‹ Panégyrique du Révérend Edouard CrevierChapitre 3 sur 6 · DISTRIBUTION DES PRIX AU COLLEGE DE STE-MARIE DE MONNOIR · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION DES PRIX AU COLLEGE DE STE-MARIE DE MONNOIR

[Du Sorellois.\

"Jeudi, le 20 juin dernier (1881), était le jour fixé pour la sortie des élèves du Petit Séminaire de Ste-Marie de Monnoir.

" Les supérieurs de cette maison avaient invité, pour la circonstance, un ancien professeur, le Rév. M. Elphège Gravel, curé de la ville de St-Hyacinthe, et deux anciens élèves, M. Charles Thibault, Echevin et George Duhamel, avocats de Montréal, pourfaire le panégyrique de feu Messire Edouard Crevier, fondateur du Petit Séminaire.

" Le Rév. M. Gravel devait parler de Messire Crevier dans son apostolat, M. C. Thibault narrer la vie de ce saint prêtre et M. G. Duhamel traiter le grand sujet de l'éducation dont Messire Crevier a été l'un des plus ardents propagateurs.

"Mais, pour des raisons majeures, Messire Gravel et M. Duhamel n'ont pu se trouver présents. M. Charles Thibault se chargea de remplir la lacune que faisaient les deux absents, ce qu'il fit d'une manière admirable, entremêlant son discours de digressions tout à fait intéressantes.

" M. Thibault a charmé ses auditeurs, par la manière dont il exprime ses pensées et ses sentiments et par les traits d'esprit qu'il entremêle dans son discours ; et ceux-ci lui ont témoigné leur admiration, en l'interrompant par de longs et fréquents applaudissements.

" Dans cette circonstance il a montré qu'il était un véritable orateur et digne d'être mis au rang de nos premiers écrivains. Ce magnifique discours sera publié et paraîtra sous peu.

"Les auditeurs étaient très nombreux et composés d'un grand nombre de membres du clergé, de l'élite des citoyens de Marieville

et des localités environnantes. Le député de Rouville, M. Gigault, adressa aussi quelques mots, montrant tout rintcrot qu'il portait à l'éducation.

" Après le discours de M. Thibault, on' procéda à la distribution des prix et chaque élève appelé recevait ses récompenses au bruit de vifs applaudissements de la foule.

" La fanfare du Petit Séminaire, dirigée par M. L. V. H. Chapdeleine, de Sorel, fit entendre, à différentes reprises, ses harmonieux et mélodieux accords.

" Le Rév. Messire Jeannotte, supérieur du Petit Séminaire, résuma en termes éloquents, la séance et remercia très cordialement l'orateur de son dévouement à son A///iû Mater et de sa reconnaissance pour l'illustre mort que l'on pleurera toujours en cette maison.

" Le portrait de IMessire Crevier formait le fond de la scène. Bref, le séance a été des plus belles et des plus impressionnables.

Le Monde de Montréal, (15 juillet 18S1), rend compte de cette séance dans les termes suivants :

'' Le Panégyrique du Rév. M. Ed. Crevier, V. G., et Supérieur du Petit Séminaire de Ste-Marie de Monnoir a été fait, le trente juin dernier, à la distribution des prix aux élèves de cette florissante institution, par l'Echevin Thibault, ancien élève de cette maison.

" L'on se rappelle que ce prêtre vertueux, ce prédicateur éloquent, cet ardent apôtre de la charité, cet ami dévoué de l'éducation, et ce grand patriote, mourait le 22 janvier dernier à l'âge patriarcal de 81 ans, à l'Hospice Ste-Croix, fondé par lui-même, à Ste-Marie de Monnoir. Des funérailles grandioses lui avaient été faites au miUeu d'un immense concours de fidèles, venus pour contempler, encore une fois, celui auquel ils avaient porté un culte si profond et si mérité. Mgr Moreau, son ancien évêque, chantait son service et Mgr Laflèche, son ancien ami, faisait son éloge funèbre.

" Le Rév. Messire Jeannotte, digne successeur de Messire Crevier, dans ses doubles fonctions de curé de la paroisse et de supérieur du Petit Séminaire de Ste-ALarie de Monnoir, voulant éterniser sa mémoire daus le cœur de ses nombreux amis, crut devoir inviter M. E. Gravel, curé de St-Hyacinthe, ancien professeur, et MM. Thibault et Duhamel, anciens élèves, pour élever à leur supérieur un monument durable de leur amour pour lui.

•** Malheureusement, Messire Gravel et M. Duhamel ne purent se Tendre à l'heure indi(iuce.

" M. Thibault, dont la plume habile, le dévouement constant et la parole éloquente sont partout où il y a du bien à faire et un acte de reconnaissance à accomplir, se chargea seul de la tâche.

" Jamais ce brillant orateur ne s'est élevé si haut, au dire de tous •ceux qui l'ont entendu. Il sut retrouver, dans ses souvenirs et dans sa grande amitié pour son vieil ami défunt, les accents les plus sympathiques et les plus sincères ; disons tout de suite qu'il le plaça dans sa véritable lumière. L'auditoire, ému jusqu'aux larmes, a manifesté ses approbations souvent par les plus chaleureux applaudissements. Comme ce discours célèbre doit être publié en brochure, à la sollicitation des paroissiens de Ste-Marie, nous ne croyons pas devoir, pour le moment, en donner l'analyse. Nous nous contenterons de remercier M. Thibault, pour les sacrifices qu'il s'est imposé en cette circonstance et de le féliciter sur son immense succès.

DE

MESSIRE EDOUARD CREÏIER, Ï.-G.

Monsieur le Supérieur,

Mesdafnes et Messieurs,

Chers anciens condisciples,

Il y a vingt ans, dans une circonstance analogue, à pareille époque, à la même heure, dans cette même enceinte, et à cette même tribune, vous m'auriez demandé des joies, des rires et des chants ; aujourd'hui, je ne sais quelle tristesse envahit cette salle, et M. le Supérieur, en exigeant de moi un souvenir, vous m'impos€z des larmes. La joie est l'expression momentanée du bonheur; elle peut s'improviser quelquefois ; la douleur s'impose toujours.

Vos regards inquiets m'interrogent ; et je lis, sur vos traits assombris, que quelque chose, ou plutôt, que quelqu'un vous manque en cette occasion.

Qui attendez-vous donc ? La mort a-t-elle jamais rendu ses victimes ? Hélas ! il est vrai, dans de semblables solennités, pendant un quart de siècle, la place d'un vieillard vénéré était là, devant moi, au centre de cette ceinture d'amis qui m'environnent.

Toujours un auditoire sympathique attendait, avec une fébrile impatience, un mot d'encouragement de sa bouche éloquente qui ne s'ouvrait jamais que pour bénir ; pour encourager, pour répandre desconsolations autour de lui, pour faire aimer le vrai, le bien et le beau-

Aux accents vénérés de cette voix amie, bien souvent des larmes •ont mouillé votre paupière. Vous vous surpreniez à répandre vos douces joies sous les dehors trompeurs de ce que le monde croit n'être que Texpression de l'amertume ! Comme si la joie n'avait aussi parfois ses larmes ! Comme si le cœur humain n'était pas une lyre miiltisonore, apte à rendre tous les sons en même temps ! à reproduire tous les sentiments à la fois !

Le bonheur est plus expansif ; la douleur plus concentrée : celui-là se manifeste à l'extérieur; celle-ci agit à l'intérieur. Et, si les grandes joies, — filles de la satisfaction, — n'ont jamais assez d'éclat, les grandes douleurs, — enfants du souvenir, — ne semblent jamais assez muettes.

Les plus poignantes de toutes sont celles qui se réfugient dans le plus profond de l'âme, ovi il est plus difficile de les en arracher, pour les exprimer par la parole humaine.

Le silence, la stupeur, la consternation en sont quelquefois les signes les plus éloquents et qui seuls leur conviennent.

Ces douleurs muettes et inconsolables, anciens amis, nous les ressentons tous à la pensée du nouveau cerceuil qui contient les restes de celui que nous avons aimé comme un bienfaiteur ; que le monde a honoré comme un grand ; que les pauvres ont chéri comme un père ; que les fidèles ont vénéré comme un apôtre.

Son éloquente voix demeure silencieuse ; mais ne vous semble-t-il pas encore entendre son retentissant écho se répercutant sur les murs de cette salle, dans la chaire de Ste-Marie, au sein des grandes assemblées religieuses et jusque dans le sanctuaire le plus intime de vous-mêmes, — votre propre conscience ? Ainsi, pourquoi ne vous contentez-vous pas de vos souvenirs ?

Que me demandez-vous de plus ? des larmes ? elles perlent déjà à votre paupière. De la reconnaissance ? tout ce qui vous entoure en témoigne. Des consolations ? la mémoire de ce juste doit vous suffire.

Ah ! pourquoi faut-il, après une si longue absence, nous rassembler autour d'une tombe ? Vous, mes anciens amis, que cette mort seule a pu réunir, que venez-vous faire ici ? Quel est le tourbillon qui vous a emportés si loin ? quel est le vent qui vous pousse ? quelle est la vague qui vous rapporte ?

Vos illusions sont-elles les mêmes qu'il y a vingt ans ? Vos espérances d'alors ne sont-elles pas évanouies comme vos rêves ? Vos gais éclats de jrire, — de ce bon franc rire d'écoliers, — reviennent-ils encore?

