïque adolescent avait nommé l’obéissance. C'est qu’il en trouve le précepte dans le facebit du Sage. C’est que, lui aussi, avait déjà goûté et allait savourer encore mieux toutes les délices de la sainte obéissance. Il allait entrer dans cette ‘* bonne et douce vacance qui laisse et livre tout l'être humain à Dieu.” Éntendez-vous, Messieurs ? L'obéissance c’est la vacance de l’âme ; c’est-àdire que, sous son bienheureux empire, l’âme entre dans une parfaite liberté, comparable à ces doux loisirs qu’on vous accorde au terme d’une année scolaire.

St Jean-Climaque va plus loin ; il l’appelle un sommeil. Non-seulement l’âme peut s’abandonner, se reposer en Dieu, dès qu’elle se sent sous le joug de l’obéissance, mais elle peut s'endormir ; un pilote sacré veille sur elle, il répond de sa vertu, de sa persévérance, de son salut.

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Le Pronhète termine en disant : quia devavit suprà se, ‘ parce qu'il a mis ce joug sur luimême” ou, suivant une interprétation, ‘* parce qu’il s’est élevé au-dessus de lui-même, ” c'est-à-dire au-dessus de la nature, au-dessus des sentiments et des faiblesses des autres.

Le mère de Berchmans va bientôt mourir. L’héroïque enfant, dominant l'excès de tendresse filiale, pour se courber sous la main divine, adresse à sa pauvre mère mourante des adieux pleins de résignation. Sa douleur se change en un cri de triomphe, en un chant d’actions de grâces au Dieu qui punit parce qu’il aime.

Levavit supra se: au-dessus de la crainte qui épouvante les lâches, audessus du respect humain qui paralyse le bien.

Levavit supra se: cette élévation de lui-même au dessus de la nature, cause de son assujettissement au joug du Seigneur, devient aussi le gage de son avancement prodigieux dans les voies de la sainteté.

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Il s'élance à pas de géant dans la carrière de la perfection. Jamaisil ne disait : ‘ C’est assez,” ou ‘ je n’irai pas plus loin,” mais la générosité de son cœur le poussait ea avant, toujours en avant sous l’aiguillon d’une insatiable avidité. ‘ Enfin, continue son maître des novices dans un témoignage solennel, La bénédiction du Seigneur s’est arrétée sur sa tête. Le Seigneur l’a choisi entre tous les hommes ; il lui a donné les préceptes et la loi de vie et de science, et lui a entouré les reins de la ceinture de justice ; ensuite le Seigneur la exalté ; il l’a rendu Saint, il lui a mis sur le front la couronne de gloire.”

Et l’immortel Pie IX, dans le décret de sa béatification, lui applique cette admirable louange : ‘ fl a fourni en peu de temps une longue carrière, compensant par l'étendue de ses mérites les bornes étroites assignées à sa vie, et enflammant le reste du genre humain à marcher sur ses traces.”

Il me resterait, Messieurs, à vous montrer les avantages du service de

Dieu commencé dès le jeune âge, et à vous faire voir comment saint Jean Berchmans recueillit ces précieux avantages. Mais le temps presse, etilnous faut conclure. Je ne vousdécrirai donc pas ces douceurs de la vertu, bien préférables à celles des sens, que le divin Maitre promet à ceux qui lesuivent; ni ‘ce joug plein de douceurs et ce fardeau léger,” qu’il impose à ses amis. Ecoutez plutôt chanteren distiques admirables le jeune humaniste qui doit plus tard associer sa voix à celles des Anges. Ecoutez-le chanter les douceurs du nom adorable de ce Maître qu’il voulait seul servir.

‘ Non, non, s’écrie le bienheureux poète, quand la muse Calliopée me donnerait cent bouches ; quand toutes elle les abreuverait de l’onde sacrée qui inspira Philétas ; quand le guide divin des sœurs de Castalie me dicteraitses chants, jamais je ne pourrais redire les douceurs de ce nom. O nom de Jésus, le plus suave de tous les noms! nom doux comme le miel, frais et embaumé comme le

souflle du printemps! Les cieux, la terre et l'in mensité des ondes connaissent ta douceur, à source de félicité. Nom plus doux que les flots de nectar enchainés dans les ruches de l’'Hybla. Salut ! vrai Fils de Dieu, qui devances tous les âges, nom béni entre tous les noms, salut, Point de son plus harmonieux ue flatta nos oreilles ; jamais pensée plus douce ne berça notre esprit, O nom de Jésus, souverain bonheur des mortels, principe unique de salut !”

