LES ÉTROITS
En descendant le long de la Saône, après la porte Saint-George , on trouve un chemin qu’on nomme les Etroits , h cause de son peu de largeur : il offre une promenade aussi agréable que variée. Jean-Jacques Rousseau rappelle dans ses Confessions une nuit délicieuse qu’il passa dans cet endroit , n’ayant pour tout bien que deux pièces de six blancs dans la poche. La description qu’il nous en a laissée , respire tout le charme de ces beaux lieux :
« La soirée était charmante •, la rosée hu- « mectait l’herbe fleurie; point de vent, te une nuit tranquille ; l’air était frais sans et être froid ; le soleil après son coucher et avait laissé dans le ciel des vapeurs rouges , t« dont la réflexion rendait l’eau couleur ce de rose ; les arbres des terrasses étaient
chargés de rossignols qui se répondaient « de l’un à l’autre. Je me promenais dans « une sorte d’extase, livrant mon cœur et a mes sens à la jouissance de tout cela:
« absorbé dans ma douce rêverie , je pro- « longeai fort avant dans la nuit ma proine- « nade, sans m’apercevoir que j’étais las. Je « m’en aperçus enfin. Je me couchai volup- « tueusement sur la tablette d’une espèce de cc niche enfoncée dans un mur de terrasse ; « le ciel de mon lit était foi’mé par la tête et des arbres*, un rossignol était précisément ♦ et tm dessus de moi; je m’endormis à son et chant. Mon sommeil dura d’avantage ; il « était grand jour; mes yeux en s’ouvrant tt virent l’eau , la verdure , un paysage « admirable. «
A quelque pas de Tendroit où Rousseau passa une nuit si délicieuse , est une grotte remplie de coquillages que l’amateur d’antiquité naturelle va souvent visiter '.
1 Cette grotte a fourni à M. Grobon le sujet d’un joli^tablcau.
Le coteau qui régne le long de la Saône , au dessus des Étroits , est décoré de très jolies maisons de compagne. On remarque Bellevue , qui appartient à M. Henri, et Bellerive , appartenant à M. Périsse. La position de cette dernière, et ses jardins enchanteurs , dessinés par Lenôtre, en font un séjour délicieux l .