Vous, pieux lévites du sanctuaire qui avez choisi la meilleure part de ce monde, et probablement de l'autre ; vous, magistrats graves^ avocats habiles, médecins inquiets, notaires affairés, politiques tourmentés— dites, qui vous a conduits ici ? si ce n'est pour répandre encore une prière commune, — salutaire aumône des vivants, — pour verser encore une larme silencieuse, — suprême consolation des morts, — sur celui que nous avons aimé et qui, en partant, des sphères froides du tombeau, nous disait encore : " Mes amis ! je vous laisse pour un peu de temps, au ciel nous nous reverrons."

Edouard Crevier, quatrième et dernier enfant d'Antoine Crevier et de Françoise Chevrefils, naquit le 5 novembre 1799, au Cap de la Magdeleine, près des Trois-Rivières, P. Q., au milieu de ces paisibles campagnes, où les grandes notions chrétiennes s'étaient parfaitement conservées. Sa famille, venue de France, s'était établie à Québec dès 1639; un de ses ancêtres, seigneur de St-François, marie' à une de Hertel, y avait péri aux mains des Iroquois. Jeanne Crevier {1652), épouse du gouverneur des Trois-Rivières, Pierre Boucher, devint la souche des DeBoucherville, des Taché, des Hertel de Rouville, des Baby, des Montplaisir, des LaBroquerie, des de Niverville, des Montbrun, des DeGrosbois, des DeGrandpré, des Duvernay et des Laperrière, tous alliés au Rév. Messire Crevier, qui ajoutait à son nom celui de Bellerive, qu'avait adopté son ancêtre Christophe, sieur de la Meslé, fixé aux Trois-Rivières en 1667.

Sa famille jouissait de belles distinctions et avait occupé plusieurs charges honorifiques et importantes à cette époque. Son père occupait le poste distingué de capitaine de milice et de juge de paix de Sa Majesté, — charges qui ne s'octroyaient alors qu'au vrai mérite.

Par sa mère, Françoise Chevrefils, — tante de l'excellent et patriotique curé de Ste-Anne du bout de rile,-^le futur fondateur de ce Petit Séminaire, qui est nôtre par le cœur, par la reconnaissance et par l'amour, se trouvait aussi allié à l'une de nos plus chrétiennes et de nos meilleures familles canadiennes. La mère est la véritable éducatrice de ses enfants ; ceux-ci seront, dans la suite, règle générale, ce qu'elle les aura faits pendant leur enfance.

Quelques années avant sa naissance, un malheur irréparable, aux yeux du patriotisme, était venu fondre sur cette colonie. Les armes victorieuses des Montcalm, des Lévis, des Bourlamarque, des Bou- 'gainville et de leurs héroïques compagnons, en y jetant leur dernier mais sanglant éclat, n'avaient fait que précipiter notre chute 1

L'Angleterre avait comploté depuis longtemps notre anéantissement complet ; aux yeux des sages d'alors, notre ruine était certaine,

Mais quand Israël était sans roi, Dieu lui suscitait encore des Prophètes, et ces chefs naturels de son peuple étaient appelés à lui commander, à le conduire, à le préserver d'une complète destruction.

Moïse résume en sa personne tous les attributs du suprême commandement et seul il sauve son peuple ! Les merVeilles antiques se sont renouvelées pour nous, lors de la conquête ! Humainement parlant, nous étions à jamais perdus, mais comme si Dieu eut voulu manifester plus clairement sa protection, comme s'il eut voulu démontrer qu'il se chargeait seul de notre avenir national et religieux, sur ce coin de terre bénie du Canada, nous fûmes sauvés providentiellement ; car, le découragement dans l'âme, les Grands, les Seigneurs, les Guerriers nous abandonnèrent. Mais si les Joas ne sont plus, des Joïada nous restent : et, avec eux seuls :

Nous sommes tous restés, nous, fils de la roture, " Pour cultiver ces champs noblement défendus, " Pour donner à nos morts la sainte sépulture " Et receuillù- partout nos vieux drapeaux perdus.

Le célèbre homme d'état anglais qui avait précipité notre abandon de la part de notre mère-patrie, William Pitt, n'était qu'un instrument dans les mains de Celui duquel toutes les nations relèvent, pour nous faire éviter l'abîme moral où la France révolutionnaire et corrompue du temps allait nous précipiter infailliblement.

Dans un moment de crise, de malheur, de difficultés ou de catastrophes publiques, ce qu'il faut à un peuple, c'est un autel, premier étai sur lequel s'appuie son existence morale, qui est alors sa seule force, l'unique gage de son avenir national.

Or, l'autel réclame le sacrificateur qui ne saurait être autre que le prêtre, auquel seul fut donné l'efficacité du sacrifice dans toute sa plénitude.

Médiateur entre le ciel et la terre, s'il touche aux hommes par ses sens, il atteint les anges par ses facultés spirituelles, dépouillées de toutes les attaches d'ici bas. Voilà sa grande force, sa grande puissance, son grand prestige. V

Il commande au Ciel ! et à l'instant celuici s'abaisse !

Il parle aux peuples, et ceux-ci obéissent à sa voix qui est l'écho du verbe éternel. Aussi, le prêtre de tous temps, a-t-il été le symbole de la Puissance, l'objet de la vénération, l'intermédiaire du salut, le rempart protecteur des nations, contre les torrents de maux qui venaient fondre sur elles, pendant le déroulement successif de la longue chaîne des âges.

Les sages d'ici bas, contre Dieu, commettent parfois de singulières

''^L'^^ngleterre avait juré la ruine dn peuple canadien, et elle lui laissait ceux qui pouvaient seuls le défendre et le sauver efficacement-ses pasteurs, ses guides, ses consolateurs, ses apôtres ses.

^'L^ciel se jouait ainsi des vains complots ; il se moquait ainsi^de ses pervers desseins, car, la croix avait vaincu le monde, et le prêtre portait la croix. Et son cœur était rempli de patriotisme ; de son âme irradiait la mansuétude, et ses mains étaient pleines de bénédictions, qui se répandaient dans l'âme de nos pères, comme la bienfaisante rosée du matin, au sein de nos prairies en fleur.^

Et avec le prêtre, le peuple espéra de nouveau ; et avec lui il combattit, sans courber la tête. La dernière vertu qui meurt chez nous, est toujours l'espérance ! .

Mais à cause de la sublimité de leur vocation, Dieu prend un soi» extrême de ceux qu'il appelle, du haut de Sa Majesté, à un si saint mais si redoutable ministère. Il orne même le cœur de leurs parentsde toutes les grandes vertus.

Aussi ceux de feu Messire Edouard Crevier, en sont-ils de parfaits modèles : sa mère était une femme forte par le cœur, grande par l'humilité, charitable comme un apôtre, dévouée comme un ange.. Rien ne fut négligé par elle pour inculquer au cœur, encore tendre: du jeune Edouard, les grands principes de vertu, d'abnégation, d humilité, d'amour du travail qui seront l'arôme de sa vie, et surtout cette ardente charité qui ornera à jamais sa couronne d un si brillant

Car les premières impressions subsistent toujours !

Quand Edouard naîtra, son frère Joseph, déjà âgé de treize ans, en sera le parrain. Et, vous savez, si plus tard, il ne lui a pas rendu, tous les devoirs mêmes d'un bon père.

Joseph donnera son dévouement et receuiUera de l'or. Edouard

prodiguera son or, comme ses consolations, et quand il n'aura plus rien, il s'adressera au cœur de son frère, il ira vers Joseph, il fera appel à la faiblesse de son parrain. Ce que le frère refuse, le parrain l'accorde ! Car, si la voix du sang n'est pas toujours entendue, celle de l'affinité spirituelle est plus caressante, plus douce, plus insinuante, plus irrésistible.

Joseph avait l'àme haute : encore plus haut était le cœur d'Edouard. Joseph était plus débonnaire, Edouard plus fier, Joseph plus rieur, Edouard plus sarcastique. Joseph plus aimable, Edouard plus attrayant. Joseph plus populaire, Edouard plus digne. Joseph plus libre, Edouard plus austère. Joseph amassait plus de tre'sors terrestres, Edouard s'occupait davantage des trésors célestes.

Cependant, aux jours de détresse et d'extrême besoin, Joseph sera la Providence vivante d'Edouard et lui facilitera les moyens de poursuivre ses grandes œuvres, qui seront à jamais, l'honneur, la gloire et la couronne de ces deux saints vieillards, toujours unis pendant leur longue vie, comme ils seront inséparables dans la tombe.

Si pour tous, la mort est la décomposition du corps, pour eux elle fut la résurrection de leurs grandes âmes, trempées par l'épreuve et régénérées dans le travail, le sacrifice, l'union et l'amour.

A quatorze ans, Edouard Crevier entrait au Collège de Xicolet. Son frère Joseph devait l'y avoir précédé de plusieurs années, puisqu'il en était alors l'économe. Comme les études de ses frères Joseph et Frédéric, avaient obéré ses parents, jNIgr. Plessis, qui venait, aux examens de 1813, de couronner Frédéric, se chargeait de venir en aide au jeune Edouard.

Dès lors ce dernier se faisait remarquer par une invincible énergie qui ne s'est jamais démentie, par un grand amour du travail et par une tendre piété. Il possédait déjà ce don des larmes, dont la source ne s'est tarie que le soir du vingt deux janvier dernier, (18S1) quand un moment avant de fermer à jamais à notre lumière, cet œil pénétrant que vous lui avez toujours connu, il me pressa les deux mains dans les siennes en signe de dernier adieu.

