CASERNES
Les casernes à Lyon sont de très beaux corps de bâtiments qui méritent d’étre vus.
Cellesdu quai de Serin, construite en 1 728, était autrefois des greniers d’abondance devenus inutiles depuis qu’on a' favorisé la libre circulation des grains*, on en a formé des casernes pour la cavalerie et l’infanterie.
Celle du cours d’Angoulême, à la suite du bâtiment de la Charité , était autrefois l’hôtel des Fermes, construit, quelque temps • avant la révolution , sur les dessins de l’architecte Dupoux. L’édifice est très étendu et sert à la cavalerie. Depuis quelques années une partie a été consacrée à l’infanterie.
Le couvent des Colinettes, sur le coteau de Saint-Clair, sert de logement à l’infanterie. La cour de cette caserne est grande et propre aux manœuvres } la vue qui s’étend
coup plus grande, et mieux distribuée, qui est en pleine construction dans la presqu’île Perracbe ; elle se fait d’après les dessins de l'architecte Baltard.
très au loin et qui domine les Brotteaux , est magnifique. Les e'trangers ne peuvent manquer de jouir de ce beau coup-d’œil.
Le monastère de Sainte-Marie-des-C liaînes, près du quai de Serin, est un entrepôt pour les fourrages. On y avait commencé de belles casernes pour la cavalerie , mais les travaux ont été suspendus.
Le couvent des religieuses du Bon-Pasteur , situé rue Neyret, et l’ancien couvent des Carmes-Déchaux , servent aussi de ca-; sernes.
La gendarmerie est placée dans le claustral des Augustins, mais comme cet ancien couvent est destiné à servir de logement aux professeurs et élèves de l’école des arts et métiers fondée par le général Martin sous le nom d’institution de La Martinière , et que le jardin est destiné à des constructions pour de nouvelles rues , on construit une caserne de gendarmerie sur l’ancien emplacement du Manège , à l’angle des rues Sala et Saint- François de Sales. Elle sera fort belle $ c’est M. Gay , architecte , qui en dirige les travaux d’après ses plans.
FIERRE-SCISE.
Pierre-Scise , en latin Petra Scisa, est un rocher qu’Agrippa fit couper lorsqu’il construisit ces fameux, chemins que les auteurs latins nomment voies militaires. Le premier , dirige' du côté du Vivarais et des Cévennes , conduisait vers les Pyrénées ; le second allait vers le Rhin ; le troisième vers l’Océan , par le Beauvoisis et la Picardie , et le quatrième dans la Gaule Narbonnaise , jusques aux côtes de Marseille.
Le château qui dominait ce rocher a été long-temps la demeure des archevêques,.
Pendant les troubles de la ligue, les ligueurs y enfermèrent quelques notables de la ville , soupçonnés de royalisme ; un d’eux s’en évada en descendant du donjon avec des cordons de soie que sa femme lui avait apportés dans une bouteille. Le duc de Nemours , qui y fut ensuite emprisonné pour avoir tenté, dans les mêmes troubles , de se rendre maître de Lyon et des provinces voisines ,
s’esquiva du château d’une manière moins périlleuse. Après s’être fait passer pour malade, il fit mettre dans son lit son valet de chambre, dont il prit les habits, la chevelure et même les fonctions; armé sous ce costume, d’un bassin qu’il semblait empresse de vider , il écarta sans effort les vigilantes sentinelles qui le gardaient , et se sauva en leur présence *.
M. Bigaud, ex-commissaire de police, a soumis à M. le Maire un projet d'après lequel le rocher de Pierre-Scise , qui ne sert qu’à fournir des pierres pour enrochements, contribuerait à l'ornement de l’entrée de la ville la moins faite pour donner aux étrangers une idée de l’opulence de Lyon. L’extraction étant arrivée au cœur du rocher ,
* D'autres personnages célèbres ont aussi été détenus dans ce château ; le duc de Milan , Louis Sforce , surnommé le Maure , et son frère le cardinal Ascagne, le baron des Adrets, de Thou et Cinq-Mars , etc. Ces deux derniers ont eu la tète tranchée par ordre du cardinal de Richelieu.
qui est la partie la plus dure et la plus veineuse, il conviendrait, selon le projet de M. Bigaud , de s’arrêter là , pour la face du rocher , et de continuer l’extraction sur les parties latérales , de manière à former une masse presque isolée à laquelle on pourrait donner une forme monumentale , et en faire une tour , une pyramide ou un rocher formant cascades. Une source abondante qui est au nord, à une très petite distance du rocher, et qui donne en toute saison le même volume d’une eau excellente dont on n’a jamais songé à tirer parti , pourrait être employée à un jet-d’eau dont les eaux s’élèveraient à soixante-dix pieds, ou à une fontaine retombant en nappes. L’ornement le plus convenable à placer sur la sommité du rocher serait un lion colossal en bronze, qui jetterait de l’eau par la' gueule à l’instar de l’éléphant de la Bastille , et serait aperçu de fort loin. Si cette idée était accueillie de l’autorité administrative , il serait temps d’arrêter l’extraction dans le cœur du rocher qui , si elle était continuée, empêcherait de lui donner
la forme arrondie, et d’en faire un monument dont la nature aurait fait presque tous les frais.
l’homme de la roche.
C’est un monument que la reconnaissance des Lyonnais érigea à Jean Cléberg, surnommé le bon Allemand , qui employait chaque année une somme considérable h marier les pauvres fdles de son quartier ; la bourse que cette statue de bois lient à la main , désigne effectivement la générosité de celui qu’elle représente. Cette statue , après un certain laps de temps, est renouvelée par les habitants de Bourg-Neuf, qui la promènent dans toute la ville au son des instruments, avant de la placer sur la roche qui lui sert de piédestal. Cet usage , que la reconnaissance a consacré , n’est point tombé en désuétude , et une nouvelle statue du bon Cléberg, a été placée, le 24 juin 1820 , avec le même cérémonial qu’en 1716, sur le roc où elle domine la route de Paris.