Avec un tel amour au cœur, avec cette ‘ huile répandue ” qui embaume et console, on comprend que Berchmans ait goûté les autres avantages attachés au service du Seigneur, qu'il ait joui de cette paix de la conscience qui, durant sa dernière maladie, lui dictait cet aveu ingénu : ‘ Je ne me souviens pas d’avoir commis une seule faute vénielle de propos délibéré. ”

Il goûta aussi cette onction intérieure que Dieu répand sur son joug. Il aima tellement les règles de la Compagnie

qu'il les avait toujours ouvertes sur son pupitre pendant la journée ; le soir, en allant se coucher, il les mettait sur son chevet, et, lorsque approcha le moment de sa mort, il les tint entre ses mains comme sa meilleure défense aux yeux du Juge souverain.

Je ne puis terminer, Messieurs, sans évoquer un souvenir qui n’est pas étranger à cette fête. Elèves du Collège Romain et Congréganistes de Marie, nous célébrions, il y a quatre ans, dans la Ville Eternelle, le troisième centenaire de la fondation de la Prima Primaria, mère et maîtresse de toutes les Congrégations de la Sainte Vierge dans le monde entier. Nous étions réunis à l'Eglise de Saint Ignace, sous cette voûte merveilleuse, où le génie de l’artiste, par une rare perspective et des raccourcis inimitables, entr’ouvre aux regards illusionnés les portiques du ciel, et nous fait ainsi assister à la gloire du Saint Fondateur. Nous étions à l'angle du grand quadrilatère occupé naguère

par l’Université Grégorienne, où les Stanislas Kostka, les Louis de Gonzague, les Jean Berchmans, et tout un essaim de jeunes confesseurs nous avaient précédés aux leçons des maîtres de la science. L’élite de la noblesse romaine était là, d'innombrables flambeaux éclairaient tous les chefs-d’œuvre du sanctuaire ; dans un des bras de la croix latine que décrit l’église, le tombeau de saint Louis de Gonzague ; à l’extrémité opposée, celui de saint Jean Berchmans

L’Eglise n’a pas voulu séparer dans la mort ces deux âmes virginales qui s'étaient si bien connues et aimées. La piété des fidèles et la vénération de leurs frères a voulu honorer d'un même Culte leur mémoire bénie. Deux urnes de même forme,en lapis lazzuli d’un bleu ravissant,renferment leurs précieux osseunents : Ce sont les mêmes colonnes torses en vert antique qui soutiennent le baldaquin de leurs autels. C’est là que la jeunesse étudiante de toute tribu, de toute langue, de toute nation, va

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demander à ces docteurs précoces, le secret de bien vivre, et surtout, de bien mourir.

Tout-à coup, la voix d’un des princes de la musique sacrée entonne le vigoureux cantique Laudale pueri Dominum.

‘ Enfants, louez le Seigneur ” ; et le chœur reprend avec entrain les versets sublimes. Mais bientôt le chœur se tait, et un écho de voix angéliques s'échappant d’une arcade supérieure, jette dans le silence de l'intervalle ce cri de louange et de reconnaissance :

Sit nomen Domini benedictum : ‘* Que le nom du Seigneur soit béni! ”

Ce cri, le même écho vivant le répète après chaque strophe du cantique inspiré et chaque fois, ilravit davantage, comme la mélodie toujours une mais toujours variée, de l’hosanna séraphique.

Entonnons, nous aussi, Messieurs, ’hymne de louange en ce jour où le Seigneur nous invite à le glorifier dans ses saints. Congréganistes de Marie, condisciples et imitateurs jurés

de Berchmans, bénissons Dieu d’avoir accompli en lui de grandes choses.

Suscilans a terra inopem… ut collocet eum cum principibus. Il a pris l’humble fils du cordonnier de Diest, et il l’a placé sur les autels de son Divin Fils.

il l’a rangé parmi les princes de sa Cour Céleste. Que son saint nom soit béni, « Sit nomen Domini benedictum.”

Qui habitare facil sterilem in domo.

Les ennemis de l'Eglise se moquent de :

l'Epouse du Christ, Ils voudraient la croire vieille et impuissante. Mais son Divin Epoux répond à leurs sarcasmes et à leurs railleries impies en lui suscitant toujours de nouveaux enfants. Il embellit ainsi la maison de celle qu’on a crue stérile, devenu la mère heureuse d’une glorieuse postérité. Matrem filiorum lætantem. Sit nomen Domini benedictum Que son nom soit béni !

Salut donc à toi, à glorieux fils de l'Eglise triomphante, à toi notre frère d’arrxes dans la sainte milice de la Reine du Ciel, à toi, notre patron, notre doyen, notre compagnon d’études.

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Gloire au saint Pontife qui a pensé à nous en inscrivant ton nom au registre des saints ! Gloire à la Compagnie de Jésus qui t'a enfanté, et t’a donné à nous, Ô aimable Berchmans, pour être notre Modèle et notre Ami! Gloire à Marie qui t'a conservé innocent et pur et qui nous aidera à te ressembler.

Gloire à Dieu qui t'a créé et sanctifié, et qui est ‘ admirable dans ses saints.” Que son saint nom soit béni sur la terre comme aux Cieux.

Sit nomen Domini benedictum in ælernum, Amen.

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