Dès l'âge de douze ans, feu Messire Crevier laissait déjà entrevoir des prédilections marquées pour sa vocation. Dans sa chambre, il s'était construit un petit oratoire où il jouait au prêtre, en y disant la messe et en y préchant si bruyamment à ses petits camarades, que sa bonne mère était obligée de le rappeler à un peu plus de silence.

Quoique très bon, très tendre, très humble, et très enclin au pardon, le jeune Edouard i^ourtant était vif, emporté, volontiers et colère, mais il sut tout de suite, même au commencement de ses études, acquérir ce puissant empire sur lui-même qui ne lui fit jamais défaut, même au plus fort des luttes ardentes qu'il eut à soutenir pour le maintien de ses droits, dans les intérêts du respect à l'autorité et pour le bien de la patrie et de la religion.

Il fut un bon élève, un aimable compagnon, un étudiant modèle. Ayant eu la douleur de perdre sa bonne mère un an après son entrée au collège, il adopta Marie, mère des orphelins, pour la sienne. En retour, la protection de celle-ci ne lui fît jamais défaut : aussi fut-il généralement heureux dans ses études.

Ses anciens maîtres et condisciples conservèrent toujours de lui les plus agréables souvenirs.

Le cadre que l'on m'a assigné aujourd'hui, ne me permettant pas d'entrer dans de très longs détails sur les vertus de M. Crevier, comme prêtre (i), je ne ferai que les signaler pour vous retracer ses nombreux bienfaits comme citoyen, comme patriote et. comme ami de son pays, et surtout des pauvres et de la jeunesse ; cependant il m'eut été bien plus doux de vous découvrir tous les trésors abondants de sa grande âme d'apôtre. Il y aurait tant de charmes à faire ressortir toutes les beautés de la vie intime de notre fondateur !

(I) Mes'=;ire Grave! devait les faire connaître d'une manière spéciale. Malheureusement des circonstances inconlrùlal)les l'ont empoché de se rendre à l'heure indiquée.

M. Crevier, par la régularité de sa vie collégiale, par sa tendre

fpiété, par son amour excessif du travail, avait conquis l'estime de

•ses supérieurs, à un tel degré, qu'ils ne voulurent pas s'en séparer.

Il devint professeur à ce collège de Nicolet, qui a fourni depuis à

l'Eglise tant d'illustres sujets et à la patrie tant de grands citoyens.

Quatre ans durant, de 1S21 à 1825, notre fondateur se dévoua à la tâche ingrate de l'enseignement. Le professorat exige de grandes aptitudes, une patience d'ange, une longanimité à toute épreuve, un ascendant légitime sur les élèves, p^r le savoir, l'autorité, la science du commandement, l'ordre et le dévouement. Le jeune professeur s'y montra bien digne de la haute position, toute de sacrifices et de confiance, à laquelle ses supérieurs l'avaient appelé. Le fait qu'on lui avait confié la classe de philosophie, pendant ses deux dernières années passées à Nicolet, témoigne assez haut de ses talents transcendants et de ses succès dans l'enseignement.

Effectivement, M. Crevier avait un esprit si vif, une intelligence si claire, une aptitude si grande, une activité si soutenue, qu'il saisissait à la fois les problèmes les plus délicats ; qu'il embrassait toutes les questions les plus ardues. Il s'était préparé par de fortes études, pendant sa jeunesse, à la fertile carrière qu'il devait fournir dans la suite.

Appuyé sur d'aussi solides bases, M. Crevier pourra faire face à toutes les situations ; pourra remplir toutes les charges. Pas un théâtre qui soit trop vaste pour son savoir ; pas une position qui soit trop haute pour qu'il ne puisse l'atteindre.

Dans le monde, il aurait été le plus habile et le plus entraînant des tribuns. Vivant à l'époque la plus tourmentée de notre histoire, sa place aurait été marquée à la tête de nos plus grands patriotes ! Le ciel l'appelait à d'autres destins. Dans la chaire, il fut l'un des

prédicateurs les plus éloquents, les plus convaincus et les plmpv efficaces.

Docile, soumis, fidèle à sa vocation, il avait fait le sacrifice entier de sa vie à son Dieu ; il ne regardera jamais en arrière. Il suivra constamment la grande voie du devoir, de l'obéissance, de l'abnégation et de la charité.

Ce fut Mgr Plessis, son bienfaiteur, qui, en 1S25, le 2 octobre, le fit prêtre à Québec. Ce devait être une des dernières ordinations de ce grandévêque, de ce dévoué patriote ; car la mort venait le frapper quelques semaines après, à son propre travail, le 4 décembre de la même année.

A cette même époque, l'on retrouve Messire Crevier dirigeant le collège naissant de St-Hyacinthe. Le couvent de cette ville réclame aussi ses soins et il secoure encore M. Girouard dans le service de sa paroisse ! ce qui ne l'empêche pourtant pas d'aider ses confrères voisins dans les concours, les retraites et les neuvaines, car son éloquence était déjà très populaire. Il parlait au cœur et à la foi ; sa diction était pure, sa parole suave, son argumentation solide, son regard énergique, son geste noble ; sa pensée, toujours chaleureusement exprimée, en faisait un prédicateur distingué.

M. Crevier a laissé de toutes parts, où les circonstances l'on conduit, de très agréables souvenirs.

Mgr Raymond, supérieur du Petit Séminaire de St-Hyacinthe, rappelle, dans les lignes suivantes, pleines d'éloquence, de vérité, de gratitude, ce que notre bien-aimé fondateur a fait pour le collège naissant de St-Hyacinthe, placé alors dans de grandes difficultés^ inhérentes à la plupart des nouvelles maisons d'éducation :

" M, Crevier," nous écrit Mgr Raymond, — " qui venait d'être ordonné prêtre est arrivé au collège de St-Hyacinthe comme directeur au commencement de l'année scolaire, en 1S25. Il était connu, d'avance bien avantageusement dans cette maison, par tout ce qui avait été dit de lui par son condisciple, M. Prince, qui y avait passé l'année précédente, comme Professeur de Philosophie.

Aussi fut-il accueilli avec joie et avec confiance ; il réalisa l'espérance qu'on avait mis en lui."

La discipline du collège était un peu relâchée ; une plus grande surveillance était devenue nécessaire.

"* M. Crevicr eut beaucoup à faire pour rétablir la régularité qui <iûit régner dans une maison d'e'ducation. Il se mit à cette œuvre avec le zèle et le dévouement qui l'ont si éminemment distingué. Il lit plusieurs règlements propres à faire tout marcher avec ordre, et veilla avec soin, à ce qu'is fussent exécutés. Il sut assurer son autorité et s'attirer le respect des élèves par la gravité et l'expression de dignité qui, dès lors, se trouvaient en lui."

" En même temps il se concilia leur confiance par cette bonté de cœur qui l'a toujours caractérisé."

" Il eut des difficultés à surmonter ; certains élèves avaient un

• esprit d'insubordination ; mais sa fermeté et sa sévérité même lorsque les exigences l'exigeaient lui valurent un plein succès.

" Il fut patient, charitable dans ses procédés, et toujours fidèle au

■devoir, tout en travaillant courageusement et efficacement au maintien de la discipline. Il reprochait les fautes avec force, mais néanmoins avec certains égards pour les coupables qu'il s'efforçait tou-

; jours dencourager, en exprimant la confiance que leur conduite future serait une digne réparation de ce qu'on avait pu trouver de blâmable en eux. Il édifiait aussi beaucoup par sa régularité aux exercices, sa charité et sa discrétion dans ses paroles et son vif <îsprit de foi et de piété.

■' M. Crevier avait un profond respect pour le fondateur du collè-

■ge et il entretenait ce sentiment dans les élèves qu'il excitait, en même temps, à la reconnaissance, à son égard. Il fit célébrer la fête de M. Girouard avec une grande pompe.

" Ce fut à la fin de sa première année de directorat que se termina le premier cours d'études. Il donna huit prêtres au clergé.

■ On peut dire que ce résultat, qui réalisait les espérances du fonda-

• teur, était dîi, en partie, aux lumières et au zèle de M. Crevier qui a joui d'une grande confiance comme directeur spirituel.

"Il passa l'année 1827 en qualité d'économe du collège de St- Hyacinthe. Il rendit comme tel de grands services à cette maison." Tel est le beau témoignage que porte de notre regretté fondateur, Mgr Raymond. Témoignage vrai que personne n'infirmera, car, c'est une peinture fidèle de ce que fut toute sa vie, votre ancien curé et notre bien aimé Supérieur.

En 1828. à la fin de sa troisième année de prêtrise, Mgr Lartigue, ; premier évêque de Montréal, l'envoyait prendre la direction de la

paroisse de St-Luc^ que laissait alors, pour les missions sauvages.. Messire Magloire Blancliet, qui devint ensuite Evêque de Nesqualy, en Orégon.

Sur ce nouveau théâtre, le jeune curé fit briller toutes les grandes"' qualités de son cœur, un zèle ardent pour l'honneur de la religion, unr. dévouement sans bornes pour ses nouveaux paroissiens. Aussi y surmonta-t-il toutes les difficultés, y gagna-t-il l'affection de tous. Des écoles manquent, il en crée plusieurs ; des améliorations sont nécessaires, il les mène à bonne fin, avec des ressources d'autant plus restreintes, que St-Jean et d'autres grands centres se détachent alors de sa paroisse, pour en former de nouvelles.

Le terrible choléra de 1832, qui décima davantage sa paroisse, le trouva partout, en même temps, distribuant ses consolations et ses soins, aux nombreuses victimes de cette épouvantable épidémie.

C'est à ce moment d'angoisse pour son âme compatissante, qu'un saint vieillard qui avait su l'apprécier comme directeur du collège de St. Hyacinthe qu'il avait lui-même fondé, viendra l'arracher à ses fidèles pour lui imposer de nouveaux fardeaux. Messire Girouard venait frapper à la porte de son cœur, en le suppliant de vouloir bien aller prendre la direction de sa paroisse de St. Hyacinthe. Que refuser à la voix mourante d'un vieil ami ? Il accepte ; il était temps, Mj Girouard ne devait pas même revoir sa chère paroisse, car, il tombait en chemin, à Varennes, chez son ancien ami. Semblable au vieil athlète qui a toujours livré de bons combats, il avait regardé la mort en face et sans pâlir, lui réclamant la couronne qu'il avait si bien méritée.

M. Crevier gardera la cure de St. Hyacinthe jusqu'au 4 novembre 1852, époque à laquelle Sa Grandeur Mgr Prince viendra en prendre possession à titre de premier évêque de ce diocèse.

La vie du nouveau curé de St. Hyacinthe y fut agitée souvent.. orageuse parfois, laborieuse toujours.

Tout était à créer. Des asiles manquaient à la vieillesse, les orphe lins étaient sans abri, les pauvres sans soutien, les infirmes sans consolation, les malheureux sans espérances. Cette partie du pays était en proie à une violente agitation. Par les exactions, les injustices^ les abus d'autorité et la morgue insolente de la plupart de ses administrateurs, l'Angleterre avait rendu son joug intolérable aux Canadiens.

Ceux-ci plus occupés de leurs maux politiques et extérieurs que de ceux des malheureux, n'avaient ni les moyens ni le temps de s'adonner aux grandes œuvres publiques de philantropie et de charité. Le curé obviera à tout.

Sentant toute l'injustice de la mère-patrie à notre égard, il priera pour le succès de la cause canadienne ; car, il sait qu'un peuple ne peut développer ses facultés ni atteindre ses hautes destinées que dans les limites de ses libertés religieuses, civiles et politiques.

Prudent dans ses conseils, sage dans ses avis, modéré dans ses opinions, habile dans ses actes, tenace dans ses projets, il dirige ses ouailles dans la voie de l'amour de Dieu et de la patrie, — le patriotisme n'étant qu'un écho du ciel, et une manifestation de l'amour de la Patrie.

Un peuple sans patriotisme est un peuple condamné d'avance à périr. Parmi les hymnes les plus enthousiastes, chez les anciens, l'on retrouve celles qui sont inspirées par l'amour de la patrie ; et avant de l'oublier, dans leurs chants, leur langue se serait plutôt desséchée à leur palais. Messire Crevier sait quelle force Ton peut en tirer pour faire aimer l'Eglise, qui le rend encore plus pur et plus sublime ; de quel enthousiasme il embrasse, exalte cette amour, attise ce feu sacré pour faire aimer davantage son Dieu et en obtenir encore plus pour ses œuvres de miséricorde et de bienfaisance.

Accusé d'avoir pris part aux événements de St-Denis, M. Crevier fut sommé, après l'insurrection, de comparaître devant ce tribunal militaire, d'inique mémoire, qui a si injustement condamné à l'exil et à l'échafaud une hécatombe de si nobles cœurs, de si dévoués et si sincères patriotes. M. Crevier, étant aussi brave qu'habile, se présente devant ses juges sans crainte comme sans faiblesse. Sa grande franchise le force à avouer au tribunal ce qu'il a fait en cette circonstance, mais son esprit fin et inventif lui fait trouver immédiatement une issue pour s'arracher des mains de ses persécuteurs. " J'ai favorisé mes compatriotes, dit-il, mais avec cette restriction mentale : si leur cause était juste devant Dieu." Or, comme le major Clitherow et ses lâches séides n'entendaient rien aux choses de l'esprit, ils le renvoyèrent absous.

Des écoles manquent dans St-Hyacinthe ; d'autres sont fermées ou négligées. Il en crée de toutes parts, sentant toute l'importance de la première éducation pour l'enfance. Nos lois régissant les fabri-

qiics, se ressentent encore de l'état de transition jiar lequel passe notre pavs ; les arrêtés en sont mal conçus, les i)rincii)cs mal définis, l'application entraîne une suite de contestations et de difficultés. Le curé fera respecter l'autorité épiscopale, malgré tout. Vingt ans durant il soutint, de ses fortes mains, les assises mal étagces de nos fabriques.

Les journaux d"alors retentissent du bruit de ses luttes. VA, s'il reçoit de rudes coups, il en donne de plus graves encore.

Pendant ce temps-là sa dévorante activité ne lui permettra pas de se réposer. Un hospice manque à St-Hyacinthe. Il y consacrera un héritage de 60,000 francs qu'une tante vient de lui laisser. Ses supérieurs craignent d'approuver son projet. Qui ]:)rendra soin de cet asile ? Les religieuses sont rares, les populations sont pauvres, les difficultés se dressent partout.

En véritable soldat, M. Crevier n'aimait guère les triomphes faciles 11 était accoutumé à vaincre ; St-Joseph était son appui. Que pouvait les hommes à l'encontre de ses desseins ? Ce fut dans ces circonstances qu'il fonda, en 1842, l'Hôtel-Dieu de St-Hyacinthe; œuvre toute de sacrifices de sa part, de charité pour les pauvres, foyer encandesçant d'amour pour Dieu et d'où les actes du plus parfait abandon et du plus beau dévouement, s'élèvent constamment vers le ciel comme un encens de la plus suave odeur.

ISI. le curé de St-Hyacinthe s'était donné un trouble immense pour faire préparer les matériaux nécessaires à la construction de son hôpital. Le bois en ayant été coupé à St-Pie, il fut transporté à St-Hyacinthe en radeaux, par la rivière Yamaska. Mais comme les eaux en étaient hautes alors, les radeaux se brisèrent au-dessus de la ville. Le bois se charroyait au loin avec une grande rapidité. Sur ces entrefaites l'on vint annoncer cette triste nouvelle à M. Crevier. Celui-ci se met en prière. Que se passe-t-il entre le ciel et lui ? Les avocats, assez profanes d'ordinaire, pénètrent rarement ces sortes de secrets. Mais, ce qui est parfaitement connu, c'est que ce bois, entraîné avec violence dans les rapides, s'arrêta tout à coup dans une petite anse, non loin de l'endroit où il devait être employé ! Les justes commandent à la tempête et font servir les éléments à leurs fins qui sont la gloire d'en Haut. Si celui qui fait pousser deux brins d'herbe là où un seul croissait auparavant est un bienfaiteur de l'humanité, à combien plus forte raison Mr Crevier fut-il

l'un de ces bienfiiiteurs ? sa philanthropie s'est élancée si haut (|u'elle a atteint les hautes régions où commencent la charité pour s'élever graduellement jusqu'aux sphères, encore plus ardentes, du divin amour.

L'Hôj)ital fut fondé au milieu de toutes sortes d'entraves : cette maison prospère sous les bénédictions d'en Haut, et elle pourra détacher, un peu plus tard, de son sein fécond, de nouveaux essaims de vierges dévouées qui iront ])orter leurs consolations de toutes parts, et viendront même, en cette paroisse y butiner des amertumes, de la misère et de la pauvreté pour soigner des membres souffrants de la grande famille humaine à laquelle nvait voué un culte si dévoué, feu messire Edouard Crevier. Il devra même aller, un jour, s'ensevelir dans cet asile. Car, il a méprisé les splendeurs, pour n'aimer que la pauvreté. Il devra mourir au milieu de ses chers pauvres, seuls sujets de son inépuisable compassion, comme Jésus, Marie et Joseph étaient les seuls objets de son ardent amour.

Son zèle ne se borne pas à St. Hyacinthe ; il est plus cxpansif et bien qu'il desserve les paroisses de St-Dominique et de Ste-Rosalie, il semble que sa charité ait trop d'envergure pour se contraindre dans d'aussi étroites limites. On le retrouve partout ou il y a du bien à faire, des pauvres à soutenir, des malheureux à consoler, des âmes faibles à fortifier, des travaux à exécuter.

Le Canadien-français a été engendré à la Foi chrétienne en ce pays, dans le sang de ses martyrs et dans le dévouement de ses héros. Il doit tout à la religion catholique. Quand il l'abandonne, — ce qui est heureusement rare — , il se sépare volontairement du grand arbre de vie nationale, patriotique et religieuse. Bourrelé de remords, renié des siens, méprisé des protestants honnêtes qui vivent au milieu de nous, il traîne une existence honnie et misérable en ce monde, pour tomber, à sa mort, dans les mains d'un Dieu qu'il a renié et qui ne le connait plus. Aussi l'hérésie et l'apostasie sont-elles le plus grand malheur qui puisse atteindre un de nos nationaux. Or, ces jilaies déshonorantes venaient de s'introduire à Milton, en ce diocèse. Mr Crevier, dont la grande âme n'est fermée à aucune infortune, ira combattre cet ennemi nouveau. Aidé de son frère Joseph, il construit au centre de cette population infectée d'erreurs, un temple où le vrai Dieu sera vénéré, où la vérité vaincra <st la délivrera de ce monstre qui avait osé lever la tête au milieu

qiics, se ressentent encore de l'état de transition jiar lequel passe notre pays ; les arrêtés en sont mal conçus, les princi])es mal définis, l'application entraîne une suite de contestations et de difficultés. ].e cure' fera respecter l'autorité épiscopale, malgré tout. Vingt ans durant il soutint, de ses fortes mains, les assises mal étagées de nos fabriques.

Les journaux d'alors retentissent du bruit de ses luttes, l'^t, s'il reçoit de rudes coups, il en donne de plus graves encore.

Pendant ce temps-là sa dévorante activité ne lui permettra pas de se réposer. Un hospice manque à St-Hyacinthe. Il y consacrera un héritage de 60,000 francs qu'une tante vient de lui laisser. Ses supérieurs craignent d'approuver son projet. Qui j^rendra soin de cet asile ? Les religieuses sont rares, les populations sont pauvres, les difficultés se dressent partout.

En véritable soldat, M. Crevier n'aimait guère les triomphes faciles 11 était accoutumé à vaincre ; St-Joseph était son appui. Que pouvait les hommes à l'encontre de ses desseins ? Ce fut dans ces circonstances qu'il fonda, en 1842, l'Hôtel-Dieu de St-Hyacinthe ; œuvre toute de sacrifices de sa part, de charité pour les pauvres, foyer encandesçant d'amour pour Dieu et d'où les actes du plus parfait abandon et du plus beau dévouement, s'élèvent constamment vers le ciel comme un encens de la plus suave odeur.

M. le curé de St-Hyacinthe s'était donné un trouble immense pour faire préparer les matériaux nécessaires à la construction de son hôpital. Le bois en ayant été coupé à St-Pie, il fut transporté à St-Hyacinthe en radeaux, par la rivière Yamaska. Mais comme les eaux en étaient hautes alors, les radeaux se brisèrent au-dessus de la ville. Le bois se charroyait au loin avec une grande rapidité. Sur ces entrefaites l'on vint annoncer cette triste nouvelle à M. Crevier. Celui-ci se met en prière. Que se passe-t-il entre le ciel et lui ? Les avocats, assez profanes d'ordinaire, pénètrent rarement ces sortes de secrets. Mais, ce qui est parfaitement connu, c'est que ce bois, entraîné avec violence dans les rapides, s'arrêta tout à coup dans une petite anse, non loin de l'endroit où il devait être employé ! Les justes commandent à la tempête et font servir les éléments à leurs fins qui sont la gloire d'en Haut. Si celui qui fait pousser deux brins d'herbe là où un seul croissait auparavant est un bienfaiteur de l'humanité, à combien plus forte raison Mr Crevier fut-il

lun de ces bienHiiteurs ? sa philanthropie s'est élancée si haut (ju'elle a atteint les hautes régions où commencent la charité pour s'élever graduellement jusquaux sphères, encore plus ardentes, du divin amour.

L'Hô])ital fut fondé au milieu de toutes sortes d'entraves : cette maison prospère sous les bénédictions d'en Haut, et elle pourra détacher, un peu plus tard, de son sein fécond, de nouveaux essaims de vierges dévouées qui iront porter leurs consolations de toutes parts, et viendront même, en cette paroisse y butiner des amertumes, de la misère et de la pauvreté pour soigner des membres souffrants de la grande famille humaine à laquelle avait voué un culte si dévoué, feu messire Edouard Crevier. Il devra même aller, un jour, s'ensevelir dans cet asile. Car, il a méprisé les splendeurs, pour n'aimer que la pauvreté. Il devra mourir au milieu de ses chers pauvres, seuls sujets de son inéi)uisable compassion, comme Jésus, ^Marie et Joseph étaient les seuls objets de son ardent amour.

Son zèle ne se borne pas à St. Hyacinthe ; il est plus expansif et bien qu'il desserve les paroisses de St-Dominique et de Ste-Rosalie. il semble que sa charité ait trop d'envergure pour se contraindre dans d'aussi étroites limites. On le retrouve partout ou il y a du bien à faire, des pauvres à soutenir, des malheureux à consoler, des âmes foibles à fortifier, des travaux à exécuter.

Le Canadien-français a été engendré à la Foi chrétienne en ce pays, dans le sang de ses martyrs et dans le dévouement de ses héros. Il doit tout à la religion catholique. Quand il l'abandonne, — ce qui est heureusement rare — , il se sépare volontairement du grand arbre de vie nationale, patriotique et religieuse. Bourrelé de remords, renié des siens, méprisé des protestants honnêtes qui vivent au milieu de nous, il traîne une existence honnie et misérable en ce monde, pour tomber, à sa mort, dans les mains d'un Dieu qu'il a renié et qui ne le connait plus. Aussi Ihérésie et l'apostasie sont-elles le plus grand malheur qui puisse atteindre un de nos nationaux. Or, ces plaies déshonorantes venaient de s'introduire à Milton, en ce diocèse. Mr Crevier, dont la grande âme n'est fermée à aucune infortune, ira combattre cet ennemi nouveau. Aidé de son frère Joseph, il construit au centre de cette population infectée d'erreurs, un temple où le vrai Dieu sera vénéré, où la vérité vaincra et la délivrera de ce monstre qui avait osé lever la tête au milieu

— Il') —

d'elle. Car, sa charité était inépuisable ; elle s'accommodait ri tout pour faire du bien à tous. Oh ! l'ardente charité', comme elle est belle ! comme elle est fructueuse auprès des malheureux ! comme elle est puissante auprès de Dieu ! comme elle pave richement de pierres précieuses, la route de l'âme qui se consume entièrement pour elle 1 Mieux encore que les eaux de nos fleuves, qui, pompées vers les nues du ciel par les rayons solaires, viennent se répandre ensuite, en douce rosée, sur la terre pour la fertiliser et lui faire produire des fruits plus abondants ; la charité, attirée vers les régions célestes par l'attraction du Divin soleil, va se décomposer là-Haut en perles d'une richesse infinie, qui brilleront pendant toute l'éternité sur la couronne de ceux qui lui furent dévoués sur la terre. Car la Charité avec sa sœur l'Humilité, sont, non-seulement les grandes assises du chrétien, mais sont encore et par-dessus tout, l'unique clef du royaume du bonheur à venir. M. Crevier pratiquait, à un haut degré, ces deux grandes vertus célestes que le monde abhore mais que le ciel divinise.

Sa noble conduite a porté d'heureux fruits. Voyez les œuvres pieuses qui ont surgi sur son passage, comptez, si vous le pouvez,, les âmes saintes qui se sont élancées, sous sa direction, vers le chemin de la perfection et de la sanctification. Car le bon et saint prêtre, dans une paroisse est l'ancre du salut, le phare de l'espérance, la joie du cœur, la source des grâces, la personification du dévouement et le symbole de l'amour. St-Hyacinthe est une terre privilégiée. Des communautés nombreuses y surgissent comme par enchantement. Parmi les plus utiles, les plus dévouées, les plus austères et les plus salutaires, l'on compte celle du Monastère du Précieux Sang, dont la pieuse fondatrice et supérieure actuelle fut l'amie de notre bon fondateur. Cette femme humble et reconnaissante se rappelle toujours, avec bonheur, les enseignements et le dévouement de son ancien pasteur. Elle se souvient, avec délices, des joies suaves de sa première communion qu'elle reçut de sa main, vénérable.

Enfermée dans le cloître où elle prie pour le monde,et comme empourprée du sang de son Jésus crucifié, elle répand, à son tour,. sur sa ville et sur son pays, les enseignements que lui laissait son directeur spirituel si sage, si généreux, si ardent, si dévoué pour le bien, si zélé pour l'avancement des âmes et la gloire de son Dieu..

Voilà les fruits prccieux de son bon exemple et de son ardente charité : le bien ayant sa contagion comme le mal.

Comme la vie de l'homme est une lutte sans cesse renaissante ici bas, M. le curé de St-Hyacinthe aura toujours à combattre. Aussi partout ses œuvres progressent-elles sans que pour cela ses luttes ne cessent. Il lui est indifférent qu'elles se transportent du sein des réunions de fabrique à celui des grandes assemblées populaires, dans la presse ou sur les trétaux. Il est là, comme la sentinelle du devoir. Jamais il ne laissait un sophisme debout, jamais un faux principe inattaqué, jamais une proposition erronée sans la démolir, une inexactitude sans la relever. Un homme qui a fait alors certain bruit, en politique, fut constamment l'âme de l'opposition aux plans de M. Crevier. Mais ce dernier mit à le combattre toute son indomptable énergie, sa grande finesse, la souplesse de ses ressources, ses connaissances variées et cette grande dignité qui ne l'abandonnait jamais.

Aussi sa victoire fut-elle complète ; l'harmonie est rétablie ; la paix règne. ^Nlgr Prince arrivera juste à temps pour jouir des succès de son ancien ami et pour voir s'épanouir toutes ses grandes œuvres,, dans leur pleine floraison, au soleil de la charité et sous l'œil de- Dieu.

Sa réputation bien légitime de vertu l'appelait aux pesants fardeaux de répiscopat ; mais sa grande humilité, qui ne l'empêchait cependant pas de connaître sa propre force, lui fera repousser cet honneur. Il se contentera d'accepter la position plus humble de conseiller de son Evéque et de vicaire général de ce diocèse.

Notre révolution de 37-38, avait eu des suites heureuses pour nous, des conséquences favorables pour nos libertés. L'on respire plus à l'aise ; l'avenir nous sourit. L'on va reprendre notre marche plus assurée parmi les nations. La forêt est reculée, l'agriculture se développe, l'industrie naît, l'éducation, qui avait été nécessairement négligée au plus fort de nos luttes pour la reconnaissance de nos droits, prend un nouvel essor.

Malheureusement, les progrès en se développant, avaient aussi donné naissance à de nouvelles aspirations, à de nouvelles doctrines. Le venin des erreurs développées, à la suite des désastreuses révolutions de 1793, 1830 et 1848, en France, venait d'être déposé dans le sein de nos populations jusque là à l'abri de ses mécomptes et de ses dangers.

Tous les comtes au sud du Richelieu avaient ressenti le contrecoup de ces doctrines funestes. La catholique et intelligente paroisse de Ste-Marie fléchissait sous les efforts de l'erreur et du mensonge ! car, — dans le bonheur les peuples s'éloignent de Dieu pour ne s'en rapprocher, souvent, que sous la main inexorable du malheur.

L'extrême prospérité d'une nation fut souvent cause de sa décadence morale, de sa ruine religieuse : —

Quand tout se mesure par lor, la vertu est sans prix. Ce qu'il faut quelquefois ù un pays pour le sauver de la ruine, c'est un chef; ce qu'il faut souvent à une paroisse pour la tirer de l'abime, c'est un prêtre. Car, il en est tout à la fois, le guide, le conseiller, le protecteur et le père.

Algr Prince qui connaissait si bien notre fondateur, lui ordonne de tout abandonner; sa paroisse qu'il aimait d'autant plus, qu'il avait souffert d'avantage pour elle, son nouvel hôpital encore inachevé, sa Providence à peine ébauchée, ses affections saintes pour les chères âmes qu'il avait si longtemps dirigées, pour venir, voyageur dans les déserts arides de la vie, construire sa nouvelle tente dans cette plaine alors encore inconnue pour lui, de Ste-Marie de Monnoir, qu'il a changée depuis en une oasis si fraiche, si belle, si prospère et si grande.

Sur ce nouveau tlicàtre, Messieurs, contemporains de ses œuvres, témoins de ses travaux, objets de ses constants efforts, vous l'avez mieux connu, vous l'avez appre'cié davantage : Vous le bénirez sans cesse. Sa mémoire vit partout, gravée dans le plus intime de vousmêmes, au sommet de votre propre cœur, dans la reconnaissance des pauvres, dans les larmes des orphelins, dans la tendresse de ces anges de charité, qui, pour eux, ont remplacé leurs mères, — comme au frontispice de ces grandes maisons d'éducation qu'il a élevé si haut, que, semblables à cette échelle de Jacob, il a pu s'en faire un point d'appui pour escalader les hauteurs du ciel.

Aussi, pour lui élever un monument digne de lui, n'avez-vous qu'à regarder autour de \ous : " Si motiumentum ejus qiiœris circumsspice."

De fait, tout en ces lieux parle le même langage, proclame les mêmes bienfaits, redit les mêmes louanges : les pierres du cimetière, les arbres qui bordent ces avenues, les grands pins qui chantent pendant la tempête, les cloches qui carillonnent la joie et pleurent la douleur, les statues élevées sur les places publifjues, l'Hospice Ste-Croix ovi la douleur s'abrite, ces maisons d'éducation où la science s'enseigne et où la vertu se pratique. Tous ces monuments de sa piété et de sa foi redissent à sa louange toute sa vie de travail, d'abnégation, de sacrifice et d'amour.

En recevant l'ordre de venir, en 1852, prendre possession de la cure de Ste-Marie, Messire Crevier avait eu la généreuse idée d'y établir, dès son arrivée, deux maisons d'éducation supérieure, destinées dans sa pensée à régénérer cette paroisse et à fournir à la famille, à l'Etat et à la religion des sujets utiles, dévoués et capables d'honorer la société et de faire aimer l'Eglise.

Connaissant tous les dangers du monopole de l'enseignement, la routine dans laquelle il consacre les intelligences, l'absence d'activité

véritable mono ;\ la religion, le demi-savoir conduit à la suftlsance et à la vanité, — premier e'tape de rirréligion,,^ — et à la révolte contre l'Eglise, mère des nations, et contre Dieu, fin suprême des hommes.

D'où vient le mal ?

Les causes en sont multiples, sans doute, mais le plus grand nombre d'hommes irréligieux, indifférents ou impies ont passé parnos collèges ! Pourquoi alors sont-ils plus misérables souvent que les autres ? plus insoumis à l'autorité ? plus impatients de tout joug?

La plupart était des êtres paresseux et sans talent c^ue l'on a déclassés en leur faisant faire un cours complet d'études.

De plus, les élèves ont bu, au collège, dans une coupe empoisonnée, trop souvent. Car, sous le dangereux et futile prétexte de leur faire apprécier les beautés littéraires de la Grèce et de Rome païennes, l'on a inculqué dans le cœur, encore tendre de ces jeunes hommes, à l'imagination vive et à l'esprit ardent, les exemples per vers mais attrayants du paganisme antique. On leur a mis, sans cesse, sous les yeux, les actions les plus barbares représentées comme très héroïques ! les faits les plus révoltants donnés comme des actes de courage et de vertu ! L'idée du droit est sans cesse affirmée, la notion du devoir est systématiquement effacée. Erreurs funestes, que les siècles de foi pouvaient enseigner sans trop de danger, comme nous l'affirmions dans une autre célèbre circonstance,, mais qu'il serait imprudent de propager dans ce règne d'effervescence oii le républicanisme, — cette négation de l'autorité politique,— est à l'ordre du jour et cuve dans toutes les jeunes têtes. Or^ la négation poUtique conduit nécessairement à la négation relio-ieuse, puisque toutes deux attaquent également la Puissance Constitutive des deux pouvoirs.

Aussi rien n'est plus fatal, jSIM., que d'enseigner presqu'exclusivement à nos jeunes gens, qui manquent de direction à leur entrée dans le monde, les pensées, les sentiments, les maximes, les exemples et les vertus païennes de Rome et d'Athènes.

L'on saute par-dessus dix-huit siècles de christianisme, comme s'ils n'avaient rien produit de digne d'admiration et d'étude pour effleurer César, Homère, Lycurge, Solon, Horace, Sapho, Virgile, Cicéron, Eschyle, Térence, Sophocle, Démosthènes, Juvénal, Tacite, Salluste ! Dangereuses sirènes qui attirent à elles que pour mieux perdre à jamais leurs victimes. Et, cependant, qu'étaient ces

hommes à côté des Paul, des Bazile, des Grégoire de Nysse, des Grégoire de Nazianze, des Jean Chrysostôme, des Augustin, des Jérôme, des Athanase, des Tertullien, des Origène, des Liguori, des Thomas d'Aquin, des Loyala, etc., etc. Oui, erreur funeste, d'oii provient beaucoup de mal !

Parmi de très bonnes choses, l'on fait sucer le poison à la jeunesse et l'on voudrait qu'elle n'en fut pas infectée ! Malheur au pays qui croit que l'on peut faire jaillir le bien de la science ou de la littérature quelles qu'elles soient ! Et avec Lacordaire, répétons-le : " combien est puissante la couche première déposée dans l'éducation et l'instruction. Tout porte là-dessus sans détruire ou effacer ce sillon premier ou tous les germes ont été semés si laborieusement.

Une impression suffit pour faire à l'âme de l'enfant une irréparable blessure ou pour lui donner dans le bien une assiette qu'il ne quittera jamais sans remords."

M. Crevier qui avait sous ce rapport le salutaire exemple donné par l'un de nos plus savants et de nos plus utiles séminaires de ce pays, celui de St-Hyacinthe, voulut aussi obvier à ce grave inconvénient de l'enseignement classique en y suppléant par les ressources du christianisme et les incomparables beautés contenues dans les immortels travaux des pères de l'Eglise. Il modifiera donc son plan d'études en conséquence, sans toutefois rejeter tout à fait les anciens classiques : car il y a du bon partout,

M. Crevier, qui connaissait à fond le mal qui nous ronge, voulut opposer une digue aux maux de nos jours, où les notions du juste et de l'erreur, du vrai et du faux, semblent à famais confondues dans le chaos de l'irréligion et de la fausse philosophie.

Car, notre fondateur, par les travaux divers auxquels il s'était livré, par son expérience dans la gouverne des enfants, par la sao-e direction et l'excellente discipline qu'il était parvenu à établir, pendant son professorat à Nicolet et son habile directorat à St. Hyacinthe, était bien prépnré pour l'entreprise nouvelle à laquelle il allait se consacrer. Aussi se met-il immédiatement au travail dès 1853.

Dans ce but, Mgr Prince avait acquis, lui-même, l'ancienne école qui a servi pendant quatre ans, aux classes du premier cours. Car, ce ne fut que le 21 septembre 1857, date de ma première rentrée au collège, que l'on prit possession de cette nouvelle maison.

Tout était à créer. Combien de fois fûmes-nous obligés de travail-

1er nous-mêmes pour préparer notre bois de chauffage, pour déblayer le terrain, faire les jardins, les parterres et les avenues ! Notre supérieur était toujours de la partie ; le premier à la peine mais le dernier au repos, bien qu'il fut, à cette époque, près de sa soixantième année !

Il songe maintenant à son couvent. Il sait le danger de l'éducation des o-randes maisons de nos riches cités pour les filles de nos campao-nes. Tout le monde admet que l'éducation de nos filles est généralement fausse en ce pays. Trop de musique, trop d'art d'aoréments, trop de religiosité et de sensiblerie, dé délicieuses bagatelles, de jolies petites tournures, mais pas assez de choses sérieuses y sont enseignées, de fortitude de caractère, de connaissances solides et utiles pour le ménage future.

Le côté pratique de l'éducation est abandonné pour y substituer le côté vaniteux, superficiel et ridicule.

La musique qui est, avec la peinture, une des plus belles expressions de l'art, y est profanée par son enseignement, sans discernement, à toutes les élèves, qu'elles aient ou non des aptitudes ! L'on jette ainsi dans un monde idéal et rêveur des jeunes personnes qui sont destinées par leur position sociale à faire le ménage et à raccomoder les grosses pièces.

Aussi que de femmes évaporées, romanesques, chimériques et déclassées dans le monde !

Ce mal exerce partout ses ravages en Amérique ; c'est la plaie de nos jours, d'après un grand écrivain américain, " qui remplit le pays comme une malédiction universelle qui imprègne l'atmosphère ; qui envahit le paisible foyer domestique ; qui est connu partout, et qui, partout, apporte la destruction, le rage et qui tue le comfort, — cette plaie, c'est le piano. Combien de jeunes filles -industrieuses et bien intentionnées ont été détournées du sentier du devoir par cet instrument de torture? Sorties des écoles en juin, rêveuses et chérissant r " Oiseau moqueur " — arrangé pour quatre mains — et les " Cloches du monastère," comme les premiers fruits de leur éducation, elles se préparent pour la campagne d'été. Aussitôt, tout est trouble dans les maisons les plus paisibles ; les pères de famille, courbés sous le joug de l'éducation moderne, portent des bas troués en mille endroits afin que les mains de leurs filles puissent battre le clavier sonore ; les mères de famille fendent doucement le bois dans la cave pour que le bruit ne dérange pas une " Rêverie " ou une " Fan-

ta.sie qui se joue dans le salon. Et les parents acceptent cela humblement, mnocemment, parce que cela s'appelle éducation:'

Les supérieures de couvents sont elles-mêmes alarmées de cette manie, de cette furie musicale. Elles ne peuvent rien contre les Idées du jours. Il est grand temps que les autorités ecclésiastiques y mettent ordre car de graves abus en résultent, des dangers imminents en découlent.

Sous les efforts envahisseurs de ce mal nouveau que fera Mr Crevier? adoptera-t-il les idées reçues ? se laissera-t-il mollement bercer par les flots de la nécessité moderne ? Non : Les réformateurs luttent sans cesse. La réaction ne s'obtient qu'à ce prix Ce •qu'il faut donc à ce prêtre observateur et pratique ce sont des femmes bonnes, pieuses, simples, instruites et humbles pour donner ^ne éducation convenable à l'état et à la condition de nos popula- •tJons rurales.

Mais où les trouvera-t-il ? Les excellentes sœurs de la con^régation ne peuvent plus suffire aux nombreuses demandes des divers diocèses non plus que les autres communautés enseignantes. Il faut donc tourner les j'eux ailleurs. Alors, Mgr Prince et messire Crevier ^e souviennent qu'au fort de la Terreur, en France, pendant que la hache révolutionnaire y détruisait toutes les communautés enseignantes, une pieuse fille du peuple, témoin des maux infinis qu'allait ^ntramer, sur sa patrie, mutilée et sanglante, une éducation sans Dieu avait pris sur elle de fonder une école catholique, origine ^lumble, mais féconde de la belle communauté de la "Présentation de Marie . Plus tard, Marie Rivier en sera la première supérieure, dont la maison mère fut établie dans le diocèse de Vivier

C'est là que M. Crevier ira frapper pour se procurer les éducatrices revees dans sa grande humilité, (en 1853). Une colonie de ces vertueuses femmes, ayant à leur tête la Révde Sœur St-Maurice viendra bientôt se réfugier sous l'égide bénie de notre fondateur.' Voilà donc son couvent fondé, les rêves de sa vie réalisés

Messieurs, vous dire ce que ces deux communautés, crées dans des conditions économiques les plus difficiles, ont coûté de peine de fatigues, d'anxiétés, de misères et de sacrifices à leur fondateur' n entre pas dans mon projet. D'ailleurs, les amis éloquents qui vous adresseront la parole dans un instant vous diront probablement un mot de ses difficultés et de ses angoisses

Quand il n'a plus rien, il dépèche de maigres attelages à St-Pie pour en rapporter un peu de nourriture. Joseph reçoit ses hommes un jour, leur donne à manger, ainsi qu'à leurs pauvres animaux, puit les renvoie sans rien leur donner. i\I. le Grand Vicaire pleure, mais ne se décourage pas ; un inconnu lui apporte sur ces entrefaites quelques pièces d'argent et il trouve même un pain dans un endroit où la vieille servante jurait n'en avoir jamais mis ! Tout allait donc pour le mieux dans le plus pauvre des mondes. Le lendemain, M. le cure' de St-Pie faisait son entrée triomphale chez son famélique filleul, accompagné de douze charges de provisions et de comestibles de toutes sortes. " Tiens, dit-il, mon vieux qucteiix je t'ai apporté " quelque chose, car je n'ai pas voulu charger tes chevaux hier, ils " étaient trop maigres pour se rendre ici avec de lourds fardeaux."

Ce trait vous peint feu M. le curé de St-Pie. Toujours charitable mais toujours enjoué. Feu M. Crevier était digne et se faisait respecter, sans être distant ; c'était le gentilhomme de bon ton, sans ostentation, sans vanité, ni amour propre. Il avait une haute idée de la grandeur du sacerdoce, et il tâchait d'inculquer dans l'esprit de ses élèves, les mêmes impressions. M. le curé de St-Pie était plus débonnaire et plus rieur comme il a déjà été dit. Il s'amusait avec délices des tours qu'il jouait lui-même. Il les racontait avec amabilité, simplicité, entraînement et esprit. Ses visites au collège étaient pour nous des jours de grandes fêtes. Feu Messire Edouard était plus sarcastique; peu de temps avant sa mort, un certain monsieur, à idées croches, lui présentant un statuaire de sesamis, disait : " Il en a fait beaucoup de saints difformes." " Eli bien ! " répond M. Crevier, " il a imité le bon Dieu qui en a aussi. beaucoup fait d'hommes de travers."

Un dernier trait vous montrera davantage la différence entre cesdeux frères.

Par une soirée d'automne, sombre, humide et froide, le curé de St-Pie revenait de visiter une personne malade, dans un rang. éloigné de sa paroisse. Les chemins glaiseux de St-Pie étaient impraticables à cette époque. Le cheval avançait avec peine, chargé de son colossal propriétaire. Celui-ci se sentait enclin à l'impatience,— vice qui n'était pas pourtant son fort, — car c'était un rieur perpétuel. Le hasard voulut qu'une voiture vînt encore retarder la marche de la sienne. M. le curé demande à son conducteur de

vouloir bien lui livrer passage. Ce dernier, espèce de matamore, refuse en proférant quelques jurons par trop énergiques. Mal lui en prit, car le bon Joseph descend de sa voiture, relève sa soutane et va appliquer une brosse'e des mieux conditionnées dans la figure de ■notre blasphémateur ! La leçon e'tait d'autant plus rude que cet individu était réputé la terreur de la paroisse. Le curé, — pas plus que sa victime, — ne se vantèrent, pour des motifs différents sans doute, de cet assaut illégal, mais non intempestif Si le coupable n'avait pas annoncé ce fait à son prône du dimanche suivant, la victime, en ayant eu évidemment pour son compte, n'avait pas fait offrir, par le crieur public, une récompense libérale à celui qui lui ramènerait son assaillant.

Quelques jours après le même individu se rendit, par affaires, au presbytère, la figure encore toute meurtrie. Son curé lui demande comment il lui était arrivé tant de mal ? — " Ne m'en parlez pas, M. le curé," répond ce dernier, "je crois que j'ai rencontré le diable en chemin, l'autre soir."

Au lieu de porter des coups Messire Edouard aurait prié cet homme, avec larmes, de ne plus offenser Dieu, par ses jurements et ses imprécations.

Mais poursuivons à commémorer les actes de la vie si bien remplie de notre bien-aimé supérieur, qui, en s'abimant dans ses profonds labeurs, en travaillant au milieu d'une extrême pauvreté, à maintenir ses fondations, ne ralentissait pas son courage pour ses autres devoirs de curé et de paroisse. Il fonde des congrégations, prêche des retraites, fait élever des calvaires, surveille les écoles, dirige les travaux de l'église de Ste-Angèle, dessert cette paroisse, confesse, prie et distribue des aumônes.

Quand il a trop grand besoin, dans les moments les plus critiques, il va lui-même sermoner son parrain sur la nécessité de faire l'aumône pour gagner le ciel. Il fait donc atteler toujours son même maigre cheval, par les temps les plus orageux, par la pluie ou la • neige, pour se rendre chez " Monsieur son frère " comme il l'appelait. Pour jouir plus longtemi>s de son onctueuse éloquence, le bon vieux curé de St-Pie semble faire la sourde oreille ! Mais que refuser à un pareil filleul ? Alors il donne, donne encore, donne toujours, jusqu'à ce qu'enfin, se mettant dans l'impossibilité de craindre les -voleurs, — il est contraint de venir lui-même réclamer de son dissipateur de frère l'ho^italité de ses dernièresannées d'existence !

Le 13 octobre 1875 fut pour cette paroisse, et ses communautésy. une fête mémorable et touchante : — celle des " noces d'or" de nôtresupérieur.

Ce souvenir en est trop vivace en votre esprit pour qu'il soit nécessaire de le rappeler ici. La joie fut universelle : le peuple céle'brait' la fête d'un père aimé, qui avait tout fait pour ses enfants, en toutes ■ circonstances ; car, non content de pourvoir aux besoins spirituels de sa paroisse, M. Crevier en désire de plus le progrès temporel. Il donne de sages avis en ce sens ; il se fait l'avocat dévoué d'une voie ferrée projetée vers son village ; il conseille l'économie, la prudence,le travail et l'industrie. Aussi, ses louables efforts sont-ils couronnésd'un plein succès. Il a vu la fumée des locomotives traversant sa ville naissante, et les progrès s'y développant, en reculer les mimites devenues trop étroites.

Regardez autour de'vous, rappelez vos souvenirs et dites si je ne suis pas un narrateur fidèle, du moins,, sinon habile, de ce que l'âme généreuse de votre curé a fait pour vous, pour moi, pour nous tous.

Il y a des natures si laborieuses qu'elles ne croient rien d'achevé tant qu'il reste quelque chose à faire ! Il y a des esprits si actifs qu'ils ne sauraient jamais s'arrêter, — le repos leur serait fatal ! Il y a des cœurs si ardents qu'il faut un aliment quelconque à leur flamme ! Il y a des âmes si charitables qu'elles souffrent à la seule • pensée de la possibilité de la souffrance des autres !

M. Crevier résume en lui toutes ces belles qualités, qui en font' un nouveau Vincent-de-Paul.

Comme lui, il a la passion des pauvres ; un instinct irrésistible le • pousse vers eux. Il voudrait les garder tous sous son toit, les faire partager son peu de biens, sa table, ses vêtements ; et s'il ne leur donne pas plus souvent ses vieilles soutanes, c'est que ses moyens ne lui permettent pas toujours de se payer le luxe d'une nouvelle. Il y tenait peu, du reste, son humilité allant de pair avec sa charité;

Maintenant, il a vu fleurir les jeunes arbres qu'il a plantés de ses mains, arrosés de ses sueurs, fertilisés de ses bénédictions. Il en a moisonné de savoureux fruits. Plusieurs prêtres sont sortis de sorb collège : ce sont les Révs. MM. C. D'Auray, J. Durocher, J.-B. . Ponton, A. Nadeau, Jos. Beaudry, Nap. Beaudry, I. Bessette, A. Catien, V. Rainville, P. Girard, J.-U. Charbonneau, A. Petit, C- . Bessette, C.-H. Jeannotte,. Alf. Vigeant, J.-N. Brodsur„ P.- P. Sau—

— curette, A. T.emieux, Tous. Lussier, S.S., J. Marcoux, O.M.J., F. Guertin, O.M.J. ; des hommes de profession lui font honneur ; des filles dévouées se sont consacrées à l'enseignement dans son couvent. Sera-t-il satisfait ?

Non ! car ses pauvres n'ont pas encore d'asile en cette paroisse ; des vieillards sont sans demeure, des orphelins sans protection. Le temps presse, il se fait vieux, son dernier soleil monte peut-être à l'horizon. Il ira solliciter de nouveau l'aumône ; la plupart d'entre vous la lui donne ; la famille Rolland lui vint en aide, mais comme il lui manque encore beaucoup, il ne lui reste d'autre ressource que de recourir au charitable frère, dont il croit les trésors inépuisables.

Mais, comme il aime à sonder la profondeur des choses, il en verra bientôt le fond.

Cependant, l'hospice Ste-Croix est fondé en 1865. C'est là que cette âme charitable ira demander son dernier refuge, solliciter son dernier repos, exhaler son dernier souffle — entre les bras de M. Jean Labbé, qui en prit un soin particulier pendant sa maladie, et après avoir été soigné par un de ses anciens élèves, le dévoué Dr C. Pinsonneault, auquel il était très attaché — ; car, s'il a aimé les splendeurs de la maison du Dieu qui a réjouit sa Jeunesse; il a aussi chéri l'humiUté des servantes des humbles et la pauvreté de leur maison.

Cependant, l'abandon de sa paroisse lui fut le plus douloureux des sacrifices. Il se sentait isolé à l'hôpital et il était très sensible aux marques de sympathie de ses amis, car la vieillesse, comme les plateaux de la balance, en faisant descendre la nature, élève en raison directe l'âme. Celle-ci s'élevant de plus en plus, à cause de la faiblesse des liens qui la retiennent, semble se spiritualiser davantage et est plus portée à la tendresse et à la sensibilité. Aussi, trois mois avant de mourir, M. Crevier m'écrivait-il ces sympathiques et bienveillantes paroles :

"J'ai été très sensible à votre lettre du 30 octobre dernier, qui " me prouve de plus en plus votre estime et votre affection ; c'est " dans l'affliction et le délaissement que l'on reconnaît les vrais " amis, et vous êtes fidèle, dans ma soUitude, à me témoigner votre " attachement. Aussi, juscju'à mes derniers instants conserverai-je " votre souvenir et de la reconnaissance pour toutes vos bontés. Je ** n'ai plus longtemps à vous écrire, à l'âge de 81 ans révolus au-

" jûurd'hni nicme. Malgré les i)ersécutions dont vous avez été' " l'objet, vous avez toujours été fidèle à vos principes, dévoué à " vos amis et constant dans la mauvaise comme dans la bonne for- " tune.

" Adieu, cher ami, combattons toujours pour la bonne cause.

" Votre très affectionné ami,

" Ed. Crevier, Ptre."

A contempler cet homme de bien, à étudier la vie active qu'il a menée, les œuvres multiples qu'il a fondées, l'on serait tenté de croire qu'il devait négliger quelques-uns de ses devoirs variés. Détrompez-vous ; M. Crevier était avant tout l'homme de la ponctualité.

Regardez le temple de Ste-Marie, et dites si un cœur pieux n'a pas présidé à ses décorations. La fabrique qui devait $18,000, à son arrivée en 1S52, était complètement libérée de cette dette, lors de son départ, en 1877 ; tout était en ordre.

Et il aimait tellement son église qu'il allait y prier souvent, le soir même ; et quand VAngeli/s venait l'arracher de ce temple, il semblait lui reprocher de l'enlever sitôt à ses méditations, à ses affections, à son bonheur.

Et avec un barde chrétien il pouvait dire :

" Pourquoi vous fermez-vous, maison de la prière ? " Est-il une heure, ô Dieu, dans la nature entière,

" Où le cœur soit las de prier ?

" Où l'iiomme qu'en ces lieux ta bonté ilaigne attendre "N'ait devant tes autels un parfum à répandre,

'' Une larme à te confier ?

Or, vous savez s'il en répandait des larmes ! Un trait le faisait pleurer, la vue d'un pauvre l'attristait, une nouvelle malheureuse le jetait dans l'anxiété ; l'orage, le tonnerre et le vent le faisaient craindre pour les autres. Sa grande âme compatissait à toutes les infortunes. Il était si bon qu'il n'abandonnait jamais le coupable au remords, mais savait très bien le ramener, sans cesse, au repentir. Un tendre reproche, une lueur d'espérance, un conseil amical ; voilà lus seuls dards qu'il lançât jamais au cœur du coupable.

S'il apprend qn'on lui dérobe quelque chose, sa charité lui défend d'en informer la justice humaine. Il se hâte de porter à l'accusé

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d'autres objets de même nature et le supi)lie de les recevoir de sa main plutôt (lue de se rendre criminel aux yeux de Dieu.

Le coupable rougit, s'excuse, se confesse, se re'i)and. Le remord vient encore de perdre une ses victimes.

l' n jour, on ap])rend à M. Crevier que l'on venait de lui dérober une certaine quantité de farine ; car il ne connaissait pas l'art de cadenasser ses portes. Eh bien ! répond-il en souriant à l'oftîcieux qui lui apporte cette nouvelle : si ce fut vous-même, vous en auriez peut-être pris le double. Sa charité pour les pauvres était mépuisable. Aussi, quand le malheureux venait frapper à sa porte, il lui donnait toujours sans lui demander pour quelle cause il souffrait ; la charité étant aveugle, il mesurait sa compassion à la profondeur des infortunes qui s'adressaient à lui.

Si un cœur dur repousse, une âme tendre attire. Plus on apprend à connaître l'humanité, plus aussi on aime à pardonner l'homme ; sa faiblesse a si grand besoin d'espérance, d'encouragement et de pardon. Si la remise de la faute provoque son regret, son châtiment suscite une vengeance. Entre le regret et la vengeance git l'abîme que les âmes charitables sauront toujours combler. M. Crevier connaissait à fond le secret de guérir toutes les blessures, de cicatriser toutes les plaies.

Au moral, voilà cet homme, tel que Dieu l'avait fait, dans sa miséricorde pour nous. Au physicjue, il était des plus distingués : de haute stature, la tête large, le front vaste, la poitrine forte, l'œil vif, et qui semblait scruter les pensées les plus intimes des autres, la lèvre moqueuse, le sourire fin, une physionomie énergique, décidée, mais tendre, lui donnaient je ne sais quel ensemble de gravité, ■d'autorité, de mansuétude. Sa vivacité naturelle se manifestait, parfois, sur sa figure, — mais c'était l'éclair; la volonté et la réflexion y ramenaient, à l'instant, son habituelle i)lacidité.

Voilà le portrait pâle mais fidèle de notre fondateur, tel que la mort même nous l'a laissé, quand exposé, le 26 janvier dernier, dans son cerceuil, il semblait devoir ne s'y reposer qu'un instant 1

Mais il y dormait de ce grand sommeil du juste qui ne se réveillera qu'au jour de la gloire. Et, couché à côté de son cher Joseph, tous deux réalisent, dans leur silencieuse quiétude, cette consolante parole :

" Beati quia quiescunt.'